CHAPITRE VII
Le divorce. — Causes qui ont créé et maintenu l'institution du mariage. La copulation prévenlive obliyatoiie dans ramour libre, permettra l'amour libre.
Au sein de la société moderne, les souffrances causées par les institutions sexuelles qui, contraires à la nature, se continuent à peu près dans Taustérité hébraïque des temps primitifs, sont devenues innombrables. On a cherché à pallier ces maux par les intrigues et les relations clandestines. La sévérité du contrat de mariage est tempérée, en France, par l'adultère, comme dit Balzac, qui décrit avec une verve éloquente les conséquences funestes que produit cet état de choses en semant la corruption et les dissensions dans les familles.
Le divorce est devenu très facile en Allemagne et dans d'autres pays, l'incorapatiDilité d'humeur étant considérée comme motif valable. Dans rindiana et dans quelques autres des Etats- Unis d'Amérique, le divorce est surtout facile ; il ne faut que la volonté du mari ou bien celle de la femme, et une annonce de six mois, pour faire terminer l'union matrimoniale.
Or, en réalité, la iaciUtê de divorcer détruit le mariage. Elle change, en effeT, du tout au tout la nature de l'institution dont elle ne fait ni plus ni moins qu'un contrat entre deux individus de vivre ensemble, comme homme et femme, tant qu'ils s'aimeront réciproquement. T/est la seule méthode vraie d'union sexuelle ; c'est ccre que
la nature nous indique, et nous pouvons être assurés que toute institution qui brave les lois d'amour, comme le fait le mariage, produira des maux énormes. 'El ces maux s'accumulent a jamais, à mesure que le monde marche et que le genre humain devient plus libre, plus éclairé, plus instruit dans les lois p'hysiques et morales de la vie.
La grande difficulté qui empêche les hommes de proposer un changement défini aans notre code sexuel est la presque impossibilité de changer d'une iaçon quelconque la théorie du mariage, sans la renverser de fond en comble. Le divorce facile à obtenir o^enverse cette théorie en fait.
Dans quelques pays d'Europe, la théorie et la pratique de l'amour sont contradictoires. La théorie nominale de l'union des sexes est le mariage, tout comme en Angleterre. Et cependant, cette théorie est virtuellement détruite par la facilité du divorce, et le mariage se trouve à peu près sur le même pied que les relations temporaires. On peut dire que le mariage a cessé d'exister dans les pays où le divorce est permis pour cause d'incompatibilité d'humeur.
■Or, si le divoTce est facile, à quoi bon le mariage ? Pourquoi faire tout cet étalage et exposer aux regards du public l'amour qui répugne à se l'aire voir ? Pourquoi refuser de regarder une union sexuelle, qui se dispense de ces vaines foirmules, comme tout aussi honorable ?
De plus, partout, la prostitution, la masturbation, les maladies vénériennes, abondent, de même que les avilissements de l'intrigue et des relations clandestines. Les jeunes gens se moquent des lois austères de la morale et n'en tiennent aucun compte ; et, néanmoins, la théorie
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du mariag-e reste nominalement immuable, quoiqu'elle se trouve en désaccord avec la patique générale.
Une théorie rigoureuse, comme celle du mariage, cause nécessairement de deux choses Tune : ou le puritanismie et l'austérité sexuelle avec leur cortège d'influences mauvaises, ou bien un système régulier d'intrigues, de déceptions, de violations du code sexuel. La première de ces deux alternatives, jointe à la pratique immensément répandue de la prostitution et de la masturbation, se constate en Angleterre ; la seconde prévaut sur le Continent. 11 va sans dire que le mariage agit, dans les deux cas, comme un instrument subordonné de destruction nécessaire^ sous l'empire de la terrible loi de population.
11 y a trois grandes raisons pour lesquelles l'institution du mariage est restée si longtemps invariable, en dépit des maux et des injustices innombrables qu'elle produit, et malgré la sympathie des moralistes qui en ont eu conscience.
La première et la principale se trouve dans les difficultés qui découlent de la loi de population. Ces difficultés sont la source des maux sexuels les plus importants ; à côté d'elles, l'influence de toute institution humaine est tout à fait insignifiante. Tant que le principe de population continue son action meurtrière, comme il l'a fait jusqu'à présent, la nature des institutions sexuelles importe fort peu.
