‹ La pauvreté, sa seule cause, son seul remèdeChapitre 15 sur 23 · CHAPITRE XI John Stuart Mill et le l'ilncipc de poixilulton · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI John Stuart Mill et le l'ilncipc de poixilulton

(lumme il est de la plus haute importance pour tous (le bien comprendre la grande loi de populafon et d'èlre convaincus de son importance suprême, j'appelle ratlention du lecteur, avant de passer aux etfets de cette loi sur les problèmes sexuels et sociaux qui intéressent notre époque, sur rexplication qu'en a donnée John 5luart Mill- (1) dans ses Principes d^ économie polUiQuc

Cet incomparaljle ouvrage est remarquable par la profondeur et la solidité du raisonnement, par la profondeur et la solidité du raisonnement vaste intelligence de toutes les questions soc-ales. Il ne se distingue pas moins par la symna- Ihie virile, libérale et sincère de son auteur nui prend toujours le parti du faible contre le fort, et traite les questions sociales avec une phi'anthropie avisée qui n"a d'ég-ale que sa science nrofonde-

Ces qualités précieuses, et d'autres encore, ort fait de cet ouvrage un des principaux livres du siècle, livre qui se trouve l)ieii au-dessus de mes faibles éloges.

Or, ia clef de voûte en est le principe de popuhiiion.

(1) John Stuarf Mill, un des plus grands penseurs du siècle dernier el peut ètn» riioiiniiie le plus savant de .-•on époque. Il a éent nolannn''Hl : une Lofiiqvc, Prinriixf; 'd'renii'imic polilirpic, la Libriir, le Govvcrncmrnt rcprcsentatil, VUtUilnrismc, VA'^sujrUi'^scmpnl ûcx fcmmea. Anf/Ufilr Comte et la philo^o]itric positive, AulohioçifapMe^ etc. Il fui iTienA-ov de In Chambre des Communei?.

.\Y' en 18dr, à l.i^ndr^''^, U est nior.i en 1873 à .VviiTnnn.

La loi de poi'LLAiiuN loi

John Stuart Mill démontre ce que ne peuvent manquer de voir ceux qui réfléchissent profondément à la question, que ce principe est la Imse principale de l'économie politique et de la science morale.

Tous ceux qui désirent acquérir une connaissance approfondie des questions économiques et sociales de notre temps devraient étudier av^^c soin Touvrag'e de John Stuart Mill.

Je préférerais de beaucoup donner les idées de fauteur dans ses propres -paroles, mais je ne puis me permettre de faire des extraits aussi longs de son livre ; en conséquence, je n'expliquerai que la substance de ses opinions, et pour le reste, je renverrai le lecteur à l'ouvrage luimême-

Stuart Mill explique d'abord la faculté de se nmltiplier, inhérente à l'espèce humaine comme à tous les autres êtres vivants. Après Malthiis. il démontre que cette faculté est immense, si elle n'est pas entravée, et dit que c'est un calcul fort modéré de supposer que chaque génération, si la condition sanitaire est bonne, pourrait être le double de, celle qui l'a précédée, tant que la puissance d'engendrer ne serait pas limitée par diverses causes.

Il y a vingt ou trente ans, dit Stuart Mill, ces proixisitions pouvaient encore avoir besoin d'être démontrées ei éclairées ; mais les preuves sont si nombreuses et si M-réfuîables qu'elles ont fait leur chemin en dépit de l'opposition, et q» 'elles peuvent être regardées aujourd'hui comme des axiomes. Nrnumoins, l'extrême répugnance à les admettre donne dft temps à autre le jour à quelque théorie éphémère, bientôt oubliée, sur une loi d'accroissement qui différerait selon les circonstances. grAce i\ une adap-

talion providentielle de la fécondité de respècc aux exigences de la société. L'obstacle qu^ empoche de bien comprendre le sujet ne provient pas de ces théories, mais d'une idée confuse des causes qui, presque partout et toujours, font rester l'accroissement réel de la populalion tant en arrière de la capacité de multiplication (1).

