‹ La pêche en eau douce et en eau saléeChapitre 8 sur 159 · S LA PÊCHE · texte numérisé non relu

S LA PÊCHE

tion, et sur les phases du développement du poisson. Ainsi, par exemple, lorsqu'on mêle la laite avec les œufs, ceux-ci éprouvent une modification immédiale; de jaune rougcalre qu'ils étaient, ils deviennent d'une couleur cpaque et terne. 11 donne aussi quelques renseignements sur le développement de plusieurs poissons tels que brochet, perche, gardon, vandoisc, carpe, tanche, etc. ; et sur les meilleurs moyens pour maintenir en juste proportion les variétés de poissons d'une pêcherie, d'une rivière. M. Ephemera parle aussi de la fécondation artificielle du saumon; il décrit minutieusement les bassins qui doivent contenir les élèves, le développement du poisson qu'on peut suivre jour par jour, et il conclut distinguant deux procédés pour peupler une rivière de saumons, suivant qu'il s'agit d'une rivière dans laquelle il n'y a jamais eu de saumons, ou d'une rivière dans laquelle des saumons ont déjà existé et frayé, mais d'où ils ont disparu partiellement ou en totalité, par suite de manque de nourrituie ou d'un m.iuvais aménagement de la part du propriétaire. ^

D On ne peut avoir recours à la fécondation artificielle pour peupler nos eaux douces de certaines espèces dont l'introduction serait cependant fort utile dans un grand nombre de localités. Ainsi on

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ne trouve jamais les anj^uilles chargées de laite ou d'œuFs en maturité, et ces poissons paraissent ne' se reproduire que dans les profondeurs de la mer, d*où Ton en voit sortir chaque année des légions innombrables, qui s engagent dans les rivières et sont connues des pêcheurs sous le nom de montée. Pour peupler les étangs et les ruisseaux qui en manquent aujourd'hui, il faudrait, par conséquent, y transporter ce frai, et renouveler l'opération périodiquement. — Or, M. Coste a fail voir dernièrement que ce transport peut s'effectuer avec la plus grande facilité, même à des distances fort considérables. M. Coste s'était servi, pousses observations sur les modifications des épinoches, de grandes cuves en bois convenablement préparées par l'introduction d'un certain nombre de conditions favorables au but qti*îl voulait atteindre ; c'est dans ces cuves, dît-il dans son rapport sur la pisciculture, qu'il a obtenu des résultats dont il croît qu'on peut fiiire d'importantes applications. Son expérience la plus décisive regarde les anguilles ; il en a fait le sujet de ses recherches, d'abord parce que leur mode de génération, étant presque inconnu, pouvait fournir matière à d'importantes découvertes; ensuite, parce que leur chair, agréable au goût, constitue un ali- Sftent favorable à la santé, comme le prou\e Y e^^^m-

pie des populations qui habitent la lagune de Gomacchio. Il est donc à désirer qu^on puisse élever ces poissons en assez grande abondance pour qu'ils deviennent un des principaux moyens d'alimentation ; mais, pour atteindre ce but, il faut deux conditions préalables: se procurer du frai autant qu'on en voudra, et découvrir les circonstanees qui doivent en assurer le rapide développement. C'est vers les mois de mars et avril, à Tembouchure des rivières et des fleuves, à rentrée de la nuit, que se manifeste tous les ans le phénomène de la montée. C'est la montée^ c'est-à-dire la migration des nouvelles * anguilles, ou plutôt d'une espèce de glaire vivante, que l'on pêche avec des tamis, et qu'on verse dans des barriques où on l'entasse. M. Coste, ayant réussi à transporter le frai des anguilles avec des paniers d'osier remplis d'herbes aquatiques, a obtenu ensuite des résultats considérables en faisant séjourner ces animalcules dans ses cuves de bois ; à l'âge de « deux ans, les anguilles avaient trente centimètres de long et sept centimètres de circonférence. Les anguilles sont de tous les poissons ceux qui peuvent produire les plus grands bénéfices, car de tous les poisson^ elles sont ceux qu'on peut élever en plus grand nombre dans le moindre espace et dans la moindre quantité d'eau, — M. Coste indique aussi

les moyens de transport par la voie de navigation, c'est-à-dire avec des tonneaux dont les fonds, percés d'une ouverture garnie d'un grillage quelconque, soient perméables à l'eau du fleuve sans laisser passer les jeunes anguilles ; ces tonneaux, remplis d'herbes et de montée^ seraient liés entre eux en forme de radeau, et traînés par un bateau remorqueur, ou par des chevaux, s'il y a un chemin de halage. De plus, M. Coste, afin de pourvoir au défaut d'alimentation des anguilles qui se nourrissent naturellement de vers, d'insectes, de larves de grenouille, etc., a trouvé qu'une sorte de hachis composé de chair de cheval, de chien, de chat, de chenilles, de hannetons, peut les nourrir et les engraisser. » — Il termine son rapport en donnant quelques détails sur la pèche des anguilles de la lagune de Comacchio.

H. Valenciennes a fait un Rapport sur les espèces de poissons de la Prusse qui pourraient être importées et acclimatées dans les eaux douces de la France^ où il est question du sander {peixa hucioperoa) ou sandel ou sandat, poisson de bon goût, à chair blanche, qui devient presque aussi grand que le brochet. Ensuite, il parle du wels {silurus glanis), poisson connu seulement dans le nord-(^st de V Europe^ cça\

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est aussi de très-bon goût et qui atteint de fortes dimensions S

La grande, lottej que les Allemands nomment guappCj a été aussi l'objet de ses recberchea; c'est le véritable gaduslota de Block*.

