CHAPITRE IX
La cupulaliuu préventive et les classes ouvrières. — Les économistes amis des travailleurs. — John Stuart Mill et les remèdes auxiliaires à la pauvreté : émigration , éducation nationale, charité, association, coopération.
En guérissant les maux sexuels, nous remé-,# dions en môme temps à la pauvreté I Le paup'érisnie existe parce que nos habitudes sexuelles sont erronées.
Le manque de pain provient de la même source que le manque d'amour : ce sont les produits inévitables et alternatils de tout commerce sexuel qui n'est pas la copulation préventive, et les moyens qui seuls peuvent faire disparaître l'un peuvent aussi, seuls, faire disparaître {"autre.
Les riches souffrent d'une manière plus directe du manque d'amour, et pour cette raison les jeunes gens de cette classe et ceux qui ne sont pas mariés devraient s'efforcer principalement de faire disparaître ce mal.
Mais les pauvres sont intéressés d'une manière plus immédiate au manque d'aliments. Aussi c'est à eux surtout que s'adressent les observalions qui vont suivre et qui sortent d'un cœur excité par une sympathie respectueuse.
Les classes ouvrières ont leur destinée dans leurs propres mains. Il est une méthode, et il n'en est qu'une, par laquelle elles puissent échapper aux terribles maux qui pèsent sur elles, au
ni La Pauvreté
manque do pain et de loisir, au travail excessif et aux salaires insuffisants.
Ce moyen est de réduire leur nombre par la copulation préventive et de diminuer ainsi la proportion de Voflre à la demande du travail.
Tous les autres moyens proposés pour faire disparaître la pauvreté sont illusoires- Le socialisme, l'émigTation, Téducation, l'organisation du travail, ne sont tout au plus, — en admettant que ce ne soient pas des chimères impossibles à réaliser, — que de légers palliatifs qui fmissent , par aboutir au mal non moins terrible du manque d'amour.
Tant que le genre humain continuera à exercer la faculté de reproduction comme cclr'. se pratique aujourd'hui, et que cette faculté ne se trouvera limitée que par la continence, la prostitution ou la mort, c'est un simple rêve de parler de remèdes au paupérisme. C'est pourquoi l'attention des classes ouvrières devrait se concentrer sur le seul remède réel qu'elles puissent trouver à leurs maux.
Elles devraient refuser d'écouter même les plans qui ne sont pas basés sur la loi de population : ce ne sont que des feux follets, dont la poursuite fait perdre le temps et les efforts, et qui conduisent seulement à un abîme de désespoir plus profond. Elles devraient mettre à Tépreuve l'efficacité des moyens préventifs, et ies faire connaître à tous, en faisant comprendre "le devoir absolu de limiter la reproduction. Elles devraient s aider elles-mêmes et ne pas compter sur laide des autres- Si ce grand devoir était connu partout et rempli par tous, le fardeau de la pauvreté commencerait à être allégé en fort peu de temps, et il finirait par être enlevé-
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Il est à désirer qu'il naisse aussi peu d'enfants que possible, avant que le paupérisme disparaisse. S'il ne venait pas au monde d'enlants (( inutiles », si l'on se bornait à ceux qui sont indispensables à la santé de la mère, les maux que produit la pauvreté seraient grandement diminués, à mon avis, dans l'espace de six ans.
Au bout de douze ou vingt ans, les classes ouvrières pourraient faire leurs propres conditions, et recevoir un salaire et des avantages auxquelles elles osent à peine asipirer, en pensée aujourd'hui.
Le taux des salaires, cet important baromètre politique, comme l'appelait Malthus, est l'indicateur qui doit guider leurs efforts. Elles devraient, avec une persévérance inébranlable, et de concert, empêcher, par les moyens dont j'ai fait mention, toutes les naissances superflues, jusqu'à ce que les salaires soient assez élevés pour assurer le bien-être et l'indépendance de tout homme et de toute femme. Et le bien-être implique de la marge pour les accidents, les maladies et les circonstances hostiles qui peuvent assaillir tout individu ; et par indéipendance j'entends la facilité, même pour la plus faible des femmes et le plus maladroit des ouvriers, de gagner de quoi vivre, car il faut s'occuper de ceux-ci aussi bien que des autre:;. Or. pour tout cela, les salaires habituels, même ceux qu'on reigarde comme <( bons », sont beaucoup Irop bas, et il faudrait aspirer à un type de bien-être plus élevé.
