On EiUhusiastit
suite d'une négligence venant du désir de cacher la folio comme un défaut; mais elles venaient en partie d'une législation fondée sur la superstition qui regardait le fou comme un individu possédé par les mauvais esprits, qu'il était nécessaire de chasser par la plus sévère discipline quand les prières avaient été inutdes. Dans l'antiquité, les Grecs et les Égyptiens employaient des méthodes humaines et raisonnables de traitement. Ce ne fut que lorsque la doctrine chrétienne de la possession par le diable eut été admise qu'apparut la pire espèce de traitement dont l'histoire ait gardé le souvenir. De ce que l'on était la victime de la plus fâcheuse des maladies, c'était une raison non d'entreprendre le traitement médical le plus patient et le plus attentif, mais de soumettre le malade aux mesures les plus dures et à un emprisonnement qui était souvent aussi long que la vie. Eloigner le fou de la vue et, si possible, de la mémoire, se débarrasser de sa présence à tout prix, c'était la seule chose à faire, et, pour exécuter ce désir, les moyens appropriés ne manquaient pas, comme ils n'ont jamais manqué quand il s'est agi de faire le mal.
La grande et bienfaisante réforme qui a été conçue et inaugurée par Pinel en France et introduite en Angleterre par ConoUy et d'autres devait rencontrer une forte phalange de préjugés, d'indifférence égoïste et d'opposition intéressée. Mais elle triompha; et depuis longtemps la révolution dans le traitement de la folie est citée comme l'une des belles réformes du siècle. Il reste encore dans l'esprit public une défiance profonde à l'égard des asiles de fous, et elle s'exprime de temps en temps dans de vagues accusations. Cette défiance est en partie un reste du souvenir de leur ancienne installation, elle résulte en partie des récriminations des personnes aliénées qui prétendent avoir été injustement renfermées ; elle dépend encore plus de la jalousie avec laquelle on veille sur tout ce qui touche à la liberté personnelle; mais elle est surtout due au fait que beaucoup d'asiles appartiennent à des propriétaires particuliers et que Ton suppose que leur intérêt est d'attirer et de retenir autant de malades que possible, plutôt que de les guérir ou de les renvoyer. Tout en prenant en considération ces soupçons, il y a
encore lieu de se féliciter de la grande réforme qui a été accomplie, si nous comparons les plaintes les plus graves que l'on peut avancer aujourd'hui aux accusations que l'on faisait si justement il y a quelques années. Un comité de la Chambre des communes a été nommé dernièrement, à l'instigation de ceux qui n'étaient pas satisfaits de la législation actuelle des aUénés , dans le but d'examiner si les facilités étaient trop grandes pour enfermer les individus dans les asiles et les difficultés trop grandes pour obtenir leur élargissement. Le comité a fait une enquête pénible qui a duré plusieurs mois en prenant un grand nombre de renseignements, y compris ceux donnés parles individus qui croyaient avoir été renfermés à tort comme fous : et le résultat a été qu'on n'a pas découvert un seul exemple d'une personne saine renfermée comme folle, et l'on a fait un rapport qui contenait seulement un petit nombre de recommandations peu importantes. Lorsque l'on compare ce rapport à ceux qui avaient été faits par les deux précédents comités de la Chambre des communes, on voit clairement quels grands progrès ont été accomplis.
Tant que les aliénés ne pourront comprendre qu'ils n'ont pas leur raison, il y en aura qui, assez améliorés pour pouvoir sortir de l'asile sans être complètement guéris, pousseront les hauts cris contre l'injustice des lois dont ils se considéreront comme la victime. La suppression de n'importe quel moyen de contrainte dans la folie n'empêchera jamais le retour de temps en temps de récriminations de cette sorte. Et c'est une Hberté que les partisans les plus fanatiques de la liberté individuelle ne réclameraient pas pour eux. Dans l'intérêt de la société , les êtres anti-sociaux doivent être surveillés, pour les empêcher de nuire à ceux qui peuvent être en contact avec eux ou qui peuvent en dépendre. Dans leur propre intérêt également, aussi bien que dans l'intérêt de leur famille et de la société, il semble bon que les variétés morbides de la race soient ramenées, si c'est possible, à l'état normal. On les renferme donc non seulement parce qu'ils sont dangereux pour eux-mêmes ou pour les autres, mais pour qu'ils puissent être soumis au traitement médical qu ils n'acceptent pas, — ne se reconnaissant pas eux-mêmes ma-
lades, — mais qui, ainsi que la loi l'indique formellement, est « celui de personnes devant être mises en surveillance et en traitement ».
La grande question dans un cas particulier est de savoir si un asile est nécessaire ou non. On admettait généralement il y a peu d'années — d'abord que le meilleur moyen de trailer un individu aliéné était de le mettre dans un asile, et ensuite que, tant qu'il était aliéné, il n'y avait rien de mieux pour lui qu'un asile. Cette opinion a persisté si longtemps qu'elle était devenue une habitude de l'esprit et que quelques-uns lui donnaient l'autorité d'une loi de la nature. Elle a subi néanmoins tant de changements que, maintenant, la question qui se pose d'abord à l'esprit est de savoir si le malade peut être traité convenablement en dehors d'une maison spéciale. Il est souvent très difficile de prendre une décision sur ce que l'on doit faire, vu que des considérations sociales pécuniaires et légales viennent compliquer la question médicale et que beaucoup de médecins voudraient se débarrasser de la responsabilité qu'elle entraîne. Parfois les amis refusent absolument d'adopter le traitement dans un asile, alors que dans l'opinion du médecin ce traitement est désirable ou même absolument nécessaire; parfois, au contraire, ils trouvent urgent d'envoyer le patient dans un asile, et ils ne sont pas moins empressés, si le malade conserve quelque ressentiment après sa guérison, de décliner toute responsabilité et de rejeter les torts sur le médecin consulté. Un homme prudent, après avoir soulagé sa conscience par l'expression sincère de son opinion, évitera scrupuleusement toute pression officieuse, et il déclinera toutes les responsabilités qui ne rentrent pas dans ses fonctions médicales. Dans un grand nombre de cas, la question dépend simplement des moyens pécuniaires d'un individu : s'il est nécessaire de l'enlever de sa maison, on doit l'envoyer dans un asile quand il est incapable de payer le traitement coûteux d'une maison particulière. La dépense nécessitée par une maison ou un logement convenable, par des soins habiles, par le traitement médical monte à une somme que peuvent seuls payer les riches, vu la longueur du temps; et dans un asile on peut avoir tous les soins nécessaires au tiers du prix.
De plus, il y a des cas qui sont manifeslemenl défavorables au traitement particulier. Si le malade est dans un état de manie furieuse, s'il a des tendances désespérées au suicide, s'il est dangereux en raison du délire qui le pousse à commettre des actes de violence, s'il refuse de se nourrir et si l'on est obligé de lui faire prendre de force des aliments, s'il supporte difficilement la discipline, s'il s'insurge contre elle et s'il fait des efforts continuels pour l'éluder, ce qu'il y a de mieux pour lui, c'est un asile. Lorsque la maladie mentale a pour cause l'épilepsie, les soupçons et la fm'ie aveugle qui sont les symptômes de la maladie font qu'il est peu sûr de garder le malade à la maison. D'autre part, il est mauvais d'envoyer dans un asile un individu jeune, dont la folie a une forme hystérique ou se lie à la puberté ou à la masturbation. Le malade pourrait souffrir de son entourage et tomber à son niveau.
Dans le choix d'un asile il s'agit encore, pour ceux qui peuvent payer, d'opter entre un asile particulier et un asile public. Beaucoup de personnes ont profondément enracinée dans l'esprit cette idée qu'il n'est pas de l'intérêt du propriétaire d"un asile particulier de guérir ses malades et que, par suite, il n'emploie pas les meilleurs moyens de les guérir. C'est en fait une sorte de soupçon qui peut s'étendre beaucoup plus loin, on peut supposer qu'il n'est pas dans l'intérêt d'un médecin de guérir ses malades rapidement, qu'il n'est pas dans l'intérêt d'un homme de loi d'expédier les affaires de son client, qu'il n'est pas dans l'intérêt de qui que ce soit de faire rapidement ce qui rapporte un plus grand bénéfice si l'on fait Irainer l'affaire en longueur. Le propriétaire d'un asile, comme tout autre individu, aura son véritable intérêt en somuie à faire le mieux possible ce qu'il doit faire. Il y a une objection mieux fondée contre les asiles d'aliénés particuliers : c'est qu'il n'est pas juste qu'un spéculateur ait le pouvoir de tenir renfermées des personnes privées de leur liberté contre leur volonté, bien que ce soit pour leur bien. Le principe de l'objection est bon et ne peut être contredit; mais la réponse à celte objection particulière, c'est qu'en pratique le propriétaire n'a pas le pouvoir qu'on pense. Les dispositions législatives d'après lesquelles il
dirige ses affaires, les nombreux rapports officiels qu'il est obligé de faire, les règlements minutieux auxquels il est soumis sous peine de perdre son autorisation et l'inspection jalouse que font de temps en temps les inspecteurs et les magistrats que le malade a le droit et la facilité d'invoquer, réduisent une autorité qui parait despotique à une dérision de pouvoir qui ressemble essentiellement à un esclavage. Le propriétaire est plutôt dans la position d'un individu qui aurait une responsabilité illimitée avec un pouvoir très limité.
La force de ces objections écartées, on peut admettre qu'il y a des avantages sensibles dans l'intérêt qu'a le propriétaire d'un asile d'avoir une bonne installation et de prompts succès : quand son profit dépend de sa réputation, il ne doit pas la négliger. II doit plaire à des patrons, et, s'il manque à ce devoir, son établissement en souffre. Un asile particulier bien installé est parfois une résidence plus confortable qu'un asile public, pour la même raison qu'un hôtel bien dirigé par un propriétaire est plus confortable qu'un grand établissement dirigé par un administrateur payé; et cela en raison des intérêts personnels que le propriétaire a dans son entreprise. Dans un asile public, tout dépend du caractère, du zèle et de l'habileté du directeur. S'il a les quahtés requises pour son poste, s'il a un véritable intérêt à travailler, s'il se consacre tout entier à sa lâche, l'installation sera bonne et le traitement efficace; mais, s'il est indifférent ou négligent, s'il a d'autres intérêts, s'il n'a pas le caractère et la capacité nécessaire pour occuper son poste pénible, ou bien s'il n'est pas en harmonie avec le corps des gouverneurs, les abus s'introduisent rapidement ; et un grand établissement a beaucoup à souffrir jusqu'à ce que le désordre monte à un tel degré qu'il attire l'attention du corps des gouverneurs, qui, n'ayant qu'une responsabilité de corps, n'a que des soucis de corps ot ne connaît rien des besoins de l'établissement. Il faut qu'un asile public tombe dans un grand état de désordre pour que l'administrateur soit chassé pour cause d'incapacité; et durant le cours de son déclin, quand le personnel est négligent, qu'il n'est point soumis à celtesiu'veillance de tous les inslants, les malades peuvent souffrirbeaiicoupparsuitedenégligcnceef de mauvais traitement.
o60 PATHOLOGIE DE L'ESPRIT
La discipline d'un grand asile compte certainement pour beaucoup dans quelques cas ; mais elle a ce grand désavantage que l'individualité du malade est peu de chose. Le malade n'est qu'une unité dans une foule dont la majorité ne doit pas guérir, et son traitement moral ne consiste guère que dans la routine de rétablissement et le despo isme des serviteurs. Pour conduire convenablement le traitement individuel de la folie, il est nécessaire de pénétrer le caractère de l'individu pour pouvoir agir sur lui par les moyens moraux, et de rechercher les conditions qui ont déterminé la folie pour pouvoir y obvier. Mais dans un grand asile, contenant deux ou trois cents malades ou plus, où il y a deux médecins faisant une ou deux fois par jour une visite dans rétablissement, examinant les malades d'une manière aussi générale qu'ils examineraient les bains ou les Hts, échangeant seulement quelques mots avec l'un ou l'autre, il y a moins des individus avec un caractère particulier et un tempérament particulier que des résidents, qui pourraient aussi bien être appelés, comme dans un grand hôtel, par le numéro de leur lit que par leur nom. Pour cette raison, il est parfois utile au point de vue du traitement de confier un malade aux soins d'une personne qui se dévoue à sa tâche et qui y ait un intérêt personnel. Dans ces conditions, il peut guérir, bien que dans un asile il n'y eût pas apparence de curabilité.