Un poisson qui manque aussi à nos eaux douces est le alandt (cyprinus jeses) ' ; un autre est le piizker (le cobitis fossilU de Linné), poisson du genre des loches, qui devient trois fois plus gros que le$.lo« ches de nos rivières.

H. Valenciennes avait pris, toutes ses dispositions pour le transport de ces espèces qu'il voulait acclimater en France. Les pbissons étrangers avaient

* Dix-sept welt Tivants ont été amenés à Paris et déposés dans l'un des bassins des réservoirs de Marly; on a rapporté un individu long de i"/20 et du poids de 10 kilog.; et on en a pris plusieurs autres de O^iSO de longueur. — Un poisson de cette espèce fut servi, avec une carpe du Rhin, dans le repas donné, en 1828, par la ville de Strasbourg au roi Charles X; les deux poissons furent payés 700 francs.

* Douze exemplaires de cette espèce ont été déposés vivants avec les wels dans un des basa ns du Muséum d'histoire naturelle. L'eau qui alimente ce bassin est un mélange de l'eau de Seine avec celle de l'Ourcq; elle n'a pas paru convenir à ces lottes; on en a perdu quelques-unes. Hais celles qui ont été portées en eau de Seine pure dans les réservoirs de Harly se sont parfaitement remises ; on les a toutes tonservées.

' Si quelques naturalistes pensent cependant que cette espèce se montre déjà, quoique .rarement, dans les eaux de la Flandre, on ne peut contester que les races du nord-est de l'Europe ne soient beaucoup plus fortes. On en a rapporté onze vivants.

souffert en voyage, soit à cause d'une perte d'eau considérable, soit par le mouvement du chemin de fer; cependant ils se sont remis de la fatigue, et il espère qu'ils donneront du frai pour empoissonner nos grandes pièces d'eau. Il expose les avantages de celle importation redoublés par la fécondation artificielle, et conclut indiquant les cinq ou six espèces de poissons fumés qu'on pèche dans la Manche, qui n'arrivent jamais sur les marchés de nos grandes villes, et qu il a remarqués aux marchés de Berlin; il cite Yorphie [esox belone)^ les flets (pieuronectes flesus) et Talose, qu'on vend à Berlin sous le nom de glodfisch.

Je pense qu'il ne reste aucun doute sur le rapport qui existe entre les idées de Lacépède et celles de Mm. Coste, Milne-Edwards et Valencienncs.

On verra, en lisant, chacun à sa place, l'histoire des poissons qui viennent d'ôlre nommés — que, s'il en est qui n'aient pas été désignés par Lacépède, c'est qu'il est douteux qu'ils soient une bonne acquisition.

Le poisson considéré comme aliment.

Il y a deux grandes espèces de poisson : le poisson frais, et celui qui ne Test pas.

Le premier est toujours bon, fût-ce une ablette; — le second, fût-ce une truite, ne vaut rien.

Le père Glara, mon voisin de Sainte-Adresse, me montrant sa pèche : « Voilà un beau homard, lui dis-je, je vous le prends. — Non, me dit-il, il est mort de ce matin : il n'est pas digne d'entrer dans le corps de Thomme. »

On a attribué au poisson une grande influence sur la population des communes riveraines; — c'est une erreur : — 1® les pêcheurs ne font pas du poisson leur nourriture habituelle : ils le vendent, et mangent des légumes et préfèrent la viande ; T les pècheui^ n'ont pas plus d'enfants que les autres habitants des campagnes.

C'est également une mauvaise plaisanterie que

LE POISSON CONSIDÉRÉ GOMME ALIMENT. 4o

d'attribuer les familles nombreuses des paysans à la a vigueur de ces enfants de la nature, » car les paysans, ^om ce rapport, sont moins vigoureux que les habitants des villes; — c'est, en raisonnant mieux, précisément ce peu de propension à Tamour auquel on doit, entre autres causes, attribuer le grand nombre d'enfants qui pullulent et grouil* lent autour des campagnes.

Il est un vieux livre de médecine, De salubri piscium alimento — où l'on établit que le poisson est la nourriture la plus salutaire.

Gallien était de ce sentiment à l'égard des personnes sédentaires, des vieillards, des enfants et des malades. Les Orientaux, excepté les habitants des côtes, ne mangent guère de poisson. — Les Juifs et les Syriens n'en mangeaient presque pas; — quelques-uns d'ailleurs, ceux sans écailles, étaient interdits aux Juifs. — Quelques peuples anciens s'en abstenaient par diverses' superstitions.

En Hollande, le peuple mange plus de poisson que de viande. On en mange beaucoup en France et en Angleterre.

Les Romains en faisaient leurs délices et poussaient bien loin le raffinement à cet égard.

Les Espagnols en mangent peu et raccommodent, dit-oU; très-mal.

4d LAPËGHE.

On ne voit guère de gens naître avec une aversion pour la viande, — mais il n'est pas rare devoir des personnes avoir un extrême dégoût pour le poisson et ne pouvoir le digérer.

Philippe II, roi d'Espagne, n'en mangeait jamais. Il disait que ce n'était que de la gelée d'eau; la reine Atergaiis, au contraire, en était si gloutonne, qu'elle défendit à ses sujets de manger un poisson sans qu'il lui eût d'abord été présenté.

Yarron, dans un ouvrage sur les bons morceaux, fait l'énuméralion de ce que les Romainsgourmands faisaient venir de loin^ sous peine d'être jugé indigne d'un palais respectable : le thon de Ch^Icédoine, la /amproi^ d'Espagne, le co6t/i^ardePbrygie, les huSlres de Tarente, le pétoncle de Chio, un "autre testacé nommé e/ops, de Rhodes.

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