‹ La pêche en eau douce et en eau saléeChapitre 74 sur 159 · HAIMS. - HAMEÇONS · texte numérisé non relu

HAIMS. - HAMEÇONS

Vous donner des conseils sur la façon d'empiler vos hameçons et d'y attacher l'amorce, ce serait écrire des lignes inutiles. Un pêcheur, par son exemple, ei vos observations personnelles, vous en apprendront en peu de temps bien plus qu'il n'est possible d'en faire comprendre par écrit.

Que l'espoir de prendre de gros poissons, cependant, ne vous fasse pas choisir des hameçons trop

forts ; ce ii*est guère parce qu'on a des hameçons trop petits qu'on manque les poissons. J*en ai manqué beaucoup dans ma vie, et, malgré mon désir bien naturel de m'en prendre à quelque chose, je n*ai jamais pu me Cure admettre à moi-même le prétexte que l'hameçon était trop petit.

Chtpea harengn$. — Heerlnçt en Allemagne. — HarinÇf en Hollande. — Berrinfft en Angleterre.

Le lien natal de ce poisson est l'Océan. Il est long deneuf à dix pouces ou àiviron et a près de deux pouces de largeur; il meurt dès qu'il est sorti de l'eau.

Le dos est d'un bleu obscur, mais qui devient plus bleu au printemps. Les côtés et le ventre sont d'un bleu d'argent. Tout le ventre, depuis les reins jusqu'à Tanns, est un peu resserré en manière de carène aiguë» tandis que le dos est convexe ou arqué.

Tous les harengs ne font des œufs qu'une fois l'année, vers l'équinoxe d'automne. lis sont plus estimés et meiUeurs quand ils ont le corps plein d'oeufs et de hitmeo, comme touj les autres poissons. Dans d'autMi saisons, les harengs sont presque tous vides de laite et d'osufe; on les nomme alors gais.

be baraag multiplie l^eaucoup; il nageea\.to\xv^%

148 DIGTIONMAtRE DU PÉCflEUIL

St noarritnre ordinaire consiste en très-petits poissons, en yers de mer, et même en très-petits crabes. Les pêcheurs de Hambourg nomment le hareng poisson coa< ronnè.

S'il se trouve dans la mer une bandé considérable de harengs, redorât avertit de leur présence ; quelques pécheurs le sentent de très-loin. Mon premier maître d'équipage à Étretat, appelé Lubin, possédait cette bculté à un degré remarquable. Les harengs nagent tantôt fort près de la surface, tantôt à une grande profondeur. Quelquefois ils paraissent prendre plaisir i monter à la surface de Teau; ils en sortent un instant leur tète et s*y replongent sur-le-champ. Ce mouvement produit un petit bruit pareil à celui dé quelques larges gouttes de pluie qui tomberaient dans Teau.

C*est ce que les habitants des côtes qu'ils fréquentent appellent le jeu des harengs.

Depuis le 25 juin jusqu'au 15 juillet, on met leharei^, au sortir des filets, pêle-mêle dans des tonneaux qu'on délivre à mesure à certains bâtiments bons voiliers, qu'on appelle chasseurs, et qui les transportent promptement en Hollande, où le premier hareng qui arrive porte aussi le nom de hareng chasseur. Quant au poisson qu'on pêche après le d 5 juillet, aussitôt qu'il est à bord des buyses et qu'on lui a ôté les ouïes, on a grand soin d'en faire trois classes, savoir : le hareng vierge, leha« reng plein et le hareng vide. Le hareng vierge est celui gui est prêt à frayer; il est fort délicat. Le hareng plan

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est celui qui est rempli de laites ou d'œufs, c'est-à-dire qui est dans son état ^de perfection. Le hareng vide est celui qui, ayant fraye, est un peu coriace, et se conserve moins bien; c'est le moins estimé. Sur les côtes de Normandie, on l'appelle hareng gai.

Le hareng frais se nomme hareng blanc. Il est d'une

chair blanche et d'un bon goût ; il convient à bien des

tempéraments. Celui qui est salé se nomme blanc salé,

U.est assez malsain; il ne convient qu'à des estomacs

robustes, Celui qui est dessalé se nomme liareng peck ;

Uest moins malfaisant, mais moins délicat queleha-*.

reng frais. Les marchands regardent en quelque façoa

eomme des espèces différentes de poissons le hareng

trais, les harengs blancs, les sauris qu'on nomme com*

munément saurs ou saurets, les harengs brailles ou

demi-salés, les bouffis ou demi-sauris, les harengs d'une,

deux ou trois nuits, enfin les harengs de triage. Quant

an hareng saur ou enfumé, il esjt pernicieux, quoique

le menu peuple l'appelle appétit ou rouge salé, ou cra-

fudin; c'est lebockum des Hollandais. Il est sec, dur

ettrès-difficile à digérer.

