‹ La pêche en eau douce et en eau saléeChapitre 7 sur 159 · ÉTATS DE SERVICE DE L'AUTEUR · texte numérisé non relu

ÉTATS DE SERVICE DE L'AUTEUR

allions faire sur les rives d^ bains Yigi^, len \xfi^ versant le Carrousel, parée que nos casquettes de lycéens nous interdisaient les Tuileries, — avec Al* phonse Dame, le meilleur sans contredit et le plus cher de mes camarades de collège, — car Gatayes, qui sait beaucoup de choses, n'a, je crois, jamais rien appris, sinon le latin à la pèche aux Savetiers, — le français à la chasse aux lézarils« — la musique dans Feau, — la harpe à cheval. De là mes souvenirs me i^eport^t à Saint*Ouen, près de Paris. J'avais w oncle, vieux soldat, qui s'y était retiré avec sa jeune famille, av^urd'hui bien dispersée! Là, associé avec M. Ternaux, il se livrait à des expériences et à des fabrications auxquelles npus accordions peu d attention; -^ c'est là qu'il est mort et que je lui ai fermé les yeux. Depuis, j ai toujours été fidèle à Saint-Ouen, à ses iles, à ses petites rivières resserrées et au-dessus desquelles les saules entremêlent leurs branches. Là, j'allais chercher des wergiss-meinnicht pour celle dont Tamour m'a fait poète, — pour une femme qui m'a fait faire dix mille vers, dont je n'ai jamais osé lui donner un seul. Une seule fois, en canot, je l'y ai promenée avec sa famille. Nous ne pouvions parler, mais nos regards s'arrêtaient ensemble sur les petits Ilots les plus déserts. La pauvre femme a perdu

ÎO LA PÊCHE,

plus que moi : elle a perdu même le souvenir et la douleur. Je gage que quelque part, si elle se rappelle ce temps, elle y pense comme à un tempa^ d erreur et de folie! C'est à Saint-Ouen surtout que je suis devenu un hafiile nageur. Il y a encore à Saint-Ouen un batelier appelé Bourdin qui m'a appris à conduire un bateau, et qui me menait me baigner au courant de la Seine jusqu'au milieu de « l'hiver.

Gatayes et moi, nous connaissons tout le fond de la rivière en face de Saint-Ouen. Nous pourrions* dire encore où il y a du sable, et de la vase, et desmoules. Aune certaine époque, Gatayes allait beaucoup dans le monde ; moi, je restais tout l'été dans Tile de Saint-Ouen, logeant au moulin; le soir, je me couchais dans mon bateau sur du foin odorant. Il arrivait vers minuit ou une heure; un coup de sifflet convenu me réveillait, j'allais le chercher et nous soupions. Quelquefois il avait recruté des convives qui arrivaient un peu effrayés des détails de nos habitudes. Je péchais alors des écrevisses dans les vannes du moulin, et de beaux goujons à la pointe de Tîle de Clichy.

C'est à Saint-Ouen que j'ai faille métier de baie- * lier et de passeur pendant toute une année, et que je puis dire avoir mérité la contiance du public; •

ÉTATS DE SERVICE DE L'AUÎEtlR. , i\

c'est là qu'avec Gatayes nous avons retiré de Teau un pauvre petit enfant blond, qui n*était pas resté deux minutes sous l'eau et qui cependant ne put être rappelé à la vie.

C'est à Saint-Ouen, dans une petite ile, vis-à-vis du moulin, que j'ai écrit Une heure trop tard! Dans le creux d'un vieux saule, je serrais mon papier et ma plume.

Avant ce temps, j'étais allé pécher dans la Marne, à Ghâlons, — où je fis la tragédie dont j'ai inséré des fragments plus tard dans le roman appelé Fort en thème.

Là, il m'est arrivé une chose, à ce qu'il parait, fort ridicule, car les journaux ne me l'ont jamais pardonnée, et on a publié dix caricatures à ce su- . jet; — j'ai retiré de l'eau un cuirassier qui se noyait. — Dumas, dans ses Mémoires, constate le ridicule ineffaçable dont cette action m'a couvert, et avoue qu'il n'a pu en trouver le côté plaisant.

