LA PATRIE DE JOSEPH D ARIMATHIE
la valeur de ses arguments et de ses assertions. Bien plus, M. T. Tobler va jusqu'à attribuer à Boniface de Raguse la paternité de la tradition d'Arimathie à Ramléh (1), et M. le professeur Gûthe ne la fait remonter qu'au déclin du moyen âge (2).
M. Robinson a aussi trouvé des admirateurs enthousiastes parmi les catholiques. Le R. P. Zannecchia ose même écrire : « Avânt le xin^ siècle personne n'a jamais songé à identifier Ramléh avec Arimathie : c'est au xvi*^ siècle seulement que le P. Boniface de Raguse commença à donner du crédit à cette identité et son assertion a été suivie par les écrivains postérieurs (3). » Le R. P. Zannecchia à son tour a trouvé des admirateurs qui répètent sa sentence au nom de la science moderne.
Aussi les Professeurs de Notre-Dame de France dédaignent même d'examiner la question. Ils se contentent de rendre ce jugement sommaire : « Ramléh, ville d'origine arabe, faussement identifiée avec Arimathie (4). ))
M. l'abbé L. Heidet, lui aussi, s'est prononcé contre FArimathie de Ramléh. Nous ne croyons pas qu'il ait eu connaissance des témoignages des Foucher de Chartres et des autres historiens des Croisades en faveur de l'Arimathie traditionnelle, autrement il n'aurait pas déclaré avec tant d'assurance que « Arimathie n'est pas Ramléh, pour les raisons qu'en a présentées Robinson (5). »
(1) Topographie von Terus^alem, Berlin, 185i, t. H, p. S02, note 4.
(2) Palœfitina in Bild und Wort, Stultgard, 18S4, t. II, p. 1G3.
(3) La Palesitina d'Oggi, ïiomc, 1893, t. I, p. 71. (i) La Palestine, Pari?, 1934, p. 50.
(5) Dict. de la bibl. de Vigouroux, t. I, art. Arimathie, col. 960.
Notre savant palestinologue s'éloigne cependant de l'écrivain américain quant à la position de l'ancienne Arimathie. M. Robinson a déclaré cj^u'il fallait la chercher nécessairement près de Lydcla ; mais sans raisons plausibles il prétend qu'elle devait se trouver quelque part à l'orient de cette ville. M. Heidet, s'appuyant sur un prétendu texte d'Eusèbe et sur un document du xm^ siècle croit l'avoir trouvée à trois lieues au nord-est de Lydda, dans un village C[ui s'appelle Rentis.
Par la publication d'un grand nombre de petits travaux de topographie palestinienne où l'érudition marche de pair avec une saine critique et une entière impartialité, M. l'abbé Heidet a acquis justement une certaine autorité dans le monde savant. Le lecteur prendra donc intérêt à examiner avec nous la valeur de sa thèse.
Eusèbe, comme nous l'avons vu au commencement, place Arimathie près de Lydda, et saint Jérôme, au jugement d'Adrien Reland, de M. Victor Guérin et de beaucoup d'autres savants, semble l'indiquer au sud de hjdda, à la place occupée par Ramléh. En tout cas, à leur époque, le village natal du décurion de l'Evangile portait encore le nom d'Arimathie ou d'Armatha, comme nous en assurent Eusèbe et son illustre traducteur.
Mais dans VOnomasticon d'Eusèbe, on lit également ce passage : « Rouma, qui est aussi Arima, où siégea Abimélech selon le livre des Juges ; aujour-
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d'hui elle est appelée Remphis et se trouve sur les confins de Diospolis ; c'est Arimathaïa (1). »
Saint Jérôme rend le mot Aria par Arima et termine ainsi la phrase d'Eusèbe : « aujourd'hui elle est appelée Arimathée par le plus grand nombre (2). »
Remarquons d'abord que dans ce texte il n'est pas question de Joseph disciple de Jésus, comme dans celui où Arimathie, ou Armathem, est placée près de L3^dda. En second lieu, saint Jérôme semble bien ne pas parler de Fancienne Arimathie des évangélistes. S^il avait cru que Remphis était la patrie de Joseph, il aurait écrit que la plupart continuent de Vappeler encore Arimathie^ tandis qu^au contraire il est dit que Remphis est aujourcVhui connue sous le nom d'Arimathie : Arimathœa nunc dicitur ; c'est un nom nouveau qu^on a donné à Tancienne Remphis.
