‹ La pêche en eau douce et en eau salée: histoire, mœurs, habitudes desChapitre 18 sur 148 · ALOSE · texte numérisé non relu

ALOSE

tion, mais qui ne causent pas la même joie à ceux du Volga. Les Russes, persuadés que la chair de ces ani« maux peut être extrêmement funeste, les rejettent de leurs filets ou lès vendent à vil prix à des Tartares, moins prudents ou moins difficiles. Le nombre de ces dupées cependant varie beaucoup d'une année à l'autre. Dans la Seine-Inférieure, par exemple, on prenait treize à quatorze mille aloses dans certaines années, et dans d'autres endroits, on n'en prenait que quinze cents ou deuxmille.

Elles sont le plus souvent maigres et de mauvais goût en sortant de la mer, mais le séjour dans l'eau douce les engraisse. Elles parviennent à la longueur d'un mètre ; néanmoins, comme elles sont très-comprimées, et par conséquent très-minces, leur poids ne répond pas à Tétendue de cette dimension. Les femelles sont plus grosses et moins délicates que les mâles. Dans plusieurs contrées de l'Europe, où on en pêche une très-grande quantité, on en fume un grand nombre, que l'on envoie au loin; et les Arabes les font sécher à Fair pour les manger avec des dattes.

Les aloses vivent devers, d'insectes et de petits poissons. — On doit regarder d'un œil de préférence les aloses dont 1^ tête paraît petite et le dos épais, parce que ce sont des signes qu'elles sont charnues et grasses ; les écailles claires et brillantesindiquent qu'elles ont séjourné du temps dans l'eau douce où elles se sont engraissées. Quand les ouïes sont vermeilles et les yeux clairs, on pcHt compter qu'elles sont fraîches; si, outre cela, elles

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ont été pechëes en bonne eau, en bonne saison , et qu'elles soient d'une bonne grosseur» ce sera partout un poisson excellent. La pêche des aloses se fait jusqu'à Rouen et surtout à Quillebeuf, petite ville à sept lieues du Havre, du côté de Tembouchure de la Seine,' depuis le commencement de mars jusqu'à la fin d'avril ; on se sert quelquefois deguideaux, qu'on tend au bord des bancs ou bien de morte-eau ; et lorsque la mer est belle, on fait la pêche avec des sennes. On prend aussi des aloses avec des tramails, qu'on nomme alosiers ou vergueux. On établit des filets presqu'à la surface de l'eau.

Les aloses de l'embouchure de la Seine sont ordinairement grasses et de bon goût, parce qu'elles y trouvent quantité de petits poissons, particulièrement des éperlans, qui leur fournissent une bonne et abondante nourriture; mais on estime plus telles qu'on prend en remontant la Seine que celles qu'on prend vers la mer. Cette pêche commence en février ou mars et finit en mai. Les plus fortes aloses ont deux pieds de longueur et pèsent huit à dix livres. '

Outre les aloses qu'on trouve dans les parcs qu'on construit au bord de l'eau, on en prend avec des sennes qui ont soixante à quatre-vingts brasses de longueur; les pêcheurs nomment atosfères celles qui servent à prendre des aloses. On ne connaît point de rivière en France où l'on prenne autant d'aloses que dans la Loire, Les bateaux qu'on emploie pour la pêche des aloses, et que Ton nonune barges à Tembouchure de la Loire et loues

vers Tours et Orléans, se terminent en .pointe par les deux bouts, comme une navette; ils sont ordinairement armés de deux hommes ; leur port est d*un ou deux tonneaux ; ils ont un petit mât et une voile dont ils se servent rarement et qu*ils amènent toujours quand ils sont en pêche. Les pêcheurs mettent leurs filets à Teau le soir; ils dérivent foute la nuit au gré de la marée, et ils les relèvent le jour pour s'en revenir, si le temps le leur permet, sinon ils amarrent leur barge à terre et étendent leurs filets sur des arbres pour les faire sécher, jusqu'à ce que la marée leur permette de gagner la ville pour y vendre leur poisson.

La saison la plus favorable pour la pêche de Talose dans la Loire est depuis la fin de mars jusqu'à la mijuin ; et on regarde à Nantes comme un poste avantageux depuis quatre lieues au-dessus de la ville jusqu'à quatre lieues au-dessous.

Clupea encrasicoîus.-^ AnjorU, en Allemagne. ^ Sprat des Anglais, à la Jamaïque.