Là, j'ai encore fait bien des vers, au son des cloches des treize églises de la ville. Là, j'allais passer des journées entières dans une petite lie, que j'appelais Tile des Wergiss-mein-nicht, et qui était a effet tapissée de ces petites fleurs bleues, dont j'ai raconté Yhistoire dans Einerley. Là, ')'vAn\\\^

^i ik PÊcflfi.

premier dahlia, et -j'ai trouvé ùti méloé cuivré que j'ai rapporté fièrement à M. S..., qui était entoitiologisté très-distingué.

Plus tard, dans un ruisseau, qui m'a appartenu pendant quelque temps, à quelque distance de Vendôme, j'ai péché et mangé des écrevisses qui m'auraient rendu grand service en m' étranglant.

C'est alors que je suis\enu repêcher à Saint-Maur, où mon frère Eugène prenait tant de perches dans la Marne, et où, avec Gatayes, nous avons un jour ti*ouvé à propos de passer en canot par-dessous la roue d'un moulin qu'on avait soulevée pour la réparer. Nous avions avec nous mon chien Freyschûtz, que Gàtayes tenait couché avec lui au fond dû canot, dans lequel je me jetai moi-même quand il fut engagé sous la roue, car les bords du canot rasèrent la roue du moulin.

Où ai-je péché ensuite?

C'e^t alors que j'allai à Étretat; ensuite j'allai à Vichy, où je pris force ablettes dans le Sichau et où je ffs Hortense; puis à Imphy, près de Nevers, — où mon frère dirigeait une partie des forges. — Là, nfous prîmes ensemble, à Vèpervier, un brdchfet de vitigt-deux livres. Et, un jour, dans un trou de la ItOire, avec unis petite seine, nou3 ramassâmes tant àe carpes et de barbillons, que nous doux., et trois

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forgerons, nous dûmes prier un, batelier de nous aider à rapporter notre poisson à la forge.

APalaiseau, dans F Yvette, Dieu sait ce que j'ai péché d'écre\isses; puis j'allai pécher des gardons dans le lac de Genève. C'est du lac de Genève qu'on envoyait, tous les ans, à Pradier quelque monstrueuse truite qui était Toccasion d'un dhier qu'il donnait à ses amis. Au dernier auquel j'ai assisté, et qui fut l'avant-dernîer, — je ne pus venir au dernier de tous, — il y avait Victor Hugo, Adolphe Adam, le général Cavaîgnac; c'était au mois de janvier 1849. Quelqu'un voulut parler politique, et j'arrêtai cette tendance intempestive en disant : ce Messieurs, ne parlons pas politique par égard pour les vainqueurs. »

C'est auprès de Genève, à Montreul, que j'écrivis Pour ne pas être treize.

Puis j'allai à Dives-sur-Mèr pêcher de petites anguilles dans la Dive, et des notes pour faire la Famille Alain. Dans le chapitre précédent, je vous ai parlé de mes pêches de Sainte- Adresse. A Sainte- Adresse, j'ai passé une soirée avec Victor Hugo, sur cette mer qui devait, quelques mois après, lui prendre sa fille, et j'y attendais Lamartine en 1848. Je devais lui faire voir la Normandie, que ce grand et illustre voyageur ne conuaV^mV

pas, et que sans doute il ne connaît pas encore.

Je ne parle pas d'autres amis avec lesquels j'ai fait dans le sable cette p6che aux équilles si amusante, parce que leurs noms — et je les en félicite — n'appartiennent pas à la publicité.

Aujourd'hui je suis près de Gênes, où je vais pêcher dans la Méditerranée, je n'ai encore pris que des oursins en plongeant dans les rochers .

Voilà à peu près mes états de services, — si j'y ajoute une pêche que j'ai faite rue Laffitte, au cinquième étage. — Je faisais une visite à une femme de lettres de nos amies, à Gatayes et à moi ; elle me fit demander la permission de iinir quelques lignes.

