‹ La patrie de saint Jean-Baptiste, avec un appendice sur ArimathieChapitre 47 sur 50 · GG · texte numérisé non relu

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Guillame de Tyr lui-même, chaque fois qu'il parle de Baudoin comte de Ramléh, lui donne le titre de « Dominus Ramathensis (1). » Dans un passage où il mentionne les trois frères à la fois, il les appelle u les seigneurs de Ramatha (2). » Ailleurs, il raconte que les troupes de Ramléh furent envoyées sous les murs d'Ascalon et il les désigne sous le nom de Ramathenses.

Ramléh apparaît cent fois dans les chartes de l'époque sous la dénomination de Ramatha ; et dans un seul acte du Cartulaire de Saint-Lazare, il est tour à tour question de « territorio Ramatensi », de (' Rodulphus capellanus Ramatensis » et de « militum Ramatensium (3). »

Recueillons à présent les témoignages des voyageurs et des pèlerins de la même époque.

Un rabbi d'Israël, Benjamin, de Tudela en Espagne, arriva à Ramléh entre 1160-1165; et voici ce qu'il raconte au sujet de cette ville : « Lorsque les chrétiens enlevèrent aux mahométans la ville de Ramléh, qui est Rama, ils découvrirent près delà S3magogue juive le sépulcre de Samuel le Ramathien, et transportèrent ses cendres à Siloh, où ils érigèrent, par-dessus, une grande église appelée jusqu'aujourd'hui Samuel de Siloh (4). » Benjamin se fait ici l'écho d'une fable (5) ; mais il n'en est pas

(1) Op. cit., XIX, IV, p. 890; — XXI, m, p. 100S; — XXIII, xvi, p. 109i ; - XXIII, XXIX, p. 1127.

(2) Op. cit., XVII, XIII, p. 780.

(3) Archives de l'Or, lat., doc XXV, an. IIGO, t. II, part II, p. 142-143.

(4) Travels of Benjamin Tudela, éd. Wright, Eariy Tracels, Londres, 18i8, p. 87 — Le Samuel de Silôh de Benjamin est le Neby-Samuel où au temps des Croisades fut construite une grande église.

(5) Comme l'hérétique Vigilance accusait les chrétiens de commettre des sacrilèges en vénérant les reliques, saint Jérôme lui répond en ces

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moins vrai que pour lui aussi Ramléh tire son nom de Ramah, l'ancienne Ramathaïm biblique. En parlant une seconde fois de cette localité, il s'exprime encore plus clairement sur son antiquité et en rapproche davantage le nom de celui d'Arimathie. Après avoir parlé de « Beith Nubi, qui est Nob, ville sacerdotale », il ajoute.: « De là on compte trois parasanges (1), jusqu'à Ramléh, qui est Harama^ où l'on voit encore des murs élevés par nos ancêtres, comme le dénotent les inscriptions sur les pierres. La population juive se réduit aujourd'hui à trois individus ; mais elle fut jadis considérable dans cette ville ; car dans son voisinage existe encore un cimetière juif qui a deux milles d'étendue. A cinq parasanges de là se trouve Jaffd (2). »

Vers l'an 1130, un pèlerin chrétien dont le nom est resté inconnu, indique « la ville d'Arimathie à quatre milles de Lydda (3). » Ce ne peut être que Ramléh, comme le déclare l'éditeur, M. Melchior de Vogué.

Jean de Wurzbourg, qui visita la Terre sainte en 1165, écrit : « A la huitième borne milliaire de Modin, sur le chemin c^ui conduit à Joppé, se trouve Lydda, appelée aussi Diospolis, où fut enseveli le

termes : « L'empereur Arcadius serait donc un sacrilège, puisqu'il vient, après tant de siècles, de transporter de Judée en Thrace les ossements du bienheureux Samuel?)) Àdo. Vigilanliain^ap Migne, Pat. lat., t. XXIII, col. 343.

(1) Leparasange, mesure itinéraire persane, varie de quatre à six kilomètres.

(2) Op. cit., p. 87.

