ACTE II, SCÈNE V
PERRIN
Madame...
BLANCHE
Ma tante, il venait...
LA CHANOINESSE
Paix, ma mie... Laissez monsieur...
PERRIN, après quelques moments de silence et de colère sourde.
Madame, je ne serais pas ici si je n'y étais pour vous trois et par reconnaissance pour votre famille.
LA CHANOINESSE
Oh! je comprends. Vous venez nous protéger, n'est-ce pas?... Mille fois merci, monsieur, vous me voyez infiniment touchée de l'attention... mais c'est trop de bonté, et je ne sache pas que les Valjuzon en soient encore tombés là, d'avoir besoin de la protection de monsieur Perrin.
PERRIN
Qui sait, madame?... Oh! prenez garde, les révolu lions changent bien des choses, et je vois vos dangers comme ils sont, terribles, madame, et tout près de vous.
LA CHANOINESSE
Des dangers? Est-ce que la nation nous ferait l'honneur de nous soupçonner ? De bonnes patriotes comme nous, qui vivons tranquilles au coin de notre feu, qui n'avons pas émigré, qui avons béni tous les décrets de nos immortelles assemblées, qui remercions tous les jours les bienfaits de la liberté !
PERRIN
Madame, on connaît les conciliabules qui se tiennent dans votre hôtel... Mais tenez ! là-dessous, si on perçait le plancher, on trouverait une presse qui, dans ce mo-
ment-ci, travaille peut-être. On sait tout. Je sors de l'assemblée populaire où vous venez d'être dénoncée... Oui, un apprenti que vous avez renvoyé...
LA CHANOINESSE
Eh! bien, oui, monsieur, cela est vrai. Il y a une presse là-dessous, et voulez-vous voir son ouvrier? (Elle désigne Blanche.) Le voilà ! Et voulez-vous voir aussi des mains meurtries d'avoir porté des armes au château?... Les voilà ! Ah ! cela, peut-être que votre district ne le sait pas encore... Allez-y, monsieur! Ce sera un beau trait de vertu révolutionnaire et qu'applaudiront vos amis, de dénoncer ces deux mains qui vous ont nourri !
BLANCHE
0 ma tante !
PEBB1N.
Laissez, mademoiselle, laissez parler madame votre tante... Je ne serais pas digne d'avoir mangé votre pain si je n'avais pas le courage d'entendre, sans répondre, l'injure qui me le reproche et me le reprend de la bouche... Un dernier mot, madame... Les dénonciations d'aujourd'hui seront, peut-être, mortelles demain...
LA CHANOINESSE
Demain!... Demain nous serons où seront nos maîtres. SCÈNE VI
les MÊMES, le COMTE, entrant LE COMTE.
Bah! Perrin!... Ah! mon garçon, il se pourrait bien que dans une douzaine d'heures d'ici, ce no fût pas mal-