André, Nos maîtres hier, p
2. L'instruction publique en l7S9. Re\)Ué des Deux-Mondes du 15 avril 188;.
» tures où les enfants se réunissaient pêle-mêle avec le » recteur et sa famille, peu ou point de mobilier, si ce )> n'est celui du maître. Les tables étaient formées » de planches mobiles, posées sur des tréteaux. Les » élèves écrivaient debout ; les plus jeunes seulement » étaient assis sur de petits bancs. » Et M. Albert Duruy conclut que ces écoles, non construites en vue de leur destination, et môme sans souci de l'aération et deThygiène, étaient défectueuses au point de vue de la salubrité. "Nous dirons avec lui qu^'elles étaient un véritable danger pour les corps, sans que nous ayons encore vu le profit que pouvaient en revanche y trouver les esprits.
11 y avait au-dessus de ces petits bagnes de la première enfance des écoles d'un second degré, où Ton allait jusqu'à enseigner un peu de latin aux enfants. On peut voir un spécimen de leur programme dans les* conventions passées entre Igl communauté et les régents de Sérou (Ariège) ^ N'y est-il pas question, parfois, même de grec ? Mais allons au fond des choses. Nous constatons que la besogne du pédagogue est d'apprendre leurs prières aux petits, de les faire réciter aux grands et de condoiire tout ce monde à l'église tous les jours. S'il reste du temps, il leur apprendra à lire, écrire et compter, le tout conformément aux anciennes coutumes, comme il est expressément stipulé ; c'est-à-dire qu'il ne manquera pas défaire épeler le latin par ses petits élèves, avant de mettre sous leurs yeux un mot de leur langue maternelle. Il enseigne la grammaire aux principaux. Il y eut même, f)araît-il, bon nombre de ces écoles
!. Cité par la Revue pédagogique d'oct. 1879, p. 415.
qui eurent une tendance à empiéter, avec des méthodes grotesques, sur renseignement des collèges ^ Mais quand elles se tinrent dans les limites de leurs attributions, n'est-il pas permis de croire que cet enseignement du latin n'allait guère à un autre but qu'à celui que se propose le régent de Sérou avec ses pupilles : « les pousser au luthrin » ? Il lui est enjoint de leur faire aussi des « corrections salutaires et profitables à tous » ; car ce n*est pas d'hier que les écoles chrétiennes ont pour principe de mater la chair. L'histoire de l'école de Sérou se poursuit ainsi à travers le XVIP et le XVIII* siècles, sans relater de modifications notables, que l'adjonction d'un aide au régent et l'élévation de ses maigres gages, portés à 250 liv. en 1770. Elle arrive jusqu'à la veille de la Révolution, sans qu'on remarque un progrès quelconque dans les procédés d'enseignement, ni la moindre modification dans l'esprit qui préside au choix suranné et étroit des matières enseignées. Ni la science, ni l'histoire, ni la géographie n'y ont de pîace. Un dernier détail ouvre un triste jour sur l'incurie apportée ici encore dans la question des locaux : la classe se faisait dans la grande salle de l'hôpital !
Cet aspect intime des écoles, cette façon de les envisager dans leur triste réalité, explique comment il peut se produire, chez des gens d'une égale bonne foi, une opinion tout opposée à celle des prôneurs du temps' passé. Ceux-ci les comptent et crient au miracle ; ceux-là les jugent et sont navrés. Et encore,
1. Voy., à ce-propos, les démêlés du Chantre et de l'Université. André, Nos maîtres hier^ p. 256 sqq.
dans combien de lieux manquaient-elles absolument I C'est ainsi que des auteurs, même de tendances évidemment rétrogrades, comme M. André \ sont amenés à faire résider « les progrès de Tinstruction dans un désir très marqué (et que j'ai marqué plus que personne) de propager la lumière intellectuelle parmi le peuple et d'accroître le nombre des écoles ». 11 ajoute : « Dans quelques provinces, l'instruction du peuple était aussi négligée que les remèdes à apporter à la profonde misère dans laquelle gémissaient les populations. On pouvait bien regretter, dans ces pays, l'absence des écoles ; mais le clergé, de qui dépendait la cessation d'un régime reconnu désastreux, ne se proposait pas lui-même pour dissiper la nuit d'ignorance qui les couvrait de ses ténèbres ».
On avouera que la Révolution paraît décidément avoir supprimé peu de chose, là où il y avait quelque chose en fait d'enseignement primaire. Fut-elle plus sacrilège en touchant à l'enseignement secondaire ?
ÉTAT DE l'enseignement SECONDAIRE EN FRANCE AVANT LA RÉVOLUTION.
Remarquons d'abord que l'ancien régime n'avait pas donné l'exemple de plus de discrétion que la Révolution en expulsant d'un seul coup, en 1764, de tous leurs établissements scolaires, les Jésuites qui ne comptaient pas moins de quarante collèges dans le seul ressort du Parlement de Paris ^. Quoiqu'on pense