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V. Vie des peintres flamands ethollandais par DESCHAMPS

Mage 47 , vers 17.

. . Corrége, le Lorrain.

O merveilleuse nature ! ce sont là de tes secrets, nous

MTS

analysons péniblement l'art de Claude, et Claude peignait sous ta dictée. Les bibliothèques enfantent les Trublet, toi seule fais un Molière; les académies font les dessinateurs, toi seule fais les peintres.

Claude le Lorrain était le fils d’un misérable pâtissier. Son père, ne pouvant lui apprendre à faire des pâtés, consulta son frère, qui était maçon, sur l’état qu'il devait donner à Claude. Je ne proposerai pas d’en faire un maçon puisque vous n’avez pu en faire un pâtissier, mais faitesle prêtre.Le pâtissier tenta l'expédient, mais Claude ne put apprendre le latin, à peine savait-il lire. A trente-six ans il devient le cuisinier d’un pauvre peintre, encore parce qu'il faisait sa cuisine et broyait ses couleurs, et voilà tout à coup que le brute et inepte Claude (on ne sait comment) reparaît sur la scène, calculant les feux de la lumière, mesurant la perspective aérienne par des lignes idéales et lumineuses, enfin le voilà devenu le plus grand peintre de l'univers.

Ses dessins ne sont pas moins extraordinaires que ses tableaux, ils percent les murs sur lesquels on les aliache.

Avec quelques traits il. fait de l’espace, du soleil, de la lumière, de la fantasmagorie.

A l'aspect des chefs-d’œuvre de Claude Lorrain, on est tout étonné de ne savoir comment écrire sa vie. Dans les premières années on ne l’aperçoit que pour le plaindre ; dans la suite on ne le retrouve que pour le plaindre encore,

et quand ildevient rayonnant de talents, de succès, sa per—

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sonne se dérobe à sa gloire el disparait tout à fait. Ses tableaux sont toute son histoire; mais il commença si tard à en faire, il en a tant fait, et il les a si bien soignés qu’on doit penser qu’il a vécu bien longtemps. Ses neveux ne s'occupèrent pas plus de ses derniers jours que son père ne s'était occupé de ses premières années: il était venu au monde sans bruit, il disparut de même.

Pour consoler notre imagination de cet ingrat oubli, représentons-nous que dans le cimetière d’un village, situé dans une riante vallée, le soleil, dont Claude fut le premier peintre, a lui-même élevé sur sa tombe quelques-uns de ces beaux arbres que l'artiste avait su si bien grouper, el que chaque matin, au travers de leurs rameaux quelques rayons viennent réchauffer sa cendre et la couronner de fleurs.

Si Claude Lorrain ne peignait jamais d'après nature, ce qui est difficile à croire, au moins est-il constant qu'il passait des journées entières dans la campagne, observant de l'œil le plus attentif les grands effets du lever et du coucher du soleil, qu’ila su rendre avec tant de bonheur. Tous ces brillants phénomènes, nés des accidents du ciel et des vapeurs aériennes, les pluies, les orages, les déchirements du tonnerre, se gravaient profondément dans sa mémoire, et il les rendait au besoin sur la toile avec autant de précision que s’il les avait sous les yeux. Il est impossible de mieux rendre les dégradations des objets suivant la distance, de mieux faire sentir l'épaisseur vaporeuse qui sé—

pare le spectateur des lointains, de micux représenter,

par des couleurs, l'apparence de la vérité. Comme il devait plus son talent à l’opiniâtreté du travail, à la justesse de ses observations, qu’à ses dispositions naturelles, il n’opérait pas avec facilité, et passait souvent plusieurs jours à détruire et à refaire ce qu'il avait commencé. Elève de la nature, il n’avait pas d'autre instruction, n’av ait rien lu, savait à peine signer son nom, mais personne n’était plus

profond que lui dans l’art qu’il professa.

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