‹ La Patrie en dangerChapitre 15 sur 111 · ACTE I, SCENE VI · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE VI

homme se mette l'âme en noir, devienne ennuyé et ennuyeux, maussade avec lui-même et chagrin avec les autres ? Et depuis quand le coup delà quarantaine doitil sonner le couvre-feu de tous les plaisirs et de tous les amusements d'un galant homme? Morbleu! quand sous une vieille peau, on se sent sa jeunesse dans les veines, quand il vous reste bonne dent et bon appétit à tout ; quand la \ie a encore pour vous ses beaux élourdissements : le vin, le jeu... et le reste, comment diable voulez-vous qu'on songe à prendre ses invalides? Et d'ailleurs... vous ne savez pas mon histoire, vous Boussanel?... ce qui m'est arrivé, après la perte... que j'ai fuite de cette femme.

LA CHANOINESSE

Mil oui, cette créature... nous y voilà... mais il y a dix ans et plus... maintenant.

LE COMTE

Ma sœur, pas un mot sur cette tombe. C'est une mémoire sacrée pour moi... Eh bien, Boussanel, quand on a perdu une femme comme celle là, un ange, vous n'imaginez pas!... il n'y a que deux partis à prendre... voyez-vous... se faire capucin, oui capucin... ou devenir... eh ! parbleu, ce que je suis, un...

Buveur. . .

LE COMTE

Vous êtes polie, aujourd'hui, ma sœur... Eh bien, oui, je bois... Et pourquoi en rougir? Le vin, le vin, ma sœur ! mais c'est le seul ami qu'on ne perde pas, et qui gagne à vieillir! Mais sans lui on verrait la vie comme elle est, triste, grise, terne, plate, couleur d'un verre d'eau ! La vie sans le vin, mais quel est le mal-

heureux qui en voudrait? Buvez! quel épanouissement de joie, d'oubli, d'espérance, de chaleur et de cordialité!... On fait feu comme un caillou... et on devient bon comme le bonheur ! Vive Dieu ! tant qu'il y aura dans notre beau pays ces trois fleuves du bon Dieu : bordeaux, bourgogne, Champagne, les honnêtes gens noieront la soif, riront, chanteront landerira... 0 crus bénis! notre vin de France, mais c'est le sang de la France!

LA. CHANOINESSE

Bon ! mais qui vous a fait libertin par là-dessus, mon cher frère?

LE COMTE

La peur d'aimer une seconde fois, ma chère sœur. Et j'ai pris ce moyen comme le plus sage : des liaisons courtes ; des cœurs qu'on brise et qui se consolent ; votre serviteur qui voltige et papillonne sans se brûler ; le plaisir qu'on cueille tout vif; des tendresses, sans peine, sans regret, sans portrait et sans lettres; des flammes dont l'éternité dure le temps d'un souper... Et jamais d'amour... oh ! jamais !...

Chut! votre nièce...

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