Les asiles publics ont cependant un grand avantage : c'est que le malade ne peut affirmer, ou que les amis ne peuvent supposer que les autorités aient un intérêt pécuniaire à le tenir renfermé. Cela le met dans une disposition d'esprit plus favorable au traitement et donne en même temps au médecin le profit d'une indépendance que le propriétaire d^m asile ne peut avoir. De plus, ce sentiment est partagé par tout l'établissement, et il en affecte le ton général. Les serviteurs en ressentent les conséquences, et ils ne sont point tentés d'intriguer avec le malade ou avec des amis officieux contre les désirs du docteur, ou — ce qui est encore un plus grand danger dans les asiles particuliers — de conspirer avec le propriétaire pour cacher tout ce qui est mal fait et pour tromper les amis du malade et les m-, specteurs. Quelques malades ont certainement le bénéfice ue
l'espril d'un asile public, et ils se conforment à ses règlements, alors qu'ils se révolteraient contre les ordres d'un propriétaire particulier, qui à leur avis les retient pour son profit. Tous ceux qui connaissent la dilTérence qui existe entre le sentiment général d'une école particulière et celui d'une école publique comprendront facilement ce que je veux dire.
Les conséquences de la position difficile et fatigante d'un propriétaire d'asile privé ne sont point profitables à son caractère : les soupçons auxquels il est sujet de la part des malades et de leurs amis, l'inspection jalouse à laquelle il est astreint, la défiance profondément enracinée que l'on a de ses fonctions, la nature triste et ingrate de ses devoirs et le sentiment toujours pressant de la responsabilité sans un pouvoir correspondant, toutes ces conditions ont sur lui un effet démoralisant; et il court le grand danger d'avoir pour seule ambition de faire forlune, en voyant que c'est la seule compensation de toutes les humiliations et de tous les soucis qu'il supporte. Quand on considère ainsi le traitement d'un aliéné comme un objet de profit commercial, il est clair que c'est un mal et qu'il doit s'ensuivre de grands malheurs. De, plus, les meilleurs médecins ne veulent point accepter une pareille position : et c'est un fait qui est la condamnation pratique des asiles privés, vu que, si les dangers de la position sont tels qu'ils exigent les plus hautes qualités de l'esprit, cette condition ne se réalise jamais.
On ne peut espérer que les asiles privés ou publics soient portés à un tel degré de perfectionjqu'ils ne puissent plus être des sujets de plaintes, à cause des embarras et des angoisses que les maladies mentales occasionnent, des dangers qui les accompagnent parfois, et des conditions de traitement qu'elles exigent. Mais on peut espérer une extension du système des asiles publics et un amoindrissement du système des asiles particuliers en rapport avec le sentiment social. L'abolition absolue de ces derniers ne serait pas une mesure sage actuellement et ne le deviendra peut-être jamais. Il est certain qu'elle ne mettrait point fin aux réclamations incessantes des journaux, puisque celles-ci ont été plus vives en Amérique où le système des asiles publics est en vogue, que dans notre' pays.
Maudsley. t„
Et, de plus, il y aura toujours des malades qui ne pourront s'accommoder de la vie d'un asile public et sur lesquels les associations et le système auraient des elïets nuisibles; et il se produirait assurément de plus grands abus si l'on ne pouvait soumettre des cas récents à des soins et à un traitement spéciaux qu'en envoyant les malades dans un asile public, ou en les confiant dans une maison particulière aux soins de serviteurs et de surveillants inhabiles. En somme, dans le choix d'un asile, dans l'état actuel des choses, les deux principales considérations que l'on doit avoir h l'esprit et que l'on doit peser spécialement sont d'abord Le caractère du malade et la forme de sa maladie, et ensuite le caractère et la réputation de l'asile. On aurait tort de pousser les préjugés à l'égard de tel ou tel système particulier jusqu'à. rejetei' ce qui pourrait être le meilleur dans des circonstances particulières. Si les parents du malade connaissent une personne qui ait été traitée convenablement et avec succès dans un asile particulier, ils feront bien d'agir d'après cette recommandation; si un asile pubUc leur a été fortement recommandé par un individu compétent, ils feront bien de se guider d'après l'avis qu'ils auront reçu.
Quand il n'est pas nécessaire d'envoyer le malade dans un asile, il est souvent nécessaire de lui faire quitter sa maisen, où il est accoutumé à exercer l'autorité et à exiger de l'attention, et où dans sa nouvelle condition, il a fréquemment des occasions d'irritation et de disputes. Il est impossible de permettre a un aliéné de faire tout ce qu'd désire, en se soumettant à tous ses caprices, à ses projets, à ses sentiments pervertis; et la mmndre opposition venant de ceux dont il attend la complaisance peut éveiller un accès d'excitation. S'il est mélancolique, s'il se defle de ceux qu il aimait le plus auparavant ou s'il s'attriste d'avoir perdu toute son affection pour eux, leur présence est pour son esprit malade une cause d'irritation constante ; s'd exige que leui sympathie se manifeste par une commisération constante sur ses souflrances,etsises amis y consentent, sa maladie se trome entretenue par là môme; s'il se croit ruiné, la vue des dépenses nécessaires excite son délire. Un changement de milieu coniplet suffit parfois à donner la guérison ; le malade s éloigne
ijnilieu des circonstances où sa maladie s'est développée et où il trouve mille occasions d'irritation et d'aggravation. Des parents doués d'un tempérament nerveux "semblable au sien constituent le plus mauvais milieu. Si la séparation et l'essai d'un nouveau milieu produisent un choc mental et un véritable chagrin, le mal ne sera pas grand; il vaut mieux avoir un chagrin avec une cause réelle de chagrin que de broder continuellement sur des maux imaginaires ; et une aniiction sincère peut parfois être le point de départ d'un ordre d'idées différent de ses idées fixes. On entend souvent les amis d'une personne dont l'esprit est nettement malade déclarer qu'Userait dangereux pour elle, tant elle est sensible, de l'envoyer hors de sa maison pour la placer sous la direction d'étrangers, et qu'ils ne peuvent consentir cà cet éloignement. Ils se trompent le plus souvent; et le résultat de leurs craintes et de leur opposition à ce qui devrait être fait, mais à ce qui leur est pénible, c'est de laisser passer le moment favorable d'un traitement convenable, à cette période de la maladie où il y a le plus d'espoir et souvent le seul espoir d'obtenir la guérison. Ce n'est aucunement une exagération de dire que beaucoup d'aliénés doivent la longue durée de leurs malheurs aux sympathies jalouses, mais ignorantes, de ceux auxquels ils sont le plus chers.
Dans les premières périodes de la mélancolie, on peut recommander des voyages avec un compagnon convenable, mais non au début d'une attaque de manie aiguë. De plus, on ne doit pas voyager en dehors de son pays au début de n'importe quelle forme d altération mentale; car à moins que le médecin ne puisse prévoir le cours que la maladie doit prendre, c'est-à-dire qu'il ne sache qu'elle n'a pas de tendance à d.ivenir ai-uë il ne doit point permettre au malade de se mettre hors de la portée <les mesures que peut nécessiter sa sûreté ou son traitement II y a souvent de grandes erreurs commises à ce point de vue par ceux qui ne trouvent rien de mieux que de conseiller à une personne qui est sur le point d'avoir une attaque de folie ainië de voyager en pays étranger, ou par ceux qui, ne sachant pas ce qui doit être fait, ne trouvent rien de mieux que de donner un conseil sur ce qu'ils ignorent. Les résultats de pareilles erreurs
sont souvent terribles ; une attaque de manie aiguë peut survenir dans une ville étrangère où ceux qui ont la charge du malade, ignorant les lois, les coutumes et souvent la langue du pays, ne savent que faire et devenir, et sont mis dans les plus cruels embarras et les plus mortelles anxiétés ; ou bien c'est un suicide dans les Alpes, que les journaux rapportent comme une mort accidentelle due a une tentative périlleuse faite pour cueillir une fleur alpestre. A la suite d'un accès de folie aiguë, quand l'atmosphère mentale ne s'est pas éclaircie, quand il reste encore quelque désordre dans les sentiments et les idées faisant craindre le passage de la maladie à l'état chronique, c'est alors qu'un changement de scène opportun peut être d'une importance vitale et faire toute la différence entre la guérison finale ou une maladie incurable. C'est le moment critique où l'on peut parfois sauver la raison en faisant sortir le malade de l'asile ou il était enfermé. Même un changement d'asile, quand le malade ne fait pas de progrès et semble plutôt rester stationnaire, peut être smgulièrement salutaire. Naturellement il n'est pas nécessaire d'envoyer à l'étranger un malade qui sort d'un asile ; il peut aller aux bords de la mer, ou faire un voyage en Ecosse ou dans le pays de Galles. Si ses moyens le lui permettent il peut avec un compagnon convenable et un bon serviteur, aller en Norwège ou en Amérique, ou même faire un voyage en Australie. J'ai vu de bons résultats de toutes ces mesures dans divers cas. Si le malade ne peut faire la traversée en Australie sur un vaisseau de passagers, ou, si pour d'autres raisons, il n'est pas désirable qu'il le fasse, je l'envoie, accompagne d un médecin ou d'un serviteur, sur un bâtiment qui ne prend pas d'autres voyageurs. Bien que sur un pareil navire il n y ait pas d'msta^^^^^^^^^^^ pour les voyageurs, on peut d^pos^^^^^^^^^^
la cabine du capitaine, qui accepte moyennant une retubution
convenable. , ,., ^ .
Il y a des cas de dérangement mental au début qu .1 c^ bo» d'envoyer dans un établissement hydrothérapique ; les malade changent d'habitation, cessent un travail auquel i s n o, plus propres; ils ont une sorte de ^^cieie un régime i^^^^^^ sont soumis à une direction médicale, et, si cela est nécessaire.
TRAITEMENT DE L'ALIÉNATION MENTALE o65
ùb ont le bénéfice et les distractions d'un changement journalier de station. Il y en a d'autres qui, ne pouvant être soumis à ce traitement, peuvent être envoyés chez des médecins qui, dans différentes parties de la province, consentent à se charger d'un malade. Les malades néanmoins doivent être régulièrement inscrits comme aliénés, et tous les règlements qui les concernent doivent être strictement appliqués; car c'est agir contre la loi que de se charger pour son profit d'un aliéné sans se soumettre à tous ces règlements. On doit mettre tous ses soins dans le choix d'un logement convenable, car il y a malheureusement beaucoup de personnes désirant loger un malade qui ont plutôt en vue la rétribution pécuniaire que le •devoir qui leur incombe de veiller à leur malade et de supporter patiemment le fardeau ou les ennuis dont il est la cause. Si on le relègue dans une chambre particuUère et si on le laisse tout le jour dans la compagnie d'une domestique, le patient serait beaucoup mieux dans un asile bien dirigé. En réalité, il est difficile de trouver des soins et un traitement appropriés dans ces conditions, et le médecin est souvent forcé de recommander l'envoi du malade dans un asile, ce qui n'eût pas été nécessaire s'il avait reçu des soins suffisants. Il n'y a presque aucun cas de folie qui ne puisse être traité avec succès dans une maison particulière, si le malade est confié à des personnes convenables; avec des personnes négUgenles, les cas les plus simples vont de mal en pis. Un asile vaut mieux si l'on ne peut laisser le malade circuler librement dans les rues et les chemins, de manière à lui donner un exercice régulier. Il y a encore des malades qui ne doivent pas être traités dans des maisons particulières, parce qu'ils font trop sentir aux autres •et qu'ils sentent eux-mêmes qu'ils sont le principal objet dont on doive s'occuper; avec leurs sentiments morbides, ils sont heureux — d'une manière inconsciente pour eux-mêmes — des dérangements qu'ils occasionnent, et ils se livrent aux caprices qui flattent leur égoïsme au lieu d'essayer de les modérer; ceux-là sont bien mieux dans un asile, où ils ne sont que des unités dans un nombre et des parties d'un système, où leurs penchants morbides et leurs actes pervers n'attirent pas lanf
ratlenlion ou l'alarme et où ils sentent la discipline incessante de l'établissement, contre laquelle il n'y a aucun profil ni aucun plaisir à se révolter.