Au bout d'un quart d'heure, m'impatientant un peu, et ne voulant pas, cependant, m'en aller, parce que Gatayes devait vçnir me trouver, je pris dans une boite à ouvrage du fil et une épingle; j'allai demander un peu de mie de pain à la camérière dû bas bleu, et, au moyen de ma canne, je fis une ligne, avec laquelle je me mis en mesure de pêcher un gros poisson rouge, qui tournait dans un bocal, sur une console. Il ne tarda pas à mordre et à rouler sur le plancher. Je le remis en toute hâte dans son domicile, en entendant arriver la maîtresse du logis. Quelques jours après, le poisson

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mourut subitement. Je mis sur le bocal son épitaphe, adressée à sa maîtresse :

Aucun sujet ne bouge Sous ton aimable loi ; Même ton poisson rouge Est mort d'amour pour toi.

Il ne vous paraîtra, sans doute, pas présomptueux de ma part de parler de poche, lorsque vous aurez lu les états de service que je viens de détailler.

Aveu pénible. — L'auteur se confesse et confesse quelques autres

personnes.

Pour faire le présent livre et le rendre plus complet que ce qui avait été écrit précédemment sur le même sujet, j'ai dû coUiger, compiler, emprunter. J'ai pris partout ce que j'ai trouvé de bon, mais quel état ! lire deux cents pages quelquefois pour prendre dix lignes. C'est un rude métier que celui de compilateur, et je ne le recommencerai pas : — j'ai ajouté de mon cru les résultats de mon opinion personnelle. Pour l'histoire des poissons, j'ai demandé des renseignements à BufTon, à Valmont de Bomare, à Lacépède et à cent autres; pour ce qui est de ce dernier, je lui ai rendu un service à cause duquel je suis convaincu qu'il me pardonnera mes emprunts. Je vais établir dans ce chapitre que d'autres que moi lui ont de ce temps-ci fait de notables emprunts, et ne s'en sont pas suffisamment vantés.

Je vais transcrire ci-dessous le compte rendu d'une séance de TAcadémie dans lequel on verra que a M. Milne-Edwards démontre Timportance de la fécondation des poissons ; » — que « M. Coste a fait voir que le transport des poissons peut s'exécuter avec la plus grande facilité. »

Enfin, on y verra e^core jque a M. Valenciennas a fait un rapport sur les espèces de poissons de la Prusse qui pourraient être importées et acclimatées dans les eaux douces de la France, i»

M. Yalenciennes a été chargé d'une mission à cet effet et a été chercher « les poissons qui, suivant hii^ peuvent être importés et acclimates dans les eaux douces de la France. »

MM. Milae^Eklwards, €o6ie çt Yalenciennes ont dû se donner bien de la peine, subir bien des veilles, faire et renouveler bien ies expériences, avant d'arriver à de pareils résultats. Combien ils auraient diminué les unes et abrégé les autres, si, comme moi, ils avaient lu soigneusement Lacépède : ils y auraient trouvé toutes leurs découvertes toutes faites, — depuis Tempoissoninement par les œufs, jusqu'au transport des poissons, — jusqu'aux noms de ceux que M. Yalenciennes « a voulu acclimater en France. »

Yoicî les piècee à l'appui de ce que j a\aTvc<i.

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Les pécheurs Gehin et Remy, qui sont illettrés et d'ailleurs n'ont pas de bibliothèque à leur disposition, sont excusables d'avoir cherché et trouvé par eux-mêmes la fécondation artificielle, qui, du reste, n'est qu'indiquée dans Lacépéde ; mais pour MM. Milne-Edwards, Coste et Valenciennes, ils sont impardonnables envers eux-mêmes de n'avoir pas pensé à lire Lacépéde.

