‹ La pêche en eau douce et en eau salée: histoire, mœurs, habitudes desChapitre 5 sur 148 · ÉTATS DE SERVICE DE L'AUTEUR · texte numérisé non relu

ÉTATS DE SERVICE DE L'AUTEUR

allions faire sur les rives* «tes bams VIgier, entraversant le Carrousel, ^parce que nos casquettes de lycéens i^ous interdisaient les Tuileries, — avec Âl* phon9e riame, le meilleur $ans contredit et le phis chertie mes camarades de collège, — car Gatayes, qui *8ait iieaucoup de choses, n^a, je crois, jamais rien*appris,«înoirle latin àla pôdie 'aux^sflvetiers, — le français àla diasse *mx lézmk, «— la musique dans Feau, — la harpe à cheval. De là mes souvmirs me wportent à Saint-Ouen, pr&s île Paris. J'avaîs«unonele^ vieux soldat, qui s'y^ait retiré avec sa jeune^iamille, aujourd'hui»bien'dispersée! Là, assoeiéavecM.'TemaHx, il se livrait à des expérienees'fet >à des fabrications auxquelles nmis accordions peu dattention ; — c*est là qu'il -est mort et que je lui ai fei^nné les yeux. Depuis, j'ai toujours été fidèle à Saiift-Ouen, à ses lies, à ses petites rfviëres resserrées et au-dessus desquelles leS'Saules entremêlent leurs brandies. Là, j'allais chercher des wergiss-mein-nicht pour celle dont l'amour m'a fait poëte, — pour une femme qui ma fait faire dix mille vers, dont je n'ai jamais osé lui donner un seul. Une seule ibis, en canot, je ly ai promenée avec sa famille. Nous ne pouvions parler, mais nos regards s'arrêtaient ensemble sur les petits #(Hs les plus déserts. Lapauvfefemnme a peadu

plus que moi : elle a perdu même le souvenir et la douleur. Je gage que quelque part, si elle se rappelle ce temps, elle y pense comme à im temps d erreur et de folie! C'est à Saint-Ouen surtout que je suis devenu un habile nageur. Il y a encore à Saint-Ouen un batelier appelé Bourdin qui m'a appris à conduire un bateau, et qui me menait me baigner au courant de la Seine jusqu'au milieu de l'hiver.

Gatayes et moi, nous connaissons tout le fond de la rivière eh face de Saint-Ouen. Nous pourrions dire encore où il y a du sable, et de la vase, et des moules. Aune certaine époque, Gatayes allait beau* coup dans le monde ; moi, je restais tout Tété dans rUe de Saint-Ouen, logeant au 'moulin; le soir, jo me couchais dans mon bateau sur du foin odorant. Il arrivait vers minuit ou une heure; un coup de sifflet convenu me réveillait, j'allais le chercher et nous soupions. Quelquefois il avait recruté des convives qui arrivaient un peu effrayés des détails de nos habitudes. Je péchais alors des écrevisses dans les vannes du moulin, et de beaux goujons à la pointe de Tîle de Clichy.

C'est à Saint-Ouen que j'ai fait le métier de batelier et de passeur pendant toute une année, et que je puis dire avoir mérité la confiance du public;

ÉTATS DE SERVICE 0E LAtJTEtJR. Si

c'est là qu'av«c Gatayes nous avons retiré de Teau un pauvre petit enfant blond, qui n'était pas resté deux minutes sous Teau et qui cependant ne put cire rappelé à la vie.

C'est à Saint-Ouen, dans une petite île, vis-à-vis du moulin, que j'ai écrit Une heure trop tard! Dans le creux d'un vieux saule, je serrais mon papier et ma plume.

Avant ca temps, j'étais allé pécher dans la Marne, à Ghâlons, — où je fis la tragédie dont j'ai inséré des fragments plus tard dans le roman appelé Fort en thème.

Là, il m'est arrivé une chose, à ce qu'il parait, fort ridicule, car les journaux ne me l'ont jamais pardonnée, et on a publié dix caricatures à ce sujet; — j'ai retiré de l'eau un cuirassier qui se noyait. — Dumas, dans ses Mémoires, constate le ridicule ineffaçable dont cette action m'a couvert, et avoue qu'il n'a pu en trouver le côté plaisant.

Là, j'ai encore fait bien des vers, au son des cloches des treise églises de la ville. Là, j'allais passer des journées entières dans une petite île, que j'appelais File des Wergiss-mein-^icbt, et qui était en effet tapissée da cm petites fleurs bleues, dont j'ai Ncont^ l'histoire dans Emerletf. Là, j*ai vu le

ii LA PÉCKË.

prMlier^d^klHlf etj'aiirMvè^nvméloé^ctitvrèqtie j'airapporlèfièrecn^Qt à'Mi S.,., qtiii était entmno^ logbte très-Klisitiigaé.

