LES POUPÉES
Quelques heures après la scène du balcon, Raoul Tonayrion et Félix Cambier se trouvèrent brusquement face à face au détour d'une des allées du parc. Cette rencontre imprévue d'une part était préméditée de l'autre. L'élève de Saint-Cyr avait cherché l'ombrage des hêtres et des marronniers dans le seul but d'y promener sa rêverie, selon l'usage immémorial des adolescents amoureux; mais l'intention du beau Tonayrion était moins pastoiab et moins tendre. En voyant son jeune rival s'enfoncer mélancoliquement sous la futaie, il l'avait suivi du pas d'un loup qui aperçoit un mouton séparé du troupeau, et se dit entre les dents : Voici mon dîner.
A la vue de l'homme qu'il détestait, Félix ne put réprimer un mouvement d'impatience, et il pressa le pas pour se soustraire à cette déplaisante rencontre. Au lieu de l'imiter, Tonayrion se campa fièrement au milieu de l'allée.
-— Je suis bien aise de vous rencontrer^ dit-il d'un aii; arrogant; j'ai deux mots à vous dire.
Surpris de cette interpellation^ et plus encore du ton dont elle était faite, Félix s'arrêta.
— Je vous écoute, monsieur, répondit-il froidement, Que me voulez-vous ?
— Vous donner un conseil, reprit Raoul en toisant le jeune homme du haut en bas; la rose que vous portez est flétrie; vous ferez bien de la jeter.
Félix examina la fleur qui ornait sa boutonnière, et reportant ensuite sur son rival un regawl assuré :
— Vous vous trompez, lui dit-il ; cette rose est fraîche <3omme la bouche de celle qui me l'a donnée, et avec on sans votre permission, je la garderai.
— Elle est fanée, vous dis-je; et je vais vous le prouver.
En prononçant ces mots, Raoul appliqua une chiquenaude à la rose épanouie, dont les feuilles s'éparpillèrent soudain au milieu de l'allée.
A cette insulte inattendue, l'élève de Saint-Cyr pâlit et resta muet, tandis qu'un frisson visible le parcourait de la tête aux pieds. Le provocateur le regarda un instant fixement comme pour lui donner le temps de parler, puis il sourit d'un air railleur, et pirouetta sur le talon.
— Monsieur, dit alors Félix en sortant de sa stupeur, je me respecte trop pour vous donner un soufflet, mais tenez-le pour reçu.
— Peste ! répondit Tonayrion avec un accent méprisant. Si vous ne parlez pas vite, en revanche vous parlez
bien. N'étant pas encore assez grand pour souffleter les gens en réalité^ vous montrez de l'esprit à le faire verbalement.
. — Si je ne suis pas assez grand pour appliquer ma main sur votre figure, du moins le suis-je assez pour vous mettre six pouces de lame dans le ventre.
Le beau Raoul examina,, non sans une sorte de surprise, son adversaire, dont les yeux lançaient des éclairs.
— Ainsi donc, monsieur, vous me provoquez? lui demanda-t-il en prenant un ton sérieux qui contrastait avec la légèreté dédaigneuse qu'il avait montrée jusqu'alors.
— Je ne vous provoque pas, répondit Cambier ; je ne fais que répondre à une insulte aussi brutale que stupide.
— Mais enfin, c'est vous qui m'appelez sur le terrain ?
— Assurément, et le plus tôt possible.
— En ce cas, j'ai le choix des armes, et je vous préviens que je me bats au pistolet.
— Au pistolet soit, dit Félix.
Les deux adversaires convinrent de se rencontrer à Paris le jeudi suivant, afin de se donner le temps de motiver leur départ, dont la brusquerie eût pu éveiller les soupçons de leur hôte. Ils se séparèrent ensuite avec une gravité mutuelle. Félix, qui marchait plus lentement que Tonayrion, se retourna tout-à-coup, et le voyant déjà loin, il revint sur ses pas. Avec un soin minutieux que coniprendiont tous les cœurs bien épris, il se mit alors à ramasser les feuilles de rose éparses dans l'allée. Au milieu de cett<5 amoureuse occupation^ il fut interrompu par sou
oncle^, qui de loin et sans être aperçu avait vu la scène que nous venons de raconter.
— Quel démêlé viens-tu d'avoir avec M. Tonayrion? demanda Servian.
— Aucun démêlé, mon oncle, répondit Félix, qui s'efforça de prendre un air calme; nous nous sommes rencontrés par hasard, et nous avons échangé deux ou trois paroles de politesse ; voilà tout.
— Et c'est sans doute par politesse qu'il t'a arraché la rose dont tu ramasses maintenant les feuilles, reprit Servian d'un ton incisif.