La pratique autrefois si fréquente de placer les aliénés dans des cottages sous la direction de gardiens doit être condamnée, sinon à titre d'expédient temporaire. Les gardiens qui ont la charge d'un malade doivent être sous la surveillance d'une personne appartenant à une position sociale supérieure, qui puisse lui servir de compagnon. Des gardiens, avides de profiter de la faiblesse des amis des malades qui voudraient é\dter la tacbe d'un séjour dans un asile, prennent des cottages dans le voisinage de leur asile et persuadent aux amis que le malade aura dans l'un d'eux l'avantage d'une surveillance constante sans être dans l'asile. La vérité dans ces cas, c'est que le propriétaire voit le malade une ou deux fois par jour, au moment où l'on attend des visites, et que le reste du temps le malade est grossièrement abandonné ou maltraité, sinon laissé entre les mains de gardiens vulgaires qui lui parlent constamment de paris, de courses, d'ignobles débauches et qui môme changent la maison en une véritable maison publique. Personne ne doit consentir à mettre dans une demeure de ce genre un de ses parents incapable de prendre soin de lui-même et de se distraire, à moins qu'il n'y ait dans la maison une dame ou un gentleman chargé de surveiller les gardiens et de tenir compagnie au malade. Il serait bon que les inspecteurs se donnassent la peine de prendre des renseignements sur les particularités de la vie journalière des malades qui sont ainsi placés dans des cottages, et, s'il en était nécessaire, d'avertir les amis qui sont peut-être grossièrement la dupe de leurs bons sentiments.
Il est de première importance qu'un traitement soit promplement adopté dans tous les cas de folie; la probabilité de la guérison est infiniment plus grande. Les statistiques de tous les asiles sont d'accord pour prouver que moins la ninlatlie remonte loin plus il y a de chances de guérison. Les chances sont, en fait, de quatre contre une lorsqu'on a employé un liaiiement efficace dans les trois premiers mois de la maladie, mai.
elles ne sonl guère plus de une sur quatre quand la maladie a déjà duré douze mois. Si les premiers prodromes de maladie mentale étaient reconnus ou si l'on agissait promptement, il y a des raisons de croire que l'évolution de beaucoup de cas pourrait être enrayée dès le début; mais la difficulté est de faire reconnaître au malade ou aux parents la gravité de la crise, ou, s'ils la reconnaissent, de les amener à se soumettre à ce qui est nécessaire. Il en résulte que la maladie fait des progrès jusqu'à ce que l'habitude d'une certaine action morbide se fixe dans l'organisation mentale; et alors elle ne peut être déracinée promptement par des mesures vigoureuses et énergiques, mais doit être minée lentement, en suivant patiemment un traitement systématique. Et l'on doit bien savoir, pour ne pas s'exposer à une impatience hors de propos, que la durée naturelle des maladies mentales est beaucoup plus longue que celle des autres maladies; si, dans celles-ci, le temps se compte par des heures et des jours, il doit être compté dans les premières par des semaines et des mois.
De plus, on doit avouer que la guérison après une maladie mentale n'est pas aussi franche qu'après une autre maladie, car il y a de grands risques de rechute de temps en temps. Sur ce sujet, nous ne pouvons avoir de meilleure autorité que celle de feu le D"" ïhurnani, qui est arrivé à cette conclusion que si la proportion de /|0 pour 100 de guérison, calculée sur les admissions annuelles dans les asiles, devait être regardée comme faible, et la proportion de plus de Zi5 pour 100 comme forte, la tendance à un retour de la maladie après la guérison d'une première attaque ne pourrait être estimée à moins de 50 pour 100. On peut donc dire que, sur dix individus qui deviennent fous, cinq guérissent, et que cinq meurent plus ou moins rapidement sans guérir. Sur les cinq premiers, il n'y en a pas plus de deux qui restent bien jusqu'à la fin de leur vieles autres ont des attaques ultérieures après de longs intervalles de santé durant lesquels au moins deux peuvent mourir. La crainte qu'ont liabituellemcnt des personnes qui ont été folles de retomber malades à tout moment est en une certaine mesure justifiée. D'abord, les faiblesses et les particularités du
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caractère qui avaient abouti à une première attaque restent les mêmes : la personnalité n'est pas modifiée; et ensuite il y a de plus une aptitude acquise qu'une première maladie a laissée derrière elle.
Quand on prend des mesures pour renl'ermer un aliéné, il est désirable d'éviter toute pratique décevante si c'est possible. On doit faire ouvertement ce que l'on fait, et on doit le donner comme nécessaire et inévitable. Il est certainement mauvais d'entraîner un malade dans un asile sous un prétexte que celuici reconnaît faux dès son arrivée ; mais il est encore plus mauvais d'employer la fraude pour obtenir des certificats médicaux, ainsi que les gardiens le faisaient souvent autrefois et le font encore, et de laisser emmener le malade dans un asile sans lui expliquer quelle est sa position et ce que l'on doit faire pour lui. Souvent les fous sont beaucoup plus raisonnables qu'on ne se l'imagine quand on les aborde ouvertement, quand on les traite franchement et avec droiture. Mais, quand on les trompe grossièrement, les soupçons naturels à leur maladie s'enracinent, ils ne peuvent avoir en ceux qui ont participé à la fraude cette confiance qu'il ont si l'on exerce sur eux une bonne influence morale, et ils ont une tendance à conserver ensuite un ressentiment amer.
Après avoir mis le malade dans de bonnes conditions de traitement, on doit avoir pour but de l'empêcher de s'absorber dans ses idées et dans son exaltation, de le mettre en rapport avec les choses extérieures, de l'engager progressivement dans quelque travail — il importe peu qu'il soit trivial au début — qui détourne son attention de son moi morbide. Si on l'amène à agir comme tout le monde, on peut espérer qu'il est dans la meilleure voio pour sentir et penser comme tout le monde. Le grand principe d'après lequel on doit agir pour guérir la folie est le même que celui que l'on doit suivre pour éviter qu'une personne ne devienne folle : on ne doit pas les distinguer des autres personnes, les séparer de leurs intérêts et de leurs actes. Aussi est-il plus facile pour un aliéné de faire un travail simple ou de s'intéresser à des choses de peu d'importance lorsque son milieu a été complètement changé que lorsqu'on lui de-
miaiule ^l'agir ainsi dans son ancien milieu, car c'est presque une raillerie de l'engager à faire des futilités quand il est en présence des devoirs de la vie réelle qu'il ne peut remplir et quand souvent une grande partie de ses malheurs vient de ce qu'il ne peut les remplir. Le succès des efforts que l'on fait pour engager son attention sur des sujets extérieurs à sa personnalité dépend beaucoup des connaissances, du tact et de la patience de ceux qui font ces efforts. De plus, au tact naturel on doit ajouter une expérience spéciale. Ceux qui, pour encourager le malade, vantent son initiative et ses essais souvent honteux, et qui appellent sur ces essais l'attention au lieu de les observer sans bruit et d'en faire les étapes d'un progrès ultérieur, rejettent au contraire le malade dans son moi morbide et le font abandonner la bonne voie. Si c'est possible, une occupation constante fera plus que toute autre chose pour amener à la guérison : pour l'aliéné, comme pour l'homme normal, l'action est le meilleur traitement des souffrances. La crainte du tort^que peuvent faire au malade les influences dépressives résultant de cette cohabitation dans un asile, avec des personnes atteintes de la même maladie, est généralement exagérée. Dans l'état où il se trouve, il est plus aisé pour lui de commencer à faire quelque chose au milieu de •ceux dont il voit que l'état n'est pas meilleur ou même est pire que le sien, qu'au milieu de ceux avec lesquels il vivait quand il était si différent de ce qu'il se voit maintenant. Quand il peut faire au sujet des autres fous des remarques intelligentes, ne serait-ce que pour combattre les opinions d'un autre malade, de manière à penser moins à lui-même, iljait le premier pas vers la guérison. Quelque étrange que cela puisse paraître, un milieu •de fous est parfois un véritable soulagement et un bénéfice pour un esprit dérangé.
Quand une idée s'est fixée dans l'esprit, il est inutile de lutter contre elle, car elle ne sera point déracinée par le raisonnement le plus logique ; au contraire, elle s'affirmera de plus en plus si on la combat directement. En engageant autant que possible l'esprit dans d'autres pensées, et en substituant ainsi une énergie saine à l'énergie morbide, la force du délire s'aKénue
progressivement, et finalement le délire disparaît. En outre, e» niant absolument la réalité de ce qui paraît si vrai au malade, on blesse son amour-propre et on l'irrite, et il perd à l'égard' des bons sentiments de son contradicteur cette confiance qu'il est pour lui très important d'avoir. Aussi c'est une erreur de traiter son délire par le mépris. Mais, bien qu'il soit inutile de lutter contre lui, on doit éviter de l'accepter comme vrai. Une opposition calme, quelques signes d'incrédulité, une douce raillerie feront connaître au malade l'opinion que l'on a sur ses idées. Un mot de contradiction bien placé aura souvent le bon effet d'ébranler la confiance du malade en son délire, ou bien il sera étonné d'en avoir parlé, ce qui est le premier pas vers le doute. Baillarger rapporte une histoire qui montre bien le peu de force que les preuves ont contre le délire. A l'époque où M. Trélat fut chargé provisoirement d'un service à Bicêtre, il avait dans ses salles un malade qui croyait avoir découvert le mouvement perpétuel. Après avoir lutté inutilement contre le délire, l'idée vient à Trélat que la grande autorité d'Arago réussirait peut-être à convaincre le malade de son erreur. Arago, après s'être bien assuré que la folie n'était pas contagieuse, consentit à combattre le délire de l'aliéné, qui fut introduit dans son cabinet au moment où ïïumboldt lui faisait une visite. Dès qu'Arago lui eut fait la preuve de son erreur, le malade fondit en larmes en déplorant la perte de son illusion. Le but semblait atteint; mais, après avoir quitté l'Observatoire, le malade n'avait pas fait plus de vingt pas qu'il se retournait vers Trélat pour lui dire : « C'est égal, M. Arago se trompe, et c'est moi qui ai raison. » Assez souvent, les amis d'un aliéné qui se croit voué à la damnation éternelle ont recours au service d'un clergyman dans le but de dissiper ce délire parle raisonnement, et dans un cas que j'ai pu observer on s'était adressé inutilement à un évêque éminent. Ceux qui espèrent détruire un délire par le raisonnement feraient bien de considérer combien les convictions les plus illogiques des personnes bien portantes sont peu atteintes par la démonstration la plus claire de leur fausseté, et de voir avec quelle facilité on accepte côte à côte deux opinions logiquement incompatibles. Ces personnes ne croient pa^^
sincèrement que Jonas ait été avalé par une baleine et ait vécu dans son venire pendant trois jours et trois nuits, mais elles seraient choquées si on les accusait de douter de la vérité du miracle. Elles admettent, quand on raisonne tranquillement avec elles, que les chefs de leur parti politique ont fait tout ce qu'ils n'auraient point dîi et ont négligé tout ce qu'ils auraient dù faire dans une 'grande crise, et néanmoins, quand elles se trouvent avec leurs amis, elles acclament et admirent sincèrement les profondes aptitudes d'hommes d'Etat dont ces chef& ont fait preuve dans cette occasion comme dans les autres.
Les croyances, pour la plupart, reposent sur des fondements auprès desquels la raison n'a pas d'accès, sur les sentiments, les préjugés, les habitudes, sur les intérêts, les désirs, le& craintes, et elles changent sans raison quand le substratum des sentiments dans lequel elles sont enracinées change lui-même. L'histoire tout entière montre que les révolutions de la croyance populaire ne se sont point faites graduellement sous l'influence des idées, mais subitement, sans l'aide immédiat de la raison, en conséquence de certains changements de sentiment qui se sont insensiblement produits : la multitude qui acclame un jour son héros et le couvre le lendemain de ses hurlements d'exécration ne pourrait donner aucune raison plausible de son adoration et de sa haine, ni du changement qui s'est fait d'un jour à l'autre. L'effet de la contagion morale, quand l'enthousiasme est enflammé, est de faire penser et hurler les multitudes ensemble comme une meute de chacals. Il en est de même pour un incendie qui s'étend : la chaleur des parties qui brident élève la température dos parties voisines à un degré qui permet au feu de s'allumer aisément : et de même le premier fou fait plusieurs fous.