John Stiiart Mill exaniiiio ensuite ces cauit.r-, comme Malthiis. Il dit qu'il n'est nullement dillicile de les discerner. L'augmentation des animaux inférieurs est limitée par la mort de l'excédent de la progéniture, qui périt, soit parce Qu'elle n'a pas de nourriture suffisante, soit parce qu'elle est tuée par les ennemis.

Il en est de môme au sein des races d'homnirs sauvages et non civilisés. Mais la prévoyance, qui constitue le trait distinctif de Ihomme civilise, l'empècilie de mettre au monde des enfants qu'il ne peut élever. En conséquence la population est entravée par la peur du besoin plutôt que par le besoin même, par l'obstacle préventif plutôt que par l'obstacle répressif, et cela à proportion que riiomme s'élève en civilisation. La crainte de perdre la position sociale et d'avoir à, renoncer au luxe et au bien-être, est la forme que ice sentiment de prudence assume dans les narties élevéos de la société.

Dans un état social très peu civilisé, la population est limitée par la faim qui, généralement, apparaît sous la forme de ifamines périodiques-

(1) Ceci fut écrit en 1843. John Stuart Mill ne pouvait pas se douter qu'en 1909 il serait encore nécessaire de lut ter contre une opposition ignorante. Il y a, au U)llègo de France et à l'Institut, des économistes qui refusent d? regarder les proposilions malthusiennes comme des axiomes, non parce qu'elles n'en sont point, mais parce que leurs consé'^ucnces gênent les préjugés et privilèges des classes.

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Dans un t tat plus élevé la population n"est plus autant réprimée par un plus grand nombre de décès, que par un plus petit nombre de naissances. Cet obstacle préventif agit de diverses manières dans les dillérents pays. Dans quelques-uns, spécialement en A'orwège et dans queltiues iwrties de la Suisse, il provient d'une contrainte prudente. Les classes laborieuses s'aperçoivent qu'en ayant des familles nombreuses elles tomtoeronl au-dessous de m condition de ibien-étre ii laquelle elles sont accoutumées ; c'est pourquoi elles reculent devant les mariages irréflécbis et devant la procréation d'un trop grand nombre de rejetons. Dans ces pays, la vie moyenne est plus élevée que partout ailleurs en Europe; les naissances et les décès y ont la proportion la plus basse au cniffre de la l)c>i:ulation; il y a moinr, d'enfants et plus d'adultes que dans toute autre .partie du monde.

Dans les pays du continent qui possèdent des lois des pauvres, le mariage est partout défendu entre ceux qui reçoivent des secours. Il est peu de ces pays qui permett-^^nt l'uiion matrimoniale, à moins que l'homme ne puisse prouver qu'il est à même de nourrir une famille- C'est le cas en Bavière, en /Xorwège, à Lubeck, à Francfort et dans bien d'autres endioits. Ailleurs, en Prusse, en Saxe, etc., chaque homme est obligé de servir quelque temps dans l'armée, et pendant cet intervalle il lui est défendu de se marier. Dans quelques parties de l'Italie, selon une habitude qui règne dans toutes les classes de la société, un seul fils se marie dans une famille et -es autres restent garçons,

Mais la somme énorme de iiouvoir reproducteur, qui se trouve réprimée par ces obstacles préventils ou par d'autres, est toujours pré*e à

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se donner carrièrr, dès que la iJression -"s/ enlevée'

Il en résulte qu'une amélioration quelconque dans la condition des classes laborieuses n'a généralement d'autre efjet que de permettre à c?tte faculté de s'épanouir un peu; et la multiplication redoublée qui s'ensuit enlève tout avantage et ramène bientôt Vétat de clioses d'autrelois.

A m'Oins qu'on élève le type de bien-être m^Mitionné par Malthus — au-dessous duquel ils ne veulent plus se multiplier — les meilleurs efforts qu'on lait pour améliorer la condition des ouvriers aboutissent a nous donner une population, accirue en nombre, il est vrai, mais nul'oment en bonheur.