Plus tard, dans un ruisseau,- qui m'a appartenu pendant quelque tempe^ à quelque distance de Vendôme, j'ai poché et mangé des'écrevîsses qui m'auraient rend» grand service en m' étranglant.

C'est alors que je suis venu repécher à Saint-Mâur, où mon frère* Eugène prenait tant de perches dans la*M»ne-^ et où, avec Gatayes-, nous ^vons un jour trouiiéià prtp^'xle passerez canot par-dessous 4a roue d'un moulin qu'on avait soulevée pour la^*ré* pa»€rt Nousvavions avec nous mon chien FreyscMbIt,* que€atayes^*tenaî*»co«ché'^vee lui au' fond du caiw)b, dcfRsiéquel^jemtt jetai moi-même quand il ►fut engagé sous la roue* car les bofrds du canot rasèrent la roue du moulin .

Oà ai-je pêdîé^nsuite?

C^est alors «que j'allai à Étfetat; ensuite j'allai à Vichy, où je pris force ablettes dans le SidrtnttBt' oà>je û^Harteme; puis à lïnphyi,iprès lieNêvera,^^ oà^4ilo»(frère dirigeait une'paNrtiQ^dis forge«.«-^4^à, ni«0 psime»«n9Mible/ à r^m»rf un brochet» devingt^deux 4ivrest^ Ety un jour, dan»* un trou^de laK hoÊÊêy avacHine peMof^sme, mueMrsrniBasftmestant * de carpes et de bapbtltens, que nou9^w,*et<rois

ÊÏATS DE SEUVlCE DE L'AUTEUR. î%

forgeroQSy nous dâfl^ei^ priée un batdier de nous aider à rapporter notre poÎ0SQik.à)la l'orge.

A Palaiseaui dans FYyette, Dieu sait ce que j'ai péché d'écre\isses; puis j'allai pêcher des gardons dans le lac de Genève. C'est du lac de Genève qu'on envoyait, tou$ les ans, à Pradier quelque monstrueuse truite qui était l'occasion d'un dîner qu'il donnait à ses amis. Au dernier auquel j'aîiassisté, et qui fut l'avant-dernier, — je ne pus venir au dernier de tous, — il y avait Victor Hugo, Adolphe Adam, le général Gavaignac; c'était aii mois de janvier 1849. Quelqitun voulut parier politique, et 4' arrêtai cette tendance! intempestive^ en disant : « Messieurs, ne parlons pas politique par égard pour les vainqueurs. »

C'est auprès deG^fiève, à Montreul, que j'écrivis Pour ne pas être treize.

Fois j'allai à Dives-sur-Mes pocher d& petites an^ gullles dans ia.Dive, et desmeées pour faire la- Famille Alain. Dans le chapitre précédent^ je vous ai parlé de. mes pêches de Sainte-r Adresse. A Sainte- Adresse, j'ai pas^é une^ soirée avec Vicie» Hugo^. sur cette mer qui decvait, quelques ' mois apsès^ lui prendre sa- iilla^ et j'y attendais Lamartine? en 1848, Je devais lui faire voir la ^Noraiandîey quece^rand elillustce voyageur ne connaii^sai^

2i LA PÊCHE..

pas, et que sans doute il ne connaît pas encore.

Je ne parle pas d'autres amis avec lesquels j'ai fait dans le sable cotte pèche aux équilles si amusante, parce que leurs noms — et je les en félicite -r- n'appartiennent pas à la publicité.

Aujourd'hui je suis près de Gênes, .flflji je vais pécher dans la MèditerranéCi je n'ai encore pris que des oursins en plongeant dans les rodiers.

Voilà à peu près mes états de services, — si j'y ajoute une pèche que j'ai faite rue Laflitte, au cinquième étage. — Je faisais une visite à une femme de lettres de nos amies, à Gatayes fit à moi ; elle me fit demander la permission de finir quelques lignes.

Au bout 4'un quart d'heure, m'impatientant un peu, et ne voulant pas, cependant, m'en aller, parce que Gatayes devait veiiir me trouver, je pris dans une boite à ouvrage du fil et une épingle; j'allai demander un peu de mie de pain à la camènère du bas bleu, et, au moyen de ma canne, je fis une ligne, avec laquelle je me mis en mesure de pécher un gros poisson rouge, qui tournait dans un bocal, sur une console. Il ne tarda pas à mordre et à rouler sur le plancher. Je le remis en toute hâte dans son domicile, en entendant arriver la maîtresse du logis. Quelques jours après, le poissai

ÉTATS DE SEftVIG&D&L'AUTEUH. ^

mourut subitement. Je mis sur le bocal son épitaphe, adressée à sa maîtresse :

Aucun sujet ne bouge Sous ton aimable loi ; Même ton poisson rouge Est mort d'amour pour toi.

