HAIMS. - HAMEÇONS
Vous donner des conseils sur la façon d'empiler vos hameçons et d'y attacher l'amorce, ce serait écrire des lignes inutiles. Un pêcheur, par son exemple, et vos observations personnelles, vous en apprendront en peu de temps bien plus qu'il n'est possible d'en foire comprendre par écrit.
Que l'espoir de prendre de gros poissons, cependant, ne vous fasse pas choisir des }iameçons trop
forts; ce n*es( guère parce qu'on a des hameçons trop petits qu*on manque les poissons. J'en ai manqué beaucoup dans ma vie, et, malgré mon désir bien naturel de m'en prendre a quelque chose, je n'ai jamais pu me faire admettre à moi-même le prétexte que l'hameçon était trop petit.
Cltipea harengus. — Heering^ en Allemagne. — Haring, en Hollande. -— Herringf en Angleterre.
Le lieu natal de ce poisson est TOcëan. Il est long de neuf à dix pouces ou environ et a près de deux pouces de largeur; il meurt dès qu'il est sorti de l'eau.
Le dos est d'un bleu obscur, mais qui devient plus bleu au printemps. Les côtés et le ventre sont d'un bleu d'argent. Tout le ventre, depuis les reins jusqu'à l'anus, est un peu resserré en manière de carène aiguë, tandis que le dos est convexe ou arqué.
Tous les harengs ne font des œufs qu'une fois l'année, vers réquinoxe d'automne. Us sont plus estimés et meilleurs quand ils ont le corps plein d'œufs et de laitance, comme tous les autres poissons. Dans d'aulâres saisons, les harengs sont presque tous vides de laite et d'oeufs; on les nonnne alors gais.
, Le hareng multiplie beaucoup ; il nage en troupes,
Sa nouiriture ordinaire consiste en très^petits poissons^ en vers de mer, et même en très-petits crabes. Les pê^ cheurs de Hambourg nomment le hareng poisson couronné.
S'il se trouve dans la mer une bande considérable de harengs, Todorat avertit de leur présence ; quelques pécheurs le sentent de très-loin. Mon premier maître d'équipage à Étretat, appelé Lubin, possédait cette faculté à un degré remarquable. Les harengs nagent tantôt fort prés de la surface, tantôt à une grande profondeur. Quelquefois ils paraissent prendre plaisir à monter à la surface de Teau; ils en sortent un instant leur tète et s'y replongent sur-le-champ. Ce mouvement produit un petit bruit pareil à celui de quelques larges gouttes de pluie qui tomberaient dans l'eau.
C*est ce que les habitants des côtes qu'ils fréquentent appellent le jeu des harengs.
Depuis le 25 juin jusqu'au 15 juillet, on met leharaig, au sortir des filets, pèle-mèle dans des tonneaux qu'on délivre à mesure à certains bâtiments bons voiliers, qu'on appelle chasseurs, et qui les transportent promptement en Hollande, où le premier hareng qui arrive porte aussi le nom de hareng chasseur. Quant au poisson qu'on pèche après le 45 juillet, aussitôt qu'il est à bord des buyses et qu'on lui a ôté les ouîés, on a ghmd soin d'en faire trois classes, savoir : le hareng vierge, le hareng plein et le hareng vide. Le hareng vierge est celui qui est prêt à frayer; il est fort délicat. Le hareng plein
est celui qui est rempli de laites ou d'œufs, c'est-à-dire qui est dans son état de perfection. Le hareng vide est celui qui, ayant frayé, est un peu coriace, et se con* serve moins bien; c'est le moins estimé. Sur les c6tes de Normandie, on l'appelle hareng gai.
Le hareng frais se nomme hareng blanc. Il est d'une chair blanche et d'un bon goût ; il convient à bien des tempéraments. Celui qui est salé se nomme blanc salé, il est assez malsain; il ne convient qu'à des estomacs robustes. Celui qui est dessalé se nomme hareng peck ; il est moins malfaisant, mais moins délicat que le hareng frais. Les marchands regardent en quelque façon comme des espèces différentes de poissons le hareng frais, les harengs blancs, les sauris qu'on nomme communément saurs ou saurets, les harengs brailles ou demi-salés, les bouffis ou demi-sauris, les harengs d'une, deux ou trois nuits, enfin les harengs de triage. Quant au hareng saur ou enfumé, il est pernicieux, quoique le menu peuple l'appelle appétit ou rouge salé, ou craquelin; c'est le bockum des Hollandais. Il est sec, dur et très-difficile à digérer.
Les mouettes et quantités d'autres oiseaux maritimes qui voltigent au-dessus de la mer font connaître, ainsi que les cétacés et les gros poissons, aux pécheurs en quel lieu sont les troupes de harengs. Ces animaux les poursuivent continuellement pour en faire leur proie, et observent tous leurs mouvements. Les harengs nagent par grandes troupes et aiment à fréquenter les
bords de la mer. On les trouve quelquefois en si grand nombre, qu'ils s'opposent et résistent au passage des vaisseaux. Dans ces moments, les matelots en prennent quelquefois un bon nombre avec la pelle dont on se sert pour arroser les voiles des vaisseaux.
La grande colonne de harengs quitte le Nord au commencement de Tannée ; son aile droite se détourne vers rOccident, et tombe au mois de mars vers l'Islande; l'aile gauche s'étend vers l'Orient. Cette colonne se subdivise encore : les uns vont par détachements au banc de Terre-Neuve; d'autres, arrivés à une certaine hauteur, dirigent leur course vers la Norvège, et tombent en partie par le détroit du Sund dans la mer Baltique ; et l'autre partie va gagner la pointe du nord de Jutland, défile le long de cette côte, et se réunit promptement par les Belts avec la colonne de la mer Baltique, puis se subdivise de nouveau pour côtoyer le Holsteîn, le Texel, le Zuyderzée, etc. La colonne occidentale, qui est aujourd'hui la plus forte, et qui est toujours accompagnée de marsouins, de requins, de cabillauds, etc., s'en va droit au Hithland et aux Orcades, où les pécheurs bollandais les attendent avec impatience, et de là vers l'Ecosse, où elle se partage ; une partie fait le tour de l'Angleterre, va aux côtes des Frisons, des Zélandais. des Brabançons et des Français ; l'autre partie va aux côtes d'Islande, puis elles se rejoignent dans la Manche, et, après avoir fourni aux besoins de tous ces peuples, il en résulte encore une colonne qui se jette
dans l'océan Atlantique; c*est là qu'elle disparait.
Ces poissons entrent quelquefois en si grande quan* tité dans la Hanche» qu'ils ressemblent aux flots d'une mer agitée; c'est ce que les pécheurs nomment des lits ' ou bouillons de harengs.
Dans les endroits où il se rassemble beaucoup de poissons, on aperçoit à la surface ce que les pécheurs nomment le graissin ; on le voit dans la Hanche.
On prétend que la pèche de ce poisson a commencé en 1163. Pour cette expédition, les Hollandais assemblent leurs buyses aux environs de Hithiand, où arrive la seconde division des harengs. Leurs buyses sont au nombre de douze à quinze cents ; ils les mettent en mer, en tirant au nord-nord-ouest, et ils jettent le premier filet près Jayrill, la nuit du lendemain de la Saint-Jean, 25 jum, aussitôt après minuit. On ne pèche que la nuit. Le poisson est attiré par la clarté des lanternes qui le fait venir droit aux buyses, et Fempèche, en l'éblouissant, de discerner les filets. Les pécheurs de sardines se servent fort utilement de ces mêmes manœuvres sur les côtes de Dalmatie. C'est ainsi qu'on les conduit à l'embuscade qu'on leur a tendue.
Les filets qui servent ù la pèche des harengs sont longs de mille à douze cents pas> et faits, suivant l'ordonnance, pour le moins de bon chanvre, avec des mailles bien serrées, afin que le poisson, en y approchant, s'accroche aussitôt par les ouïes. — Quand toute la tissure a été mise à l'eau, ne retenant dans le bateau