SCÈNE VII
Les Mêmes , EUGÈNE , en habit de che prier.
rose , apercevant Eugène, Ah 1 voilà le chevrier !
MARCEL
Qu'est-ce que c'est que ce chevrier?
rose.
Vous savez bien, père Marcel, ce chevrier... c'est... c'est ce jeune homme que je rencontre quelquefois sur la montagne , avec sa chèvre.
MARCEL
Ah î ah 1 ( Eugène fait des signes à Rose en s* approchant.)
ROSE
Et à qui je rends le service de boire son lait ! il est riche , il possède une chèvre à lui tout seul!
MARCEL
C'est comme moi ! mon violon est à moi seul I
EOGÈNE.
Oui, pèr' Marcel, c'est moi qui... vous saves bien, l'autre jour sur la montagne ...
MARCEL
Je reconnais sa voix. . .
Eugène, bas à Rose.
Ma chère Kose, que j'ai de plaisir à vous voir ! . . f à Marcel, qui se lève, ) ne vous dérangez- pas. . . n'vous dérangez pas, pèr' Marcel , j'ai là aussi queuqu's provisions, si vous vouiez nous allons mêler loul ça ensemble?
MARCEL
Volontiers. . . mettez-vous là. . . j'aime la compagnie. . .
eugène , qui a apporte ses provisions.
Allons, c'est dit; cous allons faire unfame.ux repas ! t'nez v'ia des fruits , du pain bianc ...
MARCEL
La couleur ne me fait rien. . .
eugène , ci Rose , lui prenant la main* Ah ! que ce moment est doux. . .
marcel , parlant.
Rose, est-il tendre ? . .
ROSE
Oui , oui . . . père Marcel ... il est tendre ! • .
MARCEL
Alors , il ne faut pas t'y accoutumer !
eugène , lui présentant sa gourde»
Père Marcel ? prenez-ça , v'ià qui est le véritable lait des vieillards.
MARCEL
Qu'est-ce que c'est? ( il prendla gourde, ) une gourde?
exjgène , pendant que Marcel boit.
Buvez et vous verrez. . .
marcel , avec contentement»
J'ai vu.. . diable! mais ce n'est pas du vin de chevrier ça !
EUGÈNE
Oui il est bon ! c'est pas étonnant, parce que voyez-vous, mon fournisseur est au cUàieau. . .
ROSE
Au château ?
EUGÈNE
Oui, ma chèvre 7 appartient a madame la Comtesse , qui
m'aïm' joliment, et je suis chez elle , ni pus ni moins qu'chez mol !
mircel , se levant vivement.
Et moi aussi , j'ai logé dans des châteaux. . .
eugène , vivement.
Dans des châteaux. . . est-c'que vous avez été riche?
MARCEL
Peut-être.,, mais le pauvre homme conservant toujours sa yaité, s'est fait ménétrier de village... ne pouvant se faire soldat.
Air : Traitant P amour sans pitié.
Sur mon front et sur mes yeux, L'âge a répandu sa glace; Je n ai pu suivre la trace De nos rangs -victorieux.
Oui , du temps , qui tout efface , Je n'ai point obtenu grâce , Mais quoique rempli d'audace, Pat où nos t>raves ad,» is, Ne pouvant pas mettre en danse , Les ennemis de la France , Je fais dairser ses amis.
EUGÈNE
Brave homme ! et c'te jeunesse qu'est-ce que c'est ? «•
rose , vivement.
Un enfant trouvé !
MARCEL
Elle l'a dit...
EUGÈNE
Mais qui vous l'a fait trouver !
MARCEL
Hélas! un de ces animaux fidèles, le dernier ami des malheureux ... un chien ! . . c'était un dimanche ... il pouvait être quatre heures du matin. J'entends aboyer et gratter à ma porte , j'ouvre , un chien me flatte , me lèche les mains et en tournant la tète, semble me dire de le suivre. . . je le suis ; et il me mène à lo pierre de celte église où je trouve la pauvre fille. . quelques années après je devins aveugle...
rose , vivement.
Et ce fut alors qu'il dut s'appercevoir que le ciel lui avait envoyé une consolation.
Air : V Angélus.
Ce chien fidèle et bien instruit , Pour Marcel plein de complaisance , Tant qu'il vécut le conduisit Avec une rare constance (bis.) Cependant , moi , je grandissais , Et comme il faut bien que tout passe , Un jour, empoilant nos regrets, Le chien mourut... j'ai pris sa place.
Ali l mon Dieu ! oui 3 c'est elle qui fait son service !
eugène, à part.
Qui ne l'aimerait pas. . .
MARCEL
Et il ne m'est resté du pauvre fidèle que son collier , sur lequel il y a un nom qui pourrait bien te porter bonheur.
eugène , à Rose*
Vous n'en savez pas davantage. . .
ROSE
Pas davantage !
EUGÈNE
Ah! diable, tant pis... j'aurais bien voulu... allons, il faut que je range tout ça.
MARCEL
Rose , aide-le . . .
rose , se lève aussi.
De tout mon cœur. . .
eugène , l'attirant à lui.
Ah ! Rose, si je vous quitte ce ne sera pas pour longtemps. . .
rose 9 naïvement.
Tant mieux !
EUGÈNE
Air : cPAristipe.
A celui que l'amour inspire, Accordez un baiseï bien doux.
ROSE
Un baiser... Ah! qu'ose z-vous ctfrel Quand Marcel est ai près de nous.
EUGÈNE
Sa présence en rien ne suppose...
Il n'y voit pas... nul nous aperçoit.
rose, V arrêtant comme inspirée t mettant la main surson cœur.
Quand je fais mal , il est là quelque chose Qui me dit que quelqu'un me voit.
EUGÈNE
Elle est charmante!
MAIICEL.
Hé bien , que faites vous donc ? Rose , où es- tu ?
rose , regardant Eugène avec crainte et émotion» Auprès de vous ?
MARCEL
Et le chevrier ?
ROSE
Le v'ia qui s'rapproche aussi.
la guêpe ? paraissant dans le fond.
J'ai quitte l'église avant la noce pour parler à Marcel • . . oh ! oh î le cbevrier est avec eux. . . mais je sais l'moyen de l'fair' partir! ( Il va à la chèvre et la détache.)
Eugène , qui pendant cette phrase s'est tout-à-fait rapproché de Rose»
Rose ne soit pas fâchée, je ne puis plus vivre sans toi !
MARCEL
Qu'est-ce qu'il dit ?
ROSE
Il dit qu'il est bien auprès de nous.
ia guêpe, montrant la chèvre qui s'enfuit dans la coulisse.
Ah ! voilà la chèvre qui s'enfuit.
ROSE
C'est ce méchant La Guêpe qui l'a déliée.
Eugène, prenant la'main à Marcel»
Père Marcel , nous nous reverrons.
MARCEL
Oui, tu nie reverras. [Marcel se lève après avoir pris son bâton ; Eugène sort en courant , et donne un soufflet à La Guêpe.)