(3) De situ ur bis Jérusalem, etc , éJ. Melchior de Vogué Les églises de Terre sainte, p. 429.

corps de saint Georges, comme il a été révélé. A un mille de là se trouve Ramatha (J). »

Onze ans plus tard, Théodoric s'exprime en ces termes: « Joppé est située sur la grande mer. L'apôtre Pierre y ressuscita Tabitha. On l'appelle aujourd'hui Jafis. Non loin de là est Ariinathie, la patrie de Joseph, le noble décurion qui ensevelit le Christ (2). »

Viennent ensuite deux pèlerins, l'un du xii*^ siècle qui de « Yafïa arrive à Rama (3); » l'autre du xm^ siècle qui dit : « Item de Yaf il y a trois milles teutoniques jusqu'à Ramatha. Item de Ramatha il 3^ a une journée jusqu'à Jérusalem, la ville sainte (4). »

Enfin vers 1283, Burchard de Mont-Sion parle d'Arimathie en ces termes : « A dix lieues de Jérusalem, vers l'Orient, se trouve Ramathaîm Sophim qui appartenait en partie à la tribu de Benjamin et en partie à la tribu de Juda, tout en étant dans les montagnes d'Ephraïm. C'est ainsi qu'est appelée cette plaine, bien qu'elle ne soit pas montagneuse, mais plate. Elle porta aussi le nom d'Arimathie, ville d'où était originaire Joseph, le noble décurion qui ensevelit le Seigneur. Aujourd'hui on l'appelle Ramula. A trois lieues de Ramula vers l'Occident se trouve la ville de Joppé (5). »

Riccold de Monte Crucis (1294) (6), Martin

(1) Descriptio Terrœ sanctœ, éd. T. Tobler, Leipzig, 1874, p. 171.

(2) Libellus de locis sanctis, éd. Tobler, Paris, 1865, p. 8i. — Une autre fois, Ttiéodoric se rendant de Lydda à Césarée omet de parler d'Arimathie : il ne l'indique donc pas au nord de Lydda.

(3) Innominatus III, Hœc est via ad T. S., cd. Tobler, op. cit., p. 130.

(4) Innominatus IV, éd. Tobler, op. di., p. 13i.

(5) Descriptio T. S., éd. Laurent, op. cit., p. 77-78.

(ii) Liber peregrinacionis, éd. Laurent, op. cit., p. 113.

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Sanut (1), deux cartes géographiques du xiv*^ siècle (2), Jacques de Berne (1346) (3), Guillebert de.Launo}^ (1399-1450) (4), Salomon Schweiger, ministre protestant (1576-1581) (5), Barthélémy de Salignac (1522) (6), Reineccius Reinerius (7), et Nicolas de Radzivil (8) parlent tous de Ramléh comme étant la patrie du décurion Joseph.

A partir du xiu^ siècle il n'était guère permis aux pèlerins de s'arrêter à Jaffa après 3^ avoir débarqué. C'est donc à Ramléh que pendant plus de trois siècles la première hospitalité leur fut donnée par les Frères Mineurs c|ui y avaient ouvert un modesté hospice et élevé une chapelle dédiée à saint Joseph d'Arimathie et à saint Nicodème. En 1393, le P. Gérard d'Aquitaine, Custode de Terre sainte, agrandit l'hospice, j établit une communauté de ses Religieux et réédifia l'église de Saint-Josephd'Arimathie et de Saint-Nicodème. Mais le couvent eut beaucoup à souffrir à diverses époques, surtout après le passage de Bonaparte, qui y avait établi son quartier général en 1799.

Il semblerait qu'à raison de cette hospitalité, les pèlerins ne pouvaient manquer de relater le glorieux souvenir qui se rattache à Ramléh. Il n'en est cependant pas ainsi. Du xv^ au xvn^ siècle plusieurs

(1) Carte de la Palestine, éd. Rœhricht, Zeilschrift D. P. V., t. XXI, Leipzig, 1898, pl, II.

(2) Ed. Rœhricht, op. cit., pl. VI et IX, p. 105.

(3) Ed. Rœhricht et Meisner, Deutsche Pitgerreisen, Berlin, 1880, p. oj- (i) Voyages et ambassades, Mons, 1840, p. 186.

(5) Reysz besckreibiuig nach Constantinopel u. Jérusalem, Nuremberg, 1613, p. 286.

(6) Itinerarium Hierosol., 1587, fol. 1.

(7) Chron. Hierosol., Helmstadt, 1586, 1. III, § 55.

(8) Jerosolymitana peregrinatiOi Anvers, 1614, p. 123.

écrivains occidentaux s'écartent de la tradition et cherchent la patrie de saint Joseph à Ramathaïm- Sophim que depuis le iv^ siècle on montrait au Néby- Samuel.

Nous devons constater une fois de plus que s'ils ne suivent pas la tradition des Orientaux, c'est encore en vertu d'une expression incorrecte qui s'est glissée dans la Vulgate. Saint Luc dit dans son évangile que le centurion était d'Arimathie, une ville des Juifs. La Vulgate a rendu ces derniers mots par une ville de la Judée. Cette expression entraîna plusieurs auteurs à chercher la patrie de Joseph hors de la plaine de Lydda.