Le moyen de supprimer un délire, c'est changer le sentiment dans lequel il est enraciné; il faut désarmer le soupçon du malade si le malade est soupçonneux, relever son humeur s'il est déprimé, apaiser sa colère s'il est olïensé, régler son imagination s'il est exalté. De cette manière, un délire est privé de la sève qui le nourrit. Il est donc de la plus haute importance d'avoir près du malade des personnes dont les dispositions et les
procédés soient iidaptés pour gagner sa confiance, et d'éviter toute cause d'irritation, les collisions et l'aggravation de la maladie, qu'amènent des soins mal dirigés. Une femme aura parfois plus d'influence sur un homme aliéné que le meilleur des ■serviteurs. Le malade ne lui résistera point aussi violemment •qu'il le ferait à un homme; il se laissera peut-être persuader plus facilement et avec un sentiment moindre d'humiliation. Il est certain qu'on pourrait employer plus qu'on ne le fait actuel- Jement les femmes pour soigner les hommes atteints de folie. En ce qui concerne les gardiens, il est certain qu'un malade peut s'améliorer en recevant les soins d'une personne, tandis ■qu'il allait de mal en pis tant qu'il était confié aux soins d'une autre. C'est là, en fait, que réside la principale difficulté du traitement de la folie : c'est d'avoir un personnel capable d'un emploi qui exige tant de responsabilité, d'expérience et de patience. La question d'argent n'est pas la seule, car avec de l'argent on ne peut acheter la douceur, la fermeté, la patience, la volonté de remplir sans ennui et sans dégoût les fonctions les plus désagréables, le renoncement à soi-même, qui sont les qualités idéales d'un bon gardien. Il est facile de conseiller l'emploi de personnes d'une classe supérieure à celle où l'on prend les gardiens ordinaires, moyennant un payement plus élevé ; mais on peut objecter que les personnes supérieures, qui ne se sont point trouvées au-dessous de leur position naturelle par suite de défauts de caractère, n'accepteront point un travail pénible, triste et désagréable. Malgré tout, il est probable que l'on peut encore .améliorer la situation des asiles en choisissant au-dessus des gardiens ordinaires des surveillants appartenant à une classe .plus élevée et dont le devoir serait de vivre au milieu des malades, comme le font les gardiens. En attendant, il y a là une grande œuvre pour les frères de la Croix elles sœurs de charité, qui désirent vivre d'une vie d'abnégation absolue. S'il y a un danger dans le zèle religieux indiscret de ces derniers, que ceux qui ont l'enthousiasme de l'humanité constituent une confrérie de riuimanité qui montre au monde de quels sacrifices sont capables ceux qui ne s'inspirent que de l'amour de leurs soniMa- J)les et du désir de faire le bien. Ils contribueront plus par ces
moyens pratiques à la propagation de la religion de l'iiinnanité qu'ils professent, qu'en faisant des réunions pour honorer le grand Être de l'humanité ou qu'en faisant de grands articles passionnés dans les journaux.
Traitement médical.
Le traitement médical spécial des maladies mentales est confiné dans d'étroites limites. Il n'y a aucun médecin qui puisseatteindre la vanité ou les soupçons d'un aliéné, qui puisse chasser de la mémoire un chagrin enraciné, ou qui puisse supprimer les lésions organiques du cerveau. Si la guérison peut s'obtenir, on ne doit compter que sur rinfluence graduelle d'une saine hygiène morale et sur les effets curatifs du temps. Nous devons nous contenter de reconnaître le fait que dans un grand nombre de cas la guérison ne s'obtiendra pas, et cela sans croire que l'art médical puisse être taxé d'incompétence coupable. Il y a des individus qui ont été conçus dans la folie, qui ont été nourris au milieu d'une atmosphère morale morbide, et qui toute leur vie ont pensé, senti et agi d'une manière morbide. Ceux-là resteront fous tant qu'ils vivront; ilsmourront fous, et, à moins qu'ils n'aient changé de nature, ils se réveilleront fous au jour du Jugement.
Pour savoir quel est dans un cas particulier le traitement que l'on doit employer, il faut étudier l'état physique du malade et, si un traitement est nécessaire, agir exactement comme s'il n'y avait aucune maladie mentale. Si le malade est gras, gros mangeur, le médecin doit prescrire un exercice actif et une noruTiture modérée ; s'il est d'une diatlièse goutteuse, on doit s'adresser a la goutte latente, s'il est épilepliqueà l'épilepsie, s'il est phthi sique à la phthisie, s'il est syphilitique à la syphilis, et s'il est anémique à l'appauvrissement de son sang. Le médecin doit avoir plus d'espoir de modifier l'état mental qui repose sur un désordre constitutionnel que lorsqu'il ne tro.ive aucune altération de la santé corporelle. Qu'il essaye d'abord de supprimer ces conditions physiques qui paraissent avoir agi comme causes en totalité ou en partie, du désordre mental, et d'améliorer la 'nu
g74 PATHOLOGIE DE L'ëSPIUT
trition générale. C'est là son premier devoir, et il est clair qu'un ne peut devenir spécialiste dans les maladies mentales si l'on n'a pas une connaissance approfondie des maladies en général.
En second lieu, il est bon de connaître de près les sensations morbides que le malade peut éprouver dans une partie ou l'autre de son corps : souvent ces sensations ont leur origine dans une véritable lésion physique, et elles contribuent à entretenir le délire ou les autres désordres de l'esprit. Les maladies physiques ne sont pas facdes à reconnaître, et chez les aliénés elles peuvent échapper à l'attention, parce que ceux-ci, comme les animaux, ne se plaignent souvent point, et parce que les symptômes ordinaires de la maladie peuvent être masqués par la maladie mentale. Aussi est-il nécessaire de prêter une attention toute particulière aux signes physiques. Il arrive souvent que la phthisie ne se découvre que par les signes physiques, car, même lorsqu'elle est très-avancée, il peut n'y avoir ni toux ni expectoration; et il est incontestable qu'on reçoit dans les asiles beaucoup de cas de phthisie ignorée. Si l'on a dans l'esprit toutes les variétés de conditions organiques étiologiques de la folie, telles que je les ai indiquées, on comprendra la nécessité qu'il y a de faire un examen exact et minutieux de toutes les fonctions corporelles, et cela dans tous les cas, et de mettre à contribution tous les moyens médicaux qui nous permettent de reconnaître ce qui est pathologique. Si je voulais indiquer toutes les altérations physiques possibles, je serais obligé de recapituler ce que j'ai déjà dit.
Avant d'aborder la discussion des moyens particuhers de traitement, je dirai quelques mots de la saignée, qui, à une certaine époque, était aussi à la mode dans le traitement des maladies mentales que dans celui des autres maladies. La saignée ne s'emploie plus maintenant même dans les formes les plus aiguës et d'apparences les plus sthéniques de la folie. Ma conviction, c'est qu'elle n'est pas simplement nuisible, mais qu'elle est dangereuse ; la convulsion de l'esprit n'indique pas la force de l'esprit, et il ne peut bénéficier de la soustraction que l'on fait de la vie qui est dans le sang ; car, bien que la violence des symptômes puisse s'atténuer temporairement à la suite
TRAITEMEiST DE L'ALIÉNATION MENTALE S75
d'une saignée, elle revient rapidement à son état primitif, réclamant une nouvelle saignée; et chaque perte de sang augmente •les chances qu'a la maladie de passer à la chronicité et d'aboulir à la démence permanente. Une soustraction locale de sang, au contraire, au moyen de sangsues appliquées sur les tempes ou de ventouses scarifiées sur la nuque, ne peut être combattue par les mêmes objections. On emploiera ces moyens non pour diminuer l'excitation en déprimant les forces générales, mais pour diminuer la pression sanguine dans des vaisseaux congestionnés, de manière à soulager les éléments nerveux. Si l'on peut arriver à ce résultat, on est certain de suivre les voies de la nature, qui diminue la quantité de sang dans le cerveau pendant le sommeil. En pratique, toutefois, la saignée locale dans la folie n'est guère plus employée que la saignée générale.
A l'étranger, on fait des bains de différentes na tures un usage plus fréquent qu'en Angleterre, où en somme leur valeur n'est pas suffisamment appréciée. Un bain chaud prolongé réussit souvent mieux que tout narcotique à diminuer l'excitation et à procurer un sommeil bienfaisant; et les bons effets de ce bain sont encore augmentés si pendant sa durée on fait une application de froid sur la tête du malade soit au moyen d'une douche, soit en épongeant la tête et la figure avec de l'eau froide. On ne peut douter des bons effets d'un bain tiède pour calmer l'excitation cérébrale. Ce que nous savons des sympathies organiques nous a appris comment nous pouvions indirectement modifier l'état d'un organe directement inaccessible, en déterminant une modification appropriée dans un autre qui est à notre portée. C'est ainsi que nous pouvons agir sur le cerveau au moyen des bains, soit pour augmenter son activité en excitant les nerfs périphériques par des bains froids et des frictions énergiques, soit pour diminuer son irritation au moyen de bains tièdes. Une mesure aussi simple que de laver la figure et le front avec de l'eau froide, surtout si cette opération est accompagnée de douces paroles de la part du gardien, produira souvent un effet qui ne semble point proportionné à la simplicité du moyen. Le bain chaud peut être prolongé pendant une-demi heure et môme plus longtemps; mais ses effets doivent être
surveillés, et l'on doit éviter son usage prolongé quand le pouls est très faible, ou quand il y a d'autres symptômes, tels qu'une paralysie commençante. En France, on a employé les bainsr chauds pendant huit ou dix heures et avec de bons résultats, dit-on ; et Leidesdorf, à Yienne, a, une fois, prolongé pendant trois ou quatre heures, et avec des effets calmants, un bain construit par Hebra, où les malades peuvent être maintenus nuit et jour à une température déterminée. A l'étranger, on a également employé les bains froids d'une longue durée. Le professeur Albers a publié quelques cas] de mélancolie avec excitation, avec des tendances destructives, de l'insomnie et dans lesquels il avait retiré un grand profit de l'usage prolongé des bains froids. Les malades étaient mis une heure ou deux, suivant les circonstances, dans de l'eau à la température de 5/i degrés Fahrenheit. Ces bains avaient pour effet d'abaisser la température du corps de quelques degrés, de diminuer le pouls jusqu'à le rendre presque imperceptible, de calmer l'excitation et de procurer quelques heures de sommeil aux malades quand on les mettait ensuite dans leur lit. C'est là une pratique dangereuse, qui ne peut être recommandée ; les dangers sont hors de proportion avec le bien qu'on peut en tirer; et l'on a cité des cas où l'usage prolongé de bains froids avait donné la tranqmllité de la mort.
L'emploi régulier de douches froides en pluie pendant une demi-minute ou une minute chaque fois, avec frictions cutanées consécutives, doit être recommandé dans la mélancolie chez les sujets jeunes et vigoureux, chez lesquels la réaction se ail complètement ; mais on doit l'éviter chez les vieillards, chez ceux dont la circulation est faible ou ceux qui ont des symptômes de paralysie. Dans la manie aiguë, où il y a une grande excitation, une énergie turbulente, les douches sont parfois administrées systématiquemeni et avec de grands avantages, ei dans ces cas on peut les donner plus longtemps que dans la mélancolie, - c'est-à-dire pendant une ou deux minutes, mai. jamais plus de trois minutes. Quelques médecins ont conseille l'emploi des douches dans des cas où, après la ^l'spï^';'^'''" symptômes aigus, le malade semble lomber dans la dcpie.^
OU la démonce, au lieu de faire des progrès vers la guérison.
. C'est un remède qui est toujours mieux adapté pour les personnes jeunes que pour les personnes d'un âge avancé ou que pour les vieillards.
Les bains turcs ont été prônés d'une manière extravagante par quelques-uns de ceux qui les avaient employés dans le traitement des maladies mentales. On prétend qu'ils sont particulièrement avantageux dans la mélancolie. Je suis incapable d'en parler d'après mon expérience personnelle; mais je crois volontiers que leur emploi discret, avec leur shampooing général, peut rendre des services dans quelques cas de manie et de mélancolie, où la peau est sèche et dure, et où les sécrétions sont altérées.
