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La pécheresse; histoire d'amour

J'ai toujours été si curieux des particularités que l'on découvre au caractère des femmes que, pas une fois, je n'ai négligé de m'instriiire à ce sujet. Aussi j'eus bientôt remarqué que le point où se montre le mieux et le plus ouvertement ce que la nature les a faites est celui de l'amour. Les raisons qui décident une femme à aimer, les façons qu'elle y apporte, la manière dont elle se conduit en cette conjoncture nous donnent vue et nous éclairent singulièrement sur elle-même. Nulle part une femme ne montre plus distinctement ce qu'elle est que dans ces circonstances et on ne peut prétendre en connaître tout à fait aucune qu'on ne sache comment elle se comporte en ces occasions.

C'est ce jugement qui m'a incliné, de tout temps, à rechercher avec soin et à mettre en ordre dans mon esprit les anecdotes et les histoires qui se

rapportent à l'amour. Il s'en débite à force de par le monde et il suffit d'écouter pour en apprendre d'excellentes. Il m'en est donc venu beaucoup aux oreilles, et j'en ai retenu un bon nombre, mais il n'en est point qui m'ait paru plus curieuse et plus singulière que celle de M"^*' de Séguiran et de M. de la Péjaudie, ni plus propre à faire croire que les femmes sont de bien étranges et bizarres cervelies. Je dirai même que je n'eusse guère ajouté foi à ce roman si je n'en eusse tenu le détail de la bouche de feu M. de Larcefigue, mon parent.

M. de Larcefigue avait connu les personnages de cette aventure, arrivée au pays d'Aix, il y a une trentaine d'années; aussi bien ce M. de la Péjaudie que cette seconde M"^^ de Séguiran et son mari, M. le Comte de Séguiran, et le frère de celui-ci, qui s'appelait le Chevalier de Maumoron et qui était capitaine de galères, et le jeune Palaniède d'Escandot. M. de Larcefigue avait été témoin, dans sa jeunesse, d'une partie des événements et s'était instruit du reste aux sources les plus sûres. C'était d'ailleurs un homme de grand sens et de haute raison, et il avait toujours rempli sa charge au Parlenîent d'Aix, dont il mourut président à mortier, avec une régularité digne des éloges qu'on lui accordait et de la magistrature qu'il exerçait. Aussi, tant par l'habitude de son étal, qui l'accoutumait àéclaircir tout et à tout peser, que par une disposition naturelle qui l'y poussait également, avait-if

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