Voici comment raisonne Zuallard : « On dit aussi que Rammola (Ramléh) est l'Arimathie dont était originaire le bon Joseph qui demanda à Pilate le corps de notre Rédempteur après sa mort, et qui l'ensevelit dans son sépulcre neuf. Je ne veux ni l'affirmer ni le nier, parce que les écrivains que j'ai consultés jusqu'à présent sont en désaccord sur ce point. Quelc|ues-uns prétendent c|u'Arimathie est Rammata-Sofin. Saint Luc dit que Joseph fut d'Arimathie ville de la Judée (Luc, xxni), tandis que cette ville (Ramléh) est dans la tribu de Dan (1). »

Néotéricus et d'autres font des réflexions semblables et hésitent à voir dans Ramléh l'Arimathie de saint Luc, à cause de l'apparente contradiction entre la tradition et l'Evangile. Sans l'expression incorrecte de la Vulgate, la tradition aurait recueilli les suffrages unanimes des Occidentaux comme des Orientaux depuis le iv<^ siècle jusqu'au xix«.

(\) Il devoto viaggio di Geriisalemme, Rome, 1595, p. 112.

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Revenons à présent à M. E. Robinson.

Quel compte fait-il des témoignages du xn^ et du xm'' siècle en faveur de Ramah, Ramatha, ou Arimathie comme aA^ant occupé le même emplacement que Ramléh? — Absolument aucun. «Il les passe sous silence et semble les ignorer à peu près tous. Voici tout ce que son érudition s'est bornée à exprimer à ce sujet : « La plupart des premiers croisés ne mentionnent dans Ramléh que la Ramléh actuelle, et paraissent n'avoir jamais songé à aucun Ramah quelconque. Néanmoins l'hypothèse de leur identité a dû surgir de bonne heure, car peu après l'année 1160, Benjamin de Tudéla parle de cette localité comme étant l'ancienne Ramah, et rapporte la fable des ossements de Samuel. Cependant les savants de l'époque n'ont pas adopté l'opinion commune (the common vieio)] car vingt ans plus tard, Guillaume de Tyr la rejette expressément et, suivant en cela le témoignage des écrivains arabes, écrit que Ramléh a été fondée en premier lieu (?) par les mahométans. Mais l'influence de son érudition ne put arrêter le flux de la crédulité avide de légendes; et au temps de Brocard, un siècle après, nous trouvons Ramléh définitivement adoptée comme l'Arimathie de Joseph (1). »

Remarquons d'abord qu'aucun auteur arabe n'a écrit que les mahométans aient construit Ramléh en premier lieu et qu'il n'y ait existé aucun centre d'habitation avant le viii^ siècle de notre ère. Abulféda raconte que le prince Soliman y construisit une grande ville avec douze portes. Mais ce même histo-

(1) Biblical researches, t. III, p. 43.

rien, qu'on ne cesse d'invoquer contre la tradition de Ramleh, raconte aussi que cette ville existait déjà au temps du patriarche Abraham. Dans son Histoire antéislamique il dit qu'Abraham, après avoir quitté l'Egypte avec son épouse Sara, s'établit en Palestine, « entre la ville de Jérusalem et celle de Ram la (1). » Soliman a donc simplement établi une villel nouvelle, selon Abulféda, sur l'emplacement d'une cité des plus antiques.

Puis Guillaume de Tjr ne combat nullement l'opinion commune ; il n'en parle même pas. Cet historien, né en Palestine vers 1127, était très familiarisé avec les auteurs arabes ; il composa même, en se servant de documents arabes, une histoire des princes d'Orient de 614 à 1184, aujourd'hui perdue. Tout ce qu'il dit de plus adverse, se réduit à ceci : 1^ d'après l'histoire (arabe), il n'a pas pu retrouver l'ancien nom de Ramléh; — 2^^ d'après l'opinion commune (des auteurs arabes) cette ville n'a pas existé dans l'antiquité « parce que les anciennes histoires rapportent qu'après l'époque de Mahomet, les princes arabes, ses successeurs, en ont été les fondateurs (2).

