SCÈNE VI
u CHANOINESSE, le COMTE, BOUSSANEL
LE COMTE
Ah ! çà, Boussanel, vous tombez à Paris, et ce n'est pas ici que vous débarquez?
BOUSSANEL.
Monsieur le comte, j'ai rencontré aux portes de Paris un vieil ami, l'ancien père Manuel de Ghaumont, sorti des chemins de l'Église comme moi, et nous logeons ensemble.
LE COMTE
Bon ! vous savez maintenant que mon crédit en cour; tout mince qu'il soit, est à votre service.
24 LA PATRIE E.N DAKGEIt.
BOUSSANEL.
iMerci et grand merci, je passe dans la grande ville sans chercher à mordre à une place ou à une grâce. Et en passant... savez-vous, monsieur le comte, qu'il y a bien douze ans que je ne suis revenu à Valjuzon?
LE COMTE
Au fait, c'est vrai, Boussanel. La vie court comme un voleur.
BOUSSANEL.
Eh bien, le vieux maître a voulu voir l'homme poussé et grandi dans le jeune homme qu'il a élevé. Le vieux maître a voulu lui dire : Monsieur le comte, qu'êtesvous devenu depuis moi? qu'avez-vous fait de l'existence? êtes-vous heureux?
LE COMTE
Regardez-moi, Boussanel, voilà ma- réponse. Gros, gras et fleuri... Ma conscience sur la figure, ma gaieté sur mon teint et mes vices sur les deux joues!... Le fond excellent, je vous le dois... le reste, qui vaut moins, je l'ai acquis... La tête un peu légère, l'épée aussi, le cœur aussi... Et c'est moi... Vous m'avez connu à mes vingt ans. . je les ai toujours.
LA C11AN0INESSE
Pour vos péchés... cela c'est vrai... les années glissent sur mon frère... A près de quarante ans, il est aussi, aussi jeune, aussi écervelé que s'il sortait des pages...
LE COMTE
Eh ! quoi, ma sœur, parce qu'il vient sur la tête d'un homme quelques cheveux qui se permettent d'être blancs, parce que sa taille s'empâte un peu et qu'une jolie femme n'en ferait plus le tour avec ses dix doigls, est-ce une raison, la, en bonne foi, pour que ce pauvrf