Avec ou sans mariage, sous Vempire d'une forme quelconque d'union sexuelle, le maUieur du genre humain est certain, tant que les moyens de subsistance et Vamour sont en état d'antagonisme- S'il faut périr, la différence n'est pas grande que nous périssions par le rfiariage ou
par quelque aulic airangenieiit sexuel. Quoique cette vérité n'ait peut-être pas été clairement définie, elle lut obscurément aperçue par la plupart des .penseurs qui s'occupèrent des imperfections de notre code sexuel, lis virent parfaitement les fautes de ce code, mais ils avaient conscience, sans bien s'en rendre compte, d'un principe bien plus puissant dont l'action meurtrière ne pouvait être arrêtée par une altération du code matrimonial, et ainsi, ne voyant aucun moyen d'échapper à ces maux, ils pensaient qu'autant valait ne pas se mêler de la question du 'mariage.
Il est inutile de proposer une reconstruction de nos institutions sociales, à moins de pouvoir démontrer qu'elle est grosse d'avantages réels. Or, un code sexuel quelconque, qui n'est pas basé sur la loi de population et sur les nécessités sexuelles de Vhomme^ ne pouvait donner raisonnabtqlement l'espoir de remédier aux maux qui existent sous l'empire du code actuel. C'est pourquoi le mariage a duré, non à cause de ses mérites inhérents, mais à défaut de quelque chose de meillem'. Les souffrances accaiDlantes dont g^émissent les hommes, le manque de pain, d'amour et de loisir, les ont forcés de supporter tous les maux du mariage, dont ces misères sont devenues la sauvegarde.
L-a' seconde cause de la durée de l'institution du mariage se trouve dans l'ignorance profonde des moralistes pour tout ce qui touche aux relations sexuelles, dans la délicatesse morbide qui prohibe la discussion de .ces graves questions. Notre code moral fournit à chaque ligne la preuve qu'il a été rédigé par des hommes qui ignoraient les lois fondamentales de notre nature sexuelle, tjui ne connaissaient pas et ne respectaient pas
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les organes de la reproduction, qui ne soupçonnaient, même pas rexistence du principe de population.
Ces législateurs étaient, dans les matières sexuelles, pleins de ces sentiments de mystère et de dégoût qui caractérisent Tenfance de la plupart des nations, et qui ne furent nulle part plus marquants que chez les Juifs, qui nous ont légué notre code sexuel.
L'ignorance de la nature et des lois des organes génitaux, ignorance qui distingue les moralistes, même de nos jours, les a privés des matériaux nécessaires pour former un système plus naturel de moralité, quoiqu'ils eussent vivement conscience des maux que produit le système actuel. De plus, avant Malthus, il était impossible d'avoirun bon code sexuel^ parce que personne ne connaissait le principe de population sur lequel il doit être basé.
Jusqu'au moment où la science parvint à une connaissance exacte des organes sexuels et de leurs lois, une véritable base physiologique faisait défaut. Si nous ajoutons à celte ignorance enracinée la délicatesse morbide qui jusqu'à présent a voilé ces sujets, nous trouvons la deuxième raison, suffisamment concluante, pour laquelle le mariage n'a pas été modifié.
La troisième cause se trouve dans la circonstance que le code sexuel que nous avons est appuyé sur l'autorité d'une religion surnaturelle. II est entremêlé, d'une manière indissoluble, aux fois chrétienne et hébraïque ; il est, en fait, une des grandes institutions juives qui sont considérées comme participant à la perfection et à l'inspiration de la Bible.
Dans le vieux et le nouveau Testament, on insislte sur peu de choses nuinni fine sur l'insli-
tution du mariage. La fidélité et la constance matrimoniale? sont considérées comme les plus hautes vertus ; toutes les liaisons en dehors du mariage sont stigmatisées comme « fornication » et « concupiscence de la chair et placées au nombre des péchés mortels. Par suite, l'institution du mariage est devenue une cérémonie religieuse, et la masse y croit, comme au christianisme dont elle est regardée comme partie intégrante.
Nier le mariage reviendrait à nier toute la religion chrétienne. C'est ce droit divin du mariage qui aveugle tant de gens sur les mauvais côtés de l'institution, qui soulève l'indignation contre quiconque se hasarde à en signaler les maux. L'institution est gardée avec autant de jalousie que 1© surnaturalisme lui-même. De la même manière on a lutté longtemps et avec fureur pour le droit divin des rois ; et cependant, de nos jours, il n'est plus qu'un vain nom que les despotes eux-mêmes hésitent presque à prononcer.
Mais le temps où un droit divin quelconque aura la puissance de protéger une chose terrestre sera bientôt passé ; une institution quelconque qui est basée sur le surnaturel, au lieu do rêtre sur la nature, ne peut durer longtemps. Les hommes ne consentiront plus à accepter les lois qui gouvernent leuriî actions, d'une source autre que la nature : c'est elle, et elle seule, qui deviendra la pierre de touche des institutions.
