Germe de renseignement civique, distribué aujourd'hui
2. Talleyrand ne parsdt pas songera placer cet enseignement dans récole primaire même.
3. Il est assez curieux de rencontrer une idée aussi utopique que celle « d'apprendre à perfectionner la Constitution » sous la plume d'un
Il faut apprendre à se pénétrer de la naorale qui est le premier besoin de toutes les constitutions. Il faut non seulement qu'on la grave dans tous les cœurs par la voie du sentiment et de la conscience, mais aussi qu'on l'enseigne comme une science véritable, dont les principes seront démontrés à l'a raison de tous les hommes, à celle de tous les âges. On a gémi longtemps de voir les hommes de toutes les nations, de toutes les religions, la faire dépendre exclusivement de cette multitude d'opinions qui les divisent. Il en est résulté de grands maux : car en la livrant à Tincertitude, souvent à Tabsurdité, on Ta nécessairement compromise. On l'a rendue versatile et chance-^ lante. Il est temps de l'asseoir sur ses propres bases ; il est temps de montrer aux hommes que si de funestes divisions les séparent, il est du moins dans la morale un rendez-vous commun où ils doivent tous se réfugier et se réunir. Il faut donc, en quelque sorte, la détacher de tout ce qui n'est pas elle.
La nature a pour cela fait de grandes avances ; elle a doué l'homme de la raison et de la compassion : par la première, il est éclairé sur ce qui est juste ; par la seconde, il est attiré vers ce qui est bon: voilà le double principe de toute morale. Mais cette nouvelle partie de l'instruction, pour être bien enseignée, exige un ouvrage élémentaire, simple, à la fois clair et profond. Il est digne de l'Assemblée nationale d'appeler sur un tel objet les veilles et les méditations de tous les vrais philosophes *.
homme aussi pratique que le fut Talleypand Faut-il croire que ce rusé diplomate se ménageait le droit d^accueillir tous les nouveaux gouvernements qu'il a servis à titre de perfectionnement de la Constitution!
1 . L'auteur, avec une philosophie remarquable chez un prêtre, voit
Ainsi, rinstruction doit s'étendre sur toutes les facultés, physiques, iîitellectuelles, morales.
Physiques, — C'est une étrange bizarrerie de la plupart de nos éducations modernes de ne destiner au corps que des délassements.
11 recommande la gymnastique :
11 importe, sous tous les points de vue, d'en faire un objet capital de Tinstruction.
Intellectuelles, — Elles ont été divisées en trois classes : V Imagination, la Mémoire et la Raison.
A la première ont paru appartenir les beaux-arts et les belles-lettres ; à la seconde, l'histoire, les langues; à la troisième, les sciences exactes. Mais cette division déjà ancienne, et les classifications qui en dépendent, sont loin d'être irrévocablement fixées ; déjà même elles sont regardées comme incomplètes et absolument arbitraires par ceux qui en ont soumis le principe à une analyse réfléchie; toutefois, il n'y a nul inconvénient à les employer encore comme formant la dernière carte des connaissances humaines ^ L'essentiel est que, dans tous les établissements complets, l'instruction s'étende sur les objets qu'elles
que la morale n'est pas une révélation, mais un grand fait dont il faut faire la science. 11 sent aussi que ce n'est pas facile.
1 . Cette classification est celle du philosophe anglais Bacon, reprise par d'Alembert dans la préface de V Encyclopédie, Il y a plus d'inconvénients que ne dit Talleyrand à l'adopter, parce qu'elle est arbitrairement analytique et met pour ainsi dire l'esprit en morceaux. Sans doute il sent lui-même qu'elle va singulièrement compliquer Tordonnance de son travail. D'ailleurs « le temps », auquel il fait appel, aura bientôt corrigé cette erreur dans d'autres esprits, comme nous le verrons chez Gondorcet.
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renferment, sans exclure aucun de ceux qui pourraient n'y être pas indiqués. C'est au temps à faire le reste.
Morales, — On ne les a, jusqu'à ce jour, ni classées, ni définies, ni analysées ; et peut-être une telle entreprise serait-elle hors des moyens de l'esprit humain ; mais on sait qu'il est un sens interne, un sentiment prompt, indépendant de toute réflexion, qui appartient à l'homme et paraît n'appartenir qu'à l'homme seul. Sans lui, ainsi qu'il a été déjà dit, on ne peut connaître le bien ; par lui seul on l'afTectionne, et l'on contracte l'habitude de le pratiquer sans efTort. 11 est donc essentiel d'avertir, de cultiver, et surtout de diriger de bonne heure une telle faculté puisqu'elle est, en quelque sorte, le complément des moyens de vertu et de bonheur.
Après avoir déterminé le triple objet de l'instruction, Talleyrand en assigne les degrés suivant une triple division :
Il doit exister poUr tous les hommes une première instruction commune à tous. Il doit exister pour un grand nombre une instruction qui tende à donner un plus grand développement aux facultés, et éclairer chaque élève sur sa destination particulier^. Il doit exister pour un certain nombre uncvinstruction spéciale et approfondie, nécessaire à divers états dont la ' société doit retirer de grands avantages *.
Près des assemblées primaires qui sont les unités du corps politique, les premiers éléments nationaux, se place naturellement la première école, l'école élé-
1. C'est à peu près ce que nous appelons renseignement primaire, secondaire et supérieur.
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mentaire. Cette école est pour Tenfance, et ne doit comprendre que des documents généraux, applicables à toutes les conditions.
Au delà des premières écoles seront établies, (ftns chaque district, des écoles moyennes ouvertes à tout le monde, mais destinées néanmoins, par la nature des choses, à un petit nombre seulement d'entre les élèves des écoles primaires.
Cette seconde instruction sera pour ceux qui, n'hélant appelés, ni par goût, ni par besoin, à des occupations mécaniques, ou aux fonctions de Tagriculturé, aspirent à d'autres professions, ou cherchent uniquement à cultiver, à orner leur raison et à donner à leurs facultés un plus grand développement.
Enfin, dansTéchelle administrative se trouve placée au sommet l'administration de département, et à ce degré d'administration doit correspondre le dernier degré de l'instruction, qui est Tinstruction nécessaire aux divers états de fa société. Ces états sont en grand nombre ; mais on doit ici les réduire beaucoup : car il ne faut un établissement national que pour ceux dont la pratique, exige une longue théorie, et dans l'existence desquels les erreurs seraient funestes à la société.^ L'état de ministre de la religion, celui d'homme de loi, celui.de médecin, qui comprend l'état de chirurgien, enfin celui de militaire, voilà les états qui présentent ce caractère.
Et de même qu'au delà de toutes les administrations, se trouve placé le premier organe de la nation, le corps législatif, investi de toute la force de la volonté publique ; ainsi, tant pour le complément de l'instruction, que pour le rapide avancement de la science, il existera dans le chef-lieu de l'Empire, et
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comme au faîte de toutes les instructions une école plus particulièrement nationale, un Institut universel qui, s'enrichissant des lumières de toutes les parties de la France, présentera sans cesse la réunion des moyens les plus heureusement combinés pour l'enseignement des connaissances humaines et leur accroissement indéfini: institut placé dans la capitale, cette patrie naturelle des arts, au milieu des grands modèles de tous les genres qui honorent la nation ^
Cette hiérarchie ainsi exposée, il paraît naturel de passer à l'indication des objets et des moyens d'instruction, pour chacun des degrés que nous venons de marquer ; mais auparavant, il est une question à résoudre et sur laquelle les bons esprits eux-mêmes sont partagés ; c'est celle qui regarde la gratuité de l'instruction.