‹ La peintureChapitre 1 sur 51 · D. DUMOULIN ET O', A PARIS · texte numérisé non relu

D. DUMOULIN ET O', A PARIS

La peinture est l’art d’exprimer toutes les conceptions de l’âme au moyen de toutes les réalités de la nature, représentées sur une surface unie, dans leurs formes et dans leurs couleurs.

L’univers va passer devant nos yeux , et dans les spectacles de l’art, le principal personnage du drame, l’homme, va paraître, accompagné de la nature entière, qui, semblable au chœur de la tragédie antique, répondra par ses harmonies aux sentiments qu’il exprime, répétera ou traduira ses pensées, lui prêtera le prestige de sa lumière, le langage de ses couleurs, et formera, pour ainsi dire, un écho prolongé à tous les accents de l’âme humaine. Ce prodige, c’est la peinture qui l’accomplira.

Sortis de leur commun berceau, l’architecture, deux arts se sont dégagés l’un après l’autre des entrailles maternelles : la sculpture d’abord, la peinture ensuite. Celle-ci n’est dans l’origine qu’une coloration des surfaces du temple et de ses reliefs, coloration symbolique plutôt qu’imitative. Plus tard, elle sc détache des murailles; elle devient un art indépendant, vivant de sa vie propre, mobile et libre. Cependant, lors même

qu’elle est parvenue à son émancipation complète, elle ne joue encore qu’un rôle secondaire.

L’art par excellence de l’antiquité mythologique n’a pas été, n’a pas pu être la peinture, et il nous est permis de l’affirmer par induction, bien que le temps ait si peu respecté les œuvres de la peinture antique et qu’il ne nous reste guère que les fresques de Pompéia, qui était une ville grecque par son génie et son atticisme, et quelques morceaux admirables trouvés récemment à Rome dans le Tibre.

Sous l’empire de la mythologie, qui ramenait à l'homme toute la création, et qui ne voyait dans les dieux que des hommes parfaits, rendus immortels par la beauté, l’art préféré , l’art dominant dut être la sculpture.

Ces belles réalités, les fleuves, les montagnes, les arbres et les fleurs, le ciel infini, la mer immense, n’étaient représentées que par des formes humaines. La Terre était une femme couronnée de tours ; l’Océan et ses profondeurs étaient figurés par un dieu violent, suivi de tritons et de néréides ; ses mugissements n’étaient que le son des conques marines où soufflaient des monstres à moitié hommes. L’écorce des chênes cachait la pudeur des hamadryades ; la verte prairie était une nymphe couchée, et le printemps lui-même portait le nom et la tunique d’une jeune fille. Comment la peinture pouvait-elle briller dè son éclat et posséder son éloquence lorsqu’il man-

quait à ses représentations toute cette nature qui contient en elle le trésor de la lumière, et, dans ce trésor, l’écrin des couleurs ?

Que s’est-il donc passé, et par quelle évolution la

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