‹ La Patrie en dangerChapitre 29 sur 111 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

BLANCHE, seule, rangeant les journaux

Les Révolutions de Paris ! l'Ami du Peuple ! le Journal de la cour et de la ville... ô les affreux papiers! ils ne vous apprennent que du mal... «Incendie... Grand

massacre. )) (On entend fermer une porte.) Ah ! le Voilà parti!...

Je suis toute seule à présent... avecMargat, qui est à la porte du bas et qui dort, je suis sûre... Comme on change!... moi qui avais peur, à la Présentation, de ce grand corridor où il fallait passer tous les soirs... je n'ai plus peur du tout... Et pourtant on entend assez

parler de morts, de gens tués Je ne sais pas, c'est

peut-être qu'on n'a peur que quand on est heureux... (Elle

va à la fenêtre.) La belle nuit !... le même ciel que ma dernière nuit au couvent... Nous ne dormions pas toutes les deux, Gabrielle et moi... et de nos lits, tout bas, nous causions... de cela dont on cause entre grandes au couvent : du mariage. Et elle me disait qu'elle voudrait épouser, elle, un homme tout à fait laid, et même plus que laid, estropié, contrefait... Et comme je riais, « Belle âme, » comme je l'appelais, se mita me dire que sans cela, il n'y avait pas assez de mérite; et que pour elle, ce qu'elle désirait quand elle serait femme, c'était de se dévouer, de se sacrifier, d'avoir à souffrir... Des idées qui me paraissaient alors bien singulières... Aujourd'hui... oh ! je n'en suis pas encore au mari bossu!... mais ce qu'elle me disait... je le comprends à présent... Il y a dans ce temps-ci je ne sais quoi qui vous donne le goût du sacrifice... Pour ceux qu'on aime, il vous vient comme un grand courage qui veut souffrir... une envie de leurs périls... On voudrait partager des malheurs... Ça ne fait rien, cetle vilaine révolution est venue trop tôt... Elle aurait bien dû me laisser quelques jours... Qu'est-ce que ça lui faisait? Mais non... à mon entrée dans la maison... tout de suite... lui qu'on apporte blessé !... (Un silence.) Mais ma tante ne rentre donc pas ce soir!... (Un silence.) Ah! on a frappé... C'est elle. (Elle regarde à la fenêtre.) Non...non... unhomme... Il me semble qu'on monte... Ah! mon Dieu, il vient ici.

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