‹ La peintureChapitre 40 sur 44 · VAUVENARGUES · texte numérisé non relu

VAUVENARGUES

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Mage 77, vers 15.

Là je vois Agrippa dont les soins généreux.

Agrippa, d’une famille obscure, parvint, par ses vertus

civiles et militaires, aux plus grandes dignités de l'empire ;

Elevé trois fois à la dignité de consul, il donna des preu-

Î ves éclatantes de sa bravoure aux fameuses journées de Philippes et d’Actium, qui assurèrent l'empire à Auguste, qui lui donna sa fille en mariage et dont il fut constamment le favori. Tout le temps qu’il dérobait à la guerre il le consacrait aux arts : il embellit Rome par des thermes, | des aqueducs, des chemins publics, et autres édifices parmi lesquels on distingue le Panthéon, séjour digne des | dieux mêmes, où ils étaient tous réunis. Sa mort fut pleurée par Auguste et les Romains comme celle du plus honnête homme, du meilleur citoyen et du plus grand général. Auguste le fit placer dans le tombeau qu'il s'était destiné à lui-même. Jules César, lorsqu'il était dictateur, mit

principalement les tableaux et les statues en honneur ;

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mais ce fut Agrippa qui en rendit en quelque sorte la

propriété publique par le noble usage qu'il en savait faire.

Voy. PLINE, Hist. Natur., liv. xXxY.

Mage 78, vers à.

Ce Mummius plus fier du prix de sa conquête.

Lucius Mummius rapporta de sa conquête de l’Achaïe une quantité prodigieuse de statues et de tableaux qui firent l'admiration de Rome et embellirent ses édifices. Ces chefs-d’œuvre étaient si parfaits, et le prix que les Romains y attachaient était si grand, qu'il fut ordonné, par un décret public, que les gardiens en répondraient sur leur tête.

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gere

age 78, vers 14.

Protogène, c'est Loi, c’est ton illustre ouvrage.

Parmi les ouvrages de Protogène, celui qui lui fit le plus d'honneur fut le tableau d’Valysus, chasseur fameux qui passait pour être un petit-fils du Soleil et le fondateur de Rhodes. Il y employa, dit-on, sept années. Apelle en fut tellement frappé, qu’il ne put proférer aucune parole, qu’il ne trouva point de termes pour exprimer l’idée de beauté qu’il avait fait naître dans son esprit. Ce même tableau sauva la ville de Rhodes, que le roi Démétrius avait assiégée, car ce prince, ne pouvant la prendre que du côté où était l'atelier de Protogène, c’est-à-dire dans un des faubourgs qu’il pouvait aisément réduire en cendres, il aima mieux renoncer à sa conquête que de s’exposer à détruire un tel chef-d'œuvre. Au reste le bruit des armes avait si peu épouvanté Protogène, qu’il ne fut pas un instant détourné de son travail. Démétrius le fit venir, et lui demanda comment il pouvait avec tant d’assu-

rance travailler dans les dehors d’une ville assiégée : il Jui

répondit qu'il savait bien que la guerre qu'il avait entreprise était contre les Rhodiens et non contre les arts. Le roi, flatté de cette réponse, lui donna des gardes pour sa sûreté, et fut ravi de pouvoir conserver un artiste d’un

si beau génie.

Mage 79 , vers 3.

Cet heureux triumvir, par César adopté.

César avait, par son testament, institué Auguste son

héritier.

Joge 79, mers (1.

De Tibère parfois adoucissant l'humeur.

Tibère aimait les beaux-arts autant , du moins, qu'un tyran sait aimer, et cette noble passion valut aux Romains opprimés quelques moments de repos. Mais toutes les fois qu'aux dépens de la justice il voulut, dans ce genre, satisfaire ses jouissances, le peuple romain se montrait son maitre. On raconte qu'ayant fait enlever des thermes d’Agrippa unetrès-belle statue pour en orner son palais, tout le peuple se révolta et témoigna si vivement son mécontentement lorsqu'il parut au théâtre, qu'il le força de remettre la statue à sa première place.

Tibère accorda sa protection à de grands artistes. Suétone dit qu’il modelait en terre cuite, et que devant avoir sa part d’un héritage considérable, il préféra, quoiqu'il fût fort avare, un tableau de Parrhasius aux richesses

dont on lui laissait l’alternative.

Det

Mage 79 , vers 17.

Inquiet et brûlant pour sa froide amazone.

Cette statue si parfaite représentant une amazone, avait, dit-on, occasionné une passion bizarre et extraordinaire chez Néron; plusieurs auteurs en parlent et notamment Pline.

Voy. Hist. Natur., liv. xxxv:

Mage 80 , vers 4.

Alexandre est vaincu par sa toute-puissance.

Ce trait d'Alexandre, vainqueur de lui-mème, a, de tout

temps excité l'imagination des peintres et des poëtes. Une f des pièces les plus remarquables en poësie est celle de St-Lambert. Nos lecteurs la verront sans doute avec

plaisir.

LE TRIOMPHE D’ALEZXANDRE.

La Grèce et l'Orient aux pieds de leur vainqueur, jouissaient d'une paix profonde :

Alexandre, content dans ce repos du monde,

À ses goûts, sans réserve abandonnaïit son cœur.

Des festins et des jeux, dans les murs d’Ecbatane,

Remplissaient ses moments, variaient ses plaisirs ; Statira, Thaïs et Roxane

Partageaient {our à tour et comblaient ses désirs. Mais des rivages de l'Hydaspe,

Un objet plus charmant transporté dans sa cour, Eut bientôt fixé son amour.

Alexandre est d’abord tout entier à Campaspe.

| Et quelle autre beauté méritait ses regards !

La main de la nature et le travail des arts

N'’avaient jamais formé de plus parfait modèle.

Un jour, en la quittant, il fait venir Apelle,

Des mortelles, dit-il, viens peindre la plus belle, C'est un sujet digne de ton pinceau.

