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LA VIERGE D’ALBE, PAR RAPHAËL

compter sur ses doigts les déductions qu’il arrache une à une à son interlocuteur Alcibiade. Dans le groupe des élèves d’Alcibiade, on reconnaît, à la différence du maintien, le disciple attentif et recueilli qui suit le théorème du géomètre, l’écolier qui, plus pénétrant, a devancé la démonstration, et celui qui, voulant l’ex-

pliquer à un quatrième, ne trouve en lui qu’une intelligence tardive, accusée par l’inertie du visage et par une main ouverte qui n’a pu encore rien saisir.

Au cinquantième chapitre de son traité, Léonard de Vinci recommande l’imitation des muets dans leur pantomifne ( li rnoti de rnutoli ), parce que les muets, faute de posséder un signe, ont appris l’art d’y suppléer par tous les autres : mais la crainte de n’être pas compris pousse les muets jusqu’à l’excès du geste, et pourrait conduire le peintre aux grimaces, ou tout au moins à cette mimique ressentie et chargée dont Nicolas Poussin ne s’est point assez défendu. La pantomime du peintre n’est pas seulement un moyen de faire comprendre l’intention de ses figures : c’est un moyen de les représenter belles et intéressantes dans leurs passions mêmes. Le personnage d’un tableau doit plutôt laisser voir son âme cpic la faire voir. Son geste n’est pas pour démontrer sa passion, mais pour la trahir.

L’auteur du Marcus Sextus et de Clytemnestre , Pierre Guérin, allait souvent étudier son art au théâtre. De là sa manière poétiquement solennelle, mais quelquefois apprêtée et tendue. Il semblerait, au premier abord, que l’étude de la scène tragique doive profiter au peintre de style : il n’en est pas ainsi cependant. La pantomime du comédien, expliquée par la parole, ne saurait être la même que celle du peintre, qui ne parle qu’aux yeux. Le spectateur que les scènes pirécé-

dentes ont préparé, que la déclamation échaulFe et entraîne, permet aux héros de théâtre des mouvements exagérés, dont il ne voit pas même l’exagération. Il en est du geste scénique à peu près comme du décor; l’un et l’autre s’adressent à des masses pour lesquelles

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