EXTRAIT DU BIÉMOIRE DE LACÉPÉDE.

c( De toutes les saisons, la plus favorable au transport des poissons est l'hiver, à moins que le froid ne soit trés-rigoureux. Le printemps et l'automne le sont beaucoup moins que la saison des frimas ; mais il faut toujours les préférer à Tété. La chaleur aurait bientôt fait périr des individus accoutumés à une température assez douce ; et d'ailleurs ils ne résisteraient pas à l'iniïuence funeste des orages qui régnent si fréquemment pendant l'été.

x> Il ne faut exposer aux dangers du transport que des poissons assez forts pour résister à la fatigue, à la contrainte et aux autres inconvénients de leur voyage. A un an, ces animaux seraient encore 'trop jeunes; l'âge le plus convenable pour les faire

passer d'une eau dans une autre est celui de trois ou quatre ans.

» On ne remplira pas entièrement d eau les tonneaux dans lesquels on les renfermera. Sans cette précaution, les poissons, mon tant avee rapidité vers la surface de l'eau, blesseraient leur tête contre la partie supérieure du vaisseau dans lequel ils seront placés. Ces tonneaux devront d'ailleurs présenter un assez grand espace. Bloch, qui a écrit des observations très-utiles sur Tart d'élever les animaux dont nous nous occupons, demande qu'un tonneau destiné à transporter des poissons du poids de cinquante kilogrammes (cent livres, ou à peu près) contienne trois cent vingt litres ou pintes d'eau. — Quelle que soit la température de l'air, il faut qu'il y ait toujours une communication libre entre l'atmosphère et l'intérieur du tonneau, soit pour procurer aux poissons, suivant l'opinion de quelques physiciens, l'air qui peut leur être nécessaire, soit pour laisser échapper les miasmes malfaisants et les gaz funestes qui se forment en abondance dans tous les endroits où les habitants des eaux sont réunis en très-grand nombre, même lorsque la chaleur n'est pas très-forte, et leur donnent la mort souvent dans un espace de temps extrêmement court. Mais^ comme ces soupiraux si nèM^mt^

àO LÀ PÊCHE.

aux poissons que Von fait voyager pourraient, $ ils étaient faits sans attention, laisser à Feau des mou* vements trop libres et trop violents qui la fearaient jaîUir, pousseraient les poissons les uns contre les autres, les froisseraient et les blesseraient mortellement, il sera bon de suivre à cet égard les cooseils de Bioch, qui recommande de prévenir la trop grande agitation de Teau par une couronne de paille ou de petites planches minces introduites dans 1$ tonneau.

)» Si Ton veut conserver en vie, malgré un long trajet, des truiles, des loches ou d'autres poissons qui périssent facilement et qui se plaisent au milieu d'une eau courante, on change souvent celle du tonneau dans lequel on les renferme. — Pour peu que ToA craigne les effets de la chaleur, on voyager^ la nuit, et Ton évitera iavecle plus grand soin, en fpaniant les poissons, de les presser, de les froisser, de 1^ h/3iurl(3r.

)^ On nç les laissera hors de leau que pendant le temps le plus court possible, surtout lorsqu'un soleil sans nuage pourrait, en desséchant prompter ment leurs organes et partipuliérement leurs brw ohiôs, les faire périr très-promptement. Çepandaqt, lorsque le temps sera froid, op pourra transporter àm angiaUles, des earf^, des brêaaes, et d'autres

AYEU PKKIBLE. :i

poissons qui vivent assez longtemps hors de Teau» sans employer ni tonneau ni voiture, en les enveloppant dans de la neige et dans des feuilles grandes, épaisses et fraîches, telles que jcelles du chou ou de la laitue. Un moyen presque semblable a réussi sur des bromes, que Ton a portées vivantes à plus de dix myriamètres (vingt lieues). On les avait entourées de neige, et on avait mis dans leur bouche un morceau de pain trempé dans de Teau-de-vie.

» C'est avec des précautions analogues que, dès le xvi^ siècle, on a répandu, dans plusieurs contrées de TEurope, des espèces précieuses de poisson dont on était privé. C'est en les employant qu'il parait que Maschal a introduit la carpe en Angle* terre, en 1514; que Pierre Oxe Ta donnée au Danemark, en 1550; qu'à une époque plus rapprochée, on a naturalisé l'acipensère strelet, en Suède, ainsi qu'en Poméranie, et qu'on a peuplé de cyprins dorés de la Chine les eayx non-seulement de France, mais encore d'Angleterre, de Hollandç et d'Allemagne.