Il y a trois éléments de production, dit plus loin, Stuart Mill : la terre, le travail ei le capital. Le premier diffère des deux autres en ce qu'i) ne peut pas s'augmenter indéfiniment. Il est limité en quantité et en puissance productive; et c esi ce fait qui constitue la borne réelle de Taccrcisscment de la production.

Mais puisqu'il reste encore (beaucoup de terrains incultes, et que ceux qui sont cultivt^s pourraient produire bien plus qu'ils ne le font ; en un mot : puisque nous n'avons pas encore épuisé les ressourceis de la terre, on pense communément que cette borne de la production et de- la population est encore bien éloignée.

« Je crois, dit Stuart Mill, que ceci est, non seulement une erreur, mais l'erreur la p^.us sérieuse dans tout le domaine de l'économie politique. La question est plus importante et plus fondamentale qu'aucune autre. Elle embrasse le sujet; entier des causes de la pauvreté dans muo communauté riche et industrieuse : et à moins

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que cette matière ne soit parfaitement comprise, il est inutile de poursuivre notre enquête. »

11 compare l'obstacle à la production ( et par conséquent à ta population) dû à cette cause, non à un mur immobile placé bien au loin de jious, mais a une bande élastique qui. queln'ie lurtement tendue qu elle soit, peut toujours ''itre tendue davantage, qui nous enferme toujou'^s, et cela d autant plus étroitement que nous approctious davantage des limites.

r/est une loi fondamentale de Tind-istrie agricole quaprès la première pbaft^. toute augmen- Uitiuu de produit est obtenue à des conditions de plus eu plus difficiles. M. M\\\ exprime cette loi cuinme suit :

(( A])Tès une certaine })liase, phase qui n'est pas bien avancée, dans les progrès de i agricinlui"e, c'est hi hii (le uioduclion de lu terre que, d'ins un étal quelconque de riiabileté et des connaissances agricoles, l'augmentation du travail n'amène [xis une augmentation du produit au )nème degré ; doubler le travail ne double pas le produit: ou, pour exprimer la mt-me chose en (fautres termes, tout accroissement du produit s'obtient par une augmentation plus que proportionnée de l'application du trarail à la terre.

K nette loi générale de l'industrie agricole, <lit Stuart Alill, est la proposition la plus importante de l'économie politique. Si cette loi était différente, presque tous les pliénoniènes de la producliou et la disfribution des richesses seraient différents de 'ce <iu'ils sont. Les erreurs les plus fondameutales. qui ont toujours encore cmirs sur le sujet, proviennent de ce qu'on ne voit pas eHie loi iv l'œusTe au-dessous des agents [dus superficiels sur les([uels se fixe Tattentiou. »

(letle loi est d(''mtMilrép par le fait que îles Icr-

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rains inférieurs sont cultivés ; car le mot même de « terrain inférieur » signifie un sol qui produit moins avec autant de travail qu'un autre. De plus, la culture élaborée des meilleurs districts agricoles de l'Angleterre et de l'Ecosse est un signe de cette loi ; car cette culture supérieure coûte beaucoup plus en proportion que le latourage simple. En Amérique, où les bonnes terres sont abondantes et où la main-d'œuvre est chère, cette exploitation soigneuse de la terre n'a nas lieu, parce qu'elle ne serait pas profitable.

C'est cette loi, en vertu de laquelle les produits proportionnels du travail tendent toujours à s'amoindrir de plus en plus, qui fait que i"arcroissement de la production est souvent accompagné d"un abaissement de la condition des producteurs.

C'est pourquoi l'obstacle préventif de la population devrait non seulement être maintenu, mais même graduellement augmenté, pour permettre à la société de simplement se préserver, de garder son bien-être, san.s les améliorations constantes, qui facilitent la production. Si ces améliorations n'existaient pas, la proportion dans laquelle la population s'accroît, quelque petite qu'elle soit déjà, diminuerait encore et progressivement. Parfois ces améliorations pourront suffire pour réagir contre la loi de l'industrie agricole, et pour permettre à ïa population de s'augmenter dans sa proportion lente et antérieure, et parfois même dans une proportion plus rapide ; mais, pour sûr, dans un vieux pays, cette proportion ne peut jamais égaler de beaucoup^ celle dont la faculté de repToduction est capable. Ailleurs, lorsque les améliorations dans îa production ne suffisent pas pour réagir contre la loi, le 'frein' i\ la population sera forcément auQ--

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mente, soit dans la forme préventive, soit dans la forme positive.