C'est donc sur des supports de préjugé et d'ignorance que notre code sexuel s'est surtout appuyé jusqu'à présent. Mais du jour qu'ils lui man>queront, le mariage sera jugé sur ses propres mérites, et nous apprendrons tous par degrés à en reconnaître l'insuffisance comme seul
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et unique arrangemenl honorable pour l'union des sexes,
La force des choses y mènera graduellement. Quand on aura reconnu la grande obligation de limiter le nombre d'enlants, et que la copulation préventive sera regardée comme compatible, comme seule compatible avec les plus hautes inspirations de moralité, comme la seule manière dont on puisse surmonter la diUiculté de la population ; iquand on aura de cette laçon fait disparaître la pauvreté, comme je crois fermement qu'elle disparaîtra, et que les hommes ei les femmes seront également indépendants, — alors l'indissolubilité du mariage finirai peu à peu de charmer l'esprit et paraîtra un lien inutile, accompagné de maux innombrables, sans avantages qui les compensent.
Si une femme ne doit avoir que deux el tout au plus trois enfants, dans des cas relativement rares ; si elle peut facifement gagner sa vie et qu'elle n'ait besoin d'autre protection que de celle que la loi nous donne à tous, — pourquoi se livrerait-elle d'une manière indissoluble* à, un seul homme pour tout le cours de sa vie ? Et, d'un autre côté, pour quelle raison un homme se livrerait-il aussi ? C'est le grand nombre d'enfants, c'est Vétat de dépendance de la femme qui semblent rendre le mariage chose prudente. A mesure que la femme avancera en indôpence, que plus d'occupations lui seront ouvertes et qu'elle recevra un salaire digne d'un être humam, elle deviendra de moins en moins disposée à se lier d'une manière indissoluble, à se mettre au pouvoir d'un seul homme. Pourquoi tendrait-elle le cou au joug accoutumé, pourquoi l'homme se lierait-il lorsque la nécessité apparente de le faire n'existera plus ?
--•i La PALA-RLnÉ
Nous avons (eus à considérer que, même si nous alidérons avec rigidité à ["institution du mariage, même si nous refusons de toucher à son indissolubilité, le grand devoir de limiter la procréation ne nous est pas moins imposé.
Que nous nous mariions ou non, il iaut également observer cette obligation suprême. Si les couples mariés changent de conduite, dans cette direction, comme ils sont moralement tenus de le 'faire ,ils auront à adopter des moyens préventifs ou bien ils constateront combien la continence affaiblit le corps et l'esprit- Ils seront ainsi détachés de leur foi aveugle au système actuel.
Une autre circonstance viendra fortement contribuer à ce changemeait. Une fois que les méthodes de copulation préventive seront universellement connues, et que la' nécessité de les adoipter sera ouvertement discutée {et sans cela tout progrès est impossible et nous resterons plongés dans les horreurs provenant de la loi de population, comme nous Tavons dit) — il deviendra tout à fait impossible de maintenir les femmes dans l'assujettissement étroit qui les enferme aujourd'hui.
En réalité la copulation préventive, si (elle se montre efficace, mettra les deux sexes presque sur le même niveau de liberté sexuelle. La femme pourra satisfaire ses ajppétits sexuels sans être exposée à plus de conséquences ultérieures que l'homme ; et il dépendra complètement d'elle d'avoir des enfants ou non.
Ceci ne peut manquer d'amener un changement radical dans les habitudes de la femme, car, en dehors de la peur d'avoir des enfants il n'existe pns de raison naturelle qui lui fasse dé-
Sa calse, son hlmèue 225
sii'cr à un nioiiidio degré que riioiiime du tiûisfaii'6 ses désirs sexuels.
Il est rare qu'un homme traverse la vie sans se livrer à l'amour en dehors du mariage, en dépit des rigueurs de notre code actuel. EL it est certain, que, si la peur d'avoir des enfants était enlevée, la femme, qui est le pendant naturel de l'homme dans sa manière de sentir et d'agir, ferait de même. Gela sera d'autant plus le cas quela dureté de nos idées sexuelles se relâchera par degrés et que le droit divin du mariage finira par être mis en ouestion-
--*i L.A l'ALvmaÉ
UIAPITIIE VllI
Le commerce sexuel honnête. La licence, ses causes.
— But de la morale sexuelle : diffusion générale des
plaisirs de lamour.
La prostitution, son rôle dans la société. Respect dû
aux prostituées. Comment prévenir la prostitution.
Uiio fois qu'on aura compris que la grande loi de l'exercice est applicable à tous nos organes, chacun reconnaîtra qu'il est moralement tenu d'exercer dûment ses organes sexuels pendant tout le cours de sa vie sexuelle.
