III. M
vous partagez avec lui, le jour où tous venez à l'autel cipaeoter une alliance chrétienne. Le représentant de Jésus-Christ n'a pas disparu, il est vrai. Sa présence est nécessaire, ainsi que l'ont réglé les conciles; et pourtant, il n'est qu'un simple témoin; il n'a là, je l'ose dire, qu'un rang secondaire. L'Église l'a député pour tout constater, pour tout surveiller dans un acte si grave; mais le sacrement, ce n:e>t pas lui qui l'opère; mais le signe visible de la grâce, ce n'est pas lui qui le pose ; les contractants eux-mêmps sont ici revêîus d'une puissance surnaturelle; ils agissent non-seulement en leur nom propre, mais aussi au nom et par la vertu du Christ lui-même.
Comme le simple laïque qui baptise un enfant, dans le cas de nécessité, a été l'in^tiument de Dieu et l'organe de l'Église catholique, si bien que le ministre sacré, survenant à son tour, n'a plus rien à faire qu'à constater le fait divin qui vient de s'accomplir; ainsi les jeunes époux, par l'expression de leur foi mutuelle, par l'abandon qu'ils se font l'un à l'autre devant le prêtre, de leurs personnes et
de leurs destinées, ont fait plus que contracter un engagement irrévocable; ils ont élevé cet engagement même à un ordre supérieur, ils l'ont transformé en un canal mystérieux, à travers lequel circule l'opération divine.
Ce qui frappe les yeux, ce sont des apparences sensibles; ce qui se dérobe au regard, tout en étant la réalité sainte, c'est une onction céleste qui descend sur les personne-, pour les sacrer dans la possession de leurs droits nouveaux, et dans la dignité de leur vie conjugale.
Étonnez-vous maintenant du mot de saint Paul : 0 femme, vous n'avez plus de puissance sur votre propre corps, car vous l'avez conférée à un autre; et vous, ô mari, sachez bien que vous ne pouvez plus disposer de vous-même*, puisque vous avez cédé à une femme le pouvoir que vous auriez pu retenir1. Il y a là, Messieurs, une translation de propriété, qui ne s'est point accomplie sans une
i. Mulier sui corporis potestatem non habet, sed vir. Similiter autein et vir sui corporis potestatem non habet, std mulier. (I Cor , vu
intervention d'en haut; et puisqu'il s'agit d'un sacrement, nous pouvons répéter avec l'Imitation : L'homme exerce un ministère, d'après l'ordre de Dieu, suivant son institution et au moyen de sa parole ; mais le principal agent, l'opérateur invisible, c'est Dieu lui-même, à qui tout est soumis et dont la nature entière respecte les ordres '.
Allez donc, dirons-nous à ceux en qui de si grandes choses viennent de s'opérer, emportez le trésor que le ciel vous accorde, et qui dépasse de beaucoup la dot, même la plus riche, que la famille a pu vous donner. Avec cette vertu nouvelle dont le sacrement vous a revêtus, ne craignez point d'entrer dans la voie qui s'ouvre devant vous, d'affronter ses difficultés, de vous exposer aux périls que renferment ses épreuves et même ses joies. Souvenez-vous seulement que la grâce reçue est un dépôt sacré, dont vous devrez un jour
1. Minister est Dei, utens \erbo Dei per jussionem et institutionem Dei; Deus autem ibi prineipalis est actor etinvisibilis operator, cui subest omne quod voluerit et paret omne cui jusserit. (Imit. iv, c. 5.)
LES JOIES DU SACREMENT. 24o
rendre compte. N'oubliez pas que, si elle doit servir à votre salut, elle seule aussi peut faire votre bonheur. Soyez-lui fidèles; gardez-la avec amour. Qu'elle devienne en vous cette source toujours jaillissante, que rien ne saurait tarir, et qui aspire sans cesse à retrouver les hauteurs, d'où elle est r primitivement partie.