Un autre but à poursuivre serait de rendre saluhres toutes les occupations, sans exception ; aucun homme ne devrait être forcé, comme il l'est à présent par le besoin, d'exercer des mé-
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tiers qui amènent infailliblement la mort au boni de quelques années.
Les ouvriers devraient aussi s'assurer plus de loisirs qu'ils n'rn ont aujourd'hui ; moins (Touvrage avec des salaires plus élevés ; au lieu d'être écrasés par un labeur constant, il leur faudrait assez de temps pour s'amuser, pour élever et développer leurs facultés de corps et d'esprit. Nul être humain ne devrait, c'est ma conviction intime, travailler plus de six ou sopt heures par jour, excepté tenuporairement ; c^ pour bien des occupations, même cette somme de travail est beaucoup trop élevé.
lEn réalité, les heures de labeur devraient être calculées selon la santé et l'intérêt de Imdividu. Tous ces objets et nombre d'autres pourraient être, à mon avis, accomplis par Vadoption générale de la copulation préventive, et par une étude ferme et constante de la véritable cause et du remède unique du paupérisme.
Il est au pouvoir des classes ouvrières de se procurer tous ces avantages, d'imposer leurs propres conditions aux capitalistes, s'ils réduisent suffisamment le nomibre des enfants. C'est par ce moyen, et non par des grèves désespérées ou des révoilutions sanglantes, qu'une amélioration quelconque dans leur condition peut s'effectuer.
Elles apprendront par là que les classes riches ont k lutter contre des diUicultés qui leur sont propres, qu'elles sont soumises à l'action meurtrière de la loi de population, tout aussi réellement sinon tout aussi ouvertement que les pauvres. Elles verront que les cœurs de beaucoup de riches sont pleins de pitié pour les souffrances des pauvres, que beaucoup sont tout prêts
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à vuiiir à leur secours, s'ils savaient seulement comment s'y prendre-
Elles comprendront que les pauvres sont tout autant à blâmer que les riches de Vexistence de la pauvreté, puisque celle-ci dépend surtout de leur procréation imprévoyante.
Toutes ces considératlions contribueront à apaiser les malheureuses animosités d'une classe contre l'autre, à nous rapprocher par une sympathie mutuelle. Hélas ! nous avons tous péché, sciemment ou sans en avoir conscience ; nous avons tous transgressé les lois sociales les plus sacrées ; nous avons tous à lutter contre assez de souffrances et assez de douleurs, sans nous faire réciproquement la guerre.
Un heureux effet que produirait partout l'introduction d'idées plus justes sur la moralité sexuelle, serait d'unir par les liens les plus sympathiques les habitants de loutes les nations. Nous comprendrions qu'ils souffrent tous des grandes difficultés sexuelles, et que rien ne les a tant éloignés les uns des autres que les différences d'opinion sur ce point et que, bien quc les divers codes de morala qui sont suivis dans les différents pays aient tous du bon, ils ont tous aussi et ne peuvent manquer d'avoir beaucoup de mauvais.
C'est une erreur de supposer que la loi de population ne produise des souffrances que dans le vieux monde, et que la copulation préventive ne soit pas requise dans le nouveau. Le travai! exagéré, par lequel les Américains se font remarquer tout comme les Européens et qui est incompatible avec les véritaibles intérêts de l'homime au physique comme au moral, doit surtout être attribué non pas, comme on le pense g'énéralement, à l'amour de l'argent où à l'esprit
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de rivalité (quoiqu'ils agissent indubiLablemenl comme motifs secondaires), mais à l'immense difficulté d'augmenter les moyens do vivre, même en Amérique, dans une progression capable de tenir tête à celle de Taccroissement de la population.
Si les classes ouvrières de l'Amérique désirent des salaires encore plus élevés, avec moins d'ouvrage, elles ne peuvent y arriver qu'au moyen de la copulation préventive.
Ce n'est pas une augmentation fiévreuse de richesse et de culture, ce n'est pas une orgueilleuse supériorité sur le vieux monde dont la situation est infiniment pire, qui soient à désirer pour l'Amérique. Ce qui est à souhaiter, c'est que chacun y obtienne des loisirs, en même temps que de l'amour et du pain ; que chacun trouve le temps de se récréer, de cultiver ses diverses facultés, que chacun n'ait que la juste somme de travail salubre requise pour assurer un accroissement rolativemcnt lent de la production et de la population, car, même en Amérique, un tel accroissement est seul compatible avec une condition satisfaisante des hommes.