En arrivant à la puberté, le jeune homme comprendra que la nature lui commande de satisfaire avec modération ses appétits sexuels. Quand il sera convaincu de la rectitude naturelle de cette idée, il ne pourra manquer de voir combien notre code moral est insuffisant et contraire à la nature. Il affirmera donc et obtiendra par degrés une plus grande liberté de jouir honorablement de l'amour en dehors du mariage, amour indispensable à cet âge surtout.
Quand les ordres de la nature seront compris comme ils doivent l'être, et que les commandements de la religion physique seront observés comme ceux de la religion spirituelle, la conscience ne laissera plus les jeunes gens tranc[uilles tant qu'ils n'auront pas obéi à ces commandements et tant que tous les otostacles qui s'opposent à la satisfaction honorable et désintéressée de leurs désirs sexuels ne seront pas surmontés.
Le devoir sacré de donner un exercice normal
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aux organes de la génération est également imposé à la lemme ; une fois que ce devoir sera dûment compris, il l'excitera de môme à affirmer ses droits à plus de liberté sexuelle, en dépit de toutes les résistances.
La société n'a pas le droit de condamner un de ses membres à une vie de célibat ou de continence absolue : c'est une énorme injustice à laquelle personne, ni homme, ni femme, ne devrait se soumettre. La cause de la liberté sexuelle, soutenue non seulement comme un droit mais comme un devoir, deviendra sainte aux yeux des jeunes gens des deux sexes. En s'y dévouant, ils se débarrasseront par degTés des misères sexuelles qui, maintenant, les oppressent comme des cauchemars. L'impuissance sexuelle, la tiimidité morbide, l'hystérie avec le cortège de désordres menstruels, la spermatorrhée et la masturbation, la prostitution et les affections vénériennes, seront toutes extirpées par degrés, si la jounesse est fidèle à elle-même et qu'elle affirme résolument les lois naturelles et les devoirs uui lui sont imposés, si tous les hommes remplissent consciencieusement la grande obligation de limiter la procréation.
Que ceux qui le désirent se marient ! Mai.s ceux qui ne veulent pas conclure de contrat indissoluble soit parce qu'ils sont trop jeunes, sdit qu'ils désaipprouvent comiplètement la cérémonie, devraient montrer par l'exemple qu'il est parfaitment honorable et justifiable de former une liaison temporaire.
S'ils s'abstiennent d'une 'procréation indue, s"ils élèvent leurs enfants avec soin et traitent leur compagne avec (franchise, sincérité et affection, ils remplissent leurs devoirs sexuels et réels. Si le monde les regarde pendant quelque»
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temps d'un mauvais œil, leur propre cunscieiicc Les approuvera, ce qui est la meilleure et la plu.^ noble des récompenses ; et de plus ils poseront les l'ondations d'une morale plus vraie que cellp que le monde a connue jus-qu'à ce temps.
Il est digne de remarque qu'au sein de lîi classe la plus pauvre et la plus misérable, on se dispense fort souvent de la vaine formalité du mariage. Parmi les marchands ambulants et les autres personnes qui demeurent pour ainsi dire dans les rues de Londres, il n'y en a pas un sur dix, de ceux qui vivent maritalement, qui soit réellement marié, car ils regardent la céléi)ration du mariage comme une cérémonie inutile et coûteuse. Au sein des classes ouvrières, ces unions sont également fort communes ; elles vont en augmentant partout. A Paris, selon le docteur Lefort, le chiffre des enfants illégitimes se monte à plus d'un quart, et à Vienne et à Munich, selon sir W. Wilde, à la moitié de toutes les naissances.
Les hommes riohes entretiennent fréquemment des maîtresses avec lesquelles ils vivent â peu près comme mari et femme. C'est parmi les dames des classes bien élevées que les liaisons libres sont fort rares. Mais une fois que ces dames comprendront la nature réelle des lois sexuelles et la sainteté du devoir d'exercer les organes, elles verront que, si elles ne trouvent pas l'cccasion de se marier ou s'il leur répugne ae contracter une union indissoluble, leur seule ressource se rencontre dans l'union libre.
Nulle femme qui écoute la voix de la moralité naturelle ne saurait consentir à rester vieille, lllle. Elle doit avoir conscience qu'elle ne satisfait pas aux lois de son être, si elle le fait.
Je ne parle pas du divorce seulement, car il
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{mil un chainjeinent encore i)lus radical que le divorce, si Ton veut rendre l'amour accessible à luus, si Ton veut empêcher la prostitulioii, la iiiasîurbalioii et la débilité sexuelle. Si l'amour est rendu trop difficile-, surtout pour les jeunes gens qui ont trop peu d'expérience, qui savent si peu se conduire à travers les écueils sexuels, la ma.sturbation et la prostitution seront iminanquablement pratiquées.