» Il est aussi un procédé qui consisli^ h ti'ansporter le poisson, nop pas développé et psirvenu à une taille pUis ou moins grande,, mais encore dans l'état d'embipe §t renfermé dans §w paxiS. \5iV«

réussir plus aisément, on prend les herbes ou les pierres sur lesquelles les femelles ont déposé leurs œufs et les mâles leur laite, et on les porte dans un vase plein d'eau jusqu'au lac, à Télang, à la rivière ou au bassin que l'on désire peupler. On apprend facilement à distinguer les œufs fécondés d'avec ceux qui n'ont pas été arrosés de la liqueur prolifique du mâle, et que l'on doit rejeter ; les premiers paraissent toujours plus jaunes, plus clairs, plus diaphanes. On remarque cette différence dès le premier jour de la fécondation, si Ton se sert d'une loupe; et dès le troisième ou le quatrième jour, on n'a plus besoin de cet instrument pour voir que ceux qui n'ont pas été fécondés par le mâle deviennent à chaque instant plus troubles, plus opaques, plus ternes ; ils perdent tout leur éclat, s'allèrent, se décomposent, et dans cet état de demi-putréfaction, ils ont été comparés à de petits grains de grêle qui commencent à, se fondre.

» Le temps qui s'écoule depuis le moment où les œufs déposés par la femelle sont fécondés par le mâle, jusqu'à celui où les petits viennent à la lumière, varie suivant les espèces; -mais il ne paraît pas qu'il augmente toujours avec leur grandeur. Il est quelquefois de quarante et même de cinquanle jonrs, et d'autres fois il n'est que de huit ovt de

ÂY£U PÉNIBLE. 3S

neuf. Lorsque c'est au bout de neuf joui-s que le poisson doit éclore, on voit, dès le second jour, un petit point animé entre le jaune et le blanc. On peut s'en assurer d'autant plus aisément que tous les œufs de poisson sont membraneux, et qu'ils sont clairs et transparents lorsqu'ils ont été pénétrés par la liqueur laiteuse. Au troisième jour, on distingue le cœur qui bat, le corps qui est attaché au jaune, et la queue qui est libre. C'est vers le sixième jour que l'on aperçoit, au travers des portions molles de Tembryon, qui sont très-diaphanes, le point d'appui des parties solides, c'est-à-dire la colonne vertébrale et les côtes qui y sont réunies. Au septiènfiejour, on remarque deux points noirs, qui sont les yeux; le défaut de place oblige le fœtus à tenir sa queue repliée ; mais il s'agite avec vivacité, et tourne sur lui-même en entraînant le jaune qui est attaché à son ventre el en montrant ses nageoires pectorales, qui sont formées les premières. Enfin, le neuvième jour, un effort de la queue déchire la membrane de l'œuf, parvenu alors à son plus haut point d'extension et de maturité. L'animal sort la queue la première, dégage sa tète, respire par le moyen d'une eau qui peut parvenir jusqu'à ses branchies sans traverser aucune membrane, et, animé /)ar un sang dont le mouNemeul

est à rinstant augmenté de près d un tiers, il croit, duis les premières heures qui succèdent à ce nouvel état, presque autant que pendant les quinze ou vingt jours qui les suivent.

» Dans plusieurs espèces, le poisson éclos conserve une partie du jaune dans une poche que forme la partie inférieure de son ventre. .11 tire pendant plusieurs jours une partie de sa subsistance de cette matière, qui bientôt s'épuise, et à mesure qu'elle diminue, la bourse qui la contient s'affaisse, s'atténue et disparait.

Tù Dans les Mémoires de r Académie de Stodchohn^ on trouve qu'un brochet, mesuré et pesé à différents âges, a présenté les poids et les longueurs suivants :

 1 an 1/2 once de poids.

2 ans, iO pouces de long, 4 onces.

