Cité et approuvé par Wd.liam Hunt dans Talks about art
sateurs que procure Testhétique. L'art, selon leurs principes, doit être à la fois très noble et très populaire : il doit dire les choses les plus philosophiques, et les dire à tous. Il doit élever Thomme qui le produit, c'est-à-dire tout le monde, parce qu'il doit être produit par tout le monde, et il doit élever celui qui en jouit, c'est-à-dire tout le monde, parce que tout le monde est appelé à en jouir. « C'est une honte pour un honnête artiste, dit WUliain Morris, de jouir de ce qu'il a réalisé pour lui-même, comme ce serait une honte pour un homme riche de demeurer et de manger copieusement au milieu de soldats mourant d'inanition dans un fort assiégé. » Mais comment un ouvrier, un menuisier, un maçon, un tisseur, se donnera-t-il des jouissances artistiques? D'abord en faisant œuvre d'art, répondent les Anglais. Mais pour cela il n'est nullement nécessaire qu'il devienne un peintre ou qu'il entre dans un orphéon. Il faut seulement qu'il donne un tour esthétique à son métier, à l'humble ouvrage qui lui est confié. « Le développement des classes inférieures ne doit pas être entrepris par le mauvais bout, en donnant aux ouvriers des musées et des concerts, mais en restituant aux arts leur rôle primitif, en s'efforçant de rendre les demeures, les habits, les ustensiles, les meubles, tous les outils de la vie, àlafois utiles et beaux pour tous. Qu'estce qu'un artiste, sinon un ouvrier qui est déterminé, quoi qu'il arrive, à faire une œuvre excellente? Et qu'est-ce que la décoration d'un meuble, d'un
travail quelconque, sinon Texpression du plaisir qu'a pris Thomme dans le succès de son travail*?» Aussi William Morris voudrait-il que Ton donnât à tous les ouvriers des notions de dessin, non pas d'ailleurs Fart de dessiner proprement dit, mais des moyens vers cette fin : une capacité générale dans la conduite des arts. Si cela ne suffit point pour obtenir d'eux un travail esthétique, il faut que les artistes s'y mettent à leur tour, ne rougissant pas d'appliquer leur génie à la courbe d'un dossier de chaise ou à la décoration d'un poêle. Cette collaboration profite à tous les deux, car « l'artiste qui ne sait pas faire œuvre de ses mains finit par oublier totalement les conditions de la matière qu'il est censé dominer et réalise une œuvre faible, et l'ouvrier sans idéal d'art ne produit que de la confection ». C'est la tradition des temps héroïques de l'art. Autrefois, le même homme était, tour à tour, la tête qui conçoit et dirige, le bras qui exécute, la main experte qui ciselle, ou modèle, ou enduit. Aujourd'hui, malheureusement, les différents artistes sont aussi étrangers les uns aux autres que des gens de professions très diverses. « Par cette division, dit Ruskin, vous ruinez tous les arts à la fois. L'académicien devient superficiel et efféminé parce qu'il n'est pas accoutumé à se servir de la couleur en un large espace et sur des matières difficiles à
1 William Morris, Hopes and fears for Art.
recouvrir. Les manufacturiers deviennent vils, parce que personne de bien formé, au point de vue intellectuel, ne leur tend la main. Il faut donc admettre, non seulement comme une opinion juste en soi, mais comme une pratique nécessité, que partout où une belle couleur doit être posée, vous devez employer un maître de la peinture et partout où une noble forme doit être réalisée, un maître de la sculpture ^ » C'est ce que font les Anglais dans leur société d'union des arts et des métiers. Arts and CraftSy qui a ses expositions où Touvrier signe son travail, comme le membre de la Royal Academy sa toile. Les plus délicats de leurs artistes, les plus subtils de leurs penseurs appliquent leurs rêves à des dessins de carpettes ou à des devants de cheminée. Burne-Jones décore des poêles de faïence et des pianos, peint des cartons de mosaïques pour les églises ; Herkomer dessine minutieusement les ornements d'un service de table ; Wal ter Crâne, Richmond, Holiday et vingt autres consacrent le plus rare talent aux besognes les plus vulgaires, et, quand vous êtes dans le restaurant du musée de South Kensington, regardez autour de vous : c'est au milieu d'une décoration enchanteresse du grand poète William Morris, c'est environné des figures dessinées parle grand symboliste Burne-Jones, que vous mangez votre venaison à la gelée de groseilles ou votre tarte à la rhubarbe !