Le D'' Lockhart Robertson, ancien inspecteur de l'asile du comté de Sussex, recommandait beaucoup et employait largement la pratique qui consiste à envelopper le malade dans des draps mouillés, suivant la coutume liydropathique. Sans doute c'est un bon moyen dans quelques cas d'excitation aiguë. Les draps mouillés ont une action calmante indirecte sur le cerveau, en agissant directement sur la peau, si bien que parfois le malade s'endort sans que l'on fasse autre chose. De plus, en imposant un repos forcé à une personne agitée et excitée, cette pratique laisse agir une boisson sédative qui n'eût eu aucune action sur un malade se promenant dans l'appartement. J'ai été un jour appelé à la hâte pour voir une jeune femme qui avait été alleinle subitement de manie hystérique algue, à la grande consternation de la maison et au désespoir de son médecin, qui ne pouvait rien lui faire avaler. Elle avait mis son lit en pièces, elle était complètement incohérente, et elle s'agitait constamment dans son lit. Elle fut immédiatement enveloppée dans un drap mouillé; on lui arrosa la figure a\cc de l'eau froide, et une serviette trempée dans l'eau froide fut appliquée sur la tète. Alors elle avala sans dilTiculté un drachme de teinture de jusquiame, et elle s'endormit promptement. Le lendemain, toute excitation avait disparu, mais son esprit était confus,' et au bout de quelques jours elle était complètement guérie. Une
outre fois, je fus appelé en province pour voir une dame qui Maudsley.
était iitteinte de folie puerpérale. L'excitation avait augmenté depuis quelques jours, et elle ne dormait point, en dépit de tous les sédatifs. Je la trouvai dans son lit, excitée, complètement incohérente, les jambes liées aux colonnes du lit, et le corps également assujetti au lit. Les lèvres et la langue étaient sèches; la voix était enrouée, à cause des cris qu'elle poussait, et elle refusait la nourriture et les boissons que l'on portait à ses lèvres. Immédiatement, on la délivra de ses liens, on l'enveloppa dans un drap mouillé, et on arrosa doucement son front, sa ligure et sa bouche avec de l'eau froide. Quand, au bout de quelque temps, on lui présenta un mélange de lait et d'eau gazeuse, elle but avec avidité, et on put lui faire prendre un peu de teinture de jusquiame. Elle s'endormit; à partir de ce moment, son état s'améliora, et au bout de trois semaines elle était revenue à la santé.
Ces exemples de résultats exceptionnellement heureux montrent la valeur de l'enveloppement dans un drap mouillé; car il n'est pas douteux qu'ils n'aient été dus à cette pratique et non à l'emploi de la jusquiame. Si cette substance avait été administrée sans que le malade eût été préalablement enveloppé dans l'attitude du repos, il est probable qu'elle n'eût eu aucun effet. Le drap mouillé ne doit pas être laissé plus de trois heures chaque fois, et on doit le changer au bout d'une heure et demi; son but étant le traitement médical et non la contramte mécanique.
La cantre-irritation appliquée sur la tête rasée ou sur la nuque était autrefois très employée, mais elle est maintenant tacitement tombée hors d'usage. Schrœder van der Kolk cependant avait une grande confiance en elle, et il croyait obtenir de bons résultats de' l'application d'un onguent au tartre stibié ou d'un vésicatoire sur la tête rasée; et le D'" Bucknill pense qu'il est bon de frictionner la tête avec de l'iunlc de croton à la période critique, où la folie aiguë est sur le pomt de devenir chronique, ainsi que dans la mélancolie chronique avec délire. Dans un cas, j'ai vu un etîet temporaire remar- (luable résulter de l'applicxition d'un vésicatoire sur la nuque. Une jeune femme qui était depuis plusieurs mois dans un 6tai
de mélancolie avec sliipeiir, ou de démence silencieuse, qui ne disait jamais un mol, sortit un jour de sa stupeur et parla raisonnablement après l'application d'un vésicatoire; mais, le lendemain, elle était très excitée, tendait à devenir violente, et finalement elle retomba dans sa stupeur. L'expérience fut répétée avec le même résultat, sinon que l'excitation et la violence furent beaucoup plus grandes que la première fois. Cet effet rapide montre que nous avons là un agent thérapeutique puissant, mais je ne puis dire avoir vu tirer un bénéfice durable de l'emploi des vésicatoires ou des sétons, dans le traitement des maladies mentales. On ne sait pourtant si l'on pourrait obtenir des effets plus grands, si la contre-irritation était employée plus énergiqnement qu'on ne le fait en Angleterre. On sait que les convulsions des épileptiques peuvent être arrêtées, même dans les cas les plus invétérés, par la suppuration d'une plaie grave. Un épileptique complètement dément, qui avait chaque jour régulièrement deux ou trois attaques, tomba un jour dans le feu et se brûla grièvement le dos de la main et de l'avant-bras. Il y eut une escarre et de la suppuration, et pendant ce temps le malade n'eut pas une attaque, et son esprit devint même plus lucide; mais, dès que la plaie guérit et que la suppuration fut tarie, les attaques revinrent et furent aussi fréquentes et aussi fortes que jamais. Un autre épileptique de la même espèce eut une rupture de l'urètlire, qui se fît derrière un rétrécissement qui avait été négligé. Par suite de l'extravasalion de l'urine, il se produisit une vaste escarre du tissu cellulaire et de la peau du périnée, et de la partie inférieure de l'abdomen; durant ce temps, il n'y eut pas d'attaques, mais celles-ci revinrent dès que les plaies furent guéries. Si l'on rapproche ces faits de ce que nous savons des elTcts inhibitoires de certaines maladies locales et générales sur les maladies mentales, on peut espérer qu'il viendra un temps où l'on poui-ra faire dans cette voie plus qu'on ne fait aujourd'hui, en inventant quelque moyen de contre-irritation ou d'inhibition prolongé et actif '.
1. Oa a rapporté des cas où l'épilopsie coiiséciilive à uuc blessure do la tête avait été améliorée ou môme guérie , môme quand elle était compliquée
Lorsque la digestion et les sécrétions ont été régularisées, le régime des aliénés doit être bon, cela est clair, mais il doit être abondant. Dans la mélancolie et dans la manie asthénique, les symptômes réclament autant de nourriture que les malades en peuvent digérer; et même dans la manie prétendue sthénique, où il y a beaucoup d'excitation, les facultés vitales sont assez fatiguées, et il y a assez de chance de dépression après la disparition de l'orage, pour qu'il soit fâcheux de refuser au malade une nourriture libérale. La bonne ou la mauvaise terminaison d'une attaque de manie aiguë dépend parfois de la quantité de nourriture que le malade a prise pendant le cours de son affection ; si l'alimentation a été suffisante, l'excitation peut durer longtemps; mais, lorsqu'elle est passée, le malade guérit; sinon d peut mourir d'épuisement au milieu d'une excitation qui n'a pu être calmée, ou tomber en démence quand l'excitation cesse. Il est nécessaire de bien savoir que, dans la folie aiguë comme dans la mélancolie chronique, les fonctions digestives peuvent être affaiblies, — dans un cas par la dépense d'énergie vitale qu'entraîne l'excitation maniaque, et dans l'autre par la dépression générale des forces vitales. Aussi l'on doit veiller à ce que l'alimentation soit appropriée et que les aliments soient donnés sous la forme la plus assimilable. Il est déraisonnable de donner de grandes quantités de nourriture solide et mal cuite deux ou trois fois par jour à un malade qui peut l'avaler gloutonnement sans la mâcher convenablement. La nourriture doit être donnée à des intervalles plus fréquents, en petite quantité et sous la forme la plus nutritive. Le mélancolique ■ par exemple devra avoir un régime ainsi composé : une tasse de lait le matin et non un déjeuner complet, une tasse de thé-bœuf ou de bouillon vers onze heures, des huîtres ou une petite quantité de viande à la collation, vers une ou deux
de désordres mentaux, par la trépanation du crùne au niveau du l;;î^^;"^^^'^"^^; Quand le traumatisme n'a pas déterminé de fracture du crâne """ 'ut de' plaie du cuir chevelu, il peut avoir causé rinnaiumal.on ou 1 épai...=.emeul ae^ os et répilepsie consécutive. Dans ces cas également 1 ablation de o P^^^^^^^ trépanation a parfois guéri Pépilepsie {De la trépanaUan dam {<^P'^'I^^'''-^ traumatisme du cràne,\mT le D'M.-G. Echeverria, 1878. Voir aussi le ca. . 11. V.)
heures; un dîner composé de deux plats, au plus, vers six heures, el un peu de lail, ou de arrow-root, ou de Ihé-hœuf en se mettant au lit. Si le malade dort bien pendant la première moitié de la nuit, et s'il se réveille vers deux ou trois heures, incapable de s'endormir de nouveau, ainsi que cela arrive parfois, il prendra une tasse de (hé, ou de thé-bœuf, ou de lait, el souvent il pourra faire ensuite un nouveau sommeil.
Les stimida?its, s'ils, sontnécessaires, ne doivent être donnés qu'avec une grande modération. Si un malade se nourrit bien et si son pouls est bon, ils ne sont nullement nécessaires; mais, s'il avait l'habitude de prendre du vin ou de la bière, il peut continuer à prendre deux ou trois verres de vin ou de bière pendant ses repas. Le maniaque, cependant, qui se nourrit bien se trouve mieux de ne prendre aucun stimulant, et, s'il a besoin de boire, aucune boisson ne lui convient mieux qu'un mélange de soda ou d'eau de Seltz et de lait. Dans quelques cas de mélancolie et de manie qui ont dépassé leur méridien, un verre de stout, ou un peu de vin de Bordeaux, ou un mélange d'eau et de sherry, peuvent être utiles si le malade les prend avant de se mettre au lit. Si le malade ne prend point une nourriture suffisante, si le pouls s'atfaiblit, c'est alors que l'on doit avoir largement recours aux stimulants, touten les régQlarisantcten.observant soigneusement leurs effets : donner du vin et de l'alcool indistinctement, comme on le fait parfois, c'est, à mon avis, une mesure quin'estpasmeilleure que celle de l'homme qui, voulant imiter l'exemple du bon Samaritain, versait de l'huile dans les plaies de ses ennemis, — mais c'était de Vhidle de vitriol. L'emploi judicieux du vin ou des autres stimulants, lorsqu'une attaque de folie est imminente, peut souvent aider à écarter le danger; à cette période où un individu devient anxieux , irritable, craintif, oii il perd le sommeil sous le coup d'affaires de famille ou de revers de fortune, il lui est utile de prendre des stimulants avec ses aliments. Mais ce moyen doit être associé à d'autres mesures préventives, car, si le malade devait son soulagement aux seuls stimulants, il serait tenté d'en augmenter la quantité, el finalement son état s'aggraverait.
Les /;?«\^7ff/20/?,5, autrefois si vantées, sont maintenant évitées
dans le Lraiteraent de la folie. Les anciens employaient largement l'ellébore, dans le but d'évacuer la bile noire qui était lu cause supposée de la maladie : de là la recommandation que l'on faisait à une personne dont les esprits s'égaraient, — Naviget Anticyram^ Anticyre étant le lieu d'où l'on tirait l'ellébore. On a encore souvent trop de tendance dans quelques cas à faire agir les intestins au moyen de purgatifs : on donne du calomel ou des pilules catharliqucs deux ou trois fois par jour pour réveiller les forces abdominales déprimées des mélancoliques, et même le malade qui prend peu ou point de nourriture peut courir le risque de prendre des purgatifs pour vider des intestins déjà vides. Il est vrai que ceux qui prônent ce traitement irrationoel n'essayent point de temps en temps sur eux-mêmes les effets d'une forte purgation mercurielle, pour voir au bout de combien de jours l'irritation intestinale disparaît. De l'exercice, une nourriture abondante et appropriée et parfois de l'huile de foie de morue sontles meilleurs moyens de régulariser l'intestin dans quelques cas de mélancolie. Quand un purgatif est nécessaire, — et il peut certainement l'être au début du traitement, et de temps en temps dans le cours de la mélancolie, — le plus simple est le moins dangereux et par suite le meilleur. Deux ou trois grains d'extrait d'aloès, combinés ou non avec de petites doses d'extrait de belladone et de noix vomique, ou bien une pilule de rhubarbe ou une cuillerée à bouche d'huile de ricin répondent ordinairement au but que l'on se propose. Souvent une petite quantité d'huile de ricin réussit là où les purgatifs les plus, énergiques avaient échoué, et cette substance a l'avantage qu'il n'est pas nécessaire d'augmenter la dose quand on doit l'administrer une seconde fois. Un verre à vin d'eau apéritive de Hongrie (Ilunyadi Janos), pris à jeun le matin, est souvent suffisant, et c'est peut-être là le laxatif le plus avantageux dans la mélancolie. Parfois même, un verre d'eau froide pris le matin suffit. On ne dit rien dans les livres de médecine sur les moyens mécaniques qui peuvent provoquer ou favoriser l'action des intestins. Mais il n'est pas douteux que des frictions pratiquées sur l'abdomen et les lombes ou que de petites tapes sur le coccyx répétées de temps en temps au moment où les intestins
entrent normalement en activité, ne puissent réussir soit par le fait direct du choc, soit par action réflexe, à exciter les intestins quand les autres moyens échouent.