C'est ainsi que l'a compris son traducteur Eracles Empereur^ qui écrit : a Rames est une citez assise en un grand pleins, assez près d'une autre qui a nom

(1) Abulfedœ Historia anteislamica arabice, éd Orthobius Fleischer, Leipzig, 1831, p. 22. — L'éditeur traduit ce passage de l'arabe en latin en ces termes : a Is (Abraham) ex ^gypto in Palsestinam profectus inler Ramlam et ^Eliam, Hierosolyma, consedit. »

(2) (( Hujus antiquum nomen non reperi ; sed neque ipsam priscis fuisse temporibus frequens habet opinio ; quam post tempora... Mahomelh ejus successores, Arabam principes, veteres tradunt hisloriœ fundasse. » Op. cit., X, XVII, Id., t, I, p. 424.

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de Lide. L'on ne trueve mie que ce soit ancienne citez ; einçois dient les estoires que puis le tems Mahomet, li prince d'Arabe la fondèrent (1). »

Il est d'ailleurs très probable que le village d'Arimathie du temps de saint Jérôme ait à peu près disparu lors de l'invasion des Perses, ou plus tard lors de la conquête des musulmans, événement qu'expliquerait aussi la proximité de la florissante ville de Lydda. Le silence des auteurs arabes ne prouve donc rien dans ce cas ; mais la déclaration d'Abulféda ne doit pas plus longtemps rester méconnue. Pour les historiens arabes Ramléh est une ville antique.

L'archevêque de'Tyr, qui dans les quinze premiers livres de son œuvre donne invariablement à Ramléh le nom de Ramula, semble cependant avoir adopté plus tard Vopinion commune, puisqu'à partir du livre XVTl il appelle les habitants de Ramléh (( Ramathenses », et qu'au livre XXL il désigne la ville elle-même sous le nom de Rama.

D'ailleurs il serait le seul de tous les savants de Vépoque qui ait cru devoir se prononcer contre Vopinion commune sous prétexte qu'il ne la trouvait pas fondée sur l'histoire arabe.

Mais si le nom de l'ancienne ville n'a pas été transmis à la postérité par les écrivains musulmans, il l'a été par les chrétiens indigènes. A défaut de l'histoire, c'est grâce à la tradition que dès le début des Croisades Loucher de Chartres, l'auteur anonj^nie des Gesta Francorum, l'abbé Guibert, Albert d'Aix et d'autres ne craignent pas de proclamer à l'envi que Ramléh est l'ancienne Arimathie, ou Ramatha,

(1) /cf., Ibid.

OU Ramah. Pourquoi M. Robinson ne daigne-t-il pas même prononcer le nom de ces historiens? Ne méritent-ils pas, eux aussi, d'être rangés parmi les savants de Vépoque ? Pourquoi de tous les voyageurs qui ont écrit la relation de leurs pérégrinations ne mentionne-t-il que l'israélite Benjamin ? Jean de Wurzbourg, Théodoric et les autres pèlerins qui, comme le juif espagnol, se prononcent en faveur de Ramléh, n'ont-ils pas comme lui l'autorité de témoins dignes de foi ? Est-il permis de montrer soit une telle partialité, soit une telle légèreté dans une discussion sérieuse (1)?

Néanmoins, bien que, même dans le monde protestant, M. Robinson ait reçu le surnom de « premier démolisseur des traditions chrétiennes en Palestine », ses conclusions ont été adoptées par ses coreligionnaires, sans que personne ait songé à vérifier

(I) M. l'abbô Ilcidet explique fort bien comment peuvent se produire de pareils écarts dans les œuvres des palestinologues prolestants, et nous ne pouvons nous empêcher de reproduire une belle page qu'il a écrite à ce sujet :

(( Les Robinson, les Smith, les Ritter,. les ïobler, les Raumcr et les autres qui, en notre siècle, s'elïorcèrent les premiers de restaurer la géographie et la topographie sacrées par l'étude comparée des pays et des documents, étaient certainement des hommes d'un grand talent, d'une vaste érudition et des écrivains de mérite : avec ces qualités, il n'est pas diiricile de trouver des disciples et de se faire suivre. Mais le terrain sur lequel ils entraient était en quelque manière une terre nouvelle, inconnue et hérissée d'obstacles, où l'on ne marche pas sûrement ni sans détour et où, plus d'une fois, il faut revenir sur ses pas.

(( Nés en Amérique, en Allemagne et en Angleterre, élevés dans une atmosphère tout imprégnée de l'esprit d'indépendance sans frein et de sentiments d'antipathie contre tout ce qui, de près comme de loin, tient au catholicisme, il leur était difficile, môme avec le désir sincère d'éviter tout jugement préconçu et de marcher dans la voie de la plus stricte impartialité, de ne pas sacrifier aux préjugés de la naissance et de l'éducation. )) Maspha et les villes de Benjamin, Revue biblique, t. III, Paris, 189 1, p. 35t-3j5.

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