SCÈNE III
GËLINDE, aeole.
Partis enfin! cela a été difficile.' Ils avaient ici leurs habitudes; ils étaient à Taise comme chez eux, plus que chez eux. Une danseuse, une fille de théâtre, cela ne gène pas; c'est comme un chat familier, une levrette qui joue par la chambre. Âh I mes chers marquis, je vous hais de toute mon &me. Étaient-ils naïvement insolents! quel toiL de maître ils prenaient 1 ils se seraient volontiers passés de moi dans ma maison ; mais où avaisje la tête, où avais-je le Cœur, de ne point voir cela, de ne m'en être aperçue qu'aujourd'hui? Il ont toujours été ainsi ; moi seule suis différente : Célinde la danseuse, Célinde la folle créature, la perle des soupers, comme ils disent, Célinde n'est plus; il est né en moi une nou-
LA FAUSSE CUNVEUSION 181
velle femme. Depuis que j'ai lu les œuvres du philosophe de Genôve, mes yeux se sont dessillés. Je n'avais jamais aimé. Je n'avais pas rencontré Saint-Albin, ce jeune homme à l'âme honnête, au cœur enthousiaste, épris des charmes de la vertu et des beautés de la nature, qui chaque soir, après l'Opéra, déclame si éloquemment dans mon boudoir contre la corruption des villes, et fait de si charmants tableaux de la vie innocente des pasteurs ! Quelle sensibilité naïve! quelle fraîcheur d'émotions et quelle jolie figure ! Non, Saint-Preux lui-même n'est pas plus passionné. S'il avaient su, ces marquis imbéciles, que j'adore un jeune précepteur portant le nom tomt simple de Saint-Albin, un frac anglais ef des cheveux sans poudre, ils n'auraient pas eu assez de brocards, assez de plaisanteries... Mais le temps presse... C'est ce soir que je dois quitter ces lieux, théâtre de ma honte... J'ai écrit à Francœur queje rompais mon engagement. Renvoyons ces présents, prix de coupables fai blesses. (Elle sonne.) Florinc, rcporto ces bracelets à M. le duc, cette rivière au chevalier.