Va préparer les couleurs et la toile.

j | J'exige de ton art un chef-d'œuvre nouveau : .

Je veux que de son lit, conduite devant nous, Elle s'offre à tes yeux sans parure et sans voile : Tous ses trails sont charmants, il faut les peindre tous, Mais je crains pour ton cœur le pouvoir deses charmes. Ah! seigneur, soyez sans alarmes, D'une esclave, dans l'Inde, autrefois amoureux, Je touchais, dit Apelle, au moment d'être heureux. Le Scythe sur ces bords ayant porté ses armes, Nous sépara , sans doute, pour jamais; Mais rien ne pourra désormais

L’effacer de mon cœur et suspendre mes larmes.

Il dit, part, et revient. Un soleil radieux Eclaire le salon où Campaspe est entrée, Et le jour éclatant de la voûte azurée, Semblait à ce spectacle inviter tous les yeux; Contemple, dit le roi, ce que j'offre à ta vue, Admire, peins, tu ne flatteras pas.

Les yeux baissés, Campaspe nue, Rougit, tourne la tête, et n'ose faire un pas. Elle tient sur son sein une main étendue, Ei l’autre en descendant couvre d’autres appas.

Ah que vois-je! s'écrie Apelle, Je ne me trompe point, c'est elle-même, 6 Dieux! Ses regards languissants errent longtemps sur elle,

Is vont, de son rival, interroger les yeux,

Il y voit du plaisir , il frissonne, il soupire : Une injuste fureur et le plus tendre amour, La joie et la douleur l’agitent tour à tour:

Il gémit, il adore, il déteste, il désire.

Elle lève les yeux, reconnaît son amant, Jette un cri, soupire et recule, Regarde Apelle tendrement, Voit son danger et dissimule.

Ces soupirs, d'un cœur enflammé, Ces cris sont entendus. Apelle a vu qu'on l'aime: Ah! dit-il, mon rival, au sein du plaisir même, Æst moins heureux que moi, puisqu'il est moins aimé. Campaspe, vis-à-vis d’Apelle, Voudrait ne se montrer qu'aux yeux de son amant; Mais Alexandre est auprès d'elle, Et veut la voir, à tout moment, Dans une attitude nouvelle.

Sur les charmes les plus secrets, Il porte quelquefois une vue inquiète; Mais la toile est placée, et les pinceaux sont prêts; Et malgré sa douleur secrète, Le peintre a commencé de dessiner les traits.

À mon malheur, dit-il, j'ajoute encor moi-même ; Je vais à mon rival préparer des plaisirs !

Je vais multiplier l'objet de ses désirs :

Sous ses yeux, en tout temps, il aura ce que j'aime; Et moi, toujours contraint par de cruels égards,

Je cacheraïi loin d'elle et mes pleurs et ma rage.

Plus tendre que prudent, il portait ses regards Chaque instant sur l’objet, rarement sur l'ouvrage, Et mille fois le bras vers la toile étendu, S'arrête et tient en l'air le pinceau suspendu. Les yeux élincelants, auprès d'elle Alexandre A peine à commander à ses sens irrités, Il couvre de baisers un sein et des beautés Que Campaspe en tremblant veutet n'ose défendre : Contre les attentats d’un maître impérieux, Campaspe invoque tous les Dieux, Jette sur son amant le regard le plus tendre ; Le voit pâlir et détourner les yeux :

Elle s’élance entre les bras d’Apelle.

Tous deux, fondant en pleurs, tombent aux pieds du roi : C’est là cette esclave si belle Qui sur les bords de l'Inde avait reçu ma foi; Apelle, à son rival, n’en at pas davantage.

Campaspe veut parler, la crainte et les sanglots, À sa voix affaiblie ont fermé le passage, Le visage attaché sur les pieds du héros, Is pressent ses genoux de leurs mains défaillantes : ls lèvent jusqu’à lui leurs paupières tremblantes, Et lisent dansses yeux sa jalouse fureur :

Peut-être dans leur sang va-t-elle être assouvie? Ils remplissent d'amour ces moments de terreur, Etse donnent du moins les restes de leur vie; Hs se tendent leurs bras que la crainte a glacés, Et baignés de leurs pleurs, se tiennent embrassés. Alexandre, longtemps spectateur immobile

Laisse errer ses regards sur eux :

I] paraît méditer sur leur état affreux, Etconserver une fureur tranquille.

Mais son front tout à coup devenu plus serein, I1 se penche vers eux et leur tendant la main : J'ai tout vaincu, dit-il, je me vaincrai moi-même : Apelle, en te l’ôtant je n’en jouirais pas, L'image de tes pleurs mesuivrait dans ses bras, Campaspe dans les miens plaindrait l'amant qu’elle aime.

Mage #1, vers f.

Peindrais-je dans mes vers es rations armées ?

En parcourant l’histoire on voit que les guerres les plus sanglantes n’ont eu souvent pour cause que l’enlèvement des chefs-d'œuvre des arts, ou le sentiment religieux qu'ils inspirent.

Les Volsques furent ättaqués par les Romains, sans autre motif que celui de s'emparer des deux mille statues qui servaient à l’ornement de leur ville.

Hérodote dit que le ressentiment d’une injure faite aux

{4 statues excita une longue guerre entre les Athéniens et

les Agénites, C'était un crime capital à Athènes que de dérober une statue et même de l’ôter de sa place, Plusieurs historiens ont prétendu que ce ne fut point Hélène en personne, mais sa statue qui fut transportée à Troie par le fils de Priam.

Depuis la plus haute antiquité jusqu’à nos jours les objets d’art, chefs-d’œuvre du génie, ont été considérés comme la plus belle proie du vainqueur.