La copulation préventive est le seul moyen direct qui puisse servir à remédier à la pauvreté. Mais il est beaucoup d© mesures auxiliaires qu'il faudrait adopter pour permettre aux classes ouvrières d'échapper le plus vite possible au paupérisme. John Stuart Mill les a indiquées avec une admirable clarté.
Parmi les mesures sur lesquelles il insiste le plus sont Vémigration et Véducation nationale. Il ipropose de faire organiser par le gouvernement un vaste et libéral plan d'émigration, de façon à emmener du coup une grande partie de
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rexcédent. do la population, pour élever ainsi subitement et d'une manière frappante les salaires des individus qui restent dans la mèrepatrie. Par ce moyen les classes ouvrières s'hal3itueraient à un type de bien-être plus élevé, comme cela s'est vu en France après la Révolution, et elles se refuseraient à augmenter le nombre des eniants de manière à redescendre à leur vieux type inférieur. Même si cette proposition n'était pas mise à exécution, il faudrait autant quo possible encourager l'émigTation individuelle, pour contribuer à réduire le chiffre des habitants. (1).
11 est à remarquer que des moyens d'alléger la pauvreté qui, sans la copulation préventive, ne servent à rien ou du moins à fort peu de chose, peuvent être fort utiles pour aider à son extinction.
Ainsi, la cliarité, qui dans les circonstances présentes est plus nuisible qu'utile serait un auxiliaire des plus importants pour élever la condition des pauvres aussi vite que possible, une lois que la copulation préventive serait généralement adoptée. On pourrait alors distribuer des aumônes, sans se dire avec abattement qu'on fait probablement plus de mal que de bien à ceux à qui l'on donne, et qu'on ne peut rendre un service durable aux pauvres.
Un vaste plan d'éducation nationale serait également fort utile, d'abord en contribuant à l'instruction et à la civilisation générales, ensuite en préparant les pauvres à comprendre la loi de population et le seul remède aux maux dont ils souffrent.
En outre, il existe un autre auxiliaire admi-
(1) Sur i'cmigrution, vuir noie 1, page 77
rable puiir anieucr ki giiérison du paupéiisinc cl rélévalion d&s classes ouvrières, et Mill y insiste avec force. C'est de changer le système actuel de patrons et d'ouvriers en celui de l'industrie indépendante et associée^ en celui d'associations. Je ne puis m'empêcher de citer quelques passages du grand ouvrage de John Stuart Mill, afin de montrer que les interprètes distingués de la loi de population au lieu d'être, comme on Ta si souvent prétendu, hostiles aux intérêts des classes ouvrières, sont en réalité les meilleurs amis des travailleurs.
John Stuart Mill dit : (( 11 n'est pas possible, à mon avis, que les classes ouvrières restent à jamais satisfaites de travailler pour un salaire, connne condition définitive. Travailler sur l'ordre et pour le profit d'un autre, sans avoir un intérêt dans le travail — pendant que le prix de l'ouvrage est fixé par une concurrence enne^ mie, un côté demandant autant que possible et l'autre payant aussi peu que possible, — ce n'est pas là, même quand les salaires sont élevés, une condition satisfaisante pour des êtres humains à l'intelligence cultivée, qui ont cessé de se regarder comme naturellement inférieurs à ceux qu'ils servent- » Comparant la situation de l'ouvrier au paysan et surtout au paysan français, John Stuart Mill ajoute '■ u Le paysan français n'est pas un rustique simple, peut-être n'est-il que trop calculateur. C'est la phase à laquelle il est ai rivé dans le développement progressif quo la constitution des choses a imposé à l'intelligence et à l'émancipation des hommes. Mais un léger excès dans cette voie est un mal petit et passager, comparé à l'imprévoyance et à l'insouciance des classes ouvrières ; c'est payer à bien bus prix la valeur inappréciable de la vertu de
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l'indôppndance personnelle, qui amène à ne compter que sur soi, comme signe caractéristique général d'un peuple. Cette vertu est une des premières conditions d'excellence ou caractère humain ; si les autres vertus ne sont pas greffées sur cette souche, elles ont rarement des rac.inc'S solides. C'est une qualité qui, pour une classiC laborieuse, est indispensable même pour atteindre un degré passaible de bien-êti'c physique ; c'est elle qui distinguo les cultivateurs de la France et de la plupart des 'pays européens, plus que toute autre population rustique. »
En résumant les mérites relatifs des différents systèmes d'économie agrico/le, John Stuart Mill arrive à la conclusion que le régime des paysanspropriétaires est aussi favorable que tout autre pour tirer ibon parti de. la production du soi. et que nul autre système usité jusqu'à ce jour n"a un effet aussi excellent sur la moralité des paysans, en encourageant les vertus de la frugalité, de l'indépendance et — ce qui est la chose la plus indispensadDle à leur bonheur — la prudence dans la ^procréation des enfants.