D'un autre côté, il ne faut pas non plus rendre l'amour trop facile, il ne faut pas laisser dégénérer une satisfaction modérée et fortitlanle en licence, car celle-ci démoralise infiniment.
On ne peut nullement compter sur les méthodes habituelles de se préserver de la licence, sur le puritanisme rigoureux qui suscite toutes les difficultés possibles à l'amour, sur le code austère et contraire à la nature qui défend toutes les satisfactions, si ce n'est dans les liens les plus fastidieux.
Imposer la continence, à moins qu'on ne soil marié, est à peu piès le pire moyen de se garder de la licence. Cette austérité accroît beaucoup et d'une façon morbide l'intensité des appétits sexuels qui, par suite, exercent une influence indue sur l'esprit tout entier. Les jeunes gens dn notre société pensent beaucoup trop à l'amour, et cela en grande partie parce qu'ils en sont exclus avec tant de dureté.
La véritable méthode d'arrêter la licence, c'est d'en indiquer les fâcheux résultats à la jeunessf, de convaincre les jeunes gens que la seule conduite qui soit réellement vertueuse, qui seule puisse mener au bonheur, c'est de ne se livrev qu'avec modération aux plaisirs vénériens, de ne jamais se plonger dans les excès sexuels qui ruinent l'esprit et le corps, de s'habituer à l'ab
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négation cl de penser au bien être sexuel des autres aussi bien qu'au leur.
Les maux produits par Texcès et qu'on constate surtout dans les contrées européennes continentales, proviennent surtout de Tabsence d'un type vrai et naturel de morale sexuelle- Les jeunes gens se moquent du code actuel, mais ils n'ont aucun autre guide qui les conduise à la vertu sexuelle et par suite ils se plongent dans toute espèce d'excès et deviennent insensibles ou efféminés.
Le véritable antagoniste de la licence est la connaissance de la supériorité de bonheur et de vertu qu'on rencontre dans la modération. 11 faut y joindre des occupations et une vie active.
Personne, ni homme ni femme', ne trouvera le bonheur, s'il le cherche exclusivement dans l'amour et la satisfaction des sens. Personne n^ peut se procurer un esprit content à moins dP mener une vie utile et laborieuse. Ce ne sont par des règles austères, mais une occupation salutaire qui procurera l'équilibre de l'esprit et gardera les deux sexes contre la licence.
Désirez-vous garantir la constance de votre femme ou de votre maîtresse ? Renoncez aux verrous et aux contraintes de convention, et donnez-lui une occupation qui l'intéresse.
Si la sphère d'activité des femmes est agrandie, si chacune d'elles est élevée de manière à pouvoir se rendre indépendante par son travail, il y aura, sans l'ombre d'un doute, moins de licence qu'il n'en existe dans notre société actuelle, en dépit de l'augmentation la plus large de la liberté sexuelle.
Les principales causes de la licence sont l'oisiveté, l'amour vénal et une éducation bornée :
Sa cal si;, son reiMèue 231
eiL la meilleure manière de se (préserver des dérèglements, cest d'en enlever les causes-
11 faudrait sug^gérer aux jeunes gens de prendre un intérêt égal au déveloiptpement de toutes leurs l'acultés, et surtout à celui des forces pïiysiques qui jusqu'à ce jour ont été si terriblement négligées. Les exeircices virils et les jeux athlétiques sont des sauvegardes contre la mollesse et la débauche sexuelle. En les pratiquant les hommes et les femmes pourront acquérir graduellement le sentiment de ce qui est vraiment noble et aimable dans le caractère, et ils ne laisseront plus leur vigueur dégénérer en licence maladive.
Une autre sauvegarde contre la licence, serait d'encourager une amitié plus intime entre les deux sexes ; et de faire comprendre aux jeunes gens que, sans l'estime mutuelle, Famour 'perd la moitié de ses charmes. Les deux sexes devraient se mêler avec plus de liberté et poursuivre plus souvent les mêmes occuipations, afin d'avoir autant de liens de sympathie que possible. Il faut faire en sorte que la passion sexuelle ne reste pas, comme elle l'est si fréquemment à présent, à peu près le seul sentiment commun qui les attire.
Le grand but du moraliste devrait être la diffusion générale des plaisirs de Vamour dans la race entière. On n'a guère songé à cela jusqu'à présent, et cependant cette distribution est tout aussi important-e que la distribution plus égale des richesses et de Vcisance universelle, but que de nos jours les économistes poursuivent surtout. Ne nous reposons pas, tant qu'un seul individu restera privé des plaisirs de l'amour par suite de circonstances qu'il est possible d'éviter.