— Vous avez été témoin de l'outrage, s'écria Cambier avec une explosion dramatique; eh bien! alors vous le serez aussi de la vengeance ! Vous comprenez, mon oncle, qu'il ne s'agit pas de me faire un sermon comme à un enfant. Je suis un homme maintenant; j'appartiens à Saint-Cyr, à l'armée; j'ai une épée enfin, et quand on m'insulte, je dois m'en servir. Ainsi, je vous en supplie, pas de morale, pas de réprimande; il faut que je me batte, et je me battrai.
— Je ne t'en empêcherai pas si l'offense est sérieuse et que tu n'aies toi-même aucun tort. J'ai tout vu, mais sans rien entendre; raconte-moi donc ce qui s'est passé.
Félix rapporta mot à mot le colloque orageux qu'il venait d'avoir avec M. Tonayrion. Servian écouta ce récit sans sortir de son calme accoutumé.
— Il y a là, en effet, matière à duel, dit-il quand son neveu eut achevé la narration; je suis de ton avis, à
moins que M. Tonayrion ne t'adresse des excuses satisfaisantes...
— Se mît-il à mes genoux, interrompit Félix^ nous nous battrons ; cela est nécessaire.
— Nécessaire ? s'il t'offre une réparation convenable, votre querelle n'a plus de cause, et alors comment pourrait-il être nécessaire de la pousser plus loin ?
— Oui, mon oncle, cela est nécessaire, reprit l'élève de Saint-Cyr d'une voix émue. — Écoutez-moi : vous êtes ie chef de notre famille ; pour moi vous avez remplacé mon père, et je puis vous faire un aveu qui me couvrirait de honte si tout autre que vous le devait entendre. Depuis cette nuit une horrible idée me persécute. Vainement je cherche à la chasser ; à peine y ai-je réussi pendant cinq minutes qu'elle revient plus cruelle et plus acharnée.
— Quelle idée?
Félix regarda son oncle en face.
— Si j'étais un lâche?... lui dit-il tout-à-coup avec un accent d'angoisse.
— Un lâche ! s'écria Servian, qui, à son tour, considéra le futur officier ; toi, un lâche ! quelle est cette folie ?
— Plût à Dieu que ce fût, en effet, une folie, reprit Félix d'un air morne ; autrement je n'aurais plus qu'à mourir. Mais c'est en vain que je cherche ii m'abuser. Si ce que j'ai éprouvé cette nuit n'est pas de la peur. Qu'est-ce donc ?
— Un de CCS accès nerveux dont les hommes d'imagi-
nation sont moins exempts que les outres. D^ailleurs le courage de minuit est le plus rare de tous ; Napoléon l'a dit.
— En ce moment il n'est pas minuit.
— En ce moment !
— Vous m'allez mépriser, mais je veux tout vous dire, reprit le jeune homme avec une eîfusion douloureuse ; tout à rheure^ lorsque cet insolent a porté la main sur moi, — car cette rose, c'est moi, — mon premier sentiment n'a été ni la colère, ni Tindignation, ni le besoin de la vengeance, mais une sorte d'énervement stupide : au lieu de s'enflammer dans mes veines, mon sang s'y est refroidi, la voix m'a manqué et le cœur m'a battu. Accès nerveux ! direz-vous encore. Non; mais émotion, trouble, lâcheté ! oui, lâcheté ! ! Cette faiblesse a été courte, sans doute, et il n'a pas eu le temps de la remarquer ; mais n'eût-elle duré qu'une seconde, n'est-ce pas encore trop, mille fois trop, pour mon honneur ? Voilà pourquoi, dussé-je périr, je veux me mettre en face d'un danger réel, qui m'apprenne si je suis un homme ou un misérable. Comment voulez-vous que je vive avec cet horrible cauchemar qui me fait douter de mon courage ? Comment voulez-vous que je mette une épaulette sur mon uniforme et un sabre à mon côté sans savoir si je suis digne de porter l'un et l'autre ? Je vous le dis, mon oncle, il est nécessaire que je me batte : si cv. n'est pas avec M. Tonayrion, ce sera avec un autre ; oui, dussé-je souffleter au milieu de la rue le premier grenadier qui
m OEUVRES DE CH. DE BERNARD.
me tombera sous la main, je vous le jure^ je n'entrerai pas à Saint-Cyr avant d'avoir eu un duel. Fils de soldat et soldat moi-même^ il me faut le baptême du feu !
— Je serai ton parrain pour celui-là comme je l'ai été pour l'autre, dit Servian, qui examinait avec une secrète complaisance la détermination empreinte dans les yeux de son neveu. Mais calme-toi ; ta peur d'avoir peur est chimérique, et je te garantis que s'il en est besoin, tu te comporteras comme un Saint-Georges. Fie-toi donc à moi : je me charge de conduire cette affaire.
Félix promit à son oncle de se laisser diriger par lui, et ils se séparèrent afin de rentrer à la maison par des chemins différents.
— Surtout, dit Servian pour dernière recommandation, pas un mot à monsieur Tonayrion qui lui apprenne que je suis instruit de votre querelle.