Voyez ensuite, dans le présent livre, aux articles Wels [silurus glanis) , Blisgurne fossile (cobitis fossilis)j Sandat, etc., les avis que donne Lacépède sur ceux de ces poissons qu'il conseille d'introduire en France.

ÀY£l] PÉNIBLE. S5

On verra quel accord règne Mtre Lac^pède et M. Yalenciennes. — Plût au ciel que cette entente existât toujours entre les savants! mais autant on en voit d'exemple entre les vivants et les morts, autant elle est rare entre les contemporains.

Voici maintenant un extrait du Rapport de r Académie :

a M. Milne-Edwards démontre l'iniportancedela fécondation artificielle des poissons, qui appartiminent, pour la plupart, à cette catégorie d'animaux dont les œufs ne sont fécondés par le mâle que plus ou moins longtemps après leur émission, et sans que ce dernier ait avec la femelle aucune relation intime. « Aussi,» dit-il, «pour déterminer le dévelop- » ment de l'embryon dans Tintérieur de ces œufs » stériles, le physiologiste n'a qu'à imiter dans ses » expériences de laboratoire ce qui se passe norma- » lement dans la nature, c'est-à-dire lès mettre » en contact avec l'eau chargée de laitance; la fé- » condation s'en opère aussitôt, et pour se procu- » rer cette laitance ainsi que les œufs à féconder, » il suffit de presser légèrement l'abdomen des x> mâles et des femelles dont les produits sont mûrs » et dont la vie n est pas mise en danger pat c^VVe

Zê Là PÈCHE.

» opération, ou bien encore d'ouvrir le corps d'in- » dividus récemment morts ; car ces œufs et cette » laite conservent leur vitalité pendant un temps )) assez long après que la vie a cessé dans les êtres » qui les ont produits, et on peut même faire naître » ainsi de deux cadavres une génération nombreuse » et forte. »

» En 1842, deux pêcheurs illettrés de la Bresse, 3IM. Gehin et Remy, ayant constaté, par une longue suite d'observations, le mode de reproduction de la truite, et s'élant assurés de la possibilité d'opérer à volonté la fécondation des œufs, se sont appliqués à multiplier ce poisson pour en repeupler les misseaux de leur canton ; et le succès est venu couronner leurs efforts; ils ont, plus que tout autre, le mérite d'avoir créé ainsi en France une nouvelle industrie. Leur procédé est simple et facile; il est applicable même pour l'élève du saumon, qu'on pourrait sans doute acclimater dans des fleuves qui, jusqu'ici, n'ont été que peu ou point fréquentés par ce poisson. M. Bouicy, ingénieur civil de Hammersmith, a eu recours aussi au procédé de la fécondation artificielle pour repeupler plusieurs rivières de la Grande-Bretagne, et parait avoir complètement réussi. Sa méthode diffère à peine de celle de

MM. Gehinet Remy; les deux pécheurs placent les œufs fécondés sur une couche de gravier, dans des boites en fer-blanc criblées de trous, pouvant contenir chacune environ un millier d'œufs ; ils placent ces boites dans quelque petit ruisseau dont les eaux sont vives et claires, mais peu profondes, et ils disposent les choses de façon que le courant puisse opérer un renouvellement rapide dans Teau dont les œufs sont baignés; car l'agitation du liquide est nécessaire non-seulement pour assurer la respiration des embryons, mais aussi pour empêcher le développement des conferves qui ne tarderaient pas à envahir les œufs si Teau était stagnante, et détermineraient la mort du frai. Le développement de ces embryons dure quatre mois^ et c'est, en général, vers la fin de mars ou en avril que Téclosion a lieu, etc., etc.

]> M. Boccius, dans son Traité sur la production et Y entretien des poissons dans les eaux douces^ donne des détails sur le procédé de fécondation artificielle du saumon et de la truite. Toute la difficulté, dit-il, est de se procurer assez de saumons femelles ou assez de frai pour repeupler la rivière. Un seul mâle peut féconder les œufs d une douzaine de femelles adultes. Il insiste sur la forme àes bottes dHitcu&ci-

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