Je ne voudrais pas quitter ce chapitre sans dire
232 La Palvrete
quoKiues luuls do la proslituliuii. Elu col uiiu des causes de la licence effrénée. Elle déniuralise un nombre considérable de jeunes lionmies, tout en maintenant dans un abîme de dépravation et de bassesse toute une catégorie de pauvres créatures.
Quels remèdes peut-on donc adopter contre la prostitution, qui joue un rôle si important dans l'histoire de la société humaine, qui s'est répandue dans le monde entier et a fleuri dès Fantiquité la plus reculée ?
Est-ce là une question que Thonnue ou la femme qui se dit moraliste, qui prétend aimer son espèce, puisse ignorer par suite de scrupules efféminés ? Des convenances imaginaires doivent-elles fermer le cœur à la sympathie avec nos semblables ?
Non ! cette question réclame la considération sérieuse de tous. Elle renferme un des modes dont se manifeste l'instinct puissant de l'amour sexuel ; elle est donc du plus haut intérêt pour ceux qui désirent arriver à la solution satisfaisante des grands problèmes sexuels ; et, de nos jours, ces problèmes priment tous les autres.
La 'prostitution est un phénomène singulier. Le fait que des femmes font un commerce de vendre leur personne, de trafiquer de cette intimité délicieuse que notre enthousiasme a sanctifiée dans un idéal poétique, — ^ non de les échanger contre l'amour et le bonheur mutuel, mais de les vendre à prix fixe, — ce fait est extraordinaire et démontre qu'il existe dans la situation des deux sexes une différence fondamentale.
Pourquoi les femmes se montreraient-elles moins disposées que les hommes à goûter les plaisirs môme défendus de l'amour ?
La réponse se trouve principalement dans la
Sa cause, son remkde 233-
différence des positions sexuelles. La copulation ne produit pas de conséquences physiques sérieuses pour l'homme ; s'il s'y livre avec modération, il n'y trouve que des plaisirs sans mélange de douleur, la satisfaction de ses passions, une rénovation de sa vig-ueur corporelle.
Le sort de la femme est tout autres Pour elle, le commerce amoureux a bien plus d'importance, car elle saitiq.u'il l'expose à porter un poids fatigant, à subir des souffrances physiques que, seuls, le sentiment fortifiant de l'amour et la perspeictive d'une maternité heureuse et honorée peuvent l'induire à supporter avec tranquillité. Quand ces consolations lui sont refusées ; quand la période fastidieuse de la grossesse doit se passer au milieu des anxiétés et des regrets, n'ayant pour soulagement qu© des entrevues sécrétas avec l'amant auquel elle se rattache comme à son seul appui; quand l'enfant, dont la naissance aurait dû marquer la fin de ses angoisses, semble n'être que le commencement de son ex- Irème abaissement — est-il surprenant que la f«mme recule devant des plaisirs qui peuvent entraîner tant de douleur ?
D'un autre côté, l'homme, tant qu'il n'est pas atteint, se soucie fort peu de la destinée de sa (•(jmpagne, à laquelle il laisse toute la honte et toute la misère. C'est pourquoi il lui paye les dangers qu'elle court ; et, comme il s'est emparé de toutes les occupations (pii font gagner du pain, ipendant qu'elle ne possède que sa personne ])our acheter de quoi vivre, le marché est aisément conclu.
Alors arrivent les jours de déception et de fausseté, de plaisirs simulés et de passions contrefaites, de transports momentanés auxquels succède le dégoût de la satiété ou les déclnre-
meiits des remords, car l'amour ne se laisse pas insulter impunément. 11 en résulte le vice meurtrier de rivrognerie, par laquelle on cherche à noyer les soucis et la conscience, et la dégradation publique, ce couronnement de toutes les douleurs. Voilà le tableau triste, mais vrai, à bien des égards, de la vie des prostituées, vie dénaturée et misérable.
Gomment donc est-elle devenue une partie nécessaire de notre société ? Quelles sont leB causes principales qui la produisent ? Ce n'est pas par des déclamations courroucées, ni par un silence impuissant, mais en cherchant à découvrir ces causes et à y remédier, que nous pourrons amener un état de choses plus conforme â la nature.
Parent-Duchàtelet et d'autres écrivains se sont donné la peine de nous montrer les différentes voies par lesquelles les filles sont amenées a emèrasser cette existence. Ce sont : les vices, l'ignorance et la sévérité de leurs parents, le manque/ d'éducation, l'opiniâtreté, les (passions effrénées ; la corruption des grandes cités, la bande de) séducteurs, de procureuses, eitc, et par-dessus tout la pauvreté.
