‹ La Patrie en dangerChapitre 77 sur 111 · ACTE IV, SCÈNE VII · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE VII

s'élèvera qu'un monument à un mort: le monument de Chalier!

LE COMTE

Ah ! oui, Chalier, qu'ils ont assassiné, le père des sansculottes...

BOUSSANEL.

Oui, le père des sans-culottes ! Chalier! mon ami et mon maître. Signe-toi, patriote, quand lu prononces ce nom-là... un saint! un martyr! ah! quelle âme de feu ! quels bouillonnements d'enthousiasme ! quelle lave brûlante que sa parole, au milieu de tous ces hommes de glace! Je l'entends, je l'entends encore, quand il se plaignait que le grand Etre était trop tranquille, que le genre humain ne lui paraissait pas vivre, et que lui, s'il était Dieu, il révolutionnerait les montagnes, les étoiles, les fleuves et l'Océan ! Sain: délire de Titan... toi, à qui la révolution avait dit : Ébranle, abats, bâtis, régénère, épouvante! Grand cœur fou de Chalier! sois mon cœur! Sang de Chalier! coule dans mes veines! Eloquence de Chalier, touche mes lèvres de ton charbon ardent !

LE COMTE

Ah ! citoyen, allez toujours ! C'est comme si vous me versiez là le brandevin de la révolution.

BOUSSANEL.

Eh bien, mon ami, si mes paroles échauffent ton patriotisme, qu'elles coulent, qu'elles se précipitent, qu'elles soient un torrent qui jaillit... Je les dois, elles appartiennent aux pauvres, aux malheureux, aux simples... D'ailleurs, elles débordent de moi, et j'aurais peine à les contenir... Bois-les donc, nourris-t'en, et qu'elles t'élèvent à l'ivresse de la liberté; qu'elles fassent de toi l'homme qui sacrifie tout à son amour et à ses ven-

BIBLiOTHECÀ

gcances, l'homme dont l'œil ne dort jamais sur les complots, les machinations, les traîtres, l'homme qui a toujours sous son oreiller le poignard de Seévole, le fer de Brutus et la hache de Gromwell!... (Marchaut tout à coup vers Madeleine.) Femme, tu sais où sont les Valjuzon !

LE COMTE

Valjuzon ! est-ce qu'il n'y en avait pas un, de ce brigand de nom-là, dans Lyon?

BOUSSAISEL.

Oui, Valjuzon, le sac à vin de la contre-révolution !

(Il se meta ricaner d'un rire fou.) Ail ! ah î ah ! la bonne pièce à

rire !... ah ! ah ! ah ! la sotte figure que tu as dû faire chez Pluton, mon gros gaillard! Bonsoir aux flacons, là-bas ! bonsoir aux tendrons, à la gogaille, à la ripaille !... avec cela une pauvre tète, figure-toi, mauvaise, fumeuse et vide... Heureusement qu'on a mis du plomb républicain dedans...

LE COMTF.

Tu crois, citoyen?

BOUSSANEL.

J'en suis sûr... mais il a laissé derrière lui une sœur, une nièce, des conspiratrices... J'ai connu ces cidevant autrefois, du temps que je n'étais pas l'homme que je suis... J'ai même fréquenté leur maison, et je l'avoue, il me reste encore un lâche souvenir de m'y être attaché à ces gens, de leur avoir élé dévoué... Oh ! je ne faiblirais pas, je saurais me vaincre, je les livrerais à la justice nationale, mais en les livrant, je pourrais leur dire : Mettez la main sur mon cœur, et vous verrez ce qu'il souffre ! Ah ! gens de fontaine, vous ne savez pas ce que c'est qu'un vrai républicain ; si mon bras conspirai!, je nie le ferais COUper!,.. (Regardant fixement Madeleine.)

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