SCIENCES MORALES ET POLITIQUES
Vous devez à la nation française une instruction au niveau de l'esprit du XVIIP siècle, de cette philosophie qui, en éclairant la génération contemporaine, présage, prépare et devance déjà la raison supérieure à laquelle les progrès nécessaires du genre humain appellent les générations futures.
Tels ont été nos principes ; et c'est d'après cette philosophie, libre de toutes les chaînes, affranchie de toute autorité, de toute habitude ancienne, que nous avons choisi et classé les objets de l'instruction publique. C'est d'après cette même philosophie que nous avons regardé les sciences morales et politiques comme une partie essentielle de* l'instruction commune.
Comment espérer, en effet, d'élever jamais la morale du peuple, si Ton ne donne pour base à celle des hommes qui doivent Téclairer, qui sont destinés à le diriger, une analyse exacte, rigoureuse des sentiments moraux, des idées qui en résultent, des principes de justice qui en sont la conséquence?
Les bonnes lois, disait Platon, sont celles que les citoyens aiment plus que la vie.
En effet, comment les lois seraient-elles bonnes, si, pour les faire exécuter, il fallait employer une force étrangère à celle de la volonté du peuple, et prêtera la justice l'appui de la tyrannie % Mais pour que les citovens aiment les lois sans cesser d'être vraiment libres, pour qu'ils conservent cette indépendance de la raison, sans laquelle l'ardeur pour la liberté nest qu'une passion et non une vertu, il faut qu'ils connaissent ces principes de la justice naturelle, ces droits essentiels de l'homme, dont les lois ne sont que le développement ou les applications.
II faut savoir distinguer ce dévouement de la raison qu'on doit aux lois qu'elle approuve, de cette soumission, de cet appui extérieur que le citoyen leur doit encore, lors même que ses lumières lui en montrent le danger ou Timperfection. Il faut qu'en aimant les lois on sache les juger.
Jamais un peuple ne jouira d'une liberté constante, assurée, si Tinstcuction dans les sciences politiques n'est pas générale, si elle n'y est pas indépendante de toutes les institutions sociales, si Tenthousias me que vous excitez dans l'àme des citoyens n'est pas dirigé par la raison, s'il peut s'allumer pour ce qui ne serait pas la vérité.