Les mouettes et quantités d'autres oiseaux maritimes foi voltigent au-dessus de la mer font connaître, ainsi <Ioeles cétacés et les gros poissons, aux pécheurs en qoel lieu sont les troupes de harengs. Ces animaux les poursuivent continuellement pour en faire leur proie, et observent tous leurs mouvements. Les harengs nagent par grandes troupesf et aiment à frèqueivlet \e^

150 DIGTIOMNAIRBDU PÊCHEUR.

bords de la mer. On les trouve quelquefois en si grand nombre, qu'ils s'opposent et résistent au passage des vaisseaux. Dans ces moments, les matelots en prennent quelquefois un bon nombre avec la pelle dont on se sert pour arroser les voiles des vaisseaux.

La grande colonne de harengs quitte le Nord au commencement de l'année ; son aile droite se détourne vers rOccident, et tombe au mois de mars vers l'Islande; i'aiie gauche s'étend vers l'Orient Cette colonne se subdivise encore : les uns vont par détachements au banc de Terre-Neuve ; d'autres, arrivés à une certaine hauteur, dirigent leur course vers la Norvège, et tombent en partie par le détroit du Sund dans la mer Baltique ; et l'autre partie va gagner la pointe du nord de Jutland, défile le long de cette côte, et se réunit promptement par les Belts avec la colonne de la mer Baltique, puis se subdivise de nouveau pour côtoyer le Holstein, le Texel, le Zuyderzée, etc. La colonne occidentale, qui est aujourd'hui la plus forte, et qui est toujours accompagnée de marsouins, de requins, de cabillauds, etc., s'en va droit au Hithland et aux Orcades, où les pêcheurs hollandais les attendent avec impatience, et delà vers l'Ecosse, où elle se partage ; une partie fait le tour de l'Angleterre, va aux côtes des Frisons, des Zélandais, des Brabançons et des Français ; l'autre partie va aux côtes d'Islande, puis elles se rejoignent dans la Hanche, et, après avoir fourni aux besoins de tous ces peuples^ il en résulte encore une colonne qui se jette

dans l'océan Atlantique; c'est ià qu'elle disparaît. Ces poissons entrent quelquefois en si grande quan« titè dans la Hanche, qu'ils ressemblent aux flots d'une mer agitée ; c'est ce que les pécheurs nomment des lits ou bouillons de harengs.

Dans les endroits où il se rassemble beaucoup de poissons, on aperçoit à la surface ce que les pécheurs nomment le graissin ; on le voit dans la Manche.

On prétend que la pèche de ce poisson a commencé en 1163. Pour cette expédition, les Hollandais assemblent leurs buyses aux environs de Hithland, où arrive la seconde division des harengs. Leurs buyses sont au nombre de douze à quinze cents ; Us les mettent en mer, en tirant au nord-nord-ouest, et ils jettent le premier filet prés Jayrill, la nuit du lendemain de la Saint-Jean, 25 juin, aussitôt après minuit. On ne pèche que la nuit. Le poisson est attiré par la clarté des lanternes qui le fait venir droit aux buyses, et l'empêche, en l'éblouissant, de discerner les filets. Les pécheurs <le sardines se servent fort utilement de ces mêmes inanœuvres sur les côtes de Dahnatie. C'est ainsi qu'on les conduit à l'embuscade qu'on leur a tendue.

Les filets qui servent à la pêche des harengs sont iongsde mille à douze cents pas, et faits, suivant l'ordonri^ce,pour le moins de bon chanvre, avec des mailles bien serrées, afin que le poisson, en y approchant, s'accroche aussitôt par lesn)uïes. — Quand toute la tissure a été mise à l'eau^ ne retenant dans le b^ile^xx

m DICTIONNAIRE DU PÊGHEUR.

qu'un bout du halii), les pêcheurs laissent leur bateau dériver conjointement avec la tissure. Cette pèche ne se fait que la nuit, et, pouréviter les abordages, les pécheurs sont obligés d'avoir un ou deux fanaux alluméi et un peu élevés au-drssus du pont ; souvent on en place un sur le gibet; cette lumière a encore l'avantage d'attirer le poisson, et, 7)our cette même raison, les la< mîères qui viennent de terre sont fort contraires à k pèche. On met ordinairement le filet è l'eau vers les huit heures du soir; néanmoins l'heure varie suivanLla saison et la marée ; souvent on le laisse dériver pa>" dant toute une marée ; alors les matelots se reposent, An'en reste qu'un pour faire le guet ; néanmoins quand or» juge que beaucoup de poissons ont donné dans le filet .^ on en retire, au bout de quelques heures, une pièce o deux, pour examiner si l'on en a pris beaucoup ; si e fcctivement on le trouve bien garni, on se met en — devoir de retirer toute la tissure ; mais, s'il y en a peu, on remet à l'eau les pièces du filet qu'on en avait tirées, et on continue la dérive jusqu'à la fin de la marée.

Il n'est pas permis de jeter les filets en mer avant le 25 juin, parce que le poisson n'est pas encore arrivé à sa perfection, et qu'on ne saurait le transporter loin sans qu'il se gale. C'est en vertu d'une ordonnance expresse et des placards publiés par les états et par la ville de Hambourg, que les maîtres des buyses, les pilotes et les matelots prêtent serment, avant leur départ de Hollande et de Dantzig, de ne pas précipiter la pèche.

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