‹ La pathologie socialeChapitre 33 sur 48 · INTRODUCTION XLV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XLV

forte entre les différentes parties et l'organisme social dans son ensemble. Cette tension ayant atteint son apogée, il suffira souvent d'une impulsion insignifiante venue du dehors pour déclancher la digue qui a retenu les énergies dans un état d'équilibration intérieure. La nature organique nous présente des transmutations subites pareilles d'énergies latentes en actions patentes et en formations nouvelles dans Téclosion des fleui^s, dans la métamorphose des insectes, dans Tacte de fécondation en général. L'action qui résulte de pareils revirements dans la marche de l'évolution sociale est souvent si puissante et subite qu'elle parait se soustraire à toute prévision et à toute détermination scientifique. La Grèce a repoussé Tinvasion des Perses en convertissant toutes les énergies latentes, accumulées dans son sein pendant des siècles, en action patente. Jésus n'a pu paraître et sa doctrine n'a pu trouver d'écho qu'au sein d'une commu* nauté déjà saturée d'énergies latentes religieuses qui n'attendaient qu'une seule étincelle pour s'épancher au dehors. Au Moyen-Age, les croisades nous présentent un autre exemple de transmutation d'énergies religieuses latentes en action patente. De pareils revirements dans l'évolution des peuples historiques sont ordinairement marqués par des crises et des ébranlements violents qui, souvent, épuisent définitivement la force vitale de la communauté au sein de laquelle ils se produisent. Lé peuple juif, après avoir donné naissance au Christ^ cessa bientôt d'exister comme corps politique, La Grèce, après avoir atteint l'apogée de son développement dans le domaine de l'art, perdit son indépendance.

Dans la nature organique, également^ l'enfantement est souvent suivi de la mort de l'organisme maternel.

Les métamorphoses subites dans la nature organique^

XLVI ÏNTRODUCTION

ainsi que les grands revirements historiques^ ne sauraient ètr^ déterminés au moyen de formules mathématiques ; mais la science peut en expliquer les causes et en analyser les conséquences, et c'est à la Sociologie de rechercher les lois ' qui président à l'évolution des forces sociales autant dans sa marche normale et continue, que dans ses revirements subits et violents.

Ces revirements, quoique subits et quelij[uefcfis violents, ne font cependant l'objet de la Pathologie sociale que quand ils sont accompagnés de symptômes pathologiques. La fécondation, Tenfantement, le passage de Tenfance à la puberté, etc., sont accompagnés de crises et d'excitations excessives sans impliquer par eux-mêmes des cas pathologiques.

D'un autre côté, l'organisme normal, le corps le plus robuste peut être atteint de maladies souvent dangereuses. Mais les maladies que subissent les organismes normaux et bien équilibrés ont dans la plupart des cas un caractère aigu, tandis que les organismes individuels et sociaux qui dégénèrent ou vieillissent, sont plus enclins aux maladies chroniques. Ainsi, un accès de délire dont peut être saisi un homme ainsi qu'une communauté^ dans la plénitude de leurs forces, n'est pas un symptôme de dégénérescence, mais la paralysie progressive en est un.

Comme la Pathologie Sociale n'a pas pour objet tous les revirements subits et violents, elle n'embrassera pas non plus tous les phénomènes de l'évolution régressive d'une société. La marche rétrograde d'une société est, sans doute, dans la plupart des cas, causée et suivie d'états pathologiques plus ou moins prononcés. Mais il existe aussi des modes d'évolution régressive exempts de symptômes pathologiques quelconques. Cela arrive chaque fois qu'une cellule,

Page 1