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V. de PiLEs, cours de Peinture

Yage 47, vers 11.

Le soleil, des couleurs source immense et premiére.

Je ne puis résister au plaisir de citer les beaux vers de

l'invocation au soleil, par Lemierre, dussent ces vers ac-

euser la faiblesse des miens :

Globe resplendissant, océan de lumière,

De vie etde chaleur, source immense et première Qui lance tes rayons par les plaines des airs,

De la hauteur des cieux aux profondeurs des mers, Et seul fais circuler cette matière pure,

Cette sève de feu qui nourrit la nature:

Soleil, par ta chaleur l'univers fécondé,

Devant toi s’'embellit de lumières inondé,

Le mouvement renaît, les distances, l’espace ;

Tu te lèves, tout luit ; tu nous fuis, tout s’efface ; Le poëte sans toi fait entendre ses vers,

Sans toi la voix d'Orphée a modulé des airs,

Le peintre ne peut rien qu'aux rayons de {a sphère, Père de la couleur comme de la lumière,

Sans les jets éclatants de tes feux répandus, L'artiste, le tableau, l'art lui-même n’est plus.

La Peinture, ch

age 47 , vers 14.

À ses amants chéris les prodigue à son tour.

Ces amants sont rares, comme l’observe Diderot: il ne manque pas d'excellents dessinateurs, mais il y a peu de grands coloristes : cent froids logiciens pour un grand orateur, dix grands orateurs pour funpoëte sublime.

C'est ainsi qu’il caractérise le grand coloriste. Transportez-vous dans un atelier , regardez travailler l'artiste. Si vous le voyez arranger bien symétriquement ses teintes et ses demi-teintes autour de sa palette, si un quart d'heure de travail n’a pas confondu tout cet ordre, prononcez hardiment que cet artiste est froid et qu'il ne fera rien

lant érudit qui

qui vaille. C'est le pendant d’un lourd et péc a besoin d’un passage, qui monte à son échelle, prend et ouvre son auteur, vient à son bureau, copie la ligne dont il a besoin, remonte à l'échelle, et remet le livre à sa place : ce n’est pas là l'allure du génie.

Celui qui a le sentiment vif de la couleur, a les yeux at-

tachés sur sa toile, sa bouche est entr’ouverte, il halète,

= 193 <sa palette est l'image du chaos ; c’est dans ce chaos qu'il trempe son pinceau et en tire l'œuvre de la création, et les oiseaux, et les nuances dont leur plumage est teint, et les fleurs et leur velouté, et les arbres et leur différente verdure, et l’azur du ciel et la vapeur des eaux qui les ternit, et les animaux, et les longs poils et les taches variées de leur peau et le feu dont leurs yeux étincellent ; il se lève, il s'éloigne, il jette un coup d'œil sur son œuvre, ilse rassied et vous allez voir naître la chair, le drap, le velours, le gros linge, l’étoffe grossière, vous verrez la poire jaune et mûre tomber de l'arbre, et le raisin vert attaché au cep.

Page 47 , vers 15.

C'est dans son sein sacré, que Rubens, ivre d'elle, Puisait d'un ton brillant la vigueur immortelle.

Dans les dernières années de sa vie, Rubens, pour joun de cette tranquillité parfaite si favorable aux beaux-arts, se retira dans sa terre de Steen, entre Bruxelles et Malines, terre charmante, entrecoupée de bois, de montagnes et de prairies; c’est là que, se livrant tout entier à son amour pour le paysage, il fit, comme par délassement, ces

études si belles dont la collection, au nombre de douze, a été gravée, à ce que l'on prétend, sous ses yeux, et que les artistes ne sauraient trop souvent consulter, pour la vérité de l'aspect, l'intelligence des lignes, ce luxe de végétation, et cette varièté inépuisable de la nature qu'il a reproduite d’une manière si merveilleuse.

Il y a longtemps que l’on a dit que les arts feraient les progrès les plus rapides, si chaque artiste distingué dans son genre daignait nous instruire de la marche qu’il a suivie, des difficultés qu’il a su vaincre, de ses tentatives, de ses erreurs, de ses découvertes, fruits ou du temps, ou du travail, ou du génie. On verra donc, avec autant d'intérêt que de plaisir, Rubens, le premier coloriste du monde, nous confier, avec une bonne foi malheureusement bien rare, le secret de son admirable couleur. Dans les documents précieux qu’il nous a laissés, c’est ainsi qu’il s’exprime :

Il est très-dangereux de se servir du blanc et du noir : commencez à peindre légèrement vos ombres. Gardezvous de glisser du blanc, c’est le poison d’un tableau, surtout dans les lumières. Si le blanc émousse une fois cette pointe brillante et dorée, votre couleur ne sera plus chaude, mais lourde et grise.

Après avoir démontré cette précaution si nécessaire pour les ombres, et avoir désigné les couleurs qui peuvent y nuire, il continue ainsi :

In'en est pas de même des lumières; on peut changer

ses Couleurs tant qu’on le juge à propos. Il faut cependant

les tenir pures. On y réussit en mettant caaque teinte dans sa place et près lune de l’autre, en sorte que d’un léger mélange fait avec la brosse ou le pinceau, on parvienne à les fondre, en les passant l’une dans l’autre sans les tourmenter , et alors on peut retourner sur cette préparation et y donner des touches décidées qui sont tou-

jours les marques distinctives des grands maitres.

Page 47, vers 17.

Son disciple adoré.

Wandick était l'élève favori de Rubens. Ce grand maitre prévit bientôt ce que Wandick serait dans la suite. Pendant quelque temps il n'eut d'autre soin que de retoucher ses tableaux. On rapporte une anecdote qui fait trop d'honneur à Wandick pour la passer sous silence.

Un soir que Rubens était sorti pour prendre l'air, suivant Sa coutume, ses élèves entrèrent dans son atelier pour

examiner sa manière d’ébaucher et de finir : l’un d'eux.

poussé par un autre, tomba sur le tableau qui était l'objet

de leur curiosité, et effaça le bras de la Magdeleine et la

Joue et le menton de la vierge que Rubens venait de finir

dans la journée. On fut consterné de cet accident : on craignait, avec raison, la colère du maitre: enfin Jean Wanhock conseilla de choisir Wandick pour réparer ce qui était effacé ; il ne lui restait que deux heures de jour, et dans cet espace de temps, il fit si bien, que le lendemain Rubens, en examinant son travail de la veille, dit en présence de ses élèves, tremblants de peur, voilà un bras ct une tête qui ne sont pas ce que j'ai fait de moins bien; cependant, en y regardant de plus près, il reconnut sur son tableau le travail d’une main étrangère, et l’aveu qu'il obtint, ajouta encore à l'idée qu'il s’était faite du talent de Wandick.

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