Je vais maintenant étudier l'emploi des prétendus sédatifs dans la folie. C'est une pratique presque universelle chez les médecins, lorsqu'ils ont aifaire à un cas de maladie mentale, de prescrire des calmants dans le but de diminuer l'excitation et de procurer le sommeil, et le médecin consultant a de temps en temps l'occasion d'observer les elTets désastreux de l'emploi immodéré de doses considérables et souvent répétées d'hydrate de chloral. L'opinion est cependant très divisée en ce qui concerne la valeur des sédatifs, et tandis qu'un médecin placé à la tète d'un asile important les dénonce énergiquement comme dangereuses, un autre médecin dont la pratique n'est pas moins considérable ne trouve pas assez de bien à en dire.
Il y a quelques années, j'ai saisi l'occasion de poser la question de savoir si c'était une bonne chose d'étouffer l'excitation mentale au moyen des calmants \ et de demander que l'on examinât sérieusement s'il y avait réellement un bénéfice à mettre les cellules nerveuses du cerveau du malade tlans une sorte de camisole de force chimique. La réponse à cette question a été, je pense, delà part des partisans des calmants, plus résolue que bien réfléchie. En réalité, elle se réduisait à ceci qu'il était bon de procurer du sommeil quand il y avait de l'insommie et qu'il était bon d'éteindre le feu qui brûlait dans une maison. Mais on ne voyait pas, ou môme on ne soupçonnait pas que le sommeil naturel et le sommeil narcotique pouvaient être deux états dilîérents et qui peut-être ne méritent pas le nom commun de sommeil. Il est incontestable qu'un malade peut être rendu inconscient par l'hydrate de chloral, comme par l'administration du chloroforme; mais on ne sait si, dans ces deux cas ou dans les états artiliciels semblables, il se produit la même restauration des éléments nerveux que dans le sommeil naturel. Les connaissances exactes à ce sujet font entièrement défaut : l'état
1. Discours présidenliel Sur la folio cl son Iraitcmcat fuit devant l'Associa- Uou médico-psychologique (Journal of mental science, octobre 1871).
produit par le chloral ressemble au sommeil, el (oui le reste n'est qu'hypothèses. A la seconde raison, si Ton peut donner le nom de raison à ce qui n'est qu'une analogie, à savoir qu'il est bon d'éteindre le feu, on peut répondre que, s'il est certain que le sédatif peut éteindre la flamme au premier moment, il n'est pas certain qu'il ne contribue pas finalement à entretenir le feu. Le malade se réveille-t-il mieux portant à la suite de son sommeil artificiel, ou plutôt ne se trouve-t-il pas dans un état d'excitation plus grande? De plus, la période d'excitation estelle réellement abrégée et la guérison est-elle favorisée, ou bien le fréquent usage des narcotiques prolonge- t-il la maladie et lui donne-t-il une tendance à passer à l'état chronique ? Ce sont là des questions importantes qui exigent des études particulières et auxquelles on ne peut répondre que par des observations nombreuses et attentives.
Il y a encore un autre argument en faveur de l'emploi des sédatifs, qui, ayant une apparence scientitique, doit être mentionné. Il est fondé sur la connaissance que nous avons des effets antidotiques qu'a en physiologie un poison à l'égard d'un autre, la belladone à l'égard de l'opium par exemple, ou le chloral à l'égard de la strychnine. Etant donné qu'une dose mortelle de strychnine, qui donnée seule eût rapidement tué l'animal au raiUeu de convulsions tétaniques, peut être administrée sans danger si on lui associe une forte dose d'hydrate de chloral, n'estil pas probable que le chloral est également bon pour supprimer la furie convulsive d'un esprit malade? Cependant on doit craindre que l'analogie ne soit pas complète. L'animal ne sera point empoisonné par la strychnine s'il peut vivre jusqu'à ce que le poison soit éliminé, et l'élimination se produit dès que le poison a été absorbé. Si donc la moelle épinière, sur laquelle agit la strychnine, peut être rendue moins sensible à son action, il n'y a plus rien à craindre lorsque le poison a été éliminé. Mais il n'en est pas ainsi dans la manie. Il y a peu de cas, si môme il y en a, où nous ayons des raisons de supposer que l excitation soil due à l'aclion directe d'un poison venu du dehors, dont le corps a hâte de se débarrasser et dont l'action physiologique puisse être combattue par les sédatifs. De plus, unsédalil
aussi employé que ropiiim arrêle positivement l'excrétion en modérant los sécrétions.
La vérité, c'est que dans cette question on doit en appeler à l'expérience. Si elle prouve que les sédatifs sont utiles dans le traitement de la manie, nous devons accepter le fait, bien que nous ne puissions découvrir la théorie de leur action, de même que nous devons nous contenter de connaître les effets curatifsde la quinine dansl'impaludisme sans savoir comment elle opère. Malheureusement l'expérience donne des résultats contradictoires. Le médecin d'un asile, après avoir essayé l'hydrate de chloral, le décrit comme un « enfer cristallisé »; un autre le regarde comme le médicament le plus utile que nous ayons dans le traitement de la folie; l'un dit que, s'il y a une forme de folie où l'opium et le chloral soient positivement dangereux, c'est la manie aiguë délirante, tandis qu'un autre déclare qu'il n'a jamais perdu un seul cas de manie aiguë délirante depuis qu'il les traite par le chloral. Telles sont les données contradictoires de l'expérience. Il faut encore connaître le caractère de l'expérimentateur pour savoir quel est le plus digne de foi, bien qu'il soit certain que, lorsqu'il s'agit de l'action du médicament, celui qui est le moins héroïque dans son emploi, qui a le moins de confiance en son efficacité ait eu le plus chances, en vertu de son tempérament mental, d'avoir observé attentivement et d'avoir fait de saines inductions.
Il est probable que de la confusion et des contradictions sont nées de ce que l'on n'avait pas présentes à l'esprit les différentes vues dans lesquelles on a employé les sédatifs. On les emploie dans quelques asiles pour abattre l'excitation et donner le repos au malade, et les garde-malades ont chaque nuit, parfois même le jour, des potions de chloral ou autres qu'elles administrent à certains malades excités, bruyants ou sans sommeil. En fait, ils servent, comme les moyens mécaniques que l'on employait anciennement, à calmer un malade turbulent. Mais il no s'ensuit pas, s'ils atteignent ce but, qu'ils servent en même temps à favoriser la guérison ; au contraire, on comprend très bien qu'ils puissent avoir TelTet calmant désiré sans aider réellement à la guérison. Celle-ci peut exiger un autre traitement. Et cepen-
danl on fait si peu attention à cela que l'on entend souvent louer avec une joie nawe l'emploi prolongé des sédatifs. Mais on oublie de dire, et peut-être que l'on n'y songe point, si le malade s'est amélioré et s'il a guéri finalement. « Si l'on employait méthodiquement les injections de morphine, dit un écrivain enthousiaste dans un récent numéro d'un journal allemand, la camisole de force et tous les cabanons dispendieux des asiles à l'usage des cas violents pourraient être supprimés » Ce qui veut dire que la coercition chimique des cellules nerveuses du cerveau malade peut remplacer la coercition mécanique du corps. L'argument décisif contre la coercition corporelle était que, si elle" pouvait calmer le malade, elle aggravait en réaUté sa maladie. La question que l'on doit se poser maintenant, c'est de savoir si la coercition chimique donne un bien durable ou si, en diminuant l'excitation mentale au prix des facultés mentales, elle « ne fait pas la paix en faisant la solitude ».
Il est incontestable que la grande majorité des pensionnaires d'un grand asile ne doit jamais guérir, quel que soit le traitement auquel on ait recours. Ceux qui droguent les malades abrutis ne peuvent être accusés d'avoir risqué leur guérison. Mais il n'est pas certain qu'il soit irréprochable de mettre inconsidérément en pratique un système de traitement que l'expérience des asdes les mieux dirigés a démontré être inutile, sinon dangereux. Il ne peut y avoir entre les asiles des différences telles que ce qui est précieux dans un soit nuisible dans l'autre. Or le D"^ Clouston s'est donné la peine de poursuivre une série de recherches sur les effets de l'emploi prolongé et fréquent de l'opium chez les malades de l'asile de Cumberland, et il est arrivé aux résultats suivants : que l'opium cesse rapidement d'agir; que les malades maigrissent, que leur température moyenne s'abaisse, que le pouls diminue de fréquence, et que dans tous les cas, pour employer ses expressions, « il entravait la nutrition et faisait faire un pas vers la mort. » Si ce sont la les elïcts do l'opium, que doit-on attendre de l'usage prolonge
1, D' Wolf, Arcliiv fur Psychiatrie u. Nervenh-aiiklieitcn, B. II, § 601.
(lu chloral, qui est certainement plus nuisible à la nutrition générale et surtout à la nutrition du cerveau que ne l'est l'opium? On peut, je crois, reconnaître dans un asile les habitués du chloral à leur aspect misérable. Quoi qu'il en soit, il n'est pas encore prouvé qu'il soit plus scientilique d'employer régulièrement du chloral ou tout autre sédatif, que de mettre les malades dans des chambres disposées de manière à les rendre insensibles, en leur faisant respirer un mélange déterminé d'air et d'acide carbonique.
En ce qui concerne l'emploi des sédatifs dans le but d'aider à la guérison dans la folie aiguë, mon expérience m'a appris que, si parfois ils peuvent être nécessaires et bienfaisants, leur usage répété chaque jour et chaque nuit est incontestablement nuisible, — qu'il conduit à la démence ou à la mort. Et il est possible même que les calmants ne procurent un sommeil bienfaisant que dans les cas où, avec un peu de patience, le sommeil eût pu être obtenii par d'autres moyens. Il est certain que dans tous les cas ils doivent être considérés comme les parties accessoires du traitement et non comme la partie fondamentale.
Uopium, qui était anciennement très employé, a été supplanté par l'hydrate de chloral ; je le crois cependant plus utile et moins dangereux. J'en ai retiré plus de profit quand une attaque de folie de cause morale était imminente que lorsqu'elle avait éclaté. Au début de la dépression mentale, quand le malade est nerveux, déprimé, craintif, sans sommeil, un peu d'opium pendant deux ou trois nuits consécutives procurera le sommeil et parfois améliorera beaucoup la situation du malade; dans d'autres cas, de petites doses stimulantes de morphine deux ou trois fois par jour paraissent être réellement utiles. Je suis convaincu d'avoir vu une attaque imminente de folie éloignée par ce moyen, en môme temps que la tranquillité de l'esprit se rétablissait. Mais il y a deux choses que l'on ne doit point oublier en ce qui concerne l'opium : d'abord il y a des personnes qui ne peuvent aucunement le supporter, et il est impossible de dire avant de l'avoir essayé quels seront ses effets ; et ensuite il est bien plus efficace chez les vieillards nue
588 PATHOLOGIE DE l'esprit
chez les personnes jeunes. Dans la manie aiguë et dans la mélancolie agitante, je n'ai jamais observé de bons résultats, et j'ai même vu souvent des accidents consécutifs à l'usage répété de l'opium. Il est presque toujours possible d'obtenir un sommeil profond d'une heure ou deux si l'on donne des doses assez considérables d'opium; mais le malade se réveille plus excité et plus incohérenlrqu'auparavant, et, si l'on continue, il peut mourir d'épuisement pendant l'orage ou devenir dément quand l'orage s'est dissipé. La chose importante, c'est de veiller à ce que le malade se nourrisse durant le paroxysme de sa maladie; or l'effet de l'opium est précisément d'arrêter les sécrétions, de diminuer l'appétit, de rendre la langue sèche et chargée, ce qui indique un colapsus fatal. Si le rein est malade, l'opium est encore plus dangereux. Quoi qu'il en soit, il agit mieux dans les formes de manie subaiguë et asthénique et chez les vieillards que dans n'importe quelle forme de manie aiguë et slhénique ; et il ne sert absolument à rien dans la manie aiguë délirante, dans la manie récurrente, dans la manie épileptique et dans les attaques de manie aiguë qui se présentent dans le cours de la paralysie générale. Dans tous les cas où on le donne, je mets en règle que, si une ou deux potions ne donnent pas le sommeil ou" ne procurent pas une araéUoration positive, on ne doit pas insister.
