‹ La pêche en eau douce et en eau saléeChapitre 12 sur 159 · A PROPOS DE LÀ PÊCHE · texte numérisé non relu

A PROPOS DE LÀ PÊCHE

prend rien, il y a un jour où il gagne cent francs; — le menuisier qui prend son rabot sait bien qu il \a faire une table, il en a tant fait ! — et quand la table est faite, il n'a pas lieu d'élre fler. Biais le pôcheur, il jette sa ligne à Teau : prendra-t-il du poisson? et quelle espèce de poiéson ? et de quelle grosseur sera-t-il?

Et un jour de bonne pêche, il a l'orgueil du vainqueur et du joueur heureux.

La pêche est la mère de la navigation ; — c'est dans la grande famille des pêcheurs que se recrute sans cesse la marine.

J'allais oublier un des avantages de la pêche sur la chasse.

n n'est personne qui ne souffre en voyant un chevreuil, un lièvre, un oiseau, mort, sanglant, blessé.

La nature ne nous a pas inspiré la même pitié pour les poissons.

Le raisonnement vous dira que c'est absurde; le poisson hors de Icau se noie dans F air, comme vous vous noierez dans Teau, la blessure deJ'hameçon le déchire.

Eh bien, l'agonie d'un poisson ne nous touche pas.

Sansdoute parce que sa nature et sa conformation ,

trop différentes des nôtres, ne nous permettent pas dé faire ce retour sur nous et ce rapprochement qui sont le fond de la sensibilité.

 propos de la pêche et de la politique.

Du temps du règne parlementaire, — dont on nous a trop débarrassés, voici ce que j'écrivais sur la pèche politique, — je ne crois pas que ce soit une pèche tout à fait tombée dans Toubli :

Au moment des élections^ tous les partis se préparent à pécher des électeurs. — Chacun prépare ses engins et amorce ses lignes. Cette pèche se divise en une foule de procédés différents.

Il y a d'abord la pêche au filet, qui permet de prendre à la fois un certain nombre d'électeurs; — elle se pratique avec des filets variés selon les localités où Ton pèche, et Téspèce de poisson que Ton veut prendre.

Pêche au tramail. — Une fois votre filet tendu, vous allez à une certaine distance battre Ve^w ^\.

effrayer l'électeur par de grands et gros mots, qui font d'autant plus de bruit qu'ils sont plus creux. Les pêcheurs de Topposition crient qu'on vend le pays à r Angleterre, — le ministère fait sonner qu'on veut plonger le pays dans ï anarchie; dans l'un et l'autre cas, quelques poissons timides s'épouvantent et vont donner dans ce tramail, où ils s' empêtrent.

Pêche à la nasse et au vervenx, ■— Le ministère met au fond de la nasse quelque nouveau témoignage de r entente cordiale^ ou une hausse à la Bourse.

L'opposition met dans ses pièges la diminution ou Tabolition des impôts, l'aVénemënt des capacités et une loi agraire.

Pêche à Vépervier. — Le gouvernement rassemble ses électeurs, sur un point donné, autour d'une espérance quelconque, — d'un port de mer sur une montagne, d'un chemin de fer pour telle ou telle ville, parfois mênie d'un tableau pour une église, — puis, quand les poissons sagitent autour de lamorce, il jette son filet et les englobe.

Celte pèche réussit moins à l'opposition, qui n'a pas de résultat assez immédiat, d'amorce assez fraîche. Mais ces procédés perdent tous les jours de leur eflTicacifé, — l'électeur trop pécW est devenu défiant; et il voit de loin le filet. — Les gros poissons sur-

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