Lors des conquêtes d'Italie, le duc de Modène: (descendant de ce célèbre héros d'Este, protecteur du Tasse et de l’Arioste) fut obligé, comme le duc de Parme, de livrer vingt de ses plus beaux tableaux au choix du général français et des connaisseurs qu'il pouvait consulter. Le fameux Saint Jérôme du Corrège était estimé à un si haut prix que le duc de Modène offrit deux millions de francs pour le rachat de ce seul tableau; mais les sentiments du jeune vainqueur étaient d’une nature trop élevée pour qu'il s’abaissät à acquérir des richesses. On a conservé la lettre de Bonaparte adressée au directoire, qui accompagnait l'envoi de ces tableaux. « Vous recevrez les » articles de la suspension d’armes que j’ai accordée au » duc de Parme ; je vous enverrai aussitôt qu’il sera pos- » sible les plus beaux tableaux du Corrège, entre autres » un Saint Jérôme qui est, dit-on, son chef-d'œuvre. Je » dois avouer que le saint prend un mauvais moment pour

1 Voy. Walter Scott, Vie de Napoléon, ch. IV, t. 5.

» visiter Paris, cependant j'espère que vous voudrez bien » lui accorder les honneurs du Muséum. » A Milan les objets les plus précieux de la galerie Ambroisienne furent enlevés ; les plus habiles artistes furent dépêchés pour aider le général dans le choix des monuments des beauxarts qui devaient être expédiés à Paris. Ce n’est plus de sang, disait alors l’orateur ( secrétaire général de l'Institut), que le soldat français est altéré : il ne veut point conduire d'esclaves à la suite de son char de triomphe ; c’est avec les glorieuses dépouilles des arts et de l'industrie qu’il cherche à illustrer ses conquètes; il chérit cette dévorante passion des grandes âmes, l'amour de la gloire, et l'enthousiasme pour les talents sublimes auxquels les Grecs doivent leurs étonnants succès. Ce fut par la défense de leurs temples, de leurs monuments, de leurs statues, de leurs grands artistes, qu'ils stimulèrent leur valeur : ce fut par de tels motifs qu'ils triomphèrent à Salamine et à Marathon. C’est ainsi que nos soldats ont marché de Coni à Milan escortés de l'amour des arts et de la paix avec tous ses charmes, c’est ainsi qu’ils vont s’avancer jusqu'à la superbe basilique de Saint-Pierre.

Hélas, tous ces chefs-d’œuvre n'étaient que l’annonce d'autres chefs-d'œuvre encore bien plus précieux dont la perte sera éternellement sentie par les Français. Nous nous abstiendrons d'ajouter ici l'opinion de Walter

Scott à ce sujet ; il nous semble que tout bon Français ne saurait l’adopter.

PÉRETASEE ParS,

Mage 81, vers 4.

Par Hortensius même à Verrès enlevé.

Verrès, étant préteur en Sicile, dépouilla la ville de Syracuse d’une quantité considérable d'objets précieux, et vint étaler dans Rome le fruit de ses brigandages et de ses injustices; nulle statue, soit grande, soit petite, pourvu qu’elle füt estimée, n’échappa à sa rapacité, et Cicéron dit que la curiosité de Verrès avait coûté plus de Dieux à Syracuse que la victoire de Marcellus ne lui avait coûté d'hommes : Sic habetote plures esse à Syracusanis adventu Perris deos quam victorid Marcelli homines desideratos.

Verres, de Signis.

Hortensius, orateur célèbre et rival de Cicéron en éloquence , enleva à Verrès une statue du Sphinx, achetée autrefois un grand prix par Attale : il en fut ouver-

tement blâämé par Cicéron, et devint, à ce sujet, de la part de ce grand orateur, l'objet d’une plaisanterie amère. Ce trait est rapporté par Pline, liv. 37.

Mage 81 , vers 5.

Le rival de Cimon, aux horreurs du carnage.

On sait quelle impulsion le génie brillant de Périclès sut donner aux beaux-arts. Les monuments fameux en tout genre qu’il entreprit et exécuta avec le secours des grands artistes qu’il sut honorer et chérir, lui font autant

d'honneur que son habile politique, son éloquence et ses victoires.

Contemporain, ami et protecteur de Phidias, il se délassait au milieu de ses chefs-d’œuvre des fatigues de la guerre. C’est dans leur contemplation, dit Pausanias, qu’il sut puiser cette sorte d’orgueil et de dignité de soimême qu’ils inspirent aux ames élevées, sentiment qui a

êté si bien rendu par Delille, Jorsqu’en parlant de J’Apollon du Belvéder, il dit :

L'œil , avec volupté, glisse sur ee beau corps, A son premier aspect je m’arrête, je rêve, Sans m’en apercevoir ma tête se relève,

Mon maintien s'ennoblit.

Phidias fut choisi par Périclès pour avoir l’intendance générale de tous les édifices d'Athènes, quoique les Athéniens eussent alors de grands architectes, et peut-être devons-nous à ces marques de considération et d'honneur, les chefs-d’œuvre de Phidias qui perpétueront son souvenir jusque dans les siècles les plus reculés.

Page 84 , vers 8.

Pacuvius de Rome animant les remparts.

Cet illustre Romain, qui composa des tragédies, peignit aussi à fresque sur les murailles de Rome.

Combien d’illustres exemples pourrions-nous encore citer !

Socrate et Platon voulurent s’'instruire dans cet art. Socrate disait que les artistes étaient les plus sages, parce qu'ils l’étaient sans affectation.

Esope en était si convaincu, qu’il fréquentait souvent les peintres les plus célèbres. Marc-Aurèle reçut des leçons de philosophie du peintre Diogenète.

Si Alexandre1, défendit à tout autre peintre qu'à Apelle de le peindre, et à tout autre sculpteur que Lysippe de faire sa statue. Ce ne fut pas seulement par l'envie d’être bien représenté, mais par l'estime singulière qu’il avait pour ces deux arts.

