LANGUES ANCIENNES
L'ancien enseignement n'était pas moins vicieux par sa forme que par le choix et la distribution des objets.
Pendant six années, une étude progressive du latin faisait le fonds de l'instruction ; et c'était sur ce fonds qu.'on répandait les principes généraux de la grammaire, quelques connaissances de géographie et d'histoire, qu'felques notions de l'art de parler et d'écrire.
Condorcet ne fait, à renseignement des langues anciennes, qu*une place assez restreinte. Il est sévère pour elles. Comme Talleyrand, il remplace les classes par des cours. 11 ajoute :
On pourra trouver encore la langue latine trop négligée, mais sous quel point de vue une langue doitelle être considérée dans une éducation générale ?
Ne suffit-il pas de mettre les élèves en état de lire les livres vraiment utiles écrits dans cette langue, et de pouvoir, sans maîtres, faire de nouveaux progrès? Peut-on regarder la connaissance approfondie d'un idiome étranger, celle des beautés de style qu'offrent les ouvrages des hommes de génie qui l'ont employé, comme une de ces connaissances générales que tout homme éclairé, tout citoyen qui se destine aux emplois de la société les plus importants ne puisse ignorer ?
Par quel privilège singulier, lorsque le temps destiné pour l'instruction, lorsque l'objet même de l'enseignement force de se borner dans tous les genres à des connaissances élémentaires, et de laisser ensuite le goût des jeunes gens se porter librement vers celles
qu'il veut cultiver, le latin seul serait-il l'objet d'une instruction plus étendue? Le considère-t-on comme la langue générale des savants, quoiqu'il perde tous les jours cet avantage ?
Mais une connaissance élémentaire du latin suffit pour lire leurs livres ; mais il ne se trouve aucun ouvrage de science, de philosophie, de politique vraiment important, qui n'ait été traduit; mais toutes les vérités que renferment ces livres existent, et mieux développées, et réunies à des vérités nouvelles, dans les livres écrits en langue vulgaire.
La lecture des originaux n'est proprement utile qu'à ceu^ dont l'objet n'est pas l'étude de la science même, mais celle de son histoire.
Enfin puisqu'il faut tout dire, puisque tous les préjugés doivent aujourd'hui disparaître, Tétude longue, approfondie, des langues des anciens, étude qui nécessiterait la lecture des livres qu'ils nous ont laissés, serait peut-être plus nuisible qu'utile.
Nous cherchons dans l'éducation à faire connaître des vérités et ces livres sont remplis d'erreurs. Nous cherchons* à former la raison et ces livres peuvent l'égarer.
Nous sommes si éloignés des anciens, nous les avons tellement devancés dans la roule de la vérité, qu'il faut avoir sa raison déjà tout armée pour que ces précieuses dépouilles puissent l'enrichir sans la corrompre.
Gomme modèles dans l'art d'écrire, dans l'éloquence, dans la poésie, les anciens ne peuvent même servir qu'aux esprits déjà fortifiés par des études premières. Qu'est-ce, en effet, que des modèles qu'on ne. peut imiter sans examiner sans cesse ce quB la diffé-
rence des mœurs, des langues, des religions, des idées, oblige de changer ?
il était alors permis, utile peut-être, d'émouvoir le peuple. Nous lui devons de ne chercher qu'à Téclairer. Pesez toute l'influence que ce changement dans la forme des constitutions, toute celle que l'invention de rimprimerie peuvent avoir sur les règles de l'art de parler, et prononcez ensuite si c'est aux premières années de la jeunesse que les orateurs anciens doivent être donnés pour modèles.
Le respect de la raison donne ici aux idées de Condorcet de l'étroitesse et de la froideur. Je vois aussi du vrai et du faux dans la