LE FLMEUR, PAR VAN OSTADE
Bruno qui reçoit une lettre du pape, nous montre un exemple charmant de naïveté dans la contenance embarrassée de l’envoyé rustique, qui, la main à son bonnet, cherche à lire l'effet de la lettre sur le visage du chartreux, et ne sait s’il lui est permis de se couvrir pendant la lecture.
Il est un grand peintre qui a excellé dans l’art du
geste : c’est Rembrandt. Celui-là n’a point connu le beau, mais souvent il a rencontré le sublime. En puisant son inspiration dans le cœur, il a été grand parce qu’il a été humain et qu’il a ainsi touché à ce qu’il y a, dans la nature, de permanent et d’invariable. Sous le costume des juifs de Hollande, il a peint des hommes de tous les pays et de tous les temps. Ce qu’il a compris à merveille, c’est que le geste est le langage optique, le langage propre à la peinture, qui doit rendre la pensée visible. Lorsque Rembrandt représente un drame de l’Écriture, tel que le Sacrifice cl’ Abraham, comme il transpose avec génie les paroles de la Genèse : « L’Ange de l’Éternel lui cria des cieux : Abraham ! Abraham ! ne mets point ta main sur l’enfant!... » Traduit en peinture, le cri de l’ange devient un geste décisif. Le messager de Dieu, saisissant de ses deux mains les deux bras du patriarche, nous fait voir à la fois le commencement et la fin de la tragédie. Et puisque nous parlons de gestes et d’attitudes, combien est touchante la résignation d’Isaac qui tend le cou à son père avec la confiance et la douceur de l’agneau qu’on va égorger ! Avant de plonger le couteau dans le sang de son fils, le vieillard lui couvre les yeux d’une main pour lui épargner au moins la vue de la mort. Toute cette pantomime est admirable, plus pathétique même que le récit de la Bible, d’après lequel tant d’autres peintres, même célèbres, pour se conformer à la lettre du livre sacré, ont dessiné un
ange qui, froidement et vaguement, montre le ciel.
Toutefois, le dernier mot de l’art, c’est de concilier la force du geste avec la beauté du mouvement, la chaleur du vrai avec la dignité du style. C’est en quoi Léonard de Vinci et Raphaël sont incomparables. Raphaël en particulier a eu le secret de faire entendre, par la mimique de ses figures, plus de choses encore qu’il n’en fait voir. Il sait indiquer par son mouvement un reste de l’action qui a précédé, et un peu de celle qui va suivre. Quelle vérité parlante dans la figure d’Elymas frappé d’aveuglement par saint Paul! Le geste paraît naïf, et cependant il est choisi. La nature en a fourni le motif, mais le style en a révisé l’expression. « Et, à l’instant, des ténèbres tombèrent sur lui, et, tournant de tous côtés, il cherchait quelqu’un qui le conduisit par la main. » Cet instant, Raphaël l’a merveilleusement saisi, de manière à nous montrer la soudaine et irrésistible puissance de l’apôtre. L’enchanteur, privé de la vue, cherche un guide, non pas comme l’aveugle-né qui est habitué de longue date à la prudence, mais comme un homme qui, tout h l’heure, y voyait encore, et qui, brusquement, est passé de la lumière à la nuit. Pour bien sentir cette nuance, il faut comparer l’Elymas de Raphaël avec l’eau-forte de Rembrandt, où cet autre grand maître a représenté le vieux Tobie et si bien rendu la timidité instinctive et les tâtonnements de l’aveugle qui, accoutumé aux ténèbres, traîne ses pas et n’avance la main qu’en tremblant.
Jetez les yeux sur Y Ecole cl’ Athènes : une attitude, un geste, y caractérisent tous les philosophes de l’antiquité.
Le cynisme de Diogène est raconté par l’abandon