Le reste de la journée s'écoula sans incident digne d'être rapporté. Le lendemain, madame Caussade, décorant du nom de migraine l'invincible maussaderie dont elle se sentait atteinte, se retira dans son appartement après le déjeuner. Servian vit avec plaisir cette absence momentanée qui lui laissait le champ libre. Lui aussi avait une épreuve à faire, et sans délai il la commença. ^ — Colonel, dit-il à M. Herbclin, qui venait de proposer à ses hôtes une partie de billard, vous pouvez vous passer de moi, et je vous demande la permission d'aller à votre tir. En passant à Liège j'ai acheté des pistolets que je serais bien aise d'essayer.
— Nous allons avec vous, répondit le colonel; nous jouerons au billard après dîner.
Le maître du logis conduisit ses compagnons dans une petite cour située derrière les écuries. Contre un des murs se trouvait une plaque de fer peinte en noir^ au centre de laquelle on apercevait une figurine blanche embrochée sur une tige de laiton. Le colonel chargea luimême les pistolets de Servian, ct^ se plaçant à une trentaine de pas du but, il tira le premier coup. Une moucheture sur la plaque à six pouces au-dessus de la poupée, en fut le résultat.
— Pistolets de pacotille, mon cher, dit-il en examinant avec dédain l'arme qui avait trompé son attente.
— Étes-vous bien sûr, colonel, que la faute en soit au fabricant et non au tireur ? demanda Tonayrion d'un air goguenard.
~ Essayez vous-même, répondit M. Herbelin, qui sourit d'avance de l'échec auquel s'exposait son hôte.
Le beau Raoul arma le second pistolet, en laissant tomber sur Félix un regard lugubrement prophétique.. Se mettant ensuite de profil, la tête altière, les épaules effacées, la main gauche sur la hanche, il abaissa négligemment l'avant-bras au lieu d'ajuster son arme de bas en haut, et pressa la détente sans presque avoir eu l'air de viser. Au même instant le coup partit et la poupée vola en en éclats.
-- Pour des pistolets de Liège je les garantis passables,
dit-il alors en se tournant vers les spectateurs comme pour jouir de leur étonnement.
Servian s'attendait à ce trait d'adresse : aussi n'en témoigna-t-il aucune surprise, mais il regarda Félix. Observé à la fois par son oncle et par son adversaire, l'élève de Saint-Cyr se raidit contre l'émotion que lui avait causé ce coup de feu de fatal augure, et il parvint à conserver une physionomie insouciante.
— A mon tour, dit-il en prenant le pistolet que le colonel venait de recharger.
— Attends qu'on ait mis une autre poupée, lui dit Servian.
— A quoi bon, tant qu'il reste un morceau de celle-ci? répondit Félix d'un air d'assui'ance.
Le futur officier ajusta son coup avec le plus grand soin; un instant après le tronçon de la poupée rejoignit le reste ^u corps parmi les débris amoncelés devant la plaque.
— Bravo î sabre de bois ! s'écria le colonel, un peu piqué de se trouver moins adroit que ses hôtes; voilà un joli coup ; mais je parie que vous ne le recommencerez pas une fois sur dix.
— Vous perdrez, colonel, répondit Cambier en souriant ; je le recommencerai tant qu'il vous plaira une fois sur deux.
Ajoutant aussitôt l'effet à la parole, le jeune homme prit un autre pistolet et mira la nouvelle poupée qu'un domestique venait de placer au but,
-— Je vise à la tête, dit-il résolument.
Docile à Tintention du tireur, la balle écrasa contre la plaque de fer la tête de la statuette, qui, sauf cette décollation, demeura intacte, et glissa jusqu'à terre le long de la broche.
En ce moment, au lieu d'examiner son neveu, dont la conduite délibérée rendait toute inquiétude superflue, Servian interrogea d'un regard pénétrant la physionomie de Tonayrion, qui essayait de sourire.
— A vous, monsieur, dit-il poliment en lui présentant un pistolet; je tire fort mal ; le colonel me semble un peu rouillé, et je ne vois que vous qui puissiez disputer la victoire à cet apprenti sous-lieutenant.
Le beau Raoul prit avec une sorte de contrainte l'arme que lui offrait l'oncle de Félix. Cette fois, loin d'affecter un laisser-aller magistral, il mit à viser une attention scrupuleuse ; mais sa main, atteinte d'un frémissement inaccoutumé, démentit l'adresse dont il avait fait preuve un instant auparavant. A la vue de l'étoile grisâtre qui parut soudain sur la noire surface de la plaque de fer, à deux pieds au moins de la poupée. Servian, et Félix échangèrent un regard expressif.
— Eh bien ! Tonayrion, dit le colonel, empressé de prendre sa revanche, ces pistolets vous semblent-ils toujours aussi bons ?