Les salaires sont en général réglés par la ccncurrence, et dépendent en conséquence de l'offre et de la demande du travail, en d'autres termes de la proportion entre les ouvriers et le capital. Rien d'autre ne peut les aifecter. S'ils haussent, c'est uniquement parce qu'il y a moins de capital ou plus d'ouvriers.

Les différents plans, dont plusieurs sont presque toujours à l'ordre du jour, pour améliorer quelque peu la condition des classes laborieuses, touchent fort peu le bien-être des ouvriers. Tout soulagement léger ou temporaire, que de pareils moyens apportent aux maux dont ils souffrent, est bien vite effacé par l'accroissement de la population que ce soulagement produit généralement ; et l'état des choses devient aussi mauvais qu'auparavant-

On ne peut espérer un avantage durable qu'à la suite de quelque amélioration forte et soudaine qui élève leur type de bien-être d'une façon assez marquée pour les induire à mettre des bornes à leur ]aculté de procréer, de peur de perdre les bénéfices acquis. Le meilleur exemple d'une situation de ce genre a été donné par la France après la R.évolution.

on ne peut améliorer la condition des elasses laborieuses qu'en changeant en leur faveur la proportion entre le capital et le nombre d'ouvriers. (( Tout plan d'amélioration qui n'est pas basé sur cette vérîté est illusoire ; le progrès ne durera vds. »

Pendant que la sympathie pour les pauvres s'accroît, presque tout le monde se refuse à

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l'econiiailie la cause réelle de leurs sûui'i'rances. 11 y a iiii accurd tacite pour passer coniplètenienl suiis silence la loi des salaires, dont on l'ait J3on marché en rappelant « Tinsensible tiiéorie de Malthus. » Le manque de sensibilité n"est-il pas du côté de ceux qui trompent les pauvres sur la cause réelle de leur pauvreté ?

'He n"est pas la raison qui empêche les doctrines sur la population d"ètre admises ; c'est une forte aversion,

A bien des reprises, on a ti'idé de trouver un moyen d'augmenter les salaires sans la nécessité d'imposer plus d'obstacles à la population, mais ces tentatives ont toutes été fallacieuses. On a, entre autres choses, proposé de créer des comités locaux, composés de délégués des ouvriers et des patrons et chargés de fixer un taux raisonnable des salaires, TEtat étant chargé de procurer de l'ouvrage à ceux (jui n'en trouveraient pas. Bien des gens croient qu'il est du devoir des riches ou de l'Etat de [ournir de l'ouvrage à tout le monde, etc.

A cet effet, il faudrait lever, au moyen des impôts, le capital requis pour augmenter les salaires. Assurer de Touvrage à tous les membres de la communauté suspendrait tous les obstacles à la pojnilation. Ainsi, les taxes seraient forcément accrues tous les ans, atui de UDurrii' non seulement la première générafion. mais aussi tous les enfants que cette génération viendrait à procréer. De cette manière, ta richesse entière du pays serait graduellement absorbée. et ensuite l'obstacle positif à la population ne pourrait plus être évité.

Des auteurs célèbres ont si souvent indiqué les conséquences qui résulteraient d'une intervention artificielle de ce genre dans la question du

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travail, que rignorance n'est plus pardonnable chez un homme instruit.

Si un homme ne peut se nourrir sans aide, ceux qui lui donnent des secours ont le droit d'exiger qu'il ne mette pas au monde des enfants qui tomberont à charge aux autres. Si l'Etat garantissait de l'ouvrage à tous ceux qui naissent, il devrait, pour ne pas être ruiné, empêcher la naissance de tout homme sans son consentement. Car si l'Etat enlève les freins naturels de la population : le besoin et la peur du besoin, il faut qu'il en substitue d'autres. S'il se charge de nourrir les habitants, il faut qu'il se charge aussi de surveiller leur augmentation, et si, au contraire, il laisse pleine liberté à leur accroissement, il ne peut se charger de les nourrir.