M. Heidet soutient que Remphis dérive d'Arimathie; mais personne n'admettra que dans l'espace de deux siècles qui sépare l'époque d'Eusèbe de celle des évangélistes, alors que les noms évangéliques se trouvent généralement fort bien conservés, celui d'Arimathie ait pu se transformer en Remphis^ ou
(1) Ed. Larsow et Parlhey, Berlin, 1862, p. 316.
[2.) « Rouma quee est Arima, ubi sedit Abimelech, sicut in libro .Tudicum scriptum est, quae nunc appellatur Remphis ; est autem in finibus Diospoleos et a pierisque Arimathcca nunc dicitur. » Op. cit., p. 317.
Dans le même ouvrage, Eusèbe revient sur Arim et dit : « Arim de. la tribu de Benjamin est maintenant un village près do Diospolis. » [Op. cit., p. 5S.) Il ne donne pas le nom moderne de ce lieu. Saint Jérôme est plus explicite et écrit : « Arim de la tribu de Benjamin ; c'est un village situé près de Diospolis et qui est appelé jusqu'aujourd'hui Betharif. » {Op. cit., p. o9.) M. Guérin [Op. cit., p. 41)) trouve que Betharif est une erreur de copiste ^owT Betharim. Mais, contrairement à son opinion, cet Arim ne doit pas être confondu, à notre avis, avec Rouma, Aria ou Arima.
même en Remphitis, d'après quelques leçons du manuscrit de saint Jérôme. Cette hypothèse est d^autant moins admissible que ce lieu se serait appelé à la fois et Remphis etArimathie. Le nom d'Arimathie ne pouvait absolument donner naissance à un dérivé qu'en disparaissant lui-même ; cela est évident.
Mais Remphis ne s'est même jamais appelée Arimathie, comme nous allons le voir.
Adrien Reland trouve qu'Eusèbe et saint Jérôme sont en contradiction manifeste avec eux-mêmes lorsqu'ils enseignent qu'à leur époque l'ancienne ville de Rouma, Aria, ou Arima s'appelait en même temps Remphis et Arimathie, après avoir déclaré ailleurs sous le titre d'Armathem, ou Arimathie que celle-ci est l'ancienne Ramathaïm-Sophim. Puis, remarque-t-il , il y a dans leurs explications une erreur évidente, car la Rouma du livre des Juges, IX, 41, ne peut d'aucune manière être la Ramathaïm du premier livre des Rois, I, 1, dont ils font Arimathie. Enfin lîusèbe et saint Jérôme distinguent nettement Arim d'Armathem ou d'Arimathie, comme on le voit en confrontant les articles qu'ils ont écrits sous ces deux titres.
Aussi Reland se refuse de croire que ces deux écrivains aient commis une telle contradiction et soutient qu'elle est due à Terreur d'un copiste qui aura fusionné deux périodes en une seule : la première partie doit être rapportée à Rouma et la seconde à Arimathaïa (1).
Les suspicions du docte Hollandais sont certes
(1) Palœstina, Utrcclit, 1715, t. II, p. j8.
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bien fondées et son explication ne manque pas de pertinence. Nous allons cependant lui en substituer une autre qui est plus claire et plus sûre.
On sait que les manuscrits de l'Onomasticon ont tous subi des interpolations. Ils diffèrent entre eux sur bien des points et s'écartent notablement de celui du Vatican et de celui de Leyde, qui sont les plus anciens et partant les plus dignes de foi. Les critiques modernes reconnaissent de plus que lorsque le Codex Vaticanus et le Codex Leidensis ne s'accordent pas entre eux, c^est généralement ce dernier qui fournit la leçon la plus correcte. Or le Codex Vaticanus seul parle d'Arimathie dans le passage où il est question de Rouma ; le Codex Leidensis ne renferme pas le dernier membre de phrase. Il dit seulement dans l'Onomasticon d^Eusèbe : « Rouma, qui est aussi Aria où siégea Abimélech suivant le livre des Juges ; aujourd'hui elle est appelée Remphis et se trouve sur les confins de Diospolis (1). » Saint Jérôme a traduit les paroles d'Eusèbe sans rien y ajouter. De cette manière, le texte redevient clair et exempt de toute contradiction et de toute erreur manifeste. Le copiste du manuscrit du Vatican y a ajouté une très maladroite interprétation.