A Dieu ne plaise, Messieurs, que nous pensions entendre un autre pronostic ! Au milieu de cet appareil de ;fête, dans ces allégresses du premier jour, on serait mal venu à assombrir le tableau, en y faisant apparaître des prévisions sinistres! Et pourtant, s'il nous était donné de soulever un peu le voile qui dérobe l'avenir, combien de fois ne verrionsnous pas ces fleurs fanées prématurément, ces promesses de vie heureuse dissipées comme une fumée légère, ces joies évanouies avant même d'être écloses.
On n'a pas compris le sacrement ou on n'a pas voulu lui être docile. De même qu'on s'en était approché sans foi, de même, après l'a- U.
vuir reçu, on n'en a point conservé les précieuses influences.
La plupart ne voient, dans l'union qu'ils ont contractée, que le coté purement humain; et parce que cet aspect, si brillant qu'on le suppose, laisse toujours à désirer par quelque endroit, ils se lassent vite et se découragent; le support leur manque, la confiance leur fait défaut ; ne se sentant ni soutenus dans leurs souffrances , ni raffermis dans leurs déceptions, ni éclairés dans leurs doutes, ils sont sans cesse en danger de compromettre eux-mêmes, et pour jamais, la tranquillité de leur vie. Si ce n'est le poison du vice, ce sera celui du dégoût qui envahira leur existence; celui-ci les rendra malheureux, celui-là en fera des transgresseurs des lois les plus saintes.
Mais ce n'est point à des pères chrétiens qu'il faut présenter ces tristes perspectives.
Le jour où vos enfants, Messieurs, seront conduits par vous à la solennité nuptiale, aucun nuage, je l'espère, ne viendra ternir la sérénité de vos pensées. Vous pourrez con-
templer avec consolation cette pompe du lieu saint, figure d'une autre richesse toute spirituelle, qui aura guidé vos recherches et déterminé votre choix. Ces cierges de l'autel symboliseront pour vous la pureté et l'ardeur des affections, sur lesquelles se fonde la nouvelle famille. Les chants qui se feront entendre, ne seront que le début d'un cantique d'allégresse, auquel vous serez heureux de mêler bientôt votre voix. Tous vos amis auront raison de venir s'associer à vos transports, et féliciter avec vous deux âmes dignes l'une de l'autre, qui sans doute étaient prédestinées à s'unir, pour se rendre mutuellement heureuses.
Tant que Dieu restera entre les cœurs que vous avez rapprochés, il n'est point à craindre que de tristes dissentiments s'y glissèiri, ni que la diiection réciproque s'altère. Aiusi est-ce votre rôle d'être, si je puis parler ainsi, les apôtres du sacrement. Parce que d'autres l'ignorent ou n'en font point assez d'estime, vous aurez soin de le faire connaître et apprécier dans votre maison. Au jeune homme,
à la jeune fille, parvenus à l'âge nubile, vous dévoilerez les ressources qu'on y trouve, vous révélerez les joies qui y sont cachées.
Plus tard, dans les épreuves et les luttes inséparables de leur carrière, vous les ramènerez à ce point de départ, et vous leur direz comme saint Paul à son disciple : Je vous exhorte à ressusciter la grâce qui a été déposée en vous : Admoneo te ut ressuscites gratlam quœestin te1. Quandmême des ombres auraient passé sur elle, cette grâce n'est pas morte. Elle sommeille peut-être, il faut la réveiller; elle a été laissée en oubli, il faut la remettre en mémoire ; grâce de courage, pour faire face aux éventualités pénibles; grâce de longanimité, pour savoir attendre ce qu'on ne peut immédiatement obtenir; grâce d'intelligence, pour veiller à tous les besoius de la société domestique; surtout, Messieurs, grâce de dilection constante, persévérante, pour embrasser tous les intérêts de la famille et pour ne jamais partager son cœur.