I. — Machérus
Un ancien martyrologe latin, faussement attribué à saint Jérôme, contient au 24 juin la mention suivante : « In Macherunte castello, conceptio Joannis-Baptistœ (1). »
Machérus, ou Machéronte, était une citadelle bâtie par Alexandre Jamnée dans une vallée des plus sauvages, au nord-est de la mer Morte (2). Hérode le Grand trouva cette forteresse très avantageuse pour arrêter les incursions des Arabes. Il l'agrandit, l'embellit et en fit la seconde place forte de son royaume, après Jérusalem (3).
C'est à Machérus, d'après Flavius Josèphe, qu'Hé-
(1) Bollandisles, A. S. S., Junii, t. IV, p. 60a, § 58.
(2) Flavius Josèphe, Antiq. Jud., XVIII, v, 1 ; — Bell. Jud., VII, vi, 1.
(3) 7(/., Bell. Jud., VII, vi, 2.
rode Antipas fit incarcérer saint Jean-Baptiste et qu'il lui fit trancher la tête (1).
Le lieu où le Précurseur fut conçu est le même, on ne peut en douter, que celui où il vit le jour et où Marie salua Elisabeth. Aussi bien est-ce chose fort étrange et singulière que ce martyrologe fixe à Machérus la conception de saint Jean^ et passe complètement sous silence sa merveilleuse nativité et surtout son glorieux martyre.
François-Marie Florentinius, l'éditeur du martyrologe, n'a pas voulu reconnaître que le mot Conceptio a pris par erreur la place du mot Passio, ou Decollatio ou Natalis, c'est-à-dire le jour de la mort, ou la naissance à une vie meilleure. En conséquence, il s'est efforcé d'établir que Machérus est la ville de Juda dont parle saint Luc.
Cette opinion a été patronnée, il y a deux siècles, par le célèbre Bollandiste Papebroke ; mais les dissertations par lesquelles il voudrait la faire prévaloir contre les autres opinions démontrent, d'abord, qu'il était fort mal renseigné sur la tradition concernant la patrie de saint Jean-Baptiste. Puis, le savant hagiographe a eu une distraction. « On appelait probablement Judée, dit-il, tout le territoire de la Palestine qui constituait le royaume d'Hérode, même au-delà du Jourdain (2). »
Cela est vrai; les Etats d'Hérode, roi de Judée, comprenaient quatre grandes provinces : la Judée, la Samarie et la Galilée à l'ouest du Jourdain, et la Pérée à l'est. C'est dans cette dernière province que se trouvait Machérus. Mais si la Pérée faisait partie
(1) Ant. Jud., XVIII, V, 2.
(2) A. S. S., Junii, t. V, p. 607.
MACHÉRUS. — SÉBASTE 19
de la Judée prise dans son acception la plus large, il faut en dire autant de la Galilée ; on ne pourra cependant prétendre que saint Luc attribuait au mot Juda un sens si étendu; car ce serait vouloir lui faire dire que Marie quitta la Judée pour se rendre en Judée.
La Sainte Vierge ne sortit pas du royaume d'Hérode ; elle ne fit que passer d'une province dans une autre. Puisque l'évangéliste la conduit de la Galilée soumise à Hérode, dans une ville de Juda dépendant du même monarque, c'est qu'il prend le mot de Judée dans un sens restreint. Marie partit de la Galilée au nord du royaume pour se rendre dans la province méridionale appelée Judée, ou si l'on préfère, dans la tribu de Juda. Or, Machérus, située sur la frontière méridionale de la Pérée, à trois lieues au nord-est de la mer Morte, n'a jamais fait partie de la province de Judée, ni de la tribu de Juda.
Machérus ne peut pas non plus être considérée comme la ville de la Judée par antonomase, ainsi que Papebroke l'insinue. Cette ville, alors toute moderne, n'a jamais été la capitale ni la place la plus importante du royaume. Jérusalem est toujours restée la métropole et la première place forte de la Palestine, ainsi que l'histoire l'enseigne bien clairement.
//. — Séhaste.
Dans un ancien exemplaire du même martyrologe, celui de Lucques, on lit au IV^ jour des
calendes de septembre (29 août) : « In provincia Palœstinœ civitate, Natalis S. Joannis Baptistœ (1). » Dans d'autres manuscrits du même ouvrage, le mot Natalis est remplacé par celui de Passio.
Comment peut-on se laisser embarrasser par de semblables documents ? Ce n'est certainement pas dans la capitale de la Samarie qu'il faut chercher la ville de Juda de saint Luc, la résidence d'un prêtre juif a juste devant Dieu ». Ce n'est pas non plus dans cette ville que pouvait se trouver la prison dans laquelle Hérode Antipas, tétrarque de Galilée et de Pérée, fit enfermer le prophète qui osait lui reprocher sa vie scandaleuse, et dans laquelle il lui fit trancher la tête. Saint Jean-Baptiste a bien illustré cette ville, mais seulement après sa mort.
Après avoir raconté le martyre du Précurseur,, saint Mathieu ajoute que ses disciples emportèrent son corps pour lui donner une sépulture honorable (2). Une tradition très ancienne rapporte que le corps de saint Jean-Baptiste a été transporté et enseveli à Sébaste(3\ probablement dans le sépulcre qu'un de ses disciples possédait dans le voisinage de la ville.
On voit immédiatement que dans ces martyrologes les mots Natalis et Passio sont des expressions erronées qui ont usurpé la place du mot Depositio.
(\) Id.,md.