On a beaucoup vanté les effets de doses croissantes d'opium administrées deux ou trois fois par jour dans la mélancohe. Il est certain que dans la mélancolie l'opium ne paraît pas toujours aussi mal agir que dans la manie; mais il est clair que l'on doit soigneusement distinguer les cas où l'on adopte ce traitement. Si l'individu est obèse, si les sécrétions et les excrétions se font mal, ou si la mélancolie a une origine goutteuse, il serait irrationnel d'employer l'opium, tandis qu'il peut être utile dans la mélancolie qui est sous la dépendance d'une nutrition défectueuse et de causes morales dépressives, et surtout dans la mélancolie qui survient dans un âge avancé. Le médecin traitera son malade et non une entité mélancolique abstraite Mon expérience de ce traitement héroïque ne me permet pomt fl en parler avec confiance, et je préfève employer de petites doses
répétées de morphine dans le cas de mélancolie asUiénique et chez les vieillards, et c'est alors dans ce cas-là seulement que j'essaye d'en prolonger l'emploi.
On peut avoir recours aux injections hypodermiques de morphine quand le malade refuse de prendre ses médicaments, et celte substance opère de cette manière avec plus de certitude, avec plus de rapidité et avec plus d'efficacité que lorsqu'elle est prise par la bouche. On n'injectera pas d'abord plus d'un quart de grain, en augmentant la dose ensuite si cela est nécessaire. Je n'ai pas eu de meilleurs résultats avec les injections hypodermiques de morphine qu'avec les potions prises à l'intérieur; il est certain qu'elles n'éteignent point la fureur de la manie aiguë ou de la mélancolie aiguë, et il ne semble pas que ce soit une bonne pratique dans le traitement de la folie chronique. Et plus d'une fois j'ai vu des injections successives de morphine être suivies par un coUapsus fatal ou par le coma.
J'ai encore une plus mauvaise opinion de Vhydvate de cliloral, et je crains que sa découverte, loin d'avoir été un bien pour l'humanité, ait été un mal. Une seule potion, ou une potion de temps en temps, au début ou dans le cours d'un désordre mental, peuvent certainement servir comme palliatif; mais il serait pernicieux d'en faire un usage habituel. Voici un fait qui n'est pas rare : une personne se sent devenir nerveuse, craintive ; elle perd le sommeil, et elle ne peut faire face à ses affaires ; alors, pour se donner des forces, elle prend de temps en temps quelque slimulaut, et, pour éviter les horreurs d'une nuit d'insomnie, elle prend du chloral avant de se mettre au lit; elle continue cette pratique pendant des jours et des semaines, sans autre effet que de rendre sa situation plus mauvaise ; et finalement elle aboutit au suicide ou à la folie, si de meilleurs conseils ne prévalent point. Quand on emploie d'une manière permanente ce qui ne peut être utile que d'une manière temporaire, — qu'il s'agisse d'un stimulant ou d'un narcotique, — on ne peut manquer d'aboutir à un résultat désastreux. Si dans la manie aiguë on donne du chloral pour faire dormir le malade, on réussit le plus souvent si la dose est assez considérable, mais je n'ai jamais remarqué que le malade fTit amélioré par un som-
5yO PATHOLOGIE DE L'ESPRIT
meil ainsi obtenu ; au contraire, je l'ai toujours vu plus excité et plus fou au moment du réveil, et l'expérience m'a appris que l'attaque durait plus longtemps que lorsqu'on ne donnait pas de chloral. Les plus mauvais cas de folie que j'ai vus étaient des cas où l'on avait administré pendant quelque temps du cblorai à doses massives et répétées. Dans le cas le plus violent de manie puerpérale que j'ai observé, on avait donné pendant trois ou quatre semaines kO grains de cblorai trois fois par jour ; et la malade commença à s'améliorer dès que l'on eut supprimé le cblorai, et elle put guérir. Si l'on avait continué cette médication, il n'est pas douteux que la malade ne fut morte ou fût devenue démente K
Dans une autre circonstance, je fus appelé à la bâte pour \ oir une femme jeune et vigoureuse atteinte de manie puerpérale à la suite de la naissance de son premier enfant : pendant deux jours on lui fait prôndre des potions successives de cblorai pour la calmer, et le médicament avait certainement produit son effet, car, au moment où je la vis, elle était mourante et mourait, deux beures après, de syncope. C'est un des trois cas où j'ai vu des doses massives de cblorai amener la mort subite par syncope, danger possible qu'on ne doit jamais perdre de vue de même que pour l'opium : les bienfaits du cblorai sont plus sensibles, et le danger moindre dans la mélancolie que dans la main aiguë; mais, là même son emploi doit être accidentel et non babituel; c'est une ressource momentanée qu'on ne doit employer qu'en attendant des mesures différentes et d'un emploi permanent. Le D'' Clouston ainsi que d'autres auteurs ont loué les vertus du cblorai cbez les épilepliques, pour éviter la manie épileptique.
1 Comme exemple de la persistance avec laquelle ou doune parfois le chloral, en dépit de tonte absence d'amélioration et malgré les préjudices qu il cause, je puis citer un cas de manie aiguë hystérique pour lequel je fus appelé un ioùr. On avait donné de fortes doses de chloral deux fois par jour pendant des semaines, et des doses encore plus fortes pour la nuit. Cependant I excitation n'avait été aucunement calmée, et l'état mental s aggravait Do plus, les choses avaient atteint un point où il était impossible do faire ava or q»ioi que ce lïit à cel le malade ; aussi on avait été forcé de cesser 1 administration du chloral pendant le jour, mais la nuit on le donnait par le rectum. Mais co.m"e 1 fallait lutter pour cela, ou commençait par chlorolormiser la malade et 1 on aisait ensuite l'injection. Le traitement fut interrompu pendant quelques jours, mais ou y revint, je crois, et la malade finit par m-iurir.
Dans les cas de grande agitation, maniaque ou mélancolique, où l'on doit éviter l'opium et le cliloral, la digitale réussit parfois à donner la tranquillité. La digitale était très appréciée des vieux auteurs qui ont écrit sur la folie, et elle revient en faveur après être restée longtemps dans l'oubli. Elle calme l'agitation et diminue la fréquence du pouls, qui, sous l'influence de doses répétées, peut même tomber au-dessous de la normale. En général, ses effets sont certainement excellents et parfois merveilleux dans les accès de manie qui se présentent dans le cours de la paralysie générale. Il y a deux précautions qu'il est prudent de prendre : il faut commencer par une dose de 1/2 drachme au plus et non par les doses de 1 drachme ou 2, de manière à observer les effets de la digitale sur le pouls ; et ensuite il ne faut point prolonger l'emploi de doses considérables, sans en surveiller attentivement les effets. On croyait anciennement que la digitale s'accumulait dans le système nerveux, quand elle était donnée à dose ordinaire, et qu'elle produisait subitement des effets dangereux et même mortels, et, bien que cette opinion soit encore acceptée généralement, la mort arrive plutôt à la suite de l'administration répétée de grandes quantités de digitale. Il paraît certain qu'im malade peut prendre impunément de grandes doses de digitale tant qu'il reste couché, mais il court les chances d'un collapsus fatal s'il se lève subitement ou s'il devient excité.
la, jusqiiiame est un sédatif employé dans la folie; mais ou doit la donner sous forme de teinture, à la dose de 1 drachme ou 2. De même que la digitale et le chloral, elle agit mieux si elle est associée au bromure de potassium que lorsqu'elle est donnée isolément. Elle peut échouer; mais son emploi prolongé ne donne pas d'autres accidents que la perte de l'appétit et des vomissements. Son alcaloïde, l'hyosciamine, est entré récemment dans la pratique, sur les recommandations du D' Lawson, à la suited'une séricd'expéricncesfaitesà West Ridinf/ Asylum. C'est une substance active, qui détermine à la dose de 1/2;-) ou de 1/30 do grain, des symptômes toxiques analogues à ceux qui suivent l'administration de grandes quantités de teinture de jusquiame, c'est-à-dire une faiblesse paralytique des membres, se tradui-
o92 PATHOLOGIE DE L'ESPRIT
sant par une démarche chancelante cL l'impossibiUté de se leniidebout, une torpeur intellectuelle, un délire vague, une exti-ème sécheresse de la gorge qui gêne ou rend impossible la déglutition , et une grande dilatation des pupilles. Ces eiîets mettent douze heures à se dissiper, et parfois la prostration intellectuelle ne disparaît qu'au bout de deux ou trois jours. Yu la sécheresse de la gorge et la perte de l'appétit, on ne doit donner dejusquiame dans aucune forme de manie asthénique, car il importe que le malade ne cesse point de s'alimenter. Son emploi doit être limité aux cas de manie bruyante et turbulente, où la vigueur est assez grande et où l'on ne court pas le risque d'un épuisement mortel par suite de la prostration physique et mentale. Mais cela ne veut pas dire que dans ces cas elle favorise la guérison; tout ce que Ton peut réclamer à son actif, c'est qu'elle calme les malades. Ceux-ci ont parfois à son égard un singulier dégoût, et ils sont effrayés du souvenir des effets qu'elle a produits sur eux. Récemment, le D'' Savage l'a essayée à Bethle/iem liospital, dans quelques cas de manie violente et dans un cas de mélancolie, et, d'après lui, loin d'être utile, elle a été nuisible. Dans un cas de manie, le traitement fut interrompu au bout de deux mois, « parce que le malade maigrissait d'une manière alarmante et devenait pâle. » Dans un autre cas, il fut interrompu, parce que le malade perdait son poids et ses forces; et, dans le fait de la mélancolie, « l'état physique du malade s'aggrava sans que celui de l'esprit -s'améliorât aucunement. » Les instincts des malades les font se révolter énergiquement contre lui. Une malade, quand elle voyait le D' Savage, devenait violente et l'appelait assassin; une autre devenait enragée, le frappait et l'appelait « empoisonneur» . Pour la jusquiame, comme pour les autres sédatifs, nous voyons donc que, si cette substance peut être accidentellement utile, le mal est d'autant plus grand que le traitement est plus héroïque.
La ciguë, dont l'action ressemble beaucoup à celle de la jusquiame, a été chaudement recommandée sous forme d'extrait de ciguë. On en donne d'abord un ou deux drachmes, mais on peut augmenter la dose et donner une ou deux onces en trois fois dans une journée, et il est bon de l'associer au bromure de .potassium. La ciguë diminue l'excitation des paroxysmes dans
quelques cas de manie récurrente; elle échoue dans d'autres, et rien ne prouve qu'elle améliore le désordre intellectuel. Le docleur Savage a vu dans quelques cas cette substance déterminer une faiblesse mentale, et, bien qu'on puisse attribuer cet etîet à une autre cause, le fait est que plus il insistait dans l'emploi de la ciguë, plus la faiblesse mentale augmentait. S'il en était ainsi, on ne devrait point être surpris : le Latura stvammonium dont l'action physiologique ressemble à celle de la ciguë et de l'hyosciamine, est souvent employé en qualité de poison dans l'Inde, et l'on a observé que la mémoire et les facultés mentales ne revenaient qu'au bout de quelques jours chez ceux qui avaient été fortement intoxiqués. Pour ma part, je ne doute pas que celui qui prend de grandes quantités d'extrait de ciguë ne puisse guérir si la vis medicatrix naturse est assez forte pour combattre et la maladie et le médicament.
Le D"" Glouston a beaucoup vanté un mélange de chanvre indien et de bromure de potassium comme sédatif, et il oppose les effets de son usage répété cà ceux qui suivent l'emploi de l'opium, au grand désavantage de ce dernier. L'agitation se calmait; au bout de neuf mois, le médicament n'avait pas cessé d'agir, l'appétit n'était pas altéré ; le malade avait gagné du poids, et la température avait diminué. En fait, on obtenait ainsi le maximum des bons effets et le minimum des mauvais. Ce qu'on oublie cependant, dans ces expériences, c'est de donner le rapport qui existe entre les guérisons et les vertus du médicament; il est vrai que 80 pour 100 des malades furent plus ou moms améliorés, mais un seul guérit. Un sceptique pourrait demander combien de guérisons ont été entravées.