Ce n'est pas pour son volume qu'il est recherché, car il n'a souvent qu'un décimètre 4u moins de longueur; il ne Test pas non plus seulement pour la saveur particulière qu'il présente lorsqu'il est frais; mais on consomme

une énorme quantité d^individus de cette espèce lorsque, après avoir été salés, ils sont devenus un assaisonnement des plus agréables. On les prépare en leur ôtant la tête et les entrailles; on les pénétre de sel; on les renferme dans des barils avec des précautions particulières; on les envoie à de très-grandes distances sans qu'ils puissent se gâter. Ils sont employés, sur les tables modestes comme dans les festins somptueux, à relever la saveur des végétaux et à donner aux sauces un piquant de très-bon goût. Leur réputation est d'ailleurs aussi ancienne qu'étendue. Les Grecs et les Romains, dans le temps où ils attachaient le plus d'inpportance à Tart de préparer les aliments, faisaient avec ces dupées une liqueur que Ton nommait gariim, et qu'ils regardaient comme une des plus précieuses. On attribue le garum comme le caviar à divers poissons. Je pense que les Romains étaient comme nous, ils se conformaient aux circonstances et aux poissons qu'ils pouvaient avoir. Au reste, ils pouvaient satisfaire aisément leurs désirs à cet égard, les anchois étant répandus dans la Méditerranée, aii)3i que le long des côtes occidentales de T Espagne et de la France, dans presque tout l'océan Atlantique septentri()ûal et dans la Raltique. On préfère les pécher pendant la nuit ; on les attire, comme les harengs, au moyen de feux distribués avec |oin. Le temps où on les prend est celui où ils quittent la haute mer pour venir frayer près des rivages ; et cette dernière époque varie suivant les pays.

La chair de ce poisson est assez transparente pour que, quand on l'expose au jour, on aperçoive l'arête qui forme Tépine du dos. Au sortir de l'eau, le dessus du dos est verdâtre ; il devient bleuâtre, puis noirâtre quand on le garde.

Les anchois se tiennent plus volontiers au large que les sardines, qui ordinairement paraissent plus tôt sur nos côtes; néanmoins on prend souvent, tant dans l'Océan que datis la Méditerranée, ces deux espèces de poissons dans les mêmes filets, pourvu que les mailles soient assez serrées pour les arrêter ; car quoique, au commencement de la saison, et dans certains parages, on prenne de trèspetites sardines, on peut dire en général que les anchois sont plus petits que les sardines; et c'est pour cette raison que les pêcheurs disent que, quand on se sert de manets, on prend plus d'anchois avec les vieux filets qu'avec les neufs, parce qu'ils diminuent d'ouverture par le service. Les filets que les Provençaux nomment rissoles ont au moins quarante brasses de largeur et vingt-cinq à trente pieds de chute ; les mailles en sont assez serrées pour que les anchois ne puissent les tra* verser. Pour faire celte pêche, les pêcheurs réunissent quatre bateaux ; un qui porte le filet est monte par quatre ou cinq hommes, et ils ne sont sur les autres que deux ou trois; ceux-ci ont à une de leurs extrémités un farillon ou un réchaud ; on fait dans ce réchaud un feu clair de pin gras et fort sec. On pratique ordinairement cette pêche depuis le mois d'avril jusqu'à celui de juillet,

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seulement lorsqu'il n'y a point de lune, et que les nuits sont obscures. Les bateaux qui portent le feu sortent au commencement de la nuit, et vont se placer sur les fonds où ils croient trouver le plus de poissons, i une ou deux lieues de la côte, et se tiennent à deux portées de fusil les uns des autres. Les anchois s'approchent des bateaux qui portent le feu, et quand les pêcheurs s'aperçoivent qu'il s'en est rassemblé un nombre, ils en avertissent par un signal le bateau qui, resté à une petite distance des autres, porte le filet; il s'en approche, et, en mettant le filet à l'eau, il entoure le mieux qu'il lui est possible le bateau qui lui a fait le signal et qui porte le feu, afin d'envelopper les poissons qui sont assemblés autour de lui; ainsi le bateau qui porte le feu se trouve entoiuré par le filet; quand l'enceinte du filet est formée, le bateau qui porte le feu plonge son réchaud dans Teau pour ^ éteindre le feu; alors les poissons, sardines ou anchois, étant effarouchés, se jettent dans le filet et se maillent. Pour les effaroucher encore plus, et les engager à donner dans le filet, ceux qtii sont dans le bateau du fastier battent l'eau, et après un certain temps ceux qui sont dans le bateau de la rissole ou du fiiet le retirent dans leur bateau avec le poisson qui s*est maillé ou broqué; et aussitôt qulls ont pris le poisson, ils se rendent à un autre bateau fastier pour faire une pareille manœuvre, qu'ils continuent tant que dure l'obscurité de la nuit.

