Luc, I
Après une longue attente, après de poignantes incertitudes et de douloureuses angoisses, l'heure providentielle est enfin arrivée. Dieu a entendu vos prières et comblé vos désirs. Vous êtes père; et, grâce au ciel, sans cesser d'être époux. L'accroissement de la famille ne lui a point coûté la perte de son trésor le plus précieux; et celui dont on salue l'avènement, ne sera point réduit à pleurer la mort d'une mère.
C'est un bonheur digne d'envie, dont on vous félicite de toute part. La nouvelle en circule au loin, à travers la famille et parmi les amis, excitant de sympathiques transports, faisant refluer vers vous de chaleureuses démonstrations. Car ce n'est point seulement la nouvelle mère,, mais avec elle, c'est toute la parenté qui oublie, comme dit l'Évangile, !es tristesses de la veille et répète ce mot : Natus
est homo in mundum ■ ; l'humanité vient d'acquérir un membre de plus, et la famille a conquis une nouvelle source de joie.
Mais cet être chéri, qu'on couvre de caresses et de baisers, n'est pas encore chrétien. Que dis-je? il est venu en ce monde sous le coup d'un terrible anathème; et la nature déchue en fait un enfant de colère : natura filiiirœ 2. Quelle impatience n'éprouvera pas un père digne de ce nom de voir laver cette souillure?
Même dans nos contrées catholiques, on trouve des parents qui négligent cet impérieux devoir. Surtout, Messieurs, il n'est pas rare que, sous des prétextes plus ou moins spécieux, on diffère la grâce de la régénération, laissant, un temps plus ou moins long, la jeune âme dans l'état malheureux où elle est née.
Disons -le hautement, c'est une cruauté. Ne voyez-vous pas qu'avant le baptême, cet enfant est sous l'empire du démon, que Jésus- Christ n'est encore rien pour lui, qu'il demeure