ALLÉGORIE. PAR POUSSIN
dant la lèvre, il n’ira pas, a l’exemple du Bernin, donner au vainqueur de Cioliath cette expression tnviale et accidentelle, sous peine de manquer aux lois supérieures de son art.
La couleur aussi a ses convenances et sa dignité, aux lyeux du peintre de style. Quelquefois il la tem-
perc pour plus cle sévérité, et il la réduit presque au ton du clair-obscur, ou bien, s’il en trouve l’harmonie trop efféminée, il ne craint pas de la rompre par des transitions soudaines, des rapprochements hardis, qui secouent fortement le spectateur comme feraient les notes saccadées d’une musique guerrière.
Non, non, le plus grand artiste n’est pas celui qui vient dans nos maisons revêtir nos costumes, se conformer h nos habitudes, nous parler l’idiome de chaque jour et nous donner le spectacle de nous-mêmes : le plus grand artiste est celui qui nous conduit dans les régions de sa pensée, dans les palais ou les campagnes de son imagination, et qui là, tout en nous parlant la langue des dieux, tout en nous montrant des formes et des couleurs idéales, nous laisse croire un instant, à force cle vérité dans ses mensonges, que ces régions sont celles où nous avons toujours vécu, que ces palais nous appartiennent, que ces paysages nous ont vus naître, que cette langue est la nôtre, et que ces formes, ces couleurs créées par son génie, sont les formes et les couleurs de la nature elle-même.