Si les obstacles naturels à cet accroissement sont enlevés, ni la charité ni la promesse de travail ne pourront faire du bien ; ils ne feront que beaucoup de mal. Mais si les habitants sont placés dans une situation qui encourage des habitudes dci prévoyance et d'indépendance, qui enseigne à reculer devant une multiplication indue, alors l'avantage sera réel. Il n'y a pas la moindre chance de réussite d'augmenter de Las salaires, tant que les moyens employés n'agissent pas en même temps sur les idées et les habitudes du peuple.

Je ne puis m'empècher de citer un éloquent passage de John Stuart Mill, parce qu'il démontre à quel point toutes les idées communes sur la pauvreté, tous les remèdes en dehors de celui qui limite la faculté de reproduction, sont illusoires aux yeux du plus profond de nos philosophes, du meilleur ami des classes ouvrières :

Par quels moyens, demande-t-il, peut-on combattre la pauvreté ? Comment peut-on remédier au mal de

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salaires inféiieurs ? Si les expédients qu'on recummande d'ordinaire sont mal adaptés au but, ne peuton pas en trouver d'autres ? Le problème ne peut-il être résolu ? L'économie politique ne peut-elle faire autre chose que d'élever des objections contre tous et de démontrer qu'on ne saurait rien elfectuer ?

S'il en était ainsi, l'économie politique aurait à accomplir une tàclie nécessaire, il est vrai, mais inèîrale et triste- Si la masse des hommes doit rester ce qu'elle est maintenant — un composé d'esclaves condamnés à un travail qui n'a pas d'intérêt pour eux et auquel ils ne prennent par conséquent aucun intérêt — d'êtres qui sont à la peine depuis le matin jusqu'au soir pour gagner le strict nécessaire. et qui soulfrent de toutes les privations intellectuelles et niorales que cet état de choses implique • — d'êtres qui n'ont pas de ressources mentales, qui sont ignorants parce qu'il est impossible de les instruire mieux qu'on ne les nourritj. — d'êtres égoïstes, parce qu'ils sont forcés de concentrer toutes leurs pensées sur eux-mêmes, qu'ils n'ont aucun intérêt, aucune aspiration comme citoyens et membres de la société, et que leur cœur est rongé par un ressentiment d'injustice, ressentiment provoqué par l'idée de ce qu'ils ne possèdent pas comme par celle de ce que possèdent les autres ; — s'il en était ainsi, je ne sais pas ce qui pourrait inciter un homme capable de raisonner à s'occuper des destinées de la race humaine. La seule sagesse, pour tous, serait de tirer de la vie, avec l'indifférence d'un épicurien, tous les plaisirs personnels qu'elle peut lui offrir à lui et à ceux qui lui sont chers, sans faire de mal à autrui, et de laisser passer avec insouciance le vain tumulte de ce qu'on est convenu d'appeler l'existence civilisée. Mais une telle conception des destinées humaines n'a pas de raison d'être.

■ Stiiart Mill déclare ensuite que la seule viefhode possible d'élever les salaires et de faire du bien aux pauvres est de les induire à contrôler

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ddvantaige leur faculté de reproduclion- 11 dit qu'on n'a jamais essayé cette méthode sérieusement, mais qu'au contraire presque tous les honmi€s publics, les politiques aussi bien que les moralistes et les ecclésiastiques, ont plutôt encouragé que découragée le mariaige et la multiplication, à condition que cette dernière fût sanctionnée p<ar l'union matrimoniale. Beaucoup d'entre eux ont toujours un préjugé religieux contre la vraie doctrine, et croient qu'il est contraire à la bonté de Dieu et à la bienfaisance habituelle de la nature que la satisfaction d'une passion naturelle puisse amener tant de souffrances. La confusion des idées sur ce sujet est, dit Stuart Mill, en grande partie due à la délicatesse de mauvais aloi qui empêche la libre discussion d'affaires sexuelles ; mais « les maladies de la société ne peuvent être, pas plus que les maladies du corps, prévenues ou guéries, sans qu'on en iDarle franchement ».