— Oui, certainement, répondit Raoul en affectant un air dégagé ; mais en ce moment je manquerais un bœuf à cinq pas. Chaque fois que j'ai fait des armes, il me reste
C8 ŒUVRES DE Cil. DE BEIV.NARD.
dans le bras droit un tressaillement nerveux qui ne me permet pas de tenir la main immobile.
— Où diantre avez-voiis \m faire des armes aujourd'hui ? demanda M. Herbelin.
— Dans ma chambre^ répliqua Tonayrion ; tous les matins je tire le mur pendant une heure ou deux.
— Vous avez là une excellente habitude, reprit le colonel avec chaleur ; outre que c'est un exercice salutaire à la santé, on peut avoir un duel, et il est bien de s'entretenir la main. L'escrime est beaucoup trop négligée dans l'éducation des jeunes gens d'aujourd'hui. On leur farcit la tête de grec et de latin, d'histoire et de mathématiques, et c'est à peine si on leur apprend à tenir un fleuret et à se placer en garde. Si j'avais un fils, je l'élèverais autrement. Peu m'importerait qu'il devînt un docteur, pourvu quePellier et Grisier m'en rendissent bon compte,
Servian mit un doigt sur sa bouche et montra du coin de l'œil son neveu qui venait de casser une troisième poupée.
— Colonel, dit-il en baissant la voix de manière à n'être entendu que de son hôte et de Tonayrion, vous avez sans doute raison au sujet de l'éducation actuelle un peu trop savante et pas assez virile, mais, je vous en prie, ne parlez pas de cela devant Félix.
— Pourquoi donc? demanda M. Herbelin.
— Parce qu'il n'est déjà que trop disposé à déserter la salle d'études pour la salle d'armes. Qu'il ne soit jamais un docteur, soit ; mais je ne voudrais pas non plus qu'il
devint un sabreur. Vous voyez son adresse au tir; le fleuret à la main^ il est plus fort encore. A son âge il a six ans de salle, et Grisier, dont vous parliez tout-à-rheure, m'a dit qu'il le regardait comme un de ses meilleurs élèves. Vous comprenez qu'en ma qualité d'oncle et de tuteur ce genre de succès ne me charme que médiocrement.
— Qu'y trouvez-vous à dire ? demanda le colonel d'un air surpris.
— Félix a une mauvaise tête^ reprit Servian en prenant une physionomie soucieuse ; il est irritable^ emporté ; il n'a peur de rien. Vous vous rappelez toutes les inquiétudes que son père a causées à ma famille ? Eh bien, je crains que Félix ne marche sur ses traces et ne devienne à son tour un bretteur.
— Eh ! laissez-le faire, dit M. Herbelin : un officier n'est pas un séminariste. Puisque la carrière qu'il embrasse l'expose à se battre, tant mieux s'il est en état de se défendre. Autrefois nous avions des tâteurs qui faisaient métier d'éprouver les débutants; s'il y en a encore, en arrivant à son régiment, il passera par leurs mains, et alors...
— Alors, interrompit Servian, tant pis pour les tâteurs, car il ne les ménagera pas plus que vos poupées.
— Il est certain qu'il est fort adroit, répondit le colonel en regardant Félix^ qui pendant ce temps avait encore tracassé deux ou trois figures de plâtre.
Tonayrion avait écouté ce dialogue sans y prendre part, en cachant sous une inditîérence apparente l'impression
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qu'il en pouvait ressentir. Il ne montra aucune envie de disputer le prix du tir à son futur adversaire^ et celui-ci ne tarda pas à mettre fin à un exercice auquel l'absence de concurrents ôtait son principal attrait.
— Je suis content de toi^, dit Servian à son neveu en le prenant à part lorsqu'ils rentrèrent à la maison ; ne te calomnie plus. Non seulement tu as du courage, mais,, ce qui est plus rare, tu as du sang-froid.
— Bien \Tai, mon oncle? vous ne vous moquez pas de moi ? répondit Félix sans chercher à dissimuler le plaisir que lui causait une pareille approbation.
— Je t'observais quand il a tiré ; ta contenance a été parfaite.
— Et cependant lorsque j"ai vu sauter la poupée, ce damné frisson d'hier a été sur le point de me reprendre.
— Qu'importe ! Le vrai courage, le courage intelligent, ne consiste pas à rester sans émotion, mais bien à en triompher, et c'est ce que tu as fait.
— Ne trouvez-vous pas que M. Tonayrion a l'air bien pensif? Est-ce que ma manière de tirer le pistolet lui aurait donné à réfléchir ?
— Peut-être, répondit Serviau 3 c'est ce que nous saurons bientôt.
LE LION MUSELE.
