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de se faire un écrivain très-juslement estimé pour l'impartialité et l'élégance de ses articles sur la musique et sur le sport, sans que cela lui ait coûté d'autre travail, pendant le temps des études ordinaires, qu une parfaite régulariré dans l'exercice de l'école buissonnière ; — car, s'il a jamais appris à lire, ce ne peut être qu'à force de patiner sur les étangs de la Bièvre, — et je ne lui ai jamais vu de livres classiques qu'à l'état de canards, de bateaux de papier et d'appendices désobligeants à Tabdomen des mouches attrapées en classe, les jours où la pl^e l'obligeait à montrer au collège un visage inconnu, et à produire sur les bancs le scandale de sa présence inaccoutumée. Après ces premiers souvenirs de pêche, mes plus anciens remontent à Saint- Maur. — C'est là que mon cher père conduisait mon frère et moi faire de vraies parties de pêche dans une vraie rivière, avec de vraies lignes auxquelles mordaient de vrais poissons. — Mon père, Henri Karr, musicien et compositeur distingué, dont Balzac a parlé dans les Parents pauvres, — était un de ces cinq ou six Allemands qui, de l'épinette et du clavecin, ont fait le piano.
Il aimait beaucoup la pêche, et il nous aimait beaucoup, quoique nous le méritassions moins. Son plaisir se composait pour les d«nc tiers de ce-
ÉTATS DE SERVICE DE L'AUTEUR. il
lui qu'il nous voyait prendre, et quand il avait annoncé une partie de pêche à Saint-Maur, s'il était content de nous, — Dieu sait combien il était peu exigeant, — que de savantes distractions, que d'ingénieux mensonges il faisait pour nous faire croire qu'il était satisfait ! Pour lui, il ne se trompait pas; au fond il était content de nous, pourvu que nous fussions bien portants, gais et joyeux.
Avec quelle anxiété nous observions le temps le samedi, depuis le matin jusqu'au soir! Aussi le samedi matin, en nous réveillant, il suffisait que le ciel ne fût pas caché par des nuages noirs, qu'il ne plût pas à verse et qu'on aperçût un petit morceau de bleu grand comme un mouchoir. Mon frère Eugène s'écriait : « Un temps superbe! pas un nuage! » On partait; on allait coucher à Saint- Maur, dans une auberge appelée l'Épée-de-Bois, et le dimanche matin, mon frère et moi, nous ^réveillions les oiseaux. Je me rappelle encore Saint- Maur comme si j'y étais, et le vieux pont sous Tune des arches duquel nous avions l'habitude de pécher. — A une arche voisine, un églantier avait crû dans une fente du pont, et retombait en guirlandes jusque dans l'eau. Prés de là était un moulin à eau. Le bruit du moulin à eau a toujours été pour moi une douce musique, qui me chante la famille, l'enfance,
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la nature et les douces joies, à cet âge où Ton aime tout, excepté le latin.
Presque vingt ans plus tard, à une époque où, accomplissant ce qu'on avait fait prendre pour un devoir à un jeune homme de vingt-cinq ans, disposé à s'exagérer le dévouement, je croyais choisir mon domicile pour toute ma vie, je suis allé habiter Saint-Maur. — Là, deux mauvaises créatures m'ont fait cruellement expier les plaisirs que j'y avais goûtés dans mon enfance; là, c'est moi qui avais mordu à l'hameçon, c'est moi qui étais péché, et mon cher père, qui nous y avait menés si joyeux, a dû plus d'une fois m'y apporter des consolations et des encouragements. Mais heureusement j'ai presque oublié cette deuxième époque, et la première se représente encore à moi avec une vivadtéqui me fait battre le cœur.
C'est une faveur que la Providence a accordée à rhomme en vieillissant, il devient presbyte de l'esprit comme des yeux; il ne voit comme il ne se souvient que de loin. C'est à Saint-Maur, lors de mon second séjour, que j'ai écrit Fa diè%e^ le plus triste et le plus décourageant de mes livres.
Après Saint-Maur et les pêches que j'y ai faites —je me rapp^e celles que, nous sauvant le soir de 'la f^nsion'de la rue Sainte-Anne, à Paris, nous