‹ La Patrie en dangerChapitre 104 sur 111 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

les MÊMES, le COMTE, entrant LE COMTE, saluant les détenus.

J'ai l'honneur de vous présenter mes salutations, messieurs, mesdames; je suis très-parfaitement votre très-humble et très-respectueux serviteur.

BLANCHE

Mon Oncle !... (Elle se jette dans ses bras.) LE COMTE.

Ça te fait-il du plaisir de le revoir ?

BLAKCHE.

Du plaisir et de la peine, mon oncle!...

Que veux-tu?... c'est plus fort que moi, je n'ai jamais pu manquer à un rendez-vous de famille !... Tiens ! bonjour, Perrin... Votre main, mon brave. Oh ! mais on est ici en pays de connaissance... une vraie fédération d'opinions. Quand je disais que la république réunirait un jour les honnêtes gens de tous les partis... sur une grande place, la place de la Révolution !

BLANCHE

Mais on vous a donc pris, mon oncle?

LE COMTE

Me prendre, moi?... Tu sais, ta tante a dû te dire... j'aurais élé le bon Dieu, ou le diable, que je n'aurais pas pu la sauver... Aller faire le coup de fusil contre les scé-

lérats, il fallait aller loin, très-loin, et il y a un fait : c'est que je commence à être trop gros et pesant à marcher. Puis, je vous savais ici. Je lisais' les listes du tribunal, je voyais grossir les fournées... Ah ! je n'y ai pas tenu... Je suis revenu à Paris, et après avoir fait mes adieux à ce cher Palais-Royal... oui, toujours le même, ton oncle... et puis on ne sait pas, les restaurateurs de l'autre monde!... J'ai dîné chez Méot, la renommée du jour, dont les fourneaux fument pour Robespierre et toute sa clique... Eh bien, c'est triste, il y a des coulis qui ne survivent pas aux monarchies, les cuisiniers s'en vont avec les rois!... C'était hier... Ce matin, je me suis présenté à l'audience de Fouquier-Tinville, en demandant à lui faire une dénonciation... Je lui ai dit : « Citoyen exterminateur public, je suis le comte de Valjuzon... tu dors donc? » C'était simple, et Dieu merci ! ce fut court... car je l'avais assez vue en une minute, cette face de Judas. Et me voilà. Mais, où est donc ta tante?... Elle est ici, n'est-ce pas? avec toi?

BLANCHE

Oui, mon oncle, mais elle n'est pas encore levée.

Malade?

BLANCHE

Non, non plus maintenant, mais elle l'a été, et elle tâche de recueillir le reste de ses forces pour...

le comte.

Ma grande et digne sœur!... Et comment êtes-vous dans cette maison?...

BLANCHE

Je ne sais pas, mon oncle. Depuis que nous sommes ici, nous ne souffrons plus des choses.

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