Tout en indiquant avec tant de clarté' les nombreux avantages par lesciuels les paysans-propriétaires l'emportent sur le système anglais de journaliers — système sous l'empire luquel 1 imprévoyance et irinsouciance de la population rurale sont notoires, — John Stuart Mill ne souliiont pas l'adoption d'un syslèmo pmreil, du moins sur une grande échelle. H dit : « Une nation qui a, une fois, adopté le système de la production sur une vaste échelle, soit dans les manufactures, soit dans fagricullure, n'y renoncera probablement plus : du reste, quand la population est maintenue en proportion convenable aux moyens de subsistance, il n'y a pas de rnitienl pas l'adoptior d'un système pareil, du
son suffisante pour qu'elle le fasse. Le travail est indubitablement plus productif sous Je système des grandes entreprises industrielles ; les produits, s'ils ne sont pas plus élevés d'une manière absolue, le sont en proportion du travail employé ; le même nombre de personnes peut être entretenu également bien, avec moins de labeur et plus de loisir — et ceci sera un avantag'e sans restriction, dès que la civilisation aura fait assez de progrès pour que tout ce qui est un bénéfice pour la société entière devienne aussi un bénéfice pour tout individu dont cette société est composée. Le problème consiste à obtenir l'efficacifé et l'économie de production sur une â'^c^ride échelle, sans diviser les producteurs en deux partis ayant des intérêts opposés : les patrons et les ouvriers ; sous ce système le grand nombre de ceux qui font l'ouvrage se compose do simples employés, aux ordres de ceux qui fournissent le capital, employés qui n'ont aucun intérêt personnel dans l'entreprise, si ce n'est de remplir 'leurs engagements et de gagner leur salaire.
« Une solution de ce problème est offerte par le développement et l'extension dont est capable le système de la coojjérdtion ou de Vassociation- Ge principe donne le moyen, pour quiconque contribue à l'œuvre soit par son travail soit par des ressources pécuniaires, d'y avoir l'intérêt d'un associé en proportion de la valeur de sa con'/.ibution. La coutume de récompenser ceux qui jouissent d'une confiance spéciale, par un intérêt dans les profits, est déjà fort répandue, et il exliste des cas où ce principe est étendu, avec un succès manqué, jusqu'à la olasse des ouvriers manuels. »
Plus loin, il écrit : « Sous ce système d>2s tra-
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vailleurs sont en réalité associés à leurs patrons.