Le beau Raoul, d'ordinaire, se taillait dans la conversation une part royale. Pendant le reste de la journée il demeura, contre son habitude, silencieux, rêveur et distrait ; à peine répondait-il par monosyllabes aux paroles qui lui étaient adressées ; les sourcils joutant Tun contre l'autre, l'œil sévère, le front chargé d'un nuage, il semblait rouler dans son esprit quelque terrible dessein, et la manière seule dont il tortillait ses moustaches en clignant les paupières était faite pour intimider les gens pacifiques ; auprès de cette physionomie farouche, la face d'un lion eût été trouvée gracieuse et débonnaire.
Selon l'usage d'un assez grand nombre de, femmes aimables, madame Caussade tolérait fort peu chez les autres l'inégalité d'humeur qu'elle-même se permettait sans scrupule. La conduite de Tonayrion lui parut un caprice, et à ce titre lui déplut comme un empiétement sur ^es privilèges personnels.
— Il doit voir que je suis contrariée, pensa-t-eîle ; ce
serait le cas de faire des frais pour moi et non de bouder dans un coin. Jamais je n'ai tant désiré qu'il paraisse agréable, enjoué, spirituel, et voilà qu'il prend à tâche d'être tout le contraire. Ces hommes ne sentent rien ! Conçoit-on qu'il n'ait pas encore deviné que M. Servian a été amoureux de moi et qu'il l'est peut-être encore ? Pourtant il n'est pas difficile de comprendre que ma méchanceté doit avoir une cause, car habituellement je suis trèsbonne. D'ailleurs, honorerais-je de mes railleries un indifférent?
Impatientée à la fin de voir Raoul persister dans sa rêverie, elle résolut de l'en arracher malgi'é lui. Le colonel jouait aux échecs avec Servian ; Félix venait de sortir du salon, et la jeune veuve ne pouvait trouver un moment plus favorable pour exprimer à son amant ce qu'elle pensait de sa maussaderie.
— Daignerez-vous, lui dit-elle, m'initier à vos méditalions ? elles doivent être fort intéressantes puisqu'elles vous font si complètement oublier que vous avez une réputation d'homme aimable à soutenir.
Tonayrion s'attendait à cette interrogation et même, il faut le dire, sa conduite n'avait d'autre but que de la provoquer. Au lieu d'y répondre catégoriquement, il affecta un embarras propre à redoubler la curiosité d'Estelle.
— Je ne pense à rien qui soit digne d'exciter votre attention, dit-il d'un air contraint.
— N'éludez pas ma question, repartit madame Caussade; quelque chose vous préoccupe. J'ai la prétention de
croire que je n'y suis pas tout-à-fait étraugci e, et alors je désire savoir ce que c'est.
— Vous ne pouvez être étrangère à aucune de mes pensées, reprit galamment le beau Raoul.
— Ce n'est pas un compliment que je vous demande, c'est une réponse.
— En vous obéissant, madame je crainsde vous déplaire.
— Vous en êtes sûr en ne m'obéissant pas.
— Vous m'allez gronder, je le parie ; mais songez que d'avanceje reconnais mes torts.
— Quels sont-ils ces torts?
— C'est une histoire si sotte, si ridicule, si absurde que je suis réellement confus d'être obligé de vous la raconter, En mille vous ne devineriez pas ce dont il s'agit.
— Vous avez juré de lasser ma patience. De quoi s'agitil? parlerez-vous? Il s'agit... ^
— De la chose la plus étonnante, la plus surprenante, la plus merveilleuse, répondit Tonayrion en prenant avec une em.phase ironique le style de madame de Sévigné; en un mot, il s'agit d'un duel entre votre serviteur, et... devinez qui?
— Monsieur Servian, dit étourdiment Estelle.
. — Monsieur Félix Cambier, reprit le beau Raoul avec un accent solennel, qui avait l'intention d'être prodigieusement comique.
— Vous voulez vous battre avec M. Félix? dit la jeune femme après un instant de silence.
— C'est lui au contraire qui veut se battre avec
moi, répondit Tonayrion en riant avec affectation.
— Vous vous êtes donc disputés ?
— Hélas ! oui, madame, et c'est ici que je dois me frappei la poitrine en disant meâ cidpâ. Mais qui aurait supposé que l'enfant fut si pointilleux ? Voici Ihistoire : hier, lorsque, grâce à une espèce d'entorse que je me suis donnée à la chasse, il y a quelques jours, ce belliqueux adolescent eut reçu de votre main la rose que j'aurais voulu obtenir au prix de mon sang, j'éprouvai, je vous l'avoue, un accès d'humeur poiu* lequel j'ose soUiciter votre indulgence. Quelques heures plus tard, ayant rencontré dans le parc mon jeune et beau vainqueur, qui se promenait triomphalement votre rose à la boutonnière de son hribit, je ne sais quelle hallucination m'a pris, mon imagination a bénévolement gratifié M. Félix d'une dizaine d'années qui lui manquent pour être de quelque conséquence ; au heu d'un enfant, j'ai cru voir un homme, et dans cet homme un rival : c'est assez vous dire ce que j'ai fait.