II ne vous paraîtra, sans doute, pas présomptueux de ma part de parler de pèche, lorsque vous aurez lu les états de service que je viens de détailler.

Aveu pénible. — L'auteur se confesse et confesse quelques autres personnes.

Pour faire le présent livre et le rendre plus complet que ce qui avait été écrit précédemment sur le même sujet, j*ai dû colliger, compiler, emprunter. J'ai pris partout ce que j'ai trouvé de bon, mais quel état ! lire deux cents pages quelquefois pour prendre dix lignes. C'est un rude métier que celui de compilateur, et je ne le recommencerai pas : — j'ai ajouté de mon cru les résultats de mon opinion personnelle. Pour Thistoire des poissons, j'ai demandé des renseignements à Buffon, à Valmont de Bomare, à Lacépéde et à cent autres ; pour ce qui est de ce dernier, je lui ai rendu un service à cause duquel je suis* convaincu qu'il me pardonnera mes emprunts. Je vais établir dans ce chapitre que d'autres que moi lui ont de ce temps-ci fait de notables emprunts, et ne s'en sont pas suffisamment vantés.

Je yais transcrire ci-flesâws le cwipterendu d'une séancerde L'Académie dans leqyd on verra „qne « JA. 91ilne-EdwardSf4^montre Timport^nee de la fécondation des poissons ; » — que «M, Gostea ^fait voir que le transport des poissons ip^ut Xex-ècuter avec la,plus grande facilité. »

, Enfin, on y verra ^epcore qve « M. jValeacieniii^ a fait un rapport sur les espèces ile poissons 4e J^ Prusse qui pourraient être importées et acclimatées dans les eaux douces de la France. x>

M. Valenciennes a été chargé d'une mission à cet effet et a été chercher <c les poissons qui, suivant lui, .peuvent être impo^ftés^et acclimatés dans les eaux douces de la;frdnce . . »

31M. Milne-£dwards, Goste.et Valenciennes ont dû $e. donner l^iea de la»pekie,^ubir bien des veilles, faire et;i;enouveler bien des expériences, avant d'arriver à de pareilsrésultats.tCombien ils auraient diminué }q3 unes et abrégé les autres, si, ccmune ji^oi,,ils avaient lu soigneusement Lacépède : ils y auraient trouvé jtoutes leurs découvertes toutes faites, — depui3 rempôissomiement par les œufs, jusqu'au transport des poissons, — jusqu'aux noms de ceux que U. Valenciennes « a .voulu acclimater en France. » ' '

Vjoiçi les piècjc^ à l'appui de ce .4}ue j'avance.

2g LA PÊCHE.

Les pécheurs Gehin et Remy, qui sont illettrés et d'ailleurs n'ont pas de bibliothèque à leur disposition, sont excusables d avoir cherché et trouvé par eux-mêmes la fécondation artificielle, qui, du reste, n'est qu'indiquée dans Lacépède ; mais pour MM. Milne-Edwards, Coste et Valenciennès, ils sont impardonnables envers eux-mêmes de n'avoir pas pensé à lire Lacépède.

EXTRAIT DU BfÉHOIRE DE LACÉPÈDE.

« De toutes les saisons, la plus favorable au transport des poissons est l'hiver, à moins que le froid ne soit très-rigoureux. Le printemps et lautomne le sont beaucoup moins que la saison des frimas; mais il faut toujours les préférer à leté. La chaleur aurait bientôt fait périr des individus accoutumés à une température assez douce; etd^illeurs ils ,ne résisteraient pas à Tiniluence funeste des orages qui régnent si fréquemment pendant Tété.

D II ne faut exposer aux dangers du transport que des poissdns assez forts pour résister à la fatigue, à la contrainte et aux autres inconvénients de leur voyage. A un an, ces animaux seraient encore trop jeunes ; l'âge le plus convenable pour les faire

AVBU PÉNIBLE. 39

passer d'une eau dans une autre est celui de trois ou quatre ans.