Et que n’a-t-il point fait pour la peinture, quelles marques d'amour ne lui a-t-il point données! Il ordonna que la peinture tiendrait le premier rang parmi les arts libéraux, qu'il ne serait permis qu'aux nobles de l'exercer, et que, dès leur plus tendre jeunesse, ils commenceraient leurs exercices par dessiner; en cela, dit M. de Piles, il regardait le dessin comme la chose la plus capable de disposer l'esprit au bon goût, à la connaissance des autres arts, et à juger de la beauté de tous les objets de l'univers. I] visitait souvent les peintres et prenait un

{ Edicto vetuit ne quisse, præter Apeliem,

Pingeret.

Horace, Epit. lib, 11.

plaisir singulier à s’entretenir avec Apelle des choses qui regardent la peinture.

Le poëte Ennius, chéri de Scipiond’Africain, en faisait son occupation et ses délices.

Agathanus fut instruit par Eschyle dans l’art de la décoration#es théâtres, et en ayant fait un traité, il apprit ce qu'il en savait à Démocrite et à Anaxagore.

Horace aimait beaucoup la peinture ; il déclare nettement que la poésie et la peinture ont toujours marché d’un pas égal (Art poétique). Il en fait le plus bel éloge quand il dit : Les choses qui entrent dans l'esprit par les oreilles, prennent un chemin bien plus long que celles qui entrent par les yeux, qui sont des témoins plus fidèles et plus sûrs que les oreilles.

On sait que Cicéron se plaisait à orner ses maisons de campagne du produit des beaux-arts, et que l'acquisition d’un tableau ou d’une statue était pour lui d’une jouissance inexprimable, comme on le voit par ses lettres à Atticus et dans ses livres de l’orateur.

C’est au savant Varron que nous devons la nomen-

clature des peintres les plus célèbres.

Mage 81, vers 11.

Et l’airain éloquent, appui de sa grandeur, Du soldat abattu ranimant la vigueur.

Depuis Marius les Romains ne conservèrent plus sur leurs enseignes que l'aigle, les ailes déployées, en tenant un foudre dans ses serres; ces enseignes ornées de différentes figures ou de médaillons en bronze ou en or, représentaient l’image des Dieux, des grands hommes de la république ou des principaux faits qui les avaient illustrés.

Mithridate ( dans la tragédie de ce nom) dit à ses fils :

Tandis que l'ennemi, par ma fuite trompé, Tenaïit près de son char un vain peuple occupé, Et gravant en airain ses frêles avantages,

De mes états conquis enchaînait les images.

Et Neron dans Britannicus :

Vous avez vu cent fois nos soldats en courroux, Porter en murmurant leurs aigles devant vous, Honteux de rabaïisser par cet indigne usage,

Les héros dont encore elles portent l'image.

Pline remarque que les troupes avaient une singulière vénération pour ces enseignes, que souvent les soldats juraient par elles, qu'ils leurs rendaient le même culte qu'aux Dieux, qu’ils leur offraient de l’encens et les ornaient de fleurs.

4 Liv. 10, ch. 1v.

Jage 81, vers 13

Et Fabius enfin qui tout brillant de gloire.

Il ne faut pas confondre ce Fabius avec le temporiseur ni avec son fils Fabius-Maximus. Ce Fabius dont il est question était à la fois guerrier, peintre, historien. Cest de lui que l’illustre maison de Fabius a tiré son surnom de Pictor, parce qu'il peignit lui-même les sujets qui ornaient le temple de la déesse Salus, l'an 450 de Rome. Ce temple et ces peintures subsistaient encore du temps de

Pline ; ils furent alors détruits par ordre de Claudius.

Yage 84 , vers 19,

Chéris des nations, par le peuple adoptés.

Les Amphictyons avaient ordonné, par un décret, que les plus grands artistes seraient logés et nourris gratuite ment dans toutes les villes de la Grèce où ils pourraient se trouver. Polygnote, qui avait peint à Athènes le fameux portique appelé le Pæcile, à cause de la variété des peintures dont il était décoré, fut le premier qui reçut cet honneur.

Mage 82 , vers 4.

Tels que des Dieux sur terre ils étaient adorés.

Les louanges les plus susceptibles de flatter l'amourpropre, les honneurs les plus capables de satisfaire l'ambition contribuaient chez les anciens à faire naître le talent et le génie.

Mammurius Ascon, fameux statuaire en bronze chez les Romains, ayant fabriqué les boucliers des prêtres Sa liens, eut la gloire d'entendre son nom dans les hymnes et dans les fêtes consacrés à Mars.

Chez les anciens, dit Perrault t, lorsqu'un peintre ou un statuaire était chargé de l'exécution d’un grand ouvrage, il est à remarquer qu’il y avait des récompenses extraordinaires attachées à sa réussite. L'artiste avait la gloire de donner des dieux à des nations entières et aux princes mêmes de ces nations, et il n’était guère

1 Parallèle des anciens et des modernes.

moins honoré que le dieu qui sortait de ses mains.

Dans les siècles où l’idolâtrie aveugla les hommes, a dit un auteur moderne, l’art de faire des idoles fut honoré comme une profession sacrée : un statuaire était regardé comme un faiseur de dieux ; le culte que l’on rendait à ses ouvrages rejaillissait sur lui, c'était un artiste presque divin, un homme inspiré. Ce n’est pas tout encore, la persuasion où l’on était que les Dieux venaient habiter les figures qui les représentaient, inspirèrent, en ces simulacres, la plus grande confiance; on leur offrait des sacrifices, on leur adressait des prières, on attendait de leurs secours la délivrance de tous les maux et la jouissance de tous les biens : aux jours de fêtes on les parait de rubans, de bandelettes, de guirlandes. On attachait, aux soins qu'on en prenait, l’espérance flatteuse d’une protection particulière de leur part. Cette erreur a passé dans tous les cultes, elle a conduit au même but les peuples les plus éclairés.