N'apportant à la société que leur travail, pendant qu'il apporte non seulement son travaiil de direction et de surveiilance mais aussi son capital, ils n'ont droit qu'à une petite part des proiits. Ceci, cependant, est affaire ae convention dans toutes les associations : un associé reçoit une grande part, un autre une petite, selon leur contrat qui est basé sur l'équivalent que chacun apporte- Mais l'essence d'une association est obtenue, puisque chacun profite individuellement de tout ce qui est avantageux à l'entreprise, et perd par tout ce qui est préjudiciable. C'est l'affaire de tous, dans le sens le plus étendu du mot. ))
Il ajoute : « La portée de cette organisation de l'industrie, pour remédier à l'hostilité croissante et de plus en plus acharnée entre la classe des travailleurs et celle des capitalistes, frappera, je pense, nécessairement, par degrés, tous ceux qui ont l'habitude de réfléchir à la condition et aux tendances de la société moderne. .Je ne lîomprends pas comment un homme de cette espècp peut être persuadé que la majorité des classe« ouvrières consentira à jamais, ou même bien longtemps encore, à « scieri le bois et tirer leau » pendant la durée de la vie entière, au service et au profit d'autrui ; comment il peut douter qu'elles seront de moins en moins disposés à coopérer, comme agents subordonnés, à un travail quelconque, quand elles n'ont aucun intérêt dans Je résultat, et qu'il deviendra de plus en plus difficile de se procurer les meilleurs ouvriers et le meilleur travail d'ouvriers quelconques, si ce n'est à des conditions semblables à celles que j'ai mentionnées- Ainsi, quoique des arrangements de ce genre soient aujourd'hui dans l'on-
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/aiice, leur niuUiplication et leur développement une fois qu'ils seront entrés dans le domaine de la discussion générale, sont au nomibre des choses dont on peut attendre la réalisation avec le plus de confiance »•
Une autre forme, encore plus importante, de rassociation, dont John Stuart Mill est ravocat dévoué, se trouve dans les sociétés coopératives entre les ouvriers eux-mêmes. « La forme de ('association, dit-il, qui doit fmalement prévaloir, si les hommes persévèrent dans leurs améliorafions sociales, n'est pas celle entre un capitaliste chef et des ouvriers n'ayant aucune voix dans la direction, mais l'association entre les ouvriers eux-mêmes, sur le pied de l'ég-alité, auxquels le capital dont ils se servent appartient collectivement et qui travaillent sous la direction de gérants qu'ils ont eux-mêmes choisis et qu'ils pourront déposer eux-miêmes. »
Ge grand changement organique du système du travail salarié en celui de l'industrie indépendante et associée, est d'une importancee énorme pour le bien-être des olasses ouvrières. Elles devraient donc se proposer, avec fermeté et résolulution, d'arriver à cette indépendance, de se débarrasser par degTés de notre système actuel de travail salarié, avec toutes ses dégradations, avec sa petite perspective d'atteindre à une position meilleure. A mesure que les salaires hausseraient si la procréation était limitée, la classe ouvrière aurait moins de difficultés à faire des associations, soit avec les caipitalistes, soit entre travailleurs. Les ouvriers ne devraient pas renoncer à leurs efforts jusqu'à ce que leur condition soit reconnue comme tout aussi indépendante, tout aussi digne du respect et de la déférence des
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liomnies que celle de lous les autres membres de kl société. (1}
(1) Le syndicalisme si vanté aujourcriiui est comme tous les auti'cs moyens de lutte économique et sociale, cocnui.; tous les systèmes d'organisation proposés sous le nom de socialisme (marxiste ou autres) — radicalem'ent meliicace, au point de vue général, sans la limitation volontaire des naissances.
Relativement aux coalilious d3s salariés pour secoiuer le joug patronal et élever le taux des salaii^es, Malthus <\ Stuart Mill font les observations suivantes auxquolles souscriront tous ceux qui ont compris le principe ae j t.pulation.
Malthus dit : « ...Les artisans et les ouvriws des marm factures ont été conduits à comploter, dans le but de n;aintenir le prix des salaires et d'empêchiar les ouvriers de travailler au-<less(ius d'un certain tau.x.
« De tels complots sont inefficaces.
« Si l'offre d'ouvriers dans quelque branche particulière d'industrie est de natua'c à faire baisser les salaires, l'ncte de les maintenir de force doit avoir l'effet de priver d'cccupation un nombre d'ouvriers, tel que la dépense de leur entreti-axi égale le gain produit par la Imusse des salaires ; en sorte que cette hausse demeure tout à fait vaine pai; rapport à la masse entière des ouwiers. » (Essai, cih. IV du Liv. III.)
John Stuart Mill s'exprim'e ainsi dans ses Principes cVéconomie politique, 2™^ volume, page 538 :
« Si les ouvriers pouvaient, en se coahsant, élever et maintenir le taux général des salaires, je n'ai pas besoin de dire que, loin qu'il. fallût les en punir, il faudrait scn réjouir et leur souhaiter bon succès.
« Malheureusement, il est impossible d'atteindre le lait par ce m-oyen.
