SCÈNE IX
le COMTE, MADELEINE rentrant et allant ouvrir à BLANCHE MADELEINE.
Dieu merci, nous en voili débarrassés !
BLANCHE
Ah ! que j'ai eu peur !
LE COMTE
Et tu n'as pas reconnu la voix de ton ancien ami Boussanel?
0 le monstre!... Comme vous êtes à l'aise avec ces gens-là !
iOl LA PATRIE EN DANGER.
LE COMTE
L'habitude, ma chère... J'ai appris à hurler avec les autres. Une carmagnole, un pantalon de laine noire, un gilet tricolore, mon affreuse perruque jacobite achetés à Montbrison, avec ça mon bonnet rouge, mon sabre et ma paire de moustaches, il ne m'en a pas fallu davantage pour entrer dans leur peau, faire de monsieur le comte un patriote à tous crins...
BLANCHE
Ah! oui, par exemple !
LE COMTE
Jurant, sacrant, parlant la langue du père Duchêne, comme sa langue maternelle, incendiant l'opinion publique dans les auberges ; mettant son faux passe-port sous le nez des sentinelles et riant en son par dedans de les entendre lui dire : « Il est bon, il est moulé! » marchant, mort-dieu! sur la terre de France comme sur une propriété nationale 'avec une insolence!... eh! parbleu, l'insolence nécessaire pour passer dans ce temps-ci sans y laisser sa tète de ci-devant. Et tantôt, faisant le bon sansculotte blessé au siège de Lyon, je grimpais dans la chaise de poste d'un commissaire du pouvoir exécutif, auquel je racontais que j'avais exterminé presque à moi tout seul le corps que je commandais là-bas ; tantôt traîné dans le fond d'une voiture de faïencière, je m'amusais à vendre sur les places des assiettes patriotiques.
Le singulier marchand que vous deviez faire, mon oncle !
LE COMTE
Ah ! j'en cassais plus que je n'en vendais... Kl voilà comme j'arrivai jusqu'à Romoranlin... oui, jusqu'à Homo-