Le grand but de la politique devrait être d'élever le type de bien-être parmi les classes ouvrières, de rendre leur situation telle qu'elles compTennent clairement que leur bonheur dépencl d'elles-mêmes et du contrôle qu'elles exercent sur la faculté de reproduction.

A cet effet Mill conseille, d'abord, de créer un vaste plan d'émigration, afin de produire une amélioration frappante et subite dans la condition des travailleurs qui restent dans la mèrepatrie, et d'élever leur type de bien-être-

Il propose ensuite de disséminer la vérité sur le principe de population autant .que possible, afin d'éveiller un sentiment public puissant, au sein des classes laborieuses, contre une multipli*

cation indue de la part de chaque individu, sentiment qui ne manquerait pas d'influor puissamment sur la conduite de chacun.

Il conseille enhn de faire tous les eh'orts pour nous débarrasser du système de travail actuel, du système du patron et de l'ouvrier, et pour adopter dans une grande mesure celui de l'industrie indépendante ou de l'association. Il en donne pour raison qu'un travailleur salarié, qui n'a pas d'intérêt personnel dans son ouvrage, est généralement imprévoyant et insouciant, qu'il vit au jour le jour et ne contrôle guère sa faculté de procréation. Au contraire l'ouvrier dont l'intérêt est engagé, qui est animé du sentiment dïndépendance et de confiance 'que donne la possession de la propriété, a des motifs plus puissants de se contraindre et voit plus clairement les mauvais effets d'une famille noml^reuse ; le paysan qui possède la terre qu'il cultive et le membre d'une association ouvrière en sont des exemples.

Telles sont en résumé les idées de John Stuart Mill sur la question du paupérisme et de sa cause, sur celle du travail et des salaires, sur l'espoir qu'on peut avoir d'améliorer le sort des pauvres et des souffrants-

Ces idées sont celles d'une quantité d'hommes éminents. Elles ont été défendues par Ricardo, Rjossi, ^Senior, Mac CuUoch, Whately, Francis Place, Joseph Garnier, Dunoyer, Richard Carlile, Knwolton, Annie Besant, Bradlaugh, Mantegazza, etc., etc.

La vérité fondamentale que démontrent ces savants et ces hommes de cœur est qu'on ne peut remédier à la pauvreté et. élever les salaires

La loi de roruLATiON 113

qu'en limitant ijIus encore la faculté de reproduction de notre espèce. Ils prouvent que tous les autres moyens préconisés, tels que les réformes sociales et politiques, la diminution des impôts, la propagation de l'éducation, le changement des croyances religieuses, l'émigration, les progrès des sciences et des arts, en un mot toutes les formes imaginables d'amélioration sont tout à fait impuissantes et ne peuvent exercer d'influence directe et générale sur le bien-être du (grand nombre.

Ces vérités sont absolument incontestables, et elles auraient été admises depuis longtemps, non seulement par les hommes de science, mais par tout le public intelligent, sans le désespoir qu'elles inspirent. iBlles ont fait donner à l'économie politique le sobriquet de « science lugubre )); elles l'ont fait regarder avec aversion et hostilité, comme si c'était la faute de la science, do^nt le plus grand mérite est d'être l'interprète fidèle des vérités naturelles.

Ce n'est pas en fermant les yeux à ces grands maux, en exhalant d'une façon puérile notre colère contre la science qui les explique et qui, par là, donne à notre race la révélation la plus importante 'qu'elle ait jamais reçue, que nous pouvons espérer remédier à ces souffrances. La nature n'est jamais apaisée par de pareils moyens ; elle est gagnée par l'étude sérieuse de ses lois et par les efforts patients et soutenus pour concilier avec elles, quelque difficile que puisse être la tâche, les intérêts des hommes.

Je passe à présent <'i l'examen détaillé de ces importantes questions sexuelles et sociales- Eltes forment le sujet de l'essai qui suit.

Georges DRYSDALE (J 827-1001) Autour des Eléments de science sociale

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