« La multitude qui compose la classe ouvrière est trop nombreuse et trop disséminée pour se coaliser, et surtout pour se coaliser utilement. .Si elle pouvait y parvenir, elle réussirait sans doute à diminuer le nombre des heun^s de travail et à obtenir le même salaire pour moins d'ouvrage. Mais si les ouvriers voulaient avoir un salaire supé* rieur à celui dont le taux est fixé par le rapport de l'olfre et ûe la demande, ils ns pourraient y parvenir qu'rn tenant sans emploi un certain nomibre d'entre eux... Les ouvriers •considérés collectivement ne seraient pas mieux qu'auparavant, puisqu'ils n'auraient pour subvenir aux besoins d'un même nomljre de têtes, qu'une môme somme de salaines... n
John Stuart Mill montre ensuite que ces coalitions peuvent réussir dans les corps de métiei'S où les ouvriers sont en petit nombre et concentrés dans quelques loca-
2hi: La Palvuoé
GHAinniE X
Conclusion : Il ny a qu'un moyen diioct de remédier à la pauvreté et aux maux sexuels, c est la
copulation préventive.
Mais que ratleiitiuii du lecteur ne soil détournée en aucune façon, par cee moyens auxiliaires et secondaires, du seul remède réel aux diUicultés sociales, de la « copulation préventive ».
iS"il devait en être ainsi, mieux eût valu ne pas les indiquer ; car, sans ce remède radical, tout le reste ne vaut pas la peine d'être mentionné, et ne peut en rien faira avancer le bonheur humain. Si ces moyens secondaires sont essayés seuls, ils ne peuv^ent, comme tout autre plan, que mener à l'aggravation du manque d'amour, et par conséquent ils sont illusoires.
La coipulation préventive sullit à elle seule, pour Mr'e disparaître la pauvreté, sans un seul de ces auxiliaires.
Si le paupérisme était une fois extirpé, le progrès deviendrait facile dans les autres branches de la -.so'cioloigie, et les classes ouvrières ob-
lités ; mais alors elles réussissent aux dépens du conson;mateur eX non aux dépens du capilaliste.
« ...L'élévation exceptionnelle des salaiix:,'S dans u)i corps d'état est obtenue aux dépens de la classe laborieusi^ entière. Cette liante rémunération a pour effet, ou de l'aire qu'on emploie moins d'ouvriers dans ce corps d'état, ou qu'on y engage une somnve plus forte de capitaux aux dénens' des autres états. Dans le premier cas, elle jette sur le marché général quelques ouvriers de plus ; dans le second, elle fait disparaître du marché une partie de la demande, et dans l'un comnve dans l'autre, elle a des effets contraires à l'intéi'êt des classes laborieuses ».
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tiendraient sans effort les avantages qu'elles poursuivent aujourcrhui en vain. Tous ces moyens auxiliaires^ au contraire, et tout autre remède ima;ginaJ3le, sont tout à fait impuissants sans la copulation préventive ; ils ne pourraient tout au plus qu'alléger un peu la pauvreté, au prix d'un accroissement de *Ia continence et des souffrances qui en résultent.
Ne nous faisons pas illusion ! n'allons pas imaginer que, sans la copulation préventive et une procréation limitée, nous puissions éviter notre destin ou toucher réellement aux terribles maux Dliysiques et moraux qui nous entourent et dont tes deux tiers sont dus au funeste antagonisme entre Famour et les moyens de subsistance-
Si nous voulons ignorer cet antagonisme et continuer à fermer les yeux, comme nous l'avons fait jusqu'à présent, à cette matière comme à tout autre sujet sexuel, nous aurons beau faire tout oe qu'il nous plaira ! nous aurons beau nous irriter, enrager, et exhaler nos fureurs l'écume à la bouche ! nous aurons beau supplier le ciel et fondre en larmes au spectacle des souffrances du pauvre! nous aurons beau prescrire à nous comme aux autres, le narcotique de la résignation chrétienne ! nous aurons beau dissoudre les terribles réalités de la misère humaine en un mirage trompeur de poésie et de philosophie idéale ! nous aurons beau dépenser notre fortune en aumônes, concevoir des lois des pauvres possibles et impossibles ! nous aurons beau former des rêves chimériques de socialisme, de régiments industriels, de fraternité universelle, de républiques, rouges, de révolutions sans précédent ! nous aurons beau nous combattre, nous entre-tuer, persécuter et mépriser ceux qui, par nécessité sexuelle, sont forcés do violer nos codes
25(i La Palviilté
iiioruiix si ruiitruires .à ki nature ! nuus puuiTons même brûler ti petit ieu les prostituées et les adultères ! Brisons nos cœurs et ceux de nos prochains contre les 'lois de fer que nous trouvons en l'ace de nous : en dépit de tout, nous ne lerons jamais un pas dans la voie du vrai progrès, si nous n'admettons point ces lois, si nous n'adoptons point la seule méthode qui nous soit offerte de nous y conformer.