1 Cours d'Hist. Univ. t. 1, p. 153.

Page 82 , vers 9,

Louis, qui ne révait que la grandeur suprême Veut anoblir un art qui l'ennoblit lui-même.

Louis XIV fit délivrer des lettres de noblesse à Lebr un, et dans les brevets donnés à l’Académie royale de peinture et de sculpture, il accorde à ceux qui exercent cette noble vertu, l'un des pius beaux ornements de l’état, les mêmes privilèges que ceux de l'Académie française, afin que ces arts libéraux soient exercés plus noblement et avec une entière liberté, n’y ayant rien entre les beauxarts de plus noble que la peinture et La sculpture.

Des princes despotes et cruels ont même senti le prix des beaux-arts. Thomas Morus, enchanté des talents d'Holbein, le présenta à Henri VIII, qui en fit son peintre, le combla de présents, et poussa l'enthousiasme jusqu’à dire à un comte qui en voulait à cet artiste : « Je vous dé- » fends sur votre vie d’attenter à celle de mon peintre, » de sept paysans je puis faire sept comtes comme VOUS ; » je ne pourrais jamais faire un Holbein. »

L'empereur Maximilien se plaisait à voir travailler Albert Durer et l’anoblit. Appelé à Madrid par Charles IT, Geordunsvy reçut des honneurs extraordinaires, et le roi, qui l’embrassa plusieurs fois, le fit couvrir devant lui.

Marguerite de Médicis, duchesse douairière de Parme, honorait Mignard d’une amitié particulière : on raconte même, à ce sujet, une anecdote qui mérite d’être citée : Elle venait de perdre son époux lorsqu'elle apprit son arrivée à Parme. L'artiste français reçut un ordre de se rendre au palais ducal, et fut introduit dans un vaste appartement où tout était tendu en noir : nulle fenêtre ne donnait entrée au jour : chaque salle n’était éclairée que par une seule lampe dont la lumière lugubre répandait au loin une sombre horreurs il parvint enfin à la chambre de la duchesse ; deux hommes en longs manteaux noirs en ouvrirent la porte dans un profond silence. Voyant la surprise que Mignard éprouvait, la princesse se hâta de lui dire : Mon veuvage ne me permet de voir que des princes de ma maison : mais la curiosité que votre nom m'inspire m’a fait oublier en votre faveur la sévérité de l'étiquette. Elle lui fit alors, avec bonté, différentes questions sur sa santé, sur ses voyages, et particulièrement sur l’état de la peinture ; elle finit par lui demander s’il croyait pouvoir tirer quelque ressemblance de: ses traits altérès. Ayant répondu à cette question comme elle pouvait le désirer, je me vois obligée, dit-elle, d’ajourner cette satisfaction, mais en attendant, dites partout que la duchesse de Parme a

voulu vous voir malgré les obstacles qui l’en empêchaient.

Dee

Mage 82, vers 11.

Le Czar repousse Yvan. Il emprunte sa voix Pour adoucir son peuple et lui donner des lois.

Lorsque Pierre-le-Grand, parvenu au trône au préjudice d'Yvan, son frère, dont la santé était aussi faible que l'esprit, entreprit de régénérer son peuple, et dans ce grand dessein visitait les différentes contrées de l'Europe, tant pour y rechercher des artistes en tout genre qui lui étaient nécessaires, que pour s’instruire lui-même avec eux , les architectes, les peintres, les statuaires furent ceux qui eurent la plus grande part à ses libéralités et aux honneurs: attirés à sa voix dans ces vastes déserts, les uns lui

élevèrent des habitations, des palais, des temples, les autres à l’envi les décorèrent et les embellirent ; le ciseau et le pinceau le secondèrent merveilleusement pour faire connaitre et propager une religion qui, d’un peuple brut et sauvage, fit bientôt un peuple civilisé.

Mage 82, vers 11.

Christine en ses attraits rafraîchit sa pensée.

Christine appela Sébastien le Bourdon à sa cour, et Sébastien lui fit goûter le charme de la peinture dans une collection de tableaux des plus grands maitres que son père avait trouvés en prenant la ville de Prague. Cette princesse sut insensiblement en apprécier les beautés et consacrait une partie de ses loisirs à les admirer.

Wandick est près des rois et marche à leurs côtés.

Les Anglais employèrent toutes sortes de moyens, pour

retenir Wandick dans leur pays. Le chevalier Dygly vint le chercher lui-même et le présenta au roi Charles Ier, qui le reçut avec bonté, l'admit à sa table, lui fit présent de son portrait garni de diamants, orné d’une chaîne d’or, et le décora de l’ordre du Bain, en y ajoutant une pen— sion considérable.

La reconnaissance anima Wandick, il travailla sans relâche et enrichit l'Angleterre de ses portraits et de ses admirables compositions; il est vrai que ses travaux ne furent point stériles. Il amassa des richesses immenses, qu'il ne serait jamais venu à bout de dissiper malgré ses dépenses énormes, ses brillants équipages, sa table ouverte à tout le monde, son nombreux domestique et des sommes considérables prodiguées à ses maîtresses. Mais il donna dans toutes les rêveries des chimistes, et vit bientôt son or s’évaporer dans le creuset. Le chagrin s'empara de lui, les vapeurs du charbon jointes à son épuisement causé par l'excès des plaisirs dérangèrent sa santé, on craignit pour ses jours. Le duc de Buckingham, voulant l'arracher à ses maîtresses, lui fit épouser, avec l'agrément du roi, la fille de milord Ruthven, comte de Genée, seigneur écossais. Wandick la conduisit à Anvers, ensuite à Paris, où il passa deux mois dans l'espérance de peindre la galerie du Luxembourg ; enfin il repassa en Angleterre,

où il mourut, peu de temps après, de consomption , âgé

seulement de quarante-deux ans.