— Vous l'avez provoqué, dit Estelle avec anxiété.
— Je ne me rappelle pas exactement mes paroles, mais sans doute elles auront paru trop peu respectueuses au rhétoricien, car il est monté sur ses grands chevaux et m'a proposé fort héroïquement de nous couper la gorge.
— Et vous avez accepté ce défi?
— Pouvais-je faire autrement?
— Puisque vous aviez tort, vous deviez en converir sur le champ et adresser des excuses à M. Cambier.
— Sans doute, madame^ répondit Touayi ion avec uq
accent de fatuité, vous avez raison et c'est là ce que j'aurais dû faire. Mais, par malheur, j'ignore comment on s'y prend pour adresser des excuses à quelqu'un.
— Je vous l'apprendrai, repartit madame Caussade d'un ton vif; vous pensez bien que je ne permettrai pas que cette querelle extravagante ait la moindre suite. M. Félix eût-il été le provocateur, ce serait à vous de commencer les démarches de conciliation, car il est un enfant, et vous êtes un homme. Mais du moment que les torts sont de votre côté, ne pas les avouer hautement serait plus que de l'obstination, ce serait de la barbarie. Vous battre avec lui ! est-ce bien sérieusement que vous y avez pensé? Quand vous l'aurez tué ou blessé, ce pauvre jeune homme, n'aurez-vous pas remporté là une bien glorieuse victoire? L'idée seule d'un pareil combat est si odieuse que je n'y puis penser de sang-froid. Je vous défends de vous battre, entendez-vous? et songez à m'obéir, sinon ma haine vous est acquise, et je ne vous revois de la vie.
Une pareille menace faite pour glacer le cœur d'un homme amoureux sembla produire sur Tonayrion un effet tout contraire.
— Oui, madame, vous avez raison, dit-il d'un air épanoui; grondez-moi, maltraitez-moi, punissez-moi, je le mérite. J'ai une mauvaise tête, je le sais. Je suis vif, irritable, emporté même ; en un mot, j'ai mille défauts, et loin de les guérir, la passion profonde que j'éprouve leur donne un aliment nouveau. Joignez la jalousie à ma fougue naturelle, et jugez quel salpêtre en doit résulter ! Mais
si je ne parviens pas toujours à maîtriser la violence de mon caractère^ croyez du moins que je ne suis ni opiniâtre ni sourd lorsqu'on me parle raison. Je n'avais pas attendu vos réprimandes pour me repentir de ma folie d'hier, et j'ai passé la matinée à me répéter ce que vous venez de me dire. Oui, j'en conviens, un duel avec M. Félix Cambier est tout ce qu'on peut imaginer d'extravagant, d'absurde et de ridicule. Pour que la partie fut égale, il faudrait donc choisir les armes dont on se sert au collège et nous battre au canif! Et si comme vous l'avez dit, j'avais le malheur de le tuer, quel regret pour moi ! quel remords ! le sang de cet enfant tacherait mon existence tout entière. Je vous jure, madame, que je vois les choses du même œil que vous; mais au point où elles sont arrivées, puis-je reculer?
— Si vous aviez pour adversaire un homme de votre âge, un antagoniste sérieux, je comprendrais ce scrupule. Soyez sur qu'en ce cas votre conduite même n'eût-elle pas été tou t à fait irréprochable, je ne serais pas femme à vous conseiller un acte de faiblesse. Mais avec un écolier comme M. Félix, quel risque peut courir votre honneur? Lui adi'csser des excuses n'est-ce pas en réalité l'épargner? En quoi ce trait de générosité froisserait-il votre amour-propre? ^ — Je tombe d'accord de tout cela, reprit le beau Raoul en souriant d'un air gracieux; vous parlez comme un ange, et je n'ai rien à répondre. Mais comment voulez-vous que j'aille dire à M. Félix Cambier : « Monsieur, je vous demande pardon de la manière dont je vous ai traité hier? »
II est évident qu'en parlant ainsi je partirais d'un éclat de rire, non pas à sa barbe, puisqu'il n'en a point, mais à son nez. Que voulez-vous, madame! il m'est impossible de prendre au sérieux M. Félix; je ne saurais séparer la figure de M. Félix de l'idée de thème et de pensum. Il ne faut donc pas penser à cette amende honorable qui dégénérerait indubitablement en bouffonnerie. Voici mon projet qui vaut mieux; il va vous rassurer complètement : le duel aura lieu, mais sans danger pour mon honorable adversaire, car après avoir essuyé son feu, je tirerai en l'air; je vous en donne ma parole d'honneur.
— Risquer de vous faire tuer ! dit Estelle ; quelle folie !
— Est-ce qu'on me tue, moi ! fit Tonayrion d'un air invincible.