■Si nous le faisons, je crois, j'espère que nous finirons par triompher de cet immense difficulté. de cette impasse sexuelle qui jusqu'à présent a déjoué tous les efforts de notre race. Une nouvelle ère se lèvera sur le monde, la seule ère de p'rogrès réel dans l'histoire humaine tout entière, ère bénie qui viendra inaugurer l'âge d'or, quand la vertu et la vérité ne seront plus des fantômes moqueurs, quand le progrès sera autre chose qu'un rêve.
Alors chaque pas eU' avant que feront les s^ciences et les arts portera le fruit voulu, et ce fruit ne sera plus empoisonné par lie .sacrifice indispensable d'un somme équivalente d'amour.
Alors nos rues ne verront pUis la prostituée délaissée ; alors des indigents valides ne rempliront plus les maisons des pauvres et les misérables mendiants ne viendront plus assiéger nos portes.
Alors nous aurons tous nutre part d'indépendance et d'amour sexuel, comme il convient à la position élevée de la race humaine.
Alors on fermera les maisons de charité, et les prisons perdront presque tous leurs hôtes, car la pauvreté, la cause principale du crime, aura disparu.
Alors les diverses classes de notre société, que ne séparera plus une infranchissable différence
.V.ors chaque pas en avant que font les sciences
Sa caisi:, son iskmkdk 257
de nnidilion, se fondront en un seul grand tout, et apprendront à regarder, avec un sentiment mêlé de tristesse et de surprise, les sombres siècles de destruction mutuelle et de luttes illusoires par lesquels ont passé leurs malheureux ancêtres.
Une véritable religion sexuelle peut seule apporter au genre humain la satislaction de ses besoins de nourriture, de loisir et d'amour.
En terminant, je prie le lecteur de recevoir les idées émises ici dans l'esprit qui les inspir'e,dans nn esprit d'affection et de bienveillance fraternelles-
Si lexpression de mes opinions a blessé, j'en demande sincèrement pardon ; j'ose espérer que la fan lie sera attribuée plutôt à mon manque d'iiabileté qu'à l'absence d'humilité-
En parlant des institutions sexuelles et religieuses ;cxui existent au milieu de nous, mon désir bien sérieux était de froisser aussi peu que possible 'les sentiments, dans lesquels nous avons tous été élevés, par la déclaration franche de mes convictions consciencieuses.
•T'aspirais de préférence à porter mon attention et celle du lecteur, loin de nos institutions superficielles, sur cette immense difficnlté sexuelle contre laquelle se sont (brisées les espérances de notre race. En face d'elle les systèmes des hommes et les luttes de leurs passions ressemblent à de vagues impuissantes qui viennent s'abattre sur le rocher de fer de la fatalité.
C'est contre la nature que nous devrions lutter, au lieu de nous combattre l'un l'autre- C'est elle qui est toute puissante pour fabriquer des armes de mort et des armes de vie. c'est elle qui fut le grand exterminateur, S"ii1s. nos efforts unis
et persévérants peuvent nous nieltre à même d'échapper à son étreinte qui nous écrase.
Ce n'est pas pour moi que je demande des égards ; c'est pour les malheureux qui souffrent et auxquels est dédié ce livre. Pour eux je suis p.rêt à subir tous les reproches, et même les insultes de ceux auxquels je veux être utile-
Hélas ! quand je vois autour de moi les pauvres qui périssent dans leurs demeures infectes, les prostituées qui errent délaissées dans nos rues, les victimes sexuelles qui languissent et souffrent dans leur amère solitude ; quand je plonge dans l'abîme profond de nos misères et de nos injustices sociales et que je réfléchis en outre à la destruction mutuelle gui accompagne toutes ces souffrances, — alors la pensée m'accable : que mon individualité importe fort peu. En quoi donc suis-je meilleur qu'eux, par quoi donc ai-je mérité d'être heureux quand tant d'autres sont misérables ?. . .
J'ai la conviction ferme et profonde que les maux dont souffre la société ne sont pas insurmontables, que l'avenir de notre espèce sera plus brillant que son passé et que ce que j'ai écMï, na pas été écrit en vain.