IV
L'opération du dépècement se fait immédiatement sur le sable du rivage. Le marsouin est tourné sur le dos, et quatre dépéceurs, armés de longs couteaux, le fendent depuis la queue jusqu’au cou. Une coupe transversale est faite autour de la tête. De larges incisions séparent le lard de la chair, Le squelette est ensuite’ rejeté de côté et le capot, ainsi séparé, est fendu en deux dans sa longueur. On enfonce des crochets de fer aux extrémités de chacune des parties qui sont traînées par des chevaux jusqu’à proximité des hangars. Un plan incliné reçoit ensuite le capot que des crochets, fixés à un rouleau, retiennent par l'extrémité inférieure. Un dépéceur détache le lard de la peau qu’on replie autour du rouleau. A mesure que le lard retombe sur le plan incliné, on 1s coupe en larges morceaux auxquels on donne le nom anglais de fake ; et on les jette dans de vastes cuves. L'huile qui coule sur le plan est reçue dans des auges.
Les pauvres ne manquent jamais de venir quérir leur part de la pêche ; et la charité proverbiale de la société ne les renvoie jamais les mains vides : chacun s’en retourne avec une ffique dans sa chaudière, ou accrochée au bout d’une petite branche. Les associés sont convaincus que le succès de leurs travaux dépend des largesses qu'ils font à Dieu ; et leur générosité mé-
tite réellement ses bénédictions,
Les morceaux de graisse sont subdivisés en petites parties au moyen d’une machine, et jetés dans les bouilloires. L'huile qu’on en retire est fort recherchée à cause de sa limpidité, et surtout de ses qualités lubréfiantes. Elle est encore excellente pour l'éclairage : un lampion flottant brûle jusqu’à soixantedouze heures sans s'éteindre.
A défaut d’un nombre suffisant de futailles pour recueillir les huiles, on se servait autrefois d’une espèce d’outres confectionnée avec l'estomac des marsouins préparé à cet effet, et qu’on nommait ouiskouis, sans doute d’après un mot sauvage.
Un marsouin donne jusqu’à trois cents pots, (une barrique et demie) d'huile,
Dans les années de grande abondance, quand il y avait deux et trois cents marsouins étendus à la fois sur le sable de la grève, une quantité énorme d’huile ge perdait, et coulait en ruisseaux dans l’anse du Grand Dêégras et dans celle du Petit Dégras qui l’avoisine,
On aura une idée des profits que la pêche de la Rivière- Ouelle a rapportés à ses actionnaires par le fait que l’huile s’est vendue à un prix qui a varié de cent à deux cents piastres la barrique. Au reste, il y aurait un article à écrire sur les richesses côtières de la Pointe, dont ils sont les propriétaires. Outre le marsouin, le poisson de différentes espèces, y abonde. On attribue cette fertilité à la situation de ce promontoire qui s’avance dans le fleuve entre des anses profondes : il projette à une lieue environ au large de celle de Sainte-Anne,
Dans le seul automne de 1870, plus de cent mille anguilles ont été prises sur ce Littoral et dans son voisinage immédiat.
La peau du marsouin, dont il nous reste à parler, est revêtue d'un limon ou couche gélatineuse qui s’enlève facilement par la macération. Ce limon est lui-même recouvert d’une pellis
cule transparente et délicate assez semblable au papier de soie : elle se détache aisément, :
La peau du marsouin est très-épaisse et d’une force extraordinaire, qu’elle soit verte ou corroyée. Comme ce cuir n’a pas de grain, il acquiert un poli superbe,
Le corroyage et le tannage de ce cuir sont dus à l'esprit de