— Cela n'a pas le sens commun ; je ne souffrirai pas que vous vous exposiez au moindre danger à propos d'un enfantillage. Puisque vous n'avez pas assez d'humilité pour adresser vous-même des excuses à monsieur Félix, c'est moi qui lui parlerai.
Le beau Raoul avait atteint son but ; mais, loin de le hisser voir :
— Y songez-vous, madame ! s'écria~t-il ; on dirait que j'ai eu peur de mon terrible adversaire.
— Vous savez fort bien que personne n'aura une idée si ridicule.
— Il m'en coûte de vous résister; mais une pareille démarche est tellement en dehors de toutes les règles...
— Que me font les règles?
7 8 ŒUVRES DE Cil. DE BERNARD.
— Je vous assure que cela n'est pas possible.
— Possible ou non^ cela srra, car je le veux. Tonayrion s'inclina profondément.
— Ce mot me ferme la bouche^, dit-il d'une voix soumise; du moment que vous ordonnez, il ne me reste plus qu'à obéir; mais puisque vous voulez éprouver votre empire, que ne me prescrivez-vous, au lieu de cette humiliation, quelque épreuve à subir, quelque péril à braver, quelque entreprise enfin digne de vous et de moi ?
— Je comprends, répondit en riant madame Caussade; un géant à pourfendre, une belle princesse à déliwer conviendraient mieux à votre courage qu'une action toute pacifique. Résignez-vous et songez que plus un sacrifice contrarie nos habitudes, plus il devient méritoire. A un autre je pourrais demander de l'héroïsme, à vous je demande de la raison; c'est exiger davantage, je le sais.
L'accent dont furent prononcées ces dernières paroles renfermait une si flatteuse moquerie, qu'en s'en voyant l'objet, tout homme devait se trouver récompensé de son obéissance. Le beau Raoul s'inclina de nouveau et protesta de sa soumission absolue.
— J'aimerais mieux, dit-il, que vous m'envoyassiez vous chercher en Afrique une demi-douzaine de têtes de Bédouins; mais puisqu'il vous plaît d'exercer votre pouvoir aux dépens de mon amour-propre, faites ce que vous voudrez, madame; demandez la paix en mon nom à monsieur Félix Cambier!
Tonayrion articula le nom de l'élève de Saint-Cyr avec
une affectation si méprisante qu'un sourire vint effleurer les lèvres d'Estelle. Intimement convaincue que, pour lui obéir, son adorateur se faisait une violence extrême, la jeune veuve éprouva une satisftiction secrète semblable au vaniteux plaisir que devait goûter Omphale à la vue d'Hercule filant à ses pieds.
— Quel empire n'ai-je pas sur lui ! se dit-elle; c'est le lion muselé.
Après avoir savouré quelque temps l'agréable pensée d'un despotisme, auquel toutes les femmes aspirent si toutes n'y parviennent pas, madame Caussade songea aux moyens d'exécuter la mission de paix dont elle venait de se charger. L'idée de réclamer les conseils du colonel ne fit qu'effleurer son esprit. Les enfants gâtés et même ceux qui ne le sont pas aiment souvent beaucoup leurs parents, mais ils les consultent le plus rarement possible ; en cette occasion Estelle ne fit pas exception à la règle. S'adresser directenient à Félix lui parut avoir des inconvénients, non qu'elle doutât du succès de cette démarche, mais elle craignit d'enfler la vanité de l'adolescent si elle discutait avec lui une question de cette nature.
— 11 se croirait décidément un homme, pensa-t-elle, et ce serait lui rendre un très-mauvais service que de l'encour^îger dans cette présomption.
Restait Servian, de qui l'intervention dans une affaire qui concernait le jeune Cambier était légitimée d'avance el on quelque sorte prescrite par son double titre d'oncle -et de tuteur. Tout réfléchi, madame Caussade trouva que
c'était avec lui et avec lui seul qu'il convenait de traiter. D'après l'antipathie dont elle avait donné depuis deux jours des preuves si acerbes, il serait naturel de supposer que la perspective d'un pareil entretien lui parût fort désagréable.
Il n'en fut rien cependant : loin de là. Estelle éprouva une sorte d'impatience en voyant que la soirée était trop avancée pour qu'il fût possible d'entamer le jour même une négociation qui lui inspirait le plus vif intérêt.
Le lendemain, après le déjeuner, au moment où monsieur Herbelin, selon son usage, conviait ses hôtes aux plaisirs du billard, madame Caussade s'approcha de
Servian :
— Je voudrais vous parler, lui dit-elle à demi-voix;
vous me retrouverez au jardin.
Malgré ses quarante ans et le sang-froid dont il avait contracté l'habitude, Servian se sentit presque aussi ému qu'eût pu l'être un adolescent amoureux pour la première fois. Il se contraignit cependant, suivit ses compagnoas dans la salle du billard et laissa s'engager une partie entre le colonel et Tonayrion ; mais après avoir feint pendant quelques instants de regarder le jeu des deux adversaires, dont Félix marquait les points, il s'esquiva fiulivement, et descendit au jardin.