Eusèbe et saint Jérôme n'ont donc jamais écrit que « Rouma, qui est appelée Remphis aujourd'hui, est aujourd'hui appelée Arimathie » ; mais ils rapportent que Ramathaïm, appelée de leur temps Armathem ou Arimathie, se trouvait près de Lydda ; et d'après saint Jérôme, au sud de cette ville. Et la théorie que M. Heidet a si péniblement échafaudée
(t) Ed. Larsowet ParLhey, p. 31G, note à la ligne 8.
contre l'antique tradition croule par la base.
Il nous reste encore à examiner si parmi les Croisés il s'en est trouvé un seul (sinon presque tous, comme M. Heidet semble le prétendre) qui, guidé par le texte interpolé d'un exemplaire de rOnomasticon ou par quelque autre raison, ait identifié Remphis avec Arimathie.
Guillaume de T3^r raconte qu'en 1153, Amaury, abbé des chanoines réguliers de l'ordre des Prémontrés « dans le lieu appelé Saint-Habacuc ou Saint- Joseph qui est surnommé d' Arimathie », fut élu évêque de Saïda et fut consacré dans l'église de Lydda par Pierre, archevêque de Tyr (1).
L'Estoire d'Eracles Empereur dit : « Apres luy (Bernard) fu esleuz Esmaurris, uns hom religieus et de sainte vie, abès a voit esté de chanoines ruillez de l'ordre ciel moutier del lieu que l'on claime Joseph d'Arimacie, ou Saint Abacuc (2). »
Nous savons donc par Guillaume de Tyr qu'en 1153 il y avait dans le diocèse de Ramléh-Lydda une abbaye de chanoines réguliers sous le vocable de saint Habacuc ou de saint Joseph surnommé cV Arimathie. Mais l'historien ne fait nullement entendre que ce monastère était à Arimathie, mais seulement qu'il était placé sous le vocable de ce saint Joseph qui est surnommé Arimathie ^ de même qu'il était aussi placé sous le vocable de saint Habacuc dont la patrie était Bethzachara d'après saint Epiphane (3)
(1) « Subslitutus est ei (Bernardo episcopo Sydoniensi) Amalricus... abbas canonicorum regularium, ordinis Praemonstratensis, in eo loco qui dicitur Sancli Abacuc, sivc Sancti Joseph, qui cognominatus est ab Arimathia. » Op. cit., XVII, xxvr, Id , t. I, part. II, p. 803.
(2) Id., Ibid.
(3) De vita prophetaruni , ap. Mignc, Pair, gr.-lat., t. XLIII, col, 417.
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et le Chronicon paschale (1) et dont on vénérait le tombeau au teaips d'Eusèbe entre Ceïla et Gabata, au sud de la Palestine.
Sept ans après la date de Guillaume de T}^^ cidessus rapportée, deux chartes du Cartulaire du Saint-Sépulcre citent Herbert « abbé de Saint- Joseph et Abacuc (2). »
Pendant plus d'un siècle les documents sont muets sur cette abbaye, ou du moins nous n'en trouvons aucune mention. *
Vers 1266, Jean d'Ibelin composa dans l'île de Chypre son fameux ouvrage de jurisprudence féodale qui fait partie des Assises de Jérusalem. Dans ce livre il est dit : a L'evesque de saint Jorge de Lidde a cinq suffraganz : l'abbé de Saint-Joseph d'Abarimathie, qui est orres appelés Rantis ; labbé de saint Abacuc de Cantie ; le prior de saint Jehan l'Evangéliste, le prior de sainte Catherine de Mongisart^ l'abaece des Treis Ombres (3). »
M. Heidet soutient que dans ce dernier texte la ville d'Arimathie est appelée Rantis. Il a ensuite cru pouvoir identifier cette Rantis avec un village arabe qu'il appelle Rentis, situé à quatre lieues au nord-est de Ramléh et il en conclut sans hésiter « que Rentis, et non Ramléh, est VArimathie des Croisés, la patrie du noble décurion de l'Evangile, h
Tout d'abord, il serait assez curieux que l'éminent jurisconsulte, Jean d'Ibelin, qui était comte de Ramléh et qui portait le titre de Domimts Rama-
(1) Ap. Migne, Op. cit., t. XCII, col. 369.
(2) Cartulaire du Saint-Sépulcre, éd. de Rozière, n"" 64 et 65, Paris, 1849, p. 131 et 132.
