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Lis du divin rivage, amour tombé du sein de Dieu, vague écho de la musique des anges, rêves commencés dans l'azur, qui donc vous confondra voluptueusement avec la pénétraole odeur du pampre, les beaul^i»
visibles de la femme aimée, les lèvre^i qui frémissent sous les baisers?
Ame qui retournes lû-haut, cœur qui tomberez en poussière, n'aurez-vous donc jMjis i^ne Jieyre d'enivrante liymcnée?
''«Tleire csl^flé trôp^ 'birt du ciel? Le • lœur «bt-il tyop {(HiidcRi^èvres?
Madame de Girardin avait ainsi parlé de ce roman dans son Ck>urrier de Paris :
« Avez'-vous lu la Pécheresse? J*ai lu le premier volume qui est charmant; je n*ai pas lu le second, parce qu*on m'en a dit trop de mal.
Jean-Jacques avait dit de la Nouvelle Hébïse : ^ Jamais fille chaste n'a lu de roman, celle qui osera lire une seule page du mien est une fille perdue. »
Le mot de madame de Girardin sur la Pécheresse rappelle l'avertissement de Jean-Jacques : a-t-il fait la fortune de mon livre, ce roman écrit à vingt ans? Â vingt ans d'intervalle, je trouve que madame de Girardin a eu raison de s'arrêter au beau milieu. Et pourtant j'avais pieusement voulu, dans un quart d'heure de dévotion panthéiste, l'hymen du cœur qui bat sur la terre et de l'âme qui vole au delà des nues. La figure rêveuse et passionnée de Théophile m'était apparue comme un
symbole; j'ai ranimé le tableau de sa vie; j'ai placé sa noble tête entre ces deux images charmantes, l'Amour tout divin et la Volupté toute terrestre, le souvenir du ciel et la joie épanouie, Marie et Dafné.
Théophile de Viau, mort en plein soleil delà vie, ne fut pas seulement un grand poète, il fut un des hardis philosophes de son temps. 11 avait tour à tour étudié son âme et son cœur, les voix mystérieuses du ciel et les images visibles de la terre. Son esprit, né libre, a toujours protesté contre tous les systèmes absolus qui enchaînent la pensée humaine. Poussé en avant par la poésie, emporté par les passions, coursiers indomptés qui vont bride abattue et font jaillir l'éclair dans la nuit sous leurs pieds au choc des cailloux, il voyait plus loin que les poètes des seizième et dix-septième siècles. On peut affirmer que l'aube nouvelle, qui luit sur nous, avait frappé son regard d'aigle. (1 adorait le ciel qui lui cachait Dieu ; mais, sous la lumière du ciel, sur la terre où vivent les hommes, les forêts et les fleurs, les œuvres visibles de Dieu, il répandait son cœur à longs flots. Il élevait Tâme sans comprimer le corps.
II ne disait pas comme Moïse : « Prenez garde à vos yeux. )) Il ne disait pas avec Job : « J.ai fait un pacte avec mes yeux pour ne pas même penser à une fille. » Il ne disait pas comme plustardBossuet: « Malheur à la terre! Malheur à la terre ! Encore une fois malheur à la terre d'où sort une si épaisse fumée, des vapeurs si noires qui s'élèvent de ces passions ténébreuses qui nous cachent le ciel et la lumière ! » En ses derniers jours seulement il admit que le coips rabat la sublimité de nos pensées et nous
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attache à la terre, nous qui ne devrions respirer que le ciel; mais jusque-là, tant que les vkions de la mort ne glacèrent pas son esprit, il crut que Dieu, le maître souverain, nous avait semés sur la terre comme les arbres de la montagne pour verdoyer et fleurir à tous les vents et à tous les rayons, enracinés dan$ la terre, mais le front balancé dans les nues, disant comme saint Augustin : « Les hommes sont des arbres qui se jouent avec les vents; poussés tantôt d* un côté, tantôt d'un autre, ils semblent promener çà et là leurs vagues désirs. » Hais il croyait que notre âme s'enfuyait plus radieuse de notre périssable corps ; comme Socrate, il croyait que le tombeau n'est que le sombre chemin d'un monde éblouissant. Voyez cette image poétique : « Je crois pour moi que c'est d'aise qu'à leur mort les cygnes chantent; ayant, comme une inspiration du dieu Apollon, à qui ils sont consacrés, ils brûlent du désir d'approcher de leur maître, et en font des chants de joie. » Et ces derniers vers d'une belle strophe :
Et sans doute alors que nos yeux Laissent leur clarté coutumière Et trouvent en de plus beaux lieux ne plus beaux éclats de lumière.
