‹ La pédagogie révolutionnaireChapitre 7 sur 62 · André, Nos maîtres hier^ p · texte numérisé non relu

André, Nos maîtres hier^ p

de cette mesure, il est certain qu'elle avait fait dans le personnel enseignant des lacunes énormes, et que la nécessité de les combler subitement créa, nombre de maîtres profondément incapables.. Au moins qu'enseignaient-ils ?

Consultons à cet égard un témoignage qui nous présente la réalité, même embellie ; interrogeons l'excellent Rollin qui, pupille, puis professeur, puis recteur de l'Université, Ta connue à fond, la personnifie avec une bonhomie au-dessus du soupçon et nous présente dans son Traité des études l'espèce d'idéal d'enseignement qu'on pouvait s'y former. Cette réalité, cet idéal sont-ils à la hauteur des circonstances et de l'avenir ?

Nous voyons qu'au delà de l'enseignement primaire il n'y a pas pour Rollin d'autres études que celle des langues anciennes et que l'instruction de l'adolescence entière se résout dans une pure et interminable rhétorique. Pour qui connaît l'histoire et entend gronder déjà, derrière les phrases de Rollin, les événements formidables de la fin du siècle, si moderne, rien de plus étrange que de voir la naïveté inconsciente et l'imprévoyance totale avec laquelle ce Nestor ^ des discours latins s'attarde complaisamment dans sa fausse antiquité. Il dut y avoir dans l'ombre des vieux collèges d'obscurs Rollins de province qui, lorsque la Révolution vint les en tirer, clignèrent des yeux et moururent de saisissement en respirant le grand air de l'époque. Il ne fallait pas les sortir du latin. Tout pour eux était là. Sur ce point les témoignages abondent. L'abbé Gédoyn, en 1745, dit que sur 50 enfants élevés dans les collèges, il n'y en a pas dix qui prennent du goût au latin, que néanmoins

on ne leur enseigne pas autre chose *. On en était à chercher une place pour l'histoire de France et la géographie * : on y employait une demi-heure les jours de congé, à partir de 1769 ^. Dans les dix-huit derniers mois des études, il est vrai, on enseignait aux élèves de philosophie la logique, la physique et la morale ; mais comment ? dans des cahiers latii;is. Au moment où l'esprit français, déjàrenouvelé depuis Descartes par l'influence anglaise de Locke et de Newton, produisait toute une génération de philosophes et régentait par eux l'Europe à son tour, c'est à peine si le cartésianisme était parvenu à faire brèche dans la philosophie universitaire et à se cantonner dans quelques points, péniblement conquis sur la scolastique qui conservait presque toutes ses positions \ Quant aux sciences, un livre élémentaire de mathématiques était toute la part qu'on leur fît, dans le siècle de Newton et de d'Alembert !

Aussi les réclamations s'élevaient-elles de toutes parts. Pour ne citer que les principales, tous les philosophes abordaient successivement le problème de l'éducalion : Locke, l'abbé de Saint-Pierre, Helvétius, d'Holbach, Diderot, Rousseau faisant avec Y Emile la plus retentissante des protestations contre une instruction purement verbale, tous montrant assez par leurs recherches que leur idée de l'éducation n'était pas remplie par celle qui se dispensait autour d'eux. Mais ce vain bruit philosophique semblait se perdre

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