Murstna anguSla. — Margaignon [anguille inâle\ dans plusieurs départements de France. — Fine (anguille femelle), iind. — Mû glioramenti, lorsqu'elle pèse six kilogrammes, auprès des lacs ou marais de Comacchio, Orbitello, etc., en Italie. — Ahl^ en Allemagne. — Eelj en Angleterre.

Ses nageoires pectorales sont assez petites, et ses autres nageoires assez étroites, pour qu'on puisse la confondre de loin avec le serpent; elle a de même le corps très-allongé et presque cylindrique. Sa tête est menue, le museau un peu pointu et la mâchoire inférieure plus avancée que la supérieure.

Sa peau est, sur tous les points de son corps, enduite de cette humeur gluante qui la fait paraître comme vernie. Elle est pénétrée de cette sorte d'huile qui rend ses mouvements très-souples, et Toiî voit pourquoi elle glisse si facilement au milieu des mains. A la vérité, cette peau est garnie d*écailles, mais ces écailles sont si petites, que plusieurs physiciens en ont nié l'existence; et elles sont attachées de manière que le toucher le plus déUcat ne les fait pas reconnaître sur Tanimal vivant, et même un œil perçant ne les découvre que lorsque Tanguille est morte et la peau assez desséchée pour que les petites lames écailleuses se séparent facilement.

Les couleurs que Tanguille présente varient assez fréquemment; et il parait que leurs nuances dépendent beaucoup de Tâge de l'animal, et surtout de la qualité de Teau au milieu de laquelle il vit. Lorsque cette eau est limoneuse, le dessus du corps de la murène que nous décrivons est d un beau noir, et le dessous d*un jaune plus ou moins clair. Mais si l'eau est pure et limpide, si elle coule sur un fond d« sable, la partie supérieure est d*un vert nuancé, quelquefois môme rayé d'un brun qui le fait ressortir ; et le blanc du lait, ou la couleur de l'argent, brille sur la partie inférieure du poisson.

Les murènes anguilles parviennent à une grandeur très-considérable ; il n'est pas très-rare d'en trouver en Angleterre, ainsi qu'en Italie, du poids de huit à dix kilogrammes. Dans l'Albanie, on en a vu dont on a comparé la grosseur à celle de la cuisse d'un homme; et des observateurs très-dignes de foi ont assuré que, dans les lacs de la Prusse, on en avait péché qui étaient longues e trois à quatre mètres. On dit qu il y a dans le Gange des anguilles qui ont jusqu'à trente pieds de longueur. En 1754, l'on en prit une près des rochers de Dunlay, en Irlande, qui avait exactement huit pieds de long et plus de neuf pouces de diamètre.

Pendant le jour, la murène anguille, moins occupée de se procurer l'aliment qu'elle désire, se tient presque toujours dans le repos. Elle se creuse avec son museau une retraite plus ou moins grande dans la terre molle du ond des laça et des rivières; cette espèce de terrier a

deux ouvertures, de telle sorte que, si elle est attaquée d'un côté, elle peut s'échapper de l'autre.

Lorsqu'il fait très-chaud, ou dans quelques autres circonstances, l'anguille quitte cependant quelquefois, même vers le milieu du jour, cet asile qu'elle sait se donner. On la voit très-souvent alors s'approcher de la surface de l'eau, se placer au-dessous d'un amas de mousse flottante ou de plantes aquatiques, y demeurer immobile, et paraiître se plaire dans cette sorle d'inac' lion et sous cet abri passager. On serait même- tenté de croire qu'elle se livre quelquefois à une espèce de demi-sommeil, sous ce toit de feuilles et de mousse.

L'abondance de ce poisson n'a pas empêché les plus difficiles en bonne chère, et le luxe même le plus somptueux, de rechercher Tanguille, et de la servir dans leurs banquets. Cependant sa viscosité, le suc huileux dont elle est imprégnée, la difficulté avec laquelle les estomacs déUcats en digèrent la chair, sa ressemblance avec un serpent, l'ont fait regarder, dans certains pays, comme un aliment un peu malsain par les médecins, et comme un être impur par les esprits superstitieux. Elle est comprise parmi les poissons en apparence dénués d'écaillés, que les lois religieuses des Juifs interdisaient à ce peuple ; et les règlements de Numa ne permettaient pas de la servir dans les sacrifices, sur les tables des dieux. Dans quelques parties de la Tartarie, et particulièrement dans celles qui avoisinent la Chine, la peau d'anguille remplace, sans trop

1ù DICTIONNAIRE DU PÉC'HEUft.

lie désavantage, les vitres des fenêtres. Les Kamtschadal^s en mangent rarement; ils doiment cet animal à leurs chiens.

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