TORPILLE
raie. Les yeux sont petits, mais saillants , regardant horizontalement en dehors, et pouvant, à la volonté de ranimai, r^trer dans leurs orbites* Les plus grandes torpilles des mers de France n'ont pas deux pieds de long. Quand on les touche avec les doigts, il arrive, non pas toujours, miis assez souvent, que Ton sent un engourdissement douloureux dans la main et dans le bras jusqu'au coude, et quelquefois jusqu'à Tépaule. Cet eiçourdissement dure peu ; il ressemble à la douleur qu'cm éprouve quand on s'est frappé rudement le coude contre quelque corps dur. La cause la plus vraisemblable de cet engourdissement vient, suivant Réaumur, dû jeu des muscles, et de l'effort subit que fait la torpille pour aplatir son dos, qui est un peu convexe, jusqu'au point de le rendre concave.
Bedi voulut éprouver la vertu d'une torpifie que Ton venait de pêcher. « A peine l'avais-je touchée et serrée avec la matn, dit cet habile observateur, que j'éprouvai dans cette partie un picotement qui se communiqua dans le bras et dans toute l'épaule, et qui fut suivi d'un tremblement désagréable et d'une douleur accablante et aiguë dans le coude, en sorte que je fus obligé de retirer . aussitôt la main. » Cet engourdissement a été aussi décrit par Réaumur, qui a fait plusieurs observations sur la raie torpille. « Il est trèsdifférent des engourdissements ordinaires, a écrit ce savant naturaliste; on ressent dans toute l'étendue du bras une espèce d'étonnement qu'il n'est pas pos-
sîble de bien peindre, mais lequel, autant que les sentiments peuvent se faire connaître par comparaison, a quelque rapport avec la sensation douloureuse que Ton éprouve dans le bras lorsqu'on s*esl frappé rudement le coude contre quelque corps dur. »
Bedi, en continuant de fendre compte de ses expériences sur la raie dont nous écrivons Thistoire, ajoute : (( La même impression se renouvelait toutes les fois que je m'obstinais à toucher de nouveau la torpille. Il est vrai que la douleur et le tremblement diminuèrent à mesure que la mort de la torpille approchait. Souvent même je n'éprouvais plus aucune sensation semblable aux premières ; et lorsque la torpille fut décidaient mort», ce qui arriva dans Tespace de trois heures, je pouvais la maiiier en sûreté et sans ressentir aucune impression fâcheuse. D'après cette observation, je ne suis pas surpris qu'il y ait des gens qui révoquent en doute cet effet, et regardent l'expérience de la torpille comme fubuleuse, apparemment parce qu'ils ne l'ont janiais faite que sur une torpille morte ou près de mourir. »