J'ai peu de chose à dire des autres calmants, parce que je n'ai rien à ajouter à ce que j'ai déjà dit dans les pages précédentes. Le bromure de potassium s'emploie largement dans toutes les variétés de désordres nerveux et mentaux et on ne peut douter de sa valeur, soit qu'on le donne seul, soit qu'on le combme à l'un des sédatifs déjà mentionnés. Cependant il serait bon de poser plus nettement qu'on ne l'a fait jusqu'à présent les mdicalions exactes de son administration, car actuollemcnl un malade prend du bromure de potassium, s'il est maniaque ou Maudslky.
mélancolique, excilé on déprimé, sans sommeil ou somnolent, s'il a des douleurs vives ou de la lourdeur de tête, — en somme dans tous les troubles de l'esprit ou du cerveau que l'on peut imaginer. Il semble surtout efficace dans les cas de folie hystérique et dans tous les cas où il y a de l'excitation sexuelle, et il est certain qu'il rend de grands services dans l'épilepsie non invétérée. Mais je n'en ai retiré aucun profit dans la folie récurrente; je n'ai pas essayé de l'employer dans l'épilepsie ancienne avec complication mentale, car la suppression des attaques peut être suivie dans quelques cas d'attaques et d'accès de fureur qui sont positivement alarmants. C'est un bon moyen, non dangereux, pour procurer le sommeil : et son efficacité peut encore augmenter si on le donne, au moment où le malade se met au lit, dans un verre de bière ou de porter.
L'acide cyanliydrique à fortes doses a eu ses avocats comme les autres calmants. Je ne l'ai point employé à doses héroïques; mais des doses ordinaires m'ont paru bonnes dans quelques cas de manie où il y avait de l'irritation des organes abdominaux. Il est possible qu'il agisse alors indirectement sur le cerveau par une action sédative directe sur des organes dont l'activité est préjudiciable au cerveau. Le tartre stibié était autrefois très en vogue dans les asiles. Comme le cliloral aujourd'hui, on le donnait pour calmer les malades bruyants et excités, et on y avait recouru dans le traitement médical de la manie aiguë. Dans ce dernier cas, si on l'administre à haute dose, il donnera la paix de la prostration ; mais l'agitation reviendra après un sommeil temporaire, dès que le malade cessera d'être sous l'innuence du médicament ; et, si l'on en continue l'usage, on supprimera l'appétit dans des cas où la nécessité de l'alimentation était urgente et on aboutira à produire une dépression fatale. D'autre part, il y a des malades atteints de manie chronique, vigoureux, turbulents, agités, dont le pouls est régulier, la langue bonne, dont la santé est du reste parfaite, chez qui le corps semble pour ainsi dire accHmaté à la folie, qui ne souffriront aucunement de fortes doses de tartre stibié s'ils n'en retirent aucun profit.
Los remarques précédentes pourront paraître inspirées par
un esprit de scepticisme excessif à l'égard des calmants dans le Irailement de la folie. Mais qu'on n'oublie point qu'elles s'appliquent à leur emploi répété chaque Jour et chaque nuit, dans le but de calmer une excitation qu'ils ne calment point et de procurer un sommeil qui n'est point réparateur, et non à leur emploi occasionnel en tant qu'ils peuvent aider des moyens thérapeutiques rationnels . On ne doit point s'attendre qulme personne atteinte de manie aiguë ait la même quantité de sommeil qu'une personne bien portante, et l'on a tort de provoquer ce sommeil par des drogués stupétiantes. Si le malade ne dort pas une nuit, il est probable qu'il dormira mieux la nuit suivante, et si l'on attend patiemment, si l'on surveille l'étal physique, si l'on a soin de lui faire prendre de l'exercice à l'air libre, si on lui donne une nourriture suffisante, si on lui laisse prendre des bains quand il le désire, si les personnes qui l'entourent évitent d'irriter son cerveau et d'augmenter son agitation, on verra avec plaisir que le sommeil naturel qu'il se procure de temps en temps augmente progressivement, et l'on peu! être satisfait si quelques heures d'un sommeil naturel, même lorsqu'il ne revient que toutes les deux nuits, améliore davantage sa situation qu'une nuit entière d'insensibilité produite par le chloral. En ce qui concerne les mélancoliques, on doit remarquer qu'ils dorment plus qu'ils ne le disent et qu'ils ne le pensent, et, avant de traiter leur insomnie, il est bon d'en avoir la preuve en les faisant surveiller pendant la nuit. De plus, s'ils se sont habitués à prendre une potion calmante, ils déclarent qu'ils ne peuvent dormir une minute sans elle; et cependant, si on diminue sans qu'ils le sachent la force de la potion, de manière à ne lui conserver que le goût du médicament, ils dorment très bien. Dans quelques cas, quand ils se réveillent de leur premier sommeil et qu'ils commencent à s'agiter dans l'angoisse mentale d'une série de pensées qui les torturent, un peu de nourriture prise au milieu de la nuit suffit à ramener le calme et leur permet de se rendormir. Ainsi un vieux gentleman dont le cœur était affaibU et qui souffrait d'appréhensions mélancoliques se réveillait toujours après quelques heures de sommeil, dans un état pitoyable de panique, si bien qu'il ne pouvait se
rendormir et qu'il était obligé d'arpenter sa chambre, torturé par l'angoisse mentale. On lui recommanda de prendre, quand il s'éveillait, une tasse de thé-bœuf avec un peu de sherry et de brandy et de se coucher ensuite ; et le résultat fut que le sommeil revint, qu'il guérit et qu'il put se marier ensuite, malgré son âge. Sortir du lit, se promener pendant quelque temps dans sa chambre, faire un peu d'exercice gymnastique, se frictionner la tête, se laver le corps et se frictionner ensuite avec une serviette : ce sont là autant d'expédients auxquels on peut avoir recours, au lieu de continuera s'agiter dans son lit. Ils permettent d'agir à de légers sédatifs quand on se remet au lit, et, s'ils ne rompent point le charme des idées tristes, ils permettent au malade de dormir sans calmant. Un gentleman qui m'a consulté avait l'habitude de prendre un bain froid, il trouvait ce moyen efficace.
On ne peut mettre en doute la valeur d'un exercice corporel systématique dans le traitement des maladies mentales. Si l'on peut amener un maniaque vigoureux et turbulent à labourer un champ, ou à ramer pendant plusieurs heures chaque jour, ou à faire vingt milles chaque jour et pendant un mois, tout en lui faisant prendre une nourriture abondante, il retirera plus de profit de ce traitement que de toutes les drogues de la pharmacopée. La coordination de l'énergie dans toute occupation systématique est un excellent remède pour un esprit distrait et incohérent. D'une façon persistante et patiente, on doit donc tendre à faire accepter au malade une occupation, bien que cela soit très difficile. Le maniaque est parfois trop turbulent et trop agité pour qu'il puisse fixer son attention pendant longtemps; le mélancolique est trop complaisant pour luimême, et il manque trop d'énergie pour faire un cfl'ort qui lui soit pénible et pour le prolonger. Si l'on conseille l'exercice, il est nécessaire naturellement de surveiller l'état des forces physiques et tous les symptômes de maladie corporelle, et de modifier sa règle de conduite en conséquence. Dans les formes de manie les plus aiguës, surtout dans la manie aiguë délirante, le malade doit être tenu aussi tranquille que possible et traité en somme comme on traiterait un malade atteint de méningite ou d'un délire fébrile.
Le traitement médical général, clans les maladies mentales, doit être fondé sur un examen attentif de l'état physique. S'il y a des raisons de supposer que la maladie ait une origine syphilitique, on donnera de l'iodure de potassium et, si cela est nécessaire, une préparation mercurielle. Un peu de chlorure de mercure dans une décoction de quinquina répond bien aux indications thérapeutiques. Il est remarquable de voir avec quelle rapidité l'amélioration s'opère parfois à la suite d'un traitement antisyphilitique chez des malades pour lesquels des symptômes de démence faisaient craindre une folie incurable. Le seul espoir dans un cas obscur qui présente la plupart des traits d'une paralysie générale au début, comme dans quelques cas de folie syphilitique, et qui ne peut être diagnostiqué avec certitude, c'est que la maladie ait une origine syphilitique, car, s'il en est ainsi, il y a des chances que l'on obtienne la guérison avec un traitement spécifique. Si les règles sont supprimées, comme cela arrive souvent, on doit savoir que la folie est le plus souvent la cause de leur suppression, et non la suppression la cause de la folie. Il n'y a donc aucun avantage à provoquer le retour des règles. Au contraire, si les règles reviennent régulièrement sans que l'état mental s'améUore, le pronostic devient plus sombre. Mais, si elles reviennent naturellement en même temps que la lucidité de l'esprit reparaît, on peut espérer que la guérison complète de l'esprit et du corps se fera simultanément. Parfois cependant, la menstruation reste supprimée après que l'état de Tesprit s'est amélioré et môme rétabli complètement. Dans ce cas, je n'ai rien trouvé de mieux que de faire prendre à la malade chaque matin ou chaque nuit des pilules de fer et d'aloès. Dans quelques cas très rebelles, le D"" Savage a eu recours avec succès à la teinture d'hellébore, à la dose de 1/2 drachme ou de 1 drachme, à prendre en deux ou trois fois. Il est clair que, dans un cas où la suppression des règles et la maladie mentale paraissent dépendre d'un trouble de la santé générale ou d'une maladie débilitante, le traitement doit s'adresser à l'état constitutionnel; fortifier le corps est le meilleur moyen de régulariser les fondions.
Dans beaucoup de cas de mélancolie et dans quelques cas de manie aslhénique, l'huile de foie de morue est très utile, et il peut être bon d'avoir recours au fer et au quinquina. Parmi les toniques cependant, il me semble que de petites quantités d'arsenic données seules, ou associées à la strychnine, peuvent rendre les plus grands services. J'ai plus de confiance dans l'arsenic que dans le phosphore, que beaucoup de médecins emploient souvent aujourd'hui dans les cas de dépression nerveuse. Dans le traitement de la paralysie générale, le physostigma, qui est le principe actif de la fève de Calabar, a été employé à West Riding Asylum, par le D'" Crichton Browne, avec un résultat qui, vu la nature généralement incurable de la maladie, doit être considéré comme merveilleusement heureux. D'autres expérimentateurs n'ont pu obtenir les mêmes succès, et de nouvelles observations sont nécessaires pour déterminer la véritable valeur de ce médicament. On peut le donner, lorsqu'on le donne, à la dose de vingt gouttes de teinture on de 1/10 ou de 1/4 de grain d'extrait. Qu'on n'oubbe pas que la joie et l'espoir sont le meilleur remède contre les maux de toute sorte, et que, si le médecin peut les inspirer à son malade, il lui fera souvent plus de bien que par toutes les infusions de médicaments. Les charmes, les amulettes, les cérémonies, toutes les choses de cet ordre qui ont prévalu chez les nations à tous les câges, ont, sans aucun doute, aidé réellement à guérir les maladies : elles ont dû leur efficacité à la foi et à l'espoir qu'elles inspiraient. L'espoir remplit d'énergie les éléments organiques du corps; le désespoir leur donne de la faiblesse. Si une personne est persuadée qu'elle doit mourir de la maladie dont elle souffre et si elle s'abandonne à désespérer, elle mourra, la maladie ne fût-elle pas mortelle; si elle est convaincue qu'elle ne doit pas' mourir, si elle fait effort vers la guérison, elle peut défier avec succès la mort, même quand sa victoire semble assurée. De même, la guérison d une maladie chronique aura lieu quand les fonctions organiques seront animées d'un sentiment d'espérance, tandis que la maladie peut continuer et même s'accroître si elles sont accablées par le poids du découragement. En général, le meilleur
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médecin est celui qui inspire le plus de confiance à son malade.
Pour conclure, — et c'est bien par là que je veux terminer ce qui concerne le traitement, — le médecin doit se mettre constamment et sincèrement dans l'esprit que le corps n'est pas un mécanisme dont les parties agissent indépendamment l'une de l'autre et peuvent être adaptées à leurs fins spéciales sans rapport avec la fin du tout, mais bien un mécanisme vivant, dont toutes les parties sont sœurs, dont aucune partie ne peut être bien ou mal sans que le tout soit bien ou mal comme elle, le plus humble élément travaillant pour le tout, et le tout pour le plus humble élément. Plein de cette conception juste, il n'oubliera pas la conclusion pratique qui en découle : c'est qu'il doit toujours tâcher que le ton sain de l'esprit influe sur les désordres physiques, et ne négliger jamais d'observer et de redresser le moindre désordre physique quand il travaille à restaurer la santé de l'esprit. Qu'il traverse avec respect le temple saint — c'est-à-dire plein de santé — du corps, pouiarriver au sanctuaire intérieur du temple saint de Tesprit.