(3) Ap, Recueil des hist. des Crois., Lois, Paris, 1861, t. I, p. 417.
thensis, se fût mis en désaccord avec Foucher de Chartres, les évêques de Ramléh et tous ses compagnons d'armes, et c|u'il eût placé Arimathie à quatre lieues de sa chère Ramatha. Mais, malheureusement pour M. Heidet, tel n'est pas le cas.
Jean d'Ibelin ne dit pas qu Abarimathie est orres appelés Rantis ; mais, si l'on confronte ce texte avec les précédents, il faut convenir que c'est le lieu, où se trouve l'abbaye qui porte ce nom. Le Saint-Joseph du juriconsulte n'est pas plus originaire de Rentis, que son Saint-Habacuc n'était natif de Cantie et sa Sainte-Catherine de Mongisart.
En effet l'écrivain n'a pas mis de virgule entre Saint' Josejjh et Abarimathie, pour les séparer ; ce dernier mot ne figure que comme un ciualificatif du titulaire ; et comme le nom du saint décurion tintait toujours à son oreille avec la préposition ab, Joseph ab Arimathaea, il a intégralement noté cette logophonie dans le nom à' Abarimathia.
En outre, appelés est la forme du masculin singulier et se rapporte à Saint-Joseph, au lieu où se trouve le monastère. Si ce mot se rapportait à Arimathie il aurait la désinence du féminin et serait écrit appelée, comme tout autre partici|)e au féminin dans l'œuvre de Jean d'Ibelin (1).
(l) Cf. Op. cit., p. 363,364,36a, etc. Dans tout l'ouvrage, le participe qui, en latin, se termine en us, reçoit une s en français, appellalus, appelés. Le participe termine en a en latin, y reçoit un e muet en français, appellala, appelée. — M. Heidet dit, en parlant de ce texte : (( Le voici en français moderne... L'abbé de Saint-Joseph d'Arimathie, laquelle est maintenant appelée Ranlis. » Il aurait mieux fait de reproduire les paroles mêmes du jurisconsulte; les lecteurs se seraient aperçu que le pronom et le participe y sont au masculin et nullement au féminin, et ne se rapportent donc pas à Abarimathie, mais au lieu où se trouve le monastère.
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Le savant jurisconsulte, qui pèse tous les mots qu'il emploie, comme le démontrent ses œuvres, nous fait savoir qu'à présent^ orres, c'est-à-dire au milieu du xm<^ siècle, l'abbaye ou le lieu de l'abbaye de Saint- Joseph d'Abarimathie porte le nom de Rantis, « qui orres est appelés Rantis ». Son nom n'était donc pas Rantis auparavant ; et il est permis d'en deviner le pourquoi, malgré la pénurie des détails historiques où nous sommes réduits relativement à son existence antérieure. Essayons d'expliquer le motif de ce changement d'appellation et le transfert du vocable en un autre lieu.
Guillaume de Tyr et le Cartulaire du Saint- Sépulcre nous apprennent qu'au xn^ siècle il n'y avait, dans le diocèse de Ramléh-Lydda, sous le titre collectif de Saint-Habacuc-et-Saint-Joseph d'Arimathie, qu'un abbé et qu'une abbaye. Jean d'Ibelin, au contraire, nous fait savoir que plus tard il s'y trouvait deux abbés et deux abbayes sous ces mêmes vocables désormais disjoints, c'est-à-dire deux établissements possédant chacun son titulaire respectif. La communauté avait donc été scindée en deux : l'abba^^e-mère avait conservé le premier titre, Saint-Habacuc, et son ancien emplacement qui, comme nous l'apprend le comte de Ramléh, s'appelait Cantie. La nouvelle abbaj^e, placée sous le vocable de Saint- Joseph d'Arimathie, avait quitté Cantie pour Rantis ; et depuis lors Saint-Joseph d'Arimathie ne fut plus appelé que sous le nom d'abbaye de Rantis.
Ajoutons que Jean d'Ibelin nomme pour tous les autres sufîragrants l'endroit où était située l'abbaye, excepté celui de Saint-Jean l'Evangéliste, parce que
ce monastère se trouvait dans la ville épiscopale. Il ne pouvait donc négliger d'indiquer le nom du bourg qui renfermait l'abbaye de Saint-Joseph d'Arimathie.