» On ne remplira pas entièrement d'eau les tonneaux dans lesquels on les renfermera. Sans cette précaution, les poissons, montant avec rapidité vers la surface de l'eau, blesseraient leur tête contre la partie supérieure du vaisseau dans lequel ils seront placés. Ces tonneaux devront d'ailleurs présenter un. assez grand espace. Bloch, qui a écrit des observations très-utiles sur Tart d'élever les animaux dont nous nous occupons, demande qu'un tonneau destiné à transporter des poissons du poids de cinquante kilogrammes (cent livres, ou à peu près) contienne trois cent vingt litres ou pintes d'eau. — Quelle que soit la température de l'air, il faut qu'il y ait toujours une communication libre entre l'atmosphère et l'intérieur du tonneau, soit pour procurer aux poissons, suivant Topinion de quelques physiciens, l'air qui peut leur être nécessaire, soit pour laisser échapper les miasmes malfaisants et les gaz funestes qui se forment en abondance dans tous les endroits où les habitants des eaux sont réunis en très-grand nombre, même lorsque la chaleur n'est pas très-forte, et leur donnent la mort souvent dans un espace de temps extrêmement court. Mais, comme ces soupiraux si nécessaires

aux poissons que Vm fait voya|[^ pourraient, 3'ils étaient faits sans attention, laisser à Teai^ des mou*' vements trop libres et trop yiolent^ qui h feraient jaillir, pousseraient les poissons les uns contre le$ autres, les froisseraient et les blesseraient mortellement, il sera l)oi> de suivre à cet égprd les cousçils de Bloch, qui i^econunande de prévenir la trop CTçinde agitatjpn de Teau par une couronne de paille pu de petites j^lancbes minces introduites dans Iptpnneaq.

}) Si Yon yeut jconserver en vie, malgré un long trajet, des truites, des loches ou d'autres poissons qui pépssept fj^cilpxnent et qui se plaisent au milieu d'une eai^ courante, on change souvent celle plu fonnçau dans leqjiel on les renferme. — Pour peu gue Ton craignp Jes effets dg la phaleur, on vpyagera la nuit, et Yoji évitera gvecle plus grand soin, en maniant le^ poissons, dp lejs prissser, delesjixpîg* sfir, de Igs lisurtpf.

» On ne les laissera hors de Te^u que pefid$ipt le temps je plus court pp^sible, §}iriout lorsçpi'ujx soleil sans nuage pourrait, pn desséchant prpmpjpr ment leprs prgape§ et parlicplièrçmeiit lenrsl)i:|gqljies, |es faire périr très:projnptempnt. Çep^dapti lorçque Iç tçmps s^a (roid, qp pavera tr8(n$pQy|eç 469 99A^^^> ^ C^Tluas, dfi5 bréiaes, §{ 4'autres;

poissons ^ui vivent assez longt««a^ hors 4e l*jeau, sans employer i)i tonneau ni voiture, en les enve^ loppant dans de la neige et dans des feuilles graur. des, épaisses et fraîches, telles que celles du chou ou de la laitue. Un moyen presque semblable a réussi sur des brames, que Ton a portées vivantes. à plus de dix myriamètres (vingt lieues). On les avait entourées de neige, et on avait mis dans leur bouche un morceau de pain trempé dans de Feau-de-vie.

» C'est avec des précautions analogues que, dés le XVI® siècle, on a répandu, dans plusieurs contrées de l'Europe , des espèces précieuses de poisson dont on était privé. C'est en les employant qu'il parait que Maschal à introduit la cfirpe en Angleterre, en 15} 4; que Pierre Oxe Ta donnée au Danemark, en 1 550 ; qi^'^ une époque plus rapprochée, on a naturalisé l'acipensère strelet, en Suède, aii)si qu'en Poméranie, et qu'onapeuplç de cyprins dorés de la Chine les eaux non-seulement 4@ Frani:e, mais encore d'Angleterre, de HoUandç et 4'Attfime^gne.

» Il est aussi un procédé qui con§i§^ ^ U%X^^ porter le poisson, non pas dév^lo^ppé et psir^ens à une taille plvfs pu moins grande, mais ^cpre daf\$^ Tétat d'embrvon et rei^erfné 4dA& WA C^Uf- ?4Uir

réussir plus aisément, on prend les herbes ou les pierres sur lesquelles les femelles ont déposé leurs œufs et les mâles leur laite, et on les porte dans un vase plein d'eau jusqu'au lac, à Télang, à la rivière ou au bassin que Ton désire peupler. On apprend facilement à distinguer les œufs fécondés d'avec ceux qui n'ont pas été arrosés de la liqueur prolifique du mâle, et que l'on doit rejeter ; les premiers paraissent toujours plus jaunes, plus clairs, plus diaphanes. On remarque cette différence dès le premier jour de la fécondation, si Ton se sert d'une loupe; et dès le troisième ou le quatrième jour, on n'a plus besoin de cet instrument pour voir que ceux qui n'ont pas été fécondés par le mâle deviennent à chaque instant plus troubles, plus opaques, plus ternes ; ils perdent tout leur éclat, s'allèrent, se décomposent, et dans cet état de demi-putréfaction, ils ont été comparés à de petits grains de grêle qui commencent à se fondre.

» Le temps qui s'écoule depuis le moment où les œufs déposés par la femelle sont fécondés par le mâle, jusqu'à celui où le? petits viennent à la lumière, varie suivant les espèces^ mais il ne paraît pas qu'il augmente toujours avec leur grandeur. Il est quelquefois de quarante et même de cinquante jours, et d'autres fois il n'est que de huit ou de

neuf. Lorsque c'est au bout de neuf jours que le poisson doit éclore, on voit, dès le second jour, un petit point animé entre le jaune et le blanc. On peut s'en assurer d'autant plus aisément que tous les œufs de poisson sont membraneux, et qu'ils sont clairs et transparents lorsqu'ils ont été pénétrés par la liqueur laiteuse. Au troisième jour, on distingue le cœur qui bat, le corps qui est attaché au jaune, et la queue qui est libre. C'est vers le sixième jour que Ton aperçoit, au travers des portions molles de Tembryon, qui sont très-diaphanes, le point d'appui des parties solides, c'est-à-dire la colonne vertébrale et les côtes qui y sont réunies. Au septième jour, on remarque deux points noirs, qui sont les yeux; le défaut de place oblige le fœtus à tenir sa queue repliée ; mais il s'agite avec vivacité, et tourne sur lui-même en entraînant le jaune qui est attaché à son ventre et en montrant ses nageoires pectorales, qui sont formées les premières. Enfin, le neuvième jour, un effort de la queue déchire la membrane de l'œuf, parvenu alors à son plus haut point d'extension et de maturité. L'animal sort la queue la première, dégage sa tête, respire par le moyen d'une eau qui peut parvenir jusqu'à ses branchies sans traverser aucune membrane, et, animé par un sang dont le mouvement

54 LA PÊC UK.

est à l'instant augmenté de près d'un tiers, il croit, 4ans les premières heures qui succèdent à ce nouyel état, presque autant que pendant les quinze ou vingt jours qui les suivent.

» Dans plusieurs espèces, le poisson édos conserve une partie du jaune dans une poche que forme la partie inférieure de son ventre. Il tire pendant plusieurs jours une partie de sa subsistance de cette matière, qui bientôt s'épuise, et à mesure qu'elle diminue, la bourse qui la contient s'affaisse, s'atténue et disparaît.

^ ^s^s les Mémoires de t Académie de ^odcholm^ on trouve qu'un brochet, mesuré et pesé à différents $ges, a présenté les poids et les longueurs v$mvaiits :

A 1 an i/2 ogice de poids.

2 ans, 10 pouces de long, 4 onces.

Voyez ensuile, dans le présent Uvre,,aux arlides ViehXsilums glanis)^ Misgume fossile (cobitis fossilis), Sandat, etc., les avis que donne Lacépède.s^r• ceux de ces poissons qu'il conseille d'introduire .en France.

Ort verra quel accord règne etttrè Lacépêïe et M. Valênciennes. — Plût au ciel que' cette etitètite existât toujours entre les savants! tadii autant on eti voit d'exem]^ entre les \ivahts et les morts, autant elle est rare entre lés contemporains.

Voici maintenant un extrait du Rapport de l'Académie :

« M. Milne-Edwards démontre Timportancedela fécondation artificielle des poissons, qui appartientnent, pour la plupart, à cette catégorie d'animaux dont les œufs ne sont fécondés par le mâle que plus ou moins longtemps après leur émission, et sans que ce dernier ait avec la femelle aucune relation intime. « Aussi,» dit-il, « pour déterminer le dévelop- » ment de Tembryon dans Fintérieur de ces œiifs » stériles, le physiologiste n'a qu'à imiter dans ses n expériences de laboratoire ce qui se passe norma- » lement dans la nature, c'est-à-dire les mettre » en contact avec l'eau chargée de laitance; la fé- » condation s'en opère aussitôt, et pour se procu- » rer cette laitance ainsi que les œufs à féconder, » il suffit de presser légèrement l'abdomen des » mâles et des femelles dont les produits sont mûrs 9 et dont la vie n'est pas mise en danger par cette

5# LÂPÉGUfi.

» opération, ou bien encore d'ouvrir le corps d'in- » dividus récemment morts ; car ces œufs et cette » laite conservent leur vitalité pendant un temps » assez long après que la vie a cessé dans les êtres » qui les ont produits, et on peut même faire naître » ainsi de deux cadavres une génération nombreuse » et forte. »

» En 1842, deux pêcheurs illettrés de la Bresse, 31M. Gehin et Remy, ayant constaté, par une longue suite d'observations, le mode de reproduction de la truite, et s'étant assurés de la possibilité d'opérer à volonté la fécondation des œuis, se sont appliqués il multiplier ce poisson pour en repeupler les ruisseaux de leur canton ; et le succès est venu couronner leurs efforts; ils ont, plus que tout autre^le mérite d'avoir créé ainsi en France une nouvelle industrie. Leur procédé est simple et facile; il est applicable même pour l'élève du saumon, qtf on pourrait sans doute acclimater dans des fleuves qui, jusqu'ici, n'ont été que peu ou point fréquentés par ce poisson. M. Bouicy, mgénieur civil de Hammersmilh, a eu recours aussi au procédé de la fécondation artificielle pour repeupler plusieurs rivières de la Grande-Bretagne, et parait «voir complètement roussi* Sa méthode diffère à peine de celle de

3!M. Gehin et Remy; les deux pêcheurs placent les œufs fécondés sur une couche de gravier, dans des boites en fer-blanc criblées de trous, pouvant contenir chacune environ un millier d'œufs; ils placent ces boites dans quelque petit ruisseau dont les eaux sont vives et claires, mais peu profondes, et ils disposent les choses de façon que le courant puisse opérer un renouvellement rapide dans Teau dont les œufs sont baignés; car l'agitation du liquide est nécessaire non-seulement pour assurer la respiration des embryons, mais aussi pour empêcher le développement des conferves qui ne tarderaient pas à envahir les œufs si Feau était stagnante, et détermineraient la mort du frai. Le développement de ces embryons dure quatre mois, et c'est, en général, vers la fin de mars ou en avril que Féclosion a lieu, etc., etc.

» M. Boccius, dans son Traité sur la production et l* entretien des poissons dans les eaux douces^ donne des détails sur le procédé de fécondation artificielle du saumon et de la truite. Toute la difficulté, dit-il, est de se procurer assez de saumoœ femelles ou assez de frai pour repeupler la rivière. Un seul mâle peut féconder les œufs d une douzaine de femelles adultes. Il insiste sur la forme des bottes d'ineuba-

tiouy et sur les phases du développement du poisson. Ainsi, par exemple, lorsqu'on môle la laite avec les œufs, ceux-ci éprouvent une modification immédiate; de jaune rougeâtre qu'ils étaient, ils deviennent d'une couleur opaque et terne. Il donne aussi quelques renseignements sur le développement de plusieurs poissons tels que brochet, perche, gardon, vandoise, carpe, tanche, elc. ; et sur les meilleurs moyens pour maintenir en juste proportion les variétés de poissons d'une pêcherie, d'une rivière. M. Ephemera parle aussi de la fécondation artificielle du saumon; il décrit minutieusement les bassins qui doivent contenir les élèves, le développement du poisson qu'on peut suivre jour par jour, et il conclut distinguant deux procédés pour peupler une rivière de saumons, suivant qu'il s'agit d'une rivière dans laquelle il n'y a jamais eu de saumons, ou d'une rivière dans laquelle des saumons ont déjà existé et frayé, mais d'où ils ont disparu partiellement ou en totalité, par suite de manque de nourriture ou d'un mauvais aménagement de la part du propriétaire.

» On ne peut avoir recours a la fécondation artificielle pour peupler nos eaux douces de certaines espèces dont Tintroduction serait cependant fort utile dans un grand nombre de localités. Ainài On

AVfiUPÉMIBLK. 39

ne trouve jamais les anguilles chargées de laite ou d'œufs en maturité, et ces poissons paraissent ne se reproduire que dans les profondeurs de la mer, d*où Ton en voit sortir chaque année des légions innombrables, qui s'engagent dans les rivières et sont connues des pécheurs sous le nom de montée. Pour peupler les étangs et les ruisseaux qui en manquent aujourd'hui, il faudrait, par conséquent, y transporter ce frai, et renouveler l'opération périodiquement. — Or, M. Coste a fait voir dernièrement que' ce transport peut s'efTectuer avec la plus grande facilité, même à des distances fort considérables. M. Coste s'était servi, pour ses observations sur les modifications des épinoches, de grandes cuves en bois convenablement préparées par l'introduction d'un certain nombre de conditions favorables au but qu'il voulait atteindre ; c'est dans ces cuves, dit-il dans son rapport sur la piseiculture, qu'il a obtenu des résultats dont il croit qu'on peut faire d'importantes applications. Son expérience la plus décisive regarde les anguilles; il en a faille sujet de ses recherches, d'abord parce que leur mode de génération, étant presque inconnu, pouvait fournir matière & d'importantes découvertes; ensuite, parce que leur chair, agréable au goût, cpnsUlue un alî- IMUt favorable à la santé, cam,me le prouve Texem-

40 f A PÊCHE.

pie des populations qui habitent la lagune de Comacchio. 11 est donc à désirer qu'on puisse élever ces poissons en assez grande abondance pour qu'ils deviennent un des principaux moyens d'alimentation ; mais, pour atteindre ce but, il faut deux conditions préalables : se procurer du frai autant qu'on en voudra, et découvrir les circonstances qui doivent en assurer le rapide développement. C'est vers les mois de mars et avril, à Tembouchure des rivières et des fleuves, à l'entrée de la nuit, que se manifeste tous les ans le phénomène de la montée. C'est la montée^ c'est-à-dire la migration des nouvelles anguilles, ou plutôt d'une espèce de glaire vivante, que l'on pêche avec des tamis, et qu'on verse dans des barriques où on l'entasse. M. Coste, ayant réussi à transporter le frai des anguilles avec des paniers d'osier remplis d'herbes aquatiques, a obtenu ensuite des résultats considérables en faisant séjourner ces animalcules dans ses cuves de bois ; à l'âge de deux ans, les anguilles avaient trente centimètres de long et sept centimètres de circonférence. Les anguilles sont de tous les poissons ceux qui peuvent produire les plus grands bénéfices, car de tous les poissons elles sont ceux qu'on peut élever en plus grand nombre dans le moindre espace et dans la moindre quantité d'eau. — M. Coste indique awssi

les moyens de transport par la voie de navigation, c'est-à-dire avec des tonneaux dont les fonds, percés d'une ouverture garnie d'un grillage quelconque, soient perméables à Teau du fleuve sans laisser passer les jeunes anguilles; ces tonneaux, remplis d*berbes et de montée^ seraient liés entre eux en forme de radeau, et traînés par un bateau remor* queur, ou par des chevaux, s'il y a un chemin de halage. De plus, M. Cosle, afin de pourvoir au dé^ faut d'alimentation des anguilles qui se nourrissent naturellement de vers, d'insectes, de larves de grenouille^^etç., a trouvé qu'une sorte de hachis composé de chair de cheval, de chien, de chat, de chenilles, de hannetons, peut les nourrir et les engraisser. » — Il termine son rapport en donnant quelques détails sur la pêche des anguilles de la lagune de €omacchio.

M. Valenciennes a fait un Rapport sur les espèces de poissons de la Prusse qui pourraient être importées et acclimatées dans les eaux douces de la France^ où il est question du sander (perça hucioperoa) ou sandel ou sandat, poisson de bon goût, à chair blanche, qui devient presque aussi grand que le brochet. Ensuite, il parle du wels [silurus glanis), poisson connu seulement dans le nord-est de l'Europe, qui

42 LA PÊGUI.

est aussi de très4i>on goût et qui atteint de fortes dimensions ^

La grande lotte y que les Allemands nomment gnappCj a été aussi Fobjet de ses recherches ; c'est le véritable gaduslota de Block*.

Un poisson qui manque aussi à nos eaux douces est le alandt (cyprinus jeses) * ; un autre est le pitxker (le cobUis fossilis de Linné), poisson du genre des loches, qui devient trois fois plus gros que les lo« ches de nos rivières.

M. Valenciennes av^it pris toutes ses dispositions pour le transport de ces espèces qu'il voulait acdimater en France. Les pbissons étrangers avaient

' Dix-sept tvelê Tirants ont été amenés â Paris et déposés dans l'un des bassins des réservoirs de Marly; on a rapporté un individu long de 1">,20 et du poids de 10 kilog.; et on en a pris plusieurs autres de 0"',80 de longueur. — Un poisson de cette espèce fut servi, avec une carpe du Rhin, dans le repas donné, e»1828. par la ville de Stt*asbourg au roi Charles X; les deux poissons furent payés 700 francs.

* Douze exemplaires de cette espèce ont été déposés vivants avec les wels dans un des bass ns du Muséum d'histoire naturelle. L'eau qui alimenle ce bassin est un mélange de l'eau de Seine avec celle de rOurcq ; elle n'a pas paru convenir a ces lottes ; on en a perdu quel* ques-unes. Mais celles qui ont été portées en eau de Seine pure dans les réservoirs de Harly se sont parfaitement remises ; on les a toutes •ons^ervées.

> Si quelques naturalistes pensent cependant que celte espèce se montre déjà, quoique rarement, dans les eaux de la Flandre, on ne peut contester que les races du nord-est de l'Europe ne soient beaucoup plus fortes. On en a rapporté onze vivants.

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souffert en voyage, soit à cause d'une perte d'eau considérable, soit par le mouvement du chemin de fer; cependant ils se sont remis de la fatigue, et il espère qu'ils donneront du frai pour empoissonner nos grandes pièces d'eau. Il expose les avantages de cette importation redoublés par la fécondation arliticielle, et conclut indiquant les cinq ou six espèces de poissons fumés qu'on pèche dans la Manche, qui n'arrivent jamais sur les marchés de nos grandes villes, et qu'il a remarqués aux marchés de Berlin; il cite Yorphie (esox belone)^ les flets (pfeuronectes {lesu$) et l'alose, qu'on vend à Berlin sôus le nom de glodfisch.

Je pense qu'il ne reste aucun doute sur le rapport qui existe entre les idées de Lacépède et celles de MM. Coste, Milne-Edwards et Valencienncs.

On verra, en lisant, chacun à. sa place, l'histoire des poissons qui viennent d'être nommés — que, s'il en est qui n'aient pas été désignés par Lacépède, c'est qu'il est douteux qu'ils soient une bonne acquisition.

Le poisson considéré comme aliment.

Il y a deux grandes espèces de poisson : le poisson frais, et celui qui ne Test pas.

Le premier est toujours bon, fût-ce une ablette; — le second, fût-ce une truite, ne vaut rien.

Le pèfe Glam, mon voisin de Sainte-Adresse, me montrant sa pèche : « Voilà un beau homard, lui dis-je, je vous le prends. — Non, me dit-il, il est mort de ce matin : il n'est pas digne d'entrer dans le corps de Thomme. »

On a attribué au poisson une grande influence sur la population des communes riveraines; — c'est une erreur : —1* les pêcheurs ne font pas du poisçon leur nourriture habituelle : ils le vendent, et mangent des légumes et préfèrent la viande ; 2"* les pêcheurs n'ont pas plus d'enfants que les autres habitants des campagnes.

C'est également une mauvaise plaisanterie que

LE POISSON GONSIDËHÉ GOMME ÂLIMEP^T. 45

d'attribuer les familles nombreuses des paysans à la « vigueur de ces enfants de la nature, d car les paysans, sous ce rapport, sont moins vigoureux que les habitants des villes; — c'est, en raisonnant mieux, précisément ce peu de propension à Tamour auquel on doit, entre autres causes, attribuer le grand nombre d'enfants qui pullulent et grouillent autour des campagnes.

Il est un vieux livre de médecine, De salubri pisciumalimento — où l'on établit que le poisson est la nourriture la plus salutaire.

Gallien était de ce sentiment à Tégard des personnes sédentaires, des vieillards, des enfants et des malades. Les Orientaux, excepté les habitants des côtes, ne mangent guère de poisson. — Les Juifs et les Syriens n'en mangeaient presque pas; — quelques-uns d'ailleurs, ceux sans écailles, étaient interdits aux Juifs. — Quelques peuples anciens s'en abstenaient par diverses superstitions.

En Hollande, le peuple mange plus de poisson que dfe viande. On en mange beaucoup en France et en Angleterre.

Les Romains en faisaient leurs délices et poussaient bien loin le raffinement à cet égard.

Les Espagnols en mangent peu et l'accommodent, dit-on, très-mal.

On ne voit guère de gens naître avec une aversion pour la viande, — mais il n'est pas rare de voir des personnes avoir un extrême dégoût pour le poisson et ne pouvoir le digérer.

Philippe II, roi d'Espagne, n'en mangeait jamais. Il disait que ce n'était que de la gelée d'eau ; la reine Atergatis, au contraire, en était si gloutonne, qu'elle défendit à ses sujets de manger un poisson sans qu*il lui eût d'abord été présenté.

Varron, dans un ouvrage sur les bons morceaux, fait Pénuméralion de ce que les Romains gourmands faisaient venir de loin^ sous peine d'être jugé indigne d'un palais respectable : le thon de Gbalcédoine, la /amproie d*Espagne, le cobilhar àeVhvygie, les huttres de Tarente , le pétoncle de Chio, un autre testacé nonuné élopsj de Rhodes.

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