‹ La paternité chrétienneChapitre 53 sur 57 · Sumni,, 2, 2, q. clxviii. a · texte numérisé non relu

Sumni,, 2, 2, q. clxviii. a

ments de nature diverse ou ne les prennent pas de la même manière ; l'homme privé et l'homme public se gouvernent, dans leurs plaisirs, par des lois différentes; et celui qui se délasse en son particulier, est moins tenu de s'observer que celui qui le fait en présence de tous.

Ce nouveau point de vue pourrait nous suggérer de nombreuses réflexions. Car c'est un travers de notre temps de ne tenir, en quelque sorte, aucun compte de ces distinctions essentielles.

Depuis que la femme, oubliant la modestie qui est son plus riche apanage, affecte prèsque en tout l'attitude et les manières de l'homme, faut-il s'étonner qu'elle veuille aussi imiter une partie de ses jeux et de ses passetemps?

Les enfants, à leur tour, prétendent s'amuser comme font leurs pères. Ces récréations naïves, qui les divertissaient si bien autrefois, ne leur suffisent plus ; et si vous n'y prenez garde, ils y introduiront je ne sais quel appa-

reil, qui est loin d'être en harmonie avec leur âge,

Eq revanche, que d'hommes plus que mûrs veulent encore passer pour jeunes! Ils empruntent un langage et des goûts qui ne leur conviennent plus; ils gardent des habitudes, et parfois même une mise, qui contrastent singulièrement avec les signes non équivoques, que les années impriment à leur physionomie.

Que dire de ceux qui-laissent de côté toute dignité personnelle, pour se livrer à des puérilités inconvenantes?

J'ai signalé ailleurs cette bizarrerie de mauvais aloi, qui porte des personnes d'une éducation distinguée, à employer le vocabulaire de gens grossiers, à imiter leur manière de se réjouir, peut-être à aller chercher dans des lieux malsains, et l'idiome dont ils se* servent, et les amusements auxquels ils se complaisent. On rencontre parfois, dans les mêmes salons, la société honnête et celle qui notoirement ne l'est plus. Des hommes appartenant aux premiers rangs, ne secouent

leur ennui que dans des compagnies douteuses, au milieu de propos indignes... Quel chapitre on pourrait faire sur ce sujet! Quels détails pleins de tristesse et d'amertume ne pourrions-nous pas donner, rien qu'en reproduisant ce qui se passe chaque jour, et au su de tous!

Mais quoi ! faudra-t-il qu'un sérieux affecté suive l'homme jusque dans ses plaisirs?

Non, la morgue n'est de mise nulle part. Moins que partout ailleurs on aimerait à la trouver dans un père de famille. Il est une dignité fausse, dont il fera bon marché pour entrer parfois dans les amusements de ses enfants. Qui n'a applaudi le bon roi Henri IV, prenant le dauphin sur son dos et marchant à quatre pattes, sans craindre d'être surpris dans cette attitude, assez singulière pour un grand monarque1? Mais il est aussi un respect de soi-même, dont on ne se dépouillera

1. a II ne voulait pas que ses enfants l'appelassent Monsieur, nom qui semble rendre les enfauts étrangers a leur père et qui marque la servitude ; mais qu'ils l'appelassent papa, nom de tendresse et d'amour.» (Péréfixe. Hist. de Rtnri le Grand.)

jamais. S'il peut être bon de condescendre, il n'est jamais permis de s'abaisser; si l'étiquette veut parfois être mise de côté, l'honneur n'admet pas qu'on l'oublie ; dans bien des circonstances, nous pourrons nous départir volontairement de certains égards qui nous seraient dus ; quant à l'autorité ellemême, elle ne devra point abdiquer, ni se compromettre.

De même que l'excès des divertissements peut arriver à constituer une culpabilité grave, l'abstention systématique et prolongée de toute récréation pourrait-elle, en certains cas, être taxée de faute sérieuse?

L'Ange de l'école, s'étant posé à lui-même cette question, répond que tout ce qui blesse la raison est par là même contraire à la volonté de Dieu. Celui donc qui, en se refusant obstinément à toute distraction, pèserait péniblement sur les autres, et qui, par une austérité exagérée, se ferait à lui-même un caractère dur, morose, chagrin, ne pourrait assurément servir de modèle1.

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