Voici le jugement que M. Descamps porte sur cet artiste : Quand on considère le grand nombre d'ouvrages que nous à laissés Wandick, étant mort si jeune, on ne peut nier qu'il n’ait eu la facilité la plus extraordinaire. On sait qu'il commençait le matin à peindre une tête, qu'il retenait à diner la personne, qui se faisait peindre, et qu'après diner il la finissait, rarement il y travaillait le lendemain. Tous les tableaux de son dernier temps sont d’une négligence qui en diminue le prix, on lui en fit des reproches en comparant ses premiers ta bleaux avec les derniers. J’en sais, dit-il, la différence, et je n’en suis pas étonné; mais sachez aussi qu’autrefois j'ai travaillé pour ma réputation, et qu'aujourd'hui je travaille pour ma fortune. Wandick avait fait, en ce temps-là, bien des portraits qui sont des modèles de finesse et de précision. Il peignait ses têtes avec tant d’art et de vérité, qu’il n’est guère possible de le surpasser. Il dessinait et coloriait de même les mains. Ses attitudes sont simples, mais avec Choix. Il semble qu’on ne devrait regarder Wanditk que comme peintre de portraits; cependant il a souvent égalé son maître dans les tableaux d'histoire. Peut-être aurait-il égalé Rubens, comme il l’a surpassé dans la délicatesse de sesteintes et la fonte de ses couleurs. Ce fut le sentiment des ennemis mêmes de Wandick, en voyant le beau tableau qu'il fit pour l’église de Gand. Mais comme il ne faut pas juger sur des conjectures, nous dirons seulement que Wandick a surpassé Rubens dans le

portrait, et qu'il lui fut inférieur dans les tableaux d’histoire.

Léon, de Michel-Ange admirateur avare, À devant son génie incliné sa tiare.

Les princes et Léon X lui-même se découvraient devant Michel-Ange. A force d’honneurs et de largesses, ce pontife sut le retenir dans ses états pour jouir exclusive-

ment des fruits de son génie.

Page 83, vers 2.

Vois Jule en leur palais en triomphe amené.

Attiré par les promesses du grand duc de Mantoue, Jules Romain se rendit en cette ville. Le prince lui envoya son plus beau cheval, il y fit son entrée en souverain, un logement magnifique lui fut préparé dans le palais ducal, et ilytrouva une table somptueusement servie pour lui et ses domestiques.

mers on

Mage 83, vers 5.

Charles chez Titien suivi de la victoire.

Le Titien fit trois fois le portrait de Charles-Quint, et cet empereur disait qu'il avait reçu trois fois l’immortalité des mains du Titien.

En peignant pour la troisième fois le portrait de son auguste protecteur, le Titien laissa tomber un dé ses pin- Ceaux que l’empereur s’empressa deramasser. L'artiste, se jetant alors aux genoux de ce prince, s’écria : Seigneur,

je suis indigne d’un pareil service. Charles lui répliqua : Un Titien mérite d’être servi par César.

Voy. Anecdotes sur les Beaux-Arts, t.1, p. 38.

Jage 83, vers 5.

Rubens, ami des rois, à leur conseil admis.

La destinée de Rubens était de se voir quelquefois arraché aux arts par la politique. Le roi d'Espagne avait été informé de ses entretiens avec le duc de Bukingham relativement aux moyens de rétablir la paix entre les deux couronnes: il voulut y donner suite, et la princesse fsabelle crut ne pouvoir choisir un plus habile agent que Rubens lui-même. Elle le chargea donc de se rendre à Madrid, avec des instructions secrètes pour continuer cette négociation. Il y arriva au mois de septembre 1627, le roi le reçut dans son cabinet avec beaucoup de distinction. Rubens exposa l’objet de sa mission à Philippe IV, qui fut satisfait de sa manière de s'exprimer. Les entrevues subséquentes que le monarque eut avec l'artiste et dans lesquelles il le consulta sur des affaires d’état étrangères à sa mission, ne firent que le confirmer dans la haute opinion qu'il avait de lui. Le duc d'Olivarès en porta le même ju-

gement, et détermina le roi à faire expédier à Rubens les patentes de secrétaire du conseil privé de l’archiduchesse Isabelle.

Tandis qu’il était à la cour de Madrid, le roi de Portugal, désirant connaître un artiste dont la renommée occupait toute l'Europe, lui fit dire de se trouver sur la frontière, à sa maison royale de chasse de Villa Viciosa. Rubens se rendit à cette invitation. Une foule de seigneurs espagnols, curieux de voir la cour de Portugal, lui demandèrent la permission de l'accompagner. Lorsque cette troupe nombreuse et brillante approcha du lieu du rendez-vous, le roi de Portugal, qui craignait sans doute d’avoir à défrayer tant d'hôtes, envoya un de ses gentilshommes à Rubens pour l'informer que S. M. avait été forcée de retourner en toute hâte à Lisbonne, et lui offrir de sa part une bourse de cinquante pistoles pour les dépenses de son voyage. Tout le monde fut surpris de cette déclaration inattendue; et Rubens dit à l’envoyé: «Je m’étais empressé, monsieur, d’obéir à l'invitation de sa majesté ; je regrette de ne pouvoir prendre moi-même les ordres dont elle aurait bien voulu m’honorer. Quant au motif de mon voyage, je la prie d’être convaincue que je n’y ai point été déterminé par l'appât d’un présent de cinquante pistoles, puisque j'en avais apporté mille avec moi pour ma dépense et celle de ces messieurs pendant notre séjour de Villa Viciosa.» Etil reprit aussitôt la route de Madrid. Enfin, après un séjour de dix-huit mois dans cette ville, le roi lui fit remettre ses instructions et ses lettres de créance pour la

