‹ La Patrie en dangerChapitre 76 sur 111 · ACTE IV, SCÈlNE VII · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈlNE VII

BOUSSANEL, à Madeleine.

Ta maison m'a été plusieurs fois signalée comme cachant et recelant ceux qui sont sous le coup de la loi et que réclame la justice nationale... Toi-même...

MADELEINE

Faites votre métier; cherchez-les, trouvez-les.

BOUSSANEL.

Citoyenne, sais-tu que tu parles au citoyen Boussanel, commissaire national du district de la banlieue de Lyon pour arrêter les suspects et défanatiser les campagnes?

MADELEINE

Je le sais.

BOUSSANEL.

Eh bien, prends garde, femme, voilà assez longtemps que la révolution trouve dans ton sexe des larmes conspiratrices et des apitoiements liberticides... As-tu donc envie de connaître le tonnerre du Dieu des hommes libres? et ton sang veut-il servir d'eau lustrale aux mânes des patriotes immolés à Lyon? (il se lève et lui prend les deux mains.) Mais tu ne sais donc pas, ma fille, que le premier devoir d'une républicaine est de dénoncer tous ceux qui conspirent contre la liberté, de dénoncer les aristocrates, de dénoncer les rolandistes, de dénoncer les modérés, de dénoncer les égoïstes, de dénoncer les agioteurs, de dénoncer les accapareurs, de dénoncer la caste fanatique?...

LE COMTE

Pour ça, moi, citoyen, je dénoncerais ma mère.

BOUSSANEL.

Bien, mon ami, c'est le cri d'une âme sans culotte. Homme des champs, que n'a pas atteint ramollissement des cités, nourricier du genre humain, créateur du pain

et du vin, tu comprends qu'il est beau d'outrager la nature pour honorer la patrie...

MADELEINE

Mais, citoyen Boussanel, puisque je vous ai dit qu'il n'y avait ici personne à dénoncer.

BOUSSANEF, ; il la regarde avec colère, se lève brusquement et se promène.

0 ville et banlieue de Lyon! terre impure qui as empoisonné de son luxe et de ses vices la France et l'Europe! terre de négociantisme, de marchands avides et corrompus, de femmes inciviques, d'artisans mécaniques, de paysans et de paysannes vendus à l'ancien régime ; peuple de la Saône et du Rhône, qui des brouillards de tes deuxfleuves, des vapeurs de leurs rives, semblés te faire une âme gâchée avec la boue d'un marais, race inféodée à la servitude, foyer pourri où ne pourra jamais vivre la vertu d'une république, peuple d'esclaves qu'on ne pourra jamais régénérer, murs qu'on ne pourra jamais purifier, campagne dont on ne pourra jamais arracher l'herbe mortelle du royalisme 1

LE COMTE

Par la mort de mille diables ! c'est du bon ça !... c'est ça qu'est prêché!... Je veux être débaptisé si j'ai jamais entendu parler par cœur comme ça, qu'on dirait que vous êtes un vrai possédé...

BOUSSANEL.

Oui, ces choses seront, Commune-Affranchie! Il faudra jeter tes habitants aux quatre coins do la France, t'effacer, l'émielterj il faudra de la province que tu lus, faire un grand désert, une place nue sur la carte, un vide maudit comme autour d'un échafaud où rien ne

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