‹ La Patrie en dangerChapitre 99 sur 111 · ACTE V, SCENE IF · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE IF

qui m'ont grandi... la dévorante passion de la Pairie... elle m'a tout donné. Elle me demande aujourd'hui tout mon sang : il est à elle ! Qu'e.lle triomphe avec d'autres, qu'elle soit victorieuse, grande et redoutahle, quand je n'y serai plus, il me semble que j'aurai l'écho de son canon dans ma bière et que je sentirai le vent de ses victoires frémir dans l'herbe comme sur le front de ma tombe !... Oui, que la république vive et que je meure ! J'ai assez vécu. J'ai fait mon métier et mon devoir, j'ai servi la Liberté... Et si jeune que je sois, ma journée, pour être courte a été pleine... Je m'en vais sans regrets, crois-le!...

COUSSANEL.

Et moi, crois-tu que je me plaigne, et que j'accuse ? Les révolutions ont leurs erreurs. La foudre d'un peuple a ses égarements comme l'autre, elle enveloppe les innocents et les coupables dans sa flamme exterminatrice... Qu'importe? qu'importe une vie, un homme? un vil atome tel que je suis, dans la régénération d'un monde et le bouillonnement d'un nouvel ordre de l'Univers ?... un gravier dans un torrent, rien que cela! pas plus que n'est l'individu dans la nature qui le sème et l'écrase pour le salut de l'espèce? Eh bien, oui, que ma mémoire soit vouée aux furies! Ma tête, mon sang, si le bien public les veut, les voilà ! Mon sang? j'ai été assez prodigue de celui des autres : je ne serai pas avare du mien... Ah! le sang des autres! et croyez-vous donc qu'un révolutionnaire doive garder son cœur des temps tranquilles? Ce cœur sensible, la république ne lui dit-elle pas de frapper dessus, de le corriger, d'en arracher, coûte que coûte, les pitiés saignantes et les tendresses molles, toutes les viles attaches à l'humanité ?

Moi... mais je me suis connu des extases devant un brin d'herbe... je me mettais à genoux pour embrasser une fleur... voilà le monstre! Eh bien, j'ai fait arrêter les femmes Valjuzon , je t'ai dénoncé toi, sans qu'un remords...

PERRIN

Je ne t'en demande pas.

BOUSSANEL.

Oh i je ne te dis pas ça pour me défendre... Ce que j'ai fait, je le ferais encore... Et moi, aussi... j'ai rempli ma tâche, une dure tâche, celle d'un faiseur de coupes sombres dans des vivants... J'ai eu mes jours de découragement, de fatigue, d'angoisse, des jours où me promenant au bord des fleuves de Lyon, il me semblait voir l'eau couler rouge. Et maintenant que voilà le soir, tant mieux. Ce sera pour moi ce qu'est la nuit pour un bûcheron las d'avoir promené depuis le matin, dans les grands arbres et les vieux chênes, l'abatis de sa cognée i

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