SCÈNE II
les PRISONNIERS, PERRIN, au milieu d'eux; entre BOUSSANEL UN PRISONNIER, à Boussanel.
Citoyen égorgeur, par ici !
UN AUTRE
Combien as-tu fait de veuves? combien as-tu fait d'or phelins ?
UN AUTRE, voulant se ruer sur lui.
C'est lui qui a tué mon père !... Laissez-moi...
(On le retient.) UN AUTRE.
Va-t'en!... Toi, dans la société d'hommes comme
nous!... iNous ne voulons pas de loi ! Va avec tes semblables les assassins ! va où est ta place , avec le crime ! va avec les pailleux !
UN AUTRE
Venez, venez voir, messieurs, la bête curieuse de la ménagerie des jacobins! le tigre sensible! l'assassin humanitaire ! le meurtrier philanthrope , qui léchait avec de belles phrases le sang de ses semblables, et que le couteau national va guérir d'aimer autant les hommes.
PERRIN , s'intejposant entre Doussanel et les prisonniers.
Allons! à bas les haines et les injures... laissons-les aux vivants... Elles sont indignes de la minute sacrée où nous sommes tous ici, et de la bouche de gens qui vont mourir. Si près de notre grande nuit de demain, commençons le repos en commençant l'oubli, l'oubli des erreurs, des fautes, des crimes môme! (On s'écarte
lentement d'eux. — A Boussanel.) Mais Comment eS-tU ici ,
citoyen? comment as-tu pu devenir suspect à la république, toi, qui lui avais donné tant de gages? toi, qui t'étais fait pour elle, du bronze de Brutus !
BOUSSANEL.
Et toi-même, je te le demanderai, comment y es-tu aussi? toi, un vainqueur du 14 Juillet! un combattant du 10 août! le héros de Verdun! toi qui as fait tomber les murs de Lyon ! toi qui t'es toujours battu contre les tyrans et les rebelles; toi, à qui la république devait...?
C'est moi qui lui dois tout, mon grade, mes épau- I elles, l'honneur de quelques blessures et d'un peu de renommée, des pensées qui m'ont élevé, des illusions