Il est donc certain que Jean d'Ibelin, le Dominus Ramathensis , n'indique pas plus la ville d'Arimathie au lieu appelé Rantis, qu'Eusèbe ne l'indiquait à Remphis. Cela explique pourquoi, depuis Eusèbe et saint Jérôme, ce nom ne figure nulle part dans les relations des pèlerins ni dans aucun autre ouvrage jusqu'au temps de Jean d'Ibelin (si toutefois Remphis est Rantis), et pourquoi, depuis Jean d'Ibelin jusqu'à nos jours Rantis est resté dans le plus profond oubli, comme le confesse M. Heidet.
La tradition qui montre la patrie de Joseph à Ramléh n'a donc pas de concurrence à redouter ; et les efforts qu'on a faits en ces dernières années pour lui en susciter quelqu'une à l'est ou au nord de Lydda, ont démontré par leur inanité qu'il n'y a qu'une tradition, celle qui depuis le iv*^ siècle jusqu'au xix^ a gagné l'assentiment général et la vénération universelle.
Adrien Reland s'est prononcé en sa faveur, bien qu'il ne connût pas les titres et les témoignages de son authenticité antérieurs à Boniface de Raguse, ^drichomius et Quaresmius. <( Jérôme, écrit-il, parait avoir cru qu'Arimathie était située à l'endroit occupé maintenant par la ville de Rama. Boniface croit aussi que Rama ou Ramola, comme on l'appelle à présent, est la même ville. Il me semble aussi qu'il est permis de dire que du village voishi de Lydda, appelé Arimathie au temps de Jérôme, est issue Rama, la célèbre ville actuelle. Car
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Jérôme détermine la position d'Arimathie lorsqu'il conduit Paule d'Antipatride à Lydda, puis à Arimathie, enfin à Joppé. Il faut donc la chercher entre Lydda et Joppé, mais dans le voisinage de Lydda. Or ce site correspond parfaitement à celui de Rama près de Joppé (1). »
Parmi les écrivains du xix*^ siècle qui ont traité ex-professo de la topographie de la Palestine, Charles de Raumer (2), Schlegg (3), Kitto (4), le docteur Clarke (5), Thompson (6), Holzammer (7), Monseigneur Mislin (8), Melchior de Vogué (9), Stehres (10), E. Kej (11) et beaucoup d'autres se prononcent franchement en faveur de la tradition.
M. Victor Guérin n'a étudié la question qu'assez superficiellement ; il n'a pas su découvrir toute l'inanité des objections de Robinson et n'a pas eu connaissance des témoignages fournis par les premiers historiens des Croisades et des pèlerins du xn*^ siècle. Malgré cela, il termine sa dissertation sur ce sujet par ces mots : « En résumé, avecBoniface de Raguse, Quaresmius et Reland, et presque tous ceux qui ont traité de la Palestine, j'incline à admettre comme vraie la tradition qui place à Ramléh l'ancienne Arimathie, sanstoutefois prétendre que cette
(1) Palœstina, p. 580-581.
(2) Palœstiiia, Leipzig, 1838, p. 214.
(3) Gedenkhuch einer Pilgerreise nacfi d. h. Lande, Munich, 1866.
(4) Palestine, Us physical and Bible history, Londres, 1841.
(5) Travels in varions couniries, I, ii, Cambridge, 1812, p. 634.
(6) The travels of Karl Thompson, § 233, Reading, 1732.
(7) Schusters' Handbuch zur biblische Geschichte, Fribourg en Brisgau, 1873, t. II, p. 411.
(8) Die heiligen Orte, Vienne, 1860, t. II, p. 166.
(9) Les églises de Terre sainte, Paris, 1860, p. 867.
(10) Bericht meiner Reise, Luxembourg, 1875, p. 114.
(11) Op. cit., loc. cit.
identification soit absolument incontestable ; mais elle repose, à mon avis, sur des probabilités très grandes qui approchent de la certitude (1). »
Quant aux Frères -Mineurs, les gardiens séculaires des Lieux saints et de leurs antiques traditions, ils ont répondu à M. Robinson et à tous ceux qui ont marché sur ses traces, en remplaçant récemment la vieille église de Saint-Joseph-d'Arimathieet-de-Saint-Nicodème à Ramléh par un édifice sacré plus grand, plus beau et surtout plus solide, pour vénérer de plus en plus la mémoire du noble et généreux disciple du Christ dans sa propre patrie. Comme toute tradition ancienne, celle de Ramléh reste inébranlable.
(I) Op. cit., p. 5j.