cour de Londres, et lui fit présent, à son départ, dé six magnifiques chevaux andalous et d’une bague rehaussée des plus beaux diamants. De retour à Bruxelles, Rubens communiqua ses instructions à l’archiduchesse, et après avoir pris ses ordres il s’embarqua pour l'Angleterre. Lorsqu'il arriva à Londres, le duc de Buckingham était mort depuis un an : ne voulant pas faire connaître immédiatement le sujet de sa mission, Rubens tacha, sous un prétexte quelconque, d'avoir une entrevue avec le chancelier Coltington, son art lui en fournit les moyens. Le ministre frappé de ses manières, en parla au roi qui voulut le voir, le monarque lui donna audience dans son cabinet, et l'interrogea sur son pays, sur son art, sur le motif de son voyage en Angleterre. Rubens satisfit à tout, sans toutefois se découvrir entièrement ; et le roi, charmeé des talents de ce peintre célèbre, désira être peint par lui. Pendant qu'il travaillait à ce portrait le roi lui parla de nouveau des difficultés qui existaient entre les deux cours de Londres et de Madrid et des moyens de terminer la guerre. Alors Rubens s’expliquant plus ouvertement, lui répondit qu'il avait à ce sujet des instructions de Philippe IV, et qu'il serait très-heureux si S. M. consentait à le reconnaitre comme négociateur. Le monarque répondit que le roi d'Espagne ne pouvait lui envoyer quelqu'un qui lui fût plus agréable : il le mit en rapport avec le chancelier, et au bout de deux mois de conférences les bases du traité de paix furent arrêtées à la satisfaction des deux parties. Charles Ier, pour lui témoigner son estime, le créa che-

valier en plein parlement, il lui fit présent en outre d’une épée enrichie de diamants avec laquelle il l'avait reçu chevalier, et ajouta à ses armes un canton chargé d'un lion d’or. Lorsque Rubens vint prendre congé de sa majesté, elle tira de son doigt uné bague du plus grand prix, qu’elle lui donna ainsi que le cordon de son chapeau, qui valait plus de dix mille écus ; enfin elle Jui mit au cou une riche chaine d’or, ornée de son portrait, que le peintre ne cessa de porter jusqu’à sa mort.

Ce grand artiste rappelle une parole bien remarquablé de Canova le sculpteur , parole qui montre l’élévation de son esprit, fait sentir la dignité de son art, et l’honore autant que ses ouvrages.

Canova dinait avec un ministre d’état, la conversation tomba sur Rubens. Ah! je connais, dit-il, votre Rubens, n'est-ce pas un ambassadeur qui s’amusait à être peintre ? Votre excellence se trompe, reprit Canova, c'est un peintre qui s'amusait à être ambassadeur.

one —

Poge 83, mers 7.

Vois François qui des arts nous ouvrit la carrière.

Les guerres ouvrirent aux Français les portes de l'Italie et du sanctuaire des arts. L’âme ardente de François Ier s’abandonna à leurs impressions; son esprit y fut sensible, et sa politique, rivale de celle des Médicis, appela en France les premiers artistes de l'Italie.

Périclès, disait Thucydide, embellit Athènes des plus riches monuments, afin que l'étranger remportât une plus haute opinion de la ville de Minerve. Ainsi François Ier voulut ajouter à la considération que la France avait obtenue par les armes, celles que donnent les beauxarts. Léonard de Vinci, Serlio, le Primatice, en révélèrent aux Français tous les mystères. Ils jetèrent véritablement les fondements de l’école française, et pour leçons ils nous donnèrent leurs chefs-d’œuvre.

La France se couvrit de monuments qu’on admire encore aujourd’hui. L'architecture prit un nouvel essor,

ta

Fontainebleau s'éleva comme les jardins d’Armide, au sein des déserts, édifice superbe qui renferme cinq palais dans son enceinte. asile des plaisirs et de la gloire, où les rois se disputèrent de luxe et les artistes de talent. C’est alors que l’on vit sortir de l’école du Primatice : Simonle-Roi, Dorigny, Lerambert, Charmoi, Dubreuil, Jean Cousin, homme étonnant pour le siècle où il parut, peintre, architecte, statuaire à l'exemple de Michel-Ange; enfin Jean Goujon, qui porta la sculpture des bas-reliefs à un degré qu’on a pas encore atteint depuis, et qu’on ne surpassera probablement jamais.

Voy. Introduction au Pausan.

Page 83 , vers 8.

Au lit de Léonard à son heure dernière.

Léonard, blessé des discours injurieux qu'on répandait contre lui à Rome, et de la préférence qu’on donnait en tout à Michel-Ange, passa en France à la sollicitation de François Ier, et il trouva dans la bonté de ce prince de

quoi se dédommager des chagrins qu’ilavait recus à Rome. Il avait plus de soixante-dix ans quand il entreprit le voyage. La cour était à Fontainebleau lorsque Léonard alla saluer le roi. Ce prince lui fit mille caresses. Il y a apparence que les fatigues du voyage et le changement de climat contribuèrent à la maladie dont Léonard mourut. I languit quelques mois à Fontainebleau, pendant lesquels le roi lui fit l'honneur de l'aller voir plusieurs fois. Il arriva un jour que, ce prince y étant allé, Léonard voulut s’avancer et s'asseoir sur son lit pour remercier le roi. Dans ce moment il lui prit une faiblesse qui l'emporta. Il expira entre les bras du roi, qui s’empressa de le soutenir, pour le soulager 1.

Quel pinceau eut plus de suavité, de naturel et de grâces que celui de Léonard de Vinci? Ce fut un de ceux qui ont ramené tout l’art à l’étude de la nature et de la vérité, toutes ses figures ont de la vie et de l'expression, elles respirent je ne sais quel charme mélancolique.