Et notre esprit, qui voit d'ici La vérité dans une nue, Après la mort mieux éclairci, La voit entière et toute nue.
Si nous laissons passer le philosophe, toujours incompris, pour n'étudier que le poète j^ nous trouvons que Boileau le grammairien, dédaignant Théophile, n'entendait rien à la poésie, si la poésie est la voix de Dieu, la voix de
l'âme, la voix de la nature, si la poésie est le rêve des hommes et le triomphe de l'art. Théophile fat un \r« poète; on le sait; on le verra dans ce récit où nous avons reproduit quelques strophes, prises çà et là dans son livre pour expliquer sa vie.- On l'a accusé d'être un peu trop Castillan dans sa poésie : votci un petit tableau d'une simplicité rustique, dont le parfum agreste eût saisi Claude Lorrain lui-même. Quel poète français serait plus naif et plus simple aujourd'hui que nous avons dans les arts salué la Vérité sur la margelle du puits :
Maintenant que le roi s éloigne de Paris,
Suivi de tant de gens au carnage nourris,
Qui dans ces chauds climals vont requérir les restes
Du danger des combats et de celui des pestes,
Il faut que je le suive, et Dieu, sans me punir,
Ne te saurait, Marie, empêcher d'y venir.
Si tu fais ce voyage, et mon amour te prie •
D'y ramener tes yeux,' car c'est là ma patrie,
Tu verras la Garonne, où de petits ruisseaux.
Au travers de mes prcs vont apporter leurs eaux.
Où des saules épais leurs rameaux verts abaissent.
Pleins d'ombre et de fraîcheur, sur mes troupeaux qui paissent.
Si tu venais, Marie, en ce petit logis,
Combien qu'à te l'offrir de si loin je rougis,
Si cette occasion permet que tu l'approches.
Tu le verras assis entre un fleuve et des roches,
Où sans doute il fallait que l'amour habifàt
Avant que pour le ciel la terre il ne quittât.
Dans ce petit espace une assez bonne terre,
Si je la puis sauver du butin de la guerre.
Nous fournira des fruits aussi délicieux,
Qui sauraient contenter ou ton goût ou tes yeux.
Mais, aQn que mon bien d'aucun fard ne se voile.
Mes plats y sont d'étain, et mes rideaux de toile;
Un petit pavillon, dont le vieux bâtiment
Fut maçonne de brique et de mauvais ciment,
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Montre assez qu'il n'est pas orgrueilleuz de nos tilr :
Ses chambres n'ont plancher, toit, ni portes» ni vitres,
Par où les rents d'hiver, s'introduisant un peu,
Ne puissent venir voir si nous avons du feu.
Je ne veux point mentir, et quand le sort avare
Qui me traite si mal m'eût été plus barbare,
Et qu'il m'eût fait sortir d'un sang moins reconnu,
Je te confesserais d'où je serais venu.
Que j'ai bien plus do peine à découvrir ma face
Devant tes yeux si beaux qu'à te montrer ma race.
Dans l'état où je suis j'ai bien plus de raison
De te faire agréer mes yeux que ma maison.
Je jure les rayons dont ta beauté m'éclaire
Que le but de mon âme est le soin de te plaire,
Et que j'aime si fort ta vue et tes propos,
Qu'à ton sujet la nuit est pour moi sans repos ;
Et sans faire Tamour à la façon commune,
Sans accuser pour toi le ciel ni la fortune.
Sans me plaindre si fort, j'ai ce coup plus profond
Que les autres mortels, j'aûne mieux qu'ils ne font.
Théophile écrivait en prose comme en vers. Voici le Jut gement porté sur cette belle prose par son homonyme Théophile Gautier, si familier avec la langue du seizième siècle : n La prose de Théophile est pleine de ces grandes manières de dire castillanes, de ces bonnes façons de gentilhemme, qui donnent à la prose de ce temps la vraie tournure si large et si magnifique. C*est un style de vieille roche et qui sent son bon lieu. La phrase y tombe à grands plis comme ces riches étoffes anciennes toutes brodées d'or et d'argent, mais sans roideur aucune. Les manchettes de M. de Buffon sont peu de chose auprès des manches tailladées et des crevés des élégante de ce tempslà. I Citons encore, du moderne Théophile, ces quelques lignes qui seront toujours vraies : « Théophile de Viau a
fait justice, avec un bon sens admirable, de tous ces pauvres grimauds fantastiques d'humeur qui, improductifs comme les frelons, trouvent mauvais que les abeilles aillent auiL fleurs et fassent leur gâteau, i»
Comme tous les grs^nds poètes, Théophile traversa la vie à travers la critique et Tinimitié. 11 fut nié par son ami Balzac et son ennemi Malherbe avant d'être persiflé par Boileau. Sa lettre à Balzac est un chef-d'œuvre de fierté dédaigneuse. « Vous n'écrivez que ce que vous avez lu, ce n'est pas être savant que de savoir lire. S'il y a de bonnes choses dans vos écrits, ceux qui ne les connaissent pas ne vous en peuvent louer, et ceux qui les connaissent savent qu'elles ne sont pas à vous. Votre style a des flatteries d'esclave et des railleries de bouffon. Quand vous tenez quelque pensée de Sénèque ou de César, il vous semble que vous êtes censeur ou empereur romain, dans votre vanité que vous faites de votre maison et de vos valets. Quiconque ferait l'éloge de vos prédécesseurs vous rendrait un mauvais office. Votre visage et votre naturel retiennent quelque chose de leur première pauvreté. Vous m'avez lâchement trahi alors que j'étais dans le sépulcre de la prison. Jenemerepenspas d'avoir pris autrefois l'épée pour me venger du bâton. C'est parce que vous me vîtes trop bon soldat, sans doute, que vous ne me crûtes pas bon poète. Si je voulais jeter quelques gouttes d'encre sur vos actions, je noircirais toute votre vie. Après une recherche exacte de la mienne, il se trouvera que mon aventure la plus ignominieuse est la fréquentation de Balzac. »
Il n'est guère plus gracieux pour Malherbe :
J*en ccmnais qui ne font des vers qu'à la moderne, Qui cherchent à midi Phœbus à la lanterne, Grattent tant le français qu'ils le déchirent tout, Blâmant tout ce qui n'est facile qu'à leur goût, Sont un mois à connaître, en tâtant la parole, Lorsque l'accent est rude ou que la rime est molle ; Veulent persuader que ce qu'ils font est beau. Et que leur renommée est franche du tombeau.
Sans autre fondement sinon que tout leur âge S'est laisser consumer en un petit ouvrage, Que leurs vers dureront, au monde précieux, Parce qu'en les faisant ils sont devenus vieux : De même l'araignée, en filant son ordure.
Use toute sa vie et ne fait rien qui dure.
Ne quittons point Théophile sans détacher cette autre page de son livre : « Ce que Ton appelle imitation des anciens se doit dire des ornements qui ne sont plus à notre mode. Il faut écrire à la moderne. Démosthéne et Virgile n'ontpoint écrit en notre temps, et nous ne saurions écrire en leur siècle. Leurs livres, quand ils les firent, étaient nouveaux et nous en faisons tous les jours de vieux. Ronsard, pour la vigueur de l'esprit et la nue imagination, a raille choses comparables à la magnificence des anciens, et a mieui réussi à leur ressembler qu'alors qu'il les a voulu traduire. 11 faut, comme Homère, faire bien une description, non point par ses termes ni avec ses épithétes. 11 faut écrire comme il a écrit, mais non point ce qu'il a écrit. »
Il y a là plus de sages conseils en poésie que dans tout lArt poétiqtie de Boileau, l'ennemi posthume de Théophile.
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