Mais ils ne font aucune allusion à la (grande cause qui se trouve à la racine de toutes les autres et qui, dans tout le cours des siècles, continuera à rapprocher les hommes des femmes, c'est-à-dire, à la nécessité du commerce sexuel, sur laquelle j'ai précédemment insisté. Les passions sexuelles produiront toujours une grande somme d'amour en dehors du mariage. Partout où le code moral est sévère, surtout vis-à-vis de la femme, où il est difficile pour la femme de gagner honnêtement sa vie, cet amour assumera le caractère avilissant de la prostitution.
Sa cause, son remède 235
Les grandes causes de ce mal sont donc la nécessité des plaisirs sexuels, les difficultés qui s'opposent au mariage (par suite de la loi de population), la pauvreté des femmes et la manière rigoureuse dont on les traite.
II est impossible de réprimer les passions naturelles qui poussent la jeunesse des deux sexes aux plaisirs de Tamour, d'une manière irrésistible. Tout obstacle moral et social, qu'on cherche à opposer à ce besoin de notre existence, sera fmalement renversé, quoique, en attendant, il puisse causer bien des douleurs en entravant un fleuve qui ne saurait être arrêté.
Gomment faut-il regarder la prostitution, si l'on prend en considération la grande et puissante nécessité du commerce sexuel ? Comme un substitut précieux et temporaire, en attendant un meilleur état de choses. Elle est de beaucoup préférable à l'absence complète de la copulation, sans laquelle, nous l'avons dit, tout homme et toute femme mènent une vie contraire à la nature.
Au lieu de mépris, c'est de la reconnaissance — et on la leur donnera quelque jour — que le genre humain doit aux malheureuses qui souffrent pour la cause de notre nature sexuelle. En le faisant, il est vrai, elles se sont avilies, elles ont souvent perdu toute affection pour l'humanité qui les traite plus mal que des chiens, elles ont miné leur constitution par l'intempérance, elles ont été consumés par toutes les mauvaises passions. Elles ont fait tout eela, et pis encore, mais qui donc est à blâmer ? Ce ne sont pas elles, victimes infortunées de nos difficultés sexuelles et de notre code faux et irréfléchi. C'est nous plutôt, leurs semblables, qui, par notre dureté et notre négligence, les avons laissés tomber si
has. En vérité, nous avons souffert, et nous souffrirons encore, nous aussi, de leur avilissement.
Tant que ce mal dure, il est de notre devoir d'élever autant que possible les malheureuses filles, les pauvres martyres des -passions sexuelles, qui oiit tant souffert. Avant tout, il faut les respecter^ les respecter comme toute autre créature humaine : respecter leurs actions, icspecfer leurs sentiments. Au lieu de les négliger, de les outrager, comme on Ta fait juaqulci, il faut en faire les objets d'une tendre sollicitude, de notre part comme de celle des autres femmes
Si nous aimons et respectons ces filles, tout en cherchant à faire disparaître le terrible fléau de la prostitution, elles finiront par nous aimer et nous respecteront aussi ; mais c'est à ce prix seulement. Si la société les serre sur son sein, elles apprendront bien vite à lui rendre cette affection avec reconnaissance.
iSi, au contraire, la société continue à les dédaigner, elles lui infligeront toutes les peines et toutes les souffrances qui les frappent ellesmêmes. G'-est le traitement de la société ;ui les a rendues si dégradées ; c'est le repentir, l'amour et le respect de la société qui parviendront à les relever.
La seule méthode possible d'empêcher la prostitution est de prendre des mesures pour rendra l'amour honorable en dehors du mariage. Si les jeunes gens pouvaient se procurer une somme voulue de plaisirs sexuels, en tout honneur et toute liberté, sans se lier pour la vie, ramour vénal et prostitué disparaîtrait bien vite. €'est là un sujet de la plus haute importance. Il n'existe pas d'autre moyen de se débarrasser des maux indicibles de la prostitution, des maladies vénériennes et de la démoralisation qui naît dp ces enlises.
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La prostiLuliuii &era;i(, en elTet, gianclemeiit diminuée, si la pauvreté était enlevée, si les femmes pouvaient aisément g'agiier leur vie. Mais même clans oe cas, il en resterait encore beaucoup, à moins qu'on ne rende l'amour possible et honorable en dehors du mariaigc. Si ceci existait^ la prostitution cesserait immanquablement. Personne ne payerait une copulation avilie, une passion de contrebande, si un amour pur et vrai pouvait s'ototenir honorablement., sans argent, et sans un lien lindissoluble, si des relations sexuelles, dégagées des risques de la fécondation, pouvaient se rencontrer en dehors de la promiscuité. Ce n'est donc quen relâchant la rigueur du nœud matrimonial, en doniiant plus de liberté sexuelle, quïl devient possible d'extirper la prostitution, et, avec elle, les maladies vénériennes.
C'est une honte éternelle pour les hommes et les femmes que l'amour s'achète au prix de 1 argent. Une société où des marchés si dégradants abondent ne peut être considérée comme une « société morale » au ipoint de vue sexuel. Appliqué à quelqu'une des sociétés actuelles, le mot est une amère raillerie. La jeunesse, qui y est surtout intéressée, devrait faire tous ses efforts pour abolir cette abominable et horrible chose, ] amour mercenaire. Ceci ne peut être fait par la continence, qui est un plus .grand péché contre la nature que l'amour vénal.
H faut, avant tout, suppléer d"une meilleure manière au besoin ifondamenta:] du commerce sexuel, nécessité sur laquelle la prostitution est entée. Tant qu'on n'y arrivera pas. la prévention de la prostitution est un vain rêve, auquel s'abandonnent seulement les bomnies qui connaissent assez peu la nature pour s'imaginer que ses lois
et ses instincts peuvent être supprimés par la lorce.
Les plaisirs sexuels sont indispensables; on se les procurera à tout prix : s'ils ne peuvent être obtenus honorablement, par l'amour, ils seront achetés par l'argent et par la dégTadation.
Les jeunes gens des deux sexes devraient se faire un point dlionneur de ne jamais acheter ou vendre Vamour, dès que les femmes auront été mises à même de gagner leur vie par un travail honnête, dès que le fardeau de la pauvreté sera allégé. Au contraire, ils devraient tous chercher à démontrer que leurs relations temporaires sont parfaitement justifiables, à la condition de remplir les devoirs sexuels déjà mentionnés ; cela leur permettra de s'y abandonner ouvertement et avec dignité.
C'est de cette manière, et de cette manière seule, qu'on pourra échapper aux terribles misères de la prostitution, misères produites surtout par l'austérité de notre code sexuel, par l'inapplicabilité absolue à la nature humaine d'une institution indissoluble, comme celle du mariage.
Le mariage, je le répète, est la plus grande cause de ces souffrances, après la loi de population qui est la cause première de tous Les. grands maux sexuels, car ces maux, il ne faut pas l'oublier, ne sont que les méthodes secondaires par lesquielles l'action meurtrière de c:-'lte loi se fait sentir ; ainsi, quoique ces maux puissent paraître accidentels et capables d'être évités, ils sont en réalité inévitables, sous une formie ou sous une autre, à moins quHls ne soient prévenus par la copulation préventive.
De plus, de cette manière et de cette manière seule, il deviendrait possible d'extirper les ma-
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ladies vénériennes, objet dont l'importance pour la vertu et le bonheur de notre race ne saurait être exagérée. C'est Tamour vénal, qui, par l'indifférence haineuse qu'il porte à la société dont il est méprisé, lait durer ces affections maudites ; s'il disparaissait de notre société, ces maladies ne continueraient pas longtemps. Tous les efforts individuels et généraux devraient tendre à ce grand but. La syphilis et la blennorrhagie devraient être extirpées partout, non pas par la dureté, mais par le traitement attentif et immédiat de tous les cas qui se présentent ; et il ne faudrait rien négliger pour les détruire radicalement.
J'oise espérer que notre irace finira par annihiler ces terribles maladies par des moyens pareils, et aussi par la diffusion générale des connaissances médicales parmi toutes les classes, et non par des mesures de police partielles et injustes. Si l'amour libre pouvait s'obtenir honorablement et non à prix d'argent, si la communication d'une maladie contagieuse à un semblable était regardée ouvertement comme un grand péché, il est peu de personnes de l'un et de l'autre sexe qui voulussent commettre ce crime. Ce n'est pas l'amour en dehors du mariage qui dégrade réellement, c'est l'amour vénal et la propagation d'une maladie.
Confondre l'amour libre et l'amour vénal dans un seul arrêt, comme cela se pratique aujourd'hui, c'est embrouiller le sentiment du juste et de l'injuste, c'est perdre toute influence morale sur ces actes.
J'ai conscience des "difficultés inséparables d'un changement quelconque dan3 notre code sexuel. Je sais qu'elles sont tellement grandes qu'elles ont en général fait reculer le? penseurs les plus
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intrépides, qui n'osèrent proposer des remèdes délinis, tout en comprenant les maux avec une synipatiîie profonde, tout en les exposant avec une pénétration merveilleuse. Mais ces difficultés ne s'amoindrissent 'pas parce que nous évitons le sujet. Au contraire, elles s'accumulent sans cesse, à mesure que Thomme avance en civilisation.
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