Parmi ces admirables tableaux on cite toujours celui de la Cène. Toutes les beautés de l’art sont répandues dans ce tableau avec une telle profusion que vous êtes étonné et confondu, dessin grand et correct, expressions belles et nobles, coloris charmant et précieux, airs de tête habilement variés. On y admire surtout les têtes des deux saints Jacques. Celle du Christ n'est point achevée,

1 Vie de Léonard de Vinci.

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Léonard avait une si haute idée de l'humanité sainte, qu’il crut ne pouvoir jamais exprimer l’idée qu'il s’en était formée. Quant au portrait de Lise, appelée communément la Joconde, du nom de François Joconde, son époux, ce fut, dit-on, son tableau de prédilection. Les grâces et l'amour, qui se sont plu à le former, respirent dans ses traits. {1 employa quatre ans à finir cet ouvrage, et pendant qu’il peignait cette dame, il avait toujours auprès d'elle des personnes qui chantaient ou qui jouaient de quelques instruments pour la divertir et l'empêcher de faire paraître un certain ennui où l'on ne manque jamais de tomber quand on est sans action.

La nature semblait avoir épuisé tous ses dons dans la personne de Léonard de Vinci. El était beau, bien fait, sa force était surprenante. El excellait dans tous les exercices du corps , mais son esprit et ses talents étaient encore audessus des autres qualités qu’il possédait : il joignait Ja douceur et la politesse des manières à une grande élévation d'esprit, une vivacité surprenante à une grande application à l’étude, une érudition étendue à une conversation agréable.

Pour célébrer l'entrée de Louis XII à Milan, il fit une machine fort curieuse, c'était un lion dont le corps était rempli de ressorts par le moyen desquels cet automate s'avança au-devant du roi dans la salle du palais, puis, s'étant dressé sur ses pieds de derrière, il ouvrit son estomac et fit voir un écusson rempli de fleurs de lis.

L’admiration se mêle à un sentiment religieux, en con-

templant un talent si éminent et si universel. Léonard de Vinci rappelle Michel-Ange pour l’universalité des connaissances et le degré de perfection où il sut les porter.

Page 83 , vers 11.

Raphaël rejetant une alliance illustre.

Les grands talents de Raphaël, son esprit, sa politesse, lui donnèrent une telle considération, que le cardinal de sainte Bibiane lui offrit sa nièce en mariage, que le grand peintre, tout entier à son art, refusa.

Raphaël est de tous les peintres celui quia porté le plus haut, le beau idéal et la vérité de l’imitation.

Les figures de ses vierges sont si belles, qu’on disait qu'il les faisait descendre du ciel pour les peindre ; mais la composition et l’ensemble des figures était surtout ce qui caractérisait son admirable talent. Son esprit philosophique ne pouvait être touché que des choses qui ont de l'expression, il avait une trop haute idée de son art pour le regarder comme un art muet, il voulait le faire parler à l’âme et à l'esprit. Si Raphaël , dit Mengs, ne s’éleva pas

à la hauteur des Grecs, s’il ne posséda pas au même degré l'art d’embellir la nature, il vit du moins et imita ce que la nature à de plus expressif et de plus beau. Les Grecs planaient avec majesté entre la terre et le ciel, Raphaël a marché avec justesse sur la terre.

La Transfiguration est le dernier chef-d'œuvre d’un peintre qui n'avait fait que des chefs-d’œuvre. Une mort prématurée, qui l’enleva dans la force de l'âge, l’empêcha d'y donner la dernière main, et sa reconnais sance ne jouit pas du bonheur de l’offrir à François Ler, qui l'avait comblé de bienfaits.

L'ouvrage était parfait, si la cruelle mort.

Oh ! jeune infortuné, digne d’un meilleur sort ! Hâte-toi, le temps fuit... achève ton ouvrage,

Si le destin sévère épargne ton jeune âge,

Tu seras Raphaël. Vain espoir, il n’est plus,

Et ses nobles travaux restent interrompus :

En vain, se soulevant à son heure dernière,

Il tourne encor vers eux sa mourante paupière ; En vain, pour achever son ouvrage naissant,

Il reprend en ses mains son pinceau languissant, Il meurt... Courez, portez à son ombre chérie Ces fleurs, ces frêles dons, emblème de sa vie. Mais non, son ombre attend un hommage plus bear, Muses, talents, beaux-arts, placez sur son tombeau Ce chef-d'œuvre échappé de sa main défaillante ;

Joignez-y ses pinceaux, sa palette brillante,

Et changeant en triomphe une pompe de deuil, Conduisez un trophée et non pas un cercueil. Rome n'aura jamais vu de fête plus belle,

L'Imagination, chant 1v.

Jage 83, vers 13.

Le Poussin, au-dessus et des rois et du sort.

Tout a été dit sur le Poussin. Ce grand peintre, comme tous les grands hommes de l’antiquité, semble avoir épuisé l’érudition et les inutilités; mais comment n’en rien dire dans un ouvrage consacré à la peinture? Nous

et allons donc rassembler quelques traits épars de sa vie, qui, bien qu'elle soit connue, pourront peut-être encore, en faveur du peintre philosophe, inspirer quelque intérêt.

Le Poussin descendait d’une famille noble de Picardie, dans le comté de Soissons. Son père, sorti de son pays à la suite des troubles et des guerres civiles, vint s'établir aux Andelys, en Normandie, s’y maria et donna le jour, en 1594, à un fils, à Nicolas Poussin. Le jeune Poussin,

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pendant le cours de ses études littéraires, manifesta un sentiment inné qui le portait à imiter tous les objets naturels qui frappaient ses regards avec une sorte de vérité et d'intelligence très-remarquable. Il quitta la province à l’âge de dix-huit ans pour venir à Paris chercher des maîtres ; mais, n’y trouvant que des instituteurs dont il ne put recueillir aucun fruit, il apprit sans eux la manœuvre de l’art, et n’eut d’autres maîtres que quelques estampes gravées d’après Raphaël et Jules Romain. Après avoir fait, dans la capitale et dans les provinces, des travaux mal récompensés, il fit connaissance, à Paris, du cardinal Marino, célèbre par son poëme d’Adonis, où il répandit avec tant de profusion tout l'éclat et l'abus de l'esprit. