‹ La Peau de tigreChapitre 11 sur 40 · C£UNDE · texte numérisé non relu

C£UNDE

Commandeur, vous n'êtes plus que l'ombre de vousmême; votre principal mérite consiste à être grand mangeur et grand buveur ; vous n'êtes pas un homme, vous êtes un estomac; vous avez baissé d'un dindon, et six bouteilles seulement vous troublent la cervelle ; vous vous endormez après dîner, dormez chez vous.

M. DE VAUDOR^.

Que les apparences sont trompeuses 1 moi qui la croyais si douce et si charmante!

^ GELINDE.

Quant à M. de Vaudoré, c'est un sac d'écus avec un habit et un jabot; qu'on le serre dans un coffre-fort, c'est sa place.

TOUS

Bien dit, bien dit; elle a toujours de l'esprit comme un diable.

LE DUC

Vous ne voulez pas venir à Marly?

CEIINDE.

Non.

LE CHEVALIER

Au concert de musique qui se donne aux Menus, et où l'on entendra ce fameux chanteur étranger?

CELINDE.

Non, vous dis-je I

LE COMMANDEUR

11 vient de m'arriver du Périgord certaines maîtresses truffes qui ne seraient pas méchantes arrosées d'un petit vin que j'ai, dans un coin de ma cave connu de moi seul ; venez souper avec nous.

GEUNDE.

Non, non, mille fois non I je neveux plus vivre que

de fraises et de crème ; tous vos mets empoisonnés ne me tentent pas.

LE COMMANDEUR

Des mets empoisonnés, des truffes de premier choix I Ne répétez pas ce que vous venez de dire, ou vous seriez perdue de réputation. Pour que vous teniez de semblables propos, il faut qu'il se soit passé quelque chose d'étrange dans votre esprit. Vous avez lu de mauvais livres, ou vous êtes amoureuse, ce qui est de pauvre goût, et bon seulement pour les couturières.

. CBLINDE^ K part. «

Ils ne s'en iront pas. S'ils se rencontraient avec Saint-Albin I ♦

LE DUC

Vous brûlez d'un amour épuré pour quelqu'un de naissance ambiguè que vous n'osez produire, un courtaud de boutique, un soldat, un barbouilleur de papier. Prenez-y garde, Célinde, vous ne pouvez descendre plus bas que les barons. II faut être duchesse ou reine pour se permettre le caprice d'un laquais ou d'un poôte, sans que cela tire à conséquence. Voilà Cl' ({ue j'avais à vous dire dans votre intérêt. Maintenant, je vous abandonne à votre malheureux sort. Messieurs, puisque Célinde est si peu hospitalière aujour-

(l*hui, venez passer la nuit chez moi. Nous boirons, et, au dessert, Lindamire et Rosimèae danseront sur la table un pas nouveau avec accompagnement de verres cassés. Madame, je mets mes regrets à vos pieds.

Page 1