Estelle se promenait dans une allée de marroniers qui liait le parc à la maison, en bordant d'un côté un tapis vert et de l'autre un mur de clôture. A la vue de son ancien amant qui s'avançait d'mi pas empressé, elle prit un
air froid propre à faire évanouir les folles illusions qu'il avait pu concevoir. Servian remarqua ce changement de physionomie; le sourire qui errait sur ses lèvres disparut aussitôt^ et sa figure n'exprima plus qu'une gravUé polie^ mais impassible.
— Je me rends à vos ordi'es^ madame,, dit-il en s'inclinant.
— Pour prévenir toute fausse interprétation de ma démarche^ répondit madame Caussade, je dois vous dire avant tout que la chose dont je veux vous parler ne concerne ni vous ni moi.
— Je savais cela d'avance^ reprit Servian avec une respectueuse fierté ; il est donc inutile de m'interdire une espérance que je n'ai pas.
— 11 s'agit de monsiem' Félix, répliqua la jeune veuve ; savez-vous qu'il doit se battre avec monsieur Tonayrion ?
— Je le sais, madame.
— En ce cas, je n'ai rien de plus à vous dire, car bien certainement vous empêcherez ce duel.
— Pourquoi l'empêcherais-je ? demanda l'oncle de Félix avec le plus grand calme.
— Pourquoi ? s'écria madame Caussade ; un duel où votre neveu peut être tué !
— C'est un danger qu'il courra sans doute plus d'une fois en sa vie ; en ce moment il le subit sans l'avoir cherché. Si Félix avait le moindre tort, j'userais de tout mon pouvoir pom' qu'il le reconnût au lieu de l'aggraver ; mais bien lom de là, c'est lui qui se trouve insulté. Il a raison
alors d'exiger une réparation, et je n'ai pas le droit de m'y opposer.
— Insulté^ dites-vous ! Un enfant peut-il être insulté ?
— Félix n'est plus un enfant, madame.
— Entant ou non, il est impossible qu'il songe sérieusement à se battre.
— Je puis vous assurer, au contraire, que rien n'est plus sérieux que sa résolution. C'est inutilement que j'essaierais de la combattre, et vous-même, c'est tout
lire, n'auriez, je crois, pas plus de succès.
— C'est ce que nous verrons, dit Estelle avec un sourire orgueilleux; en attendant, je veux bien comprendre que monsieur Félix se laisse emporter par la présomption naturelle à son âge; mais vous, monsieur, qu'on ne saurait accuser d'imprudence ni de témérité, n'êtes-vous pas effrayé de l'inégalité monstrueuse d'un pareil combat?
— Pour en être effrayé, il faudrait la reconnaître.
— Vous croyez donc qu'entre monsieur Tonayrion et votre neveu la partie est égale?
— Je la crois inégale, au contraire.
— Expliquez-vous, dit Estelle avec humeur. Servian la regarda d'un air pénétrant.
— Permettez-moi de vous adresser une seule question, lui dit-il : Comment savez-vous que monsieur Tonayrion et Félix doivent se battre ?
— C'est lui-même qui me l'a dit, répondit avec vivacité la jeune femme.
— Félix?
— Eh non ! monsieur Tonayrion.
Servian sourit en silence.
— Et sans doute, reprit-il, monsieur Tonayrion connaît et approuve la démarche dont vous daignez vous charger en ce moment ?
Estelle regarda son ancien amant d'un air de hauteur.
— Je n'ai besoin de Tautorisation de personne, dit-elle, pour accomplir ce qui me semble humain et juste. Il est vrai qu'après avoir arraché à monsieur Tonayrion Taveu de cette déplorable querelle, j'ai réussi à lui faire entendre raison ; si je n'obtiens pas le même succès près de vous^ savez-vous ce que je croirai ?
— Que croiriez-vous, madame ?
Madame Gaussade, se rappelant à temps son titre d'ambassadrice, parvint à retenir le sarcasme qui venait d'éclore dans sa pensée.
— Que vous importe ? dit-elle tout à coup, en armant son regard du dédain qu'elle ne voulait pas exprimer.
— Puisque vous refusez de me répondre, permettezmoi de le faire à votre place, reprit Servian avec le calme le plus imperturbable; si vous ne réussissez pas dans votre mission pacifique, vous penserez que monsieur Tonayrion m'est aussi supérieur par son savoir-vivre et €a docilité -qu'il l'est déjà par son courage et ses vertus chevaleresques.
Un peu confuse de se voir si bien devinée, Estelle ca*- €ha son embarras sous une affectation de moquerie.
— Puisque vous êtes sorcier, reprit-elle, dites-moi qui
vient derrière vous ?
Servian se retourna et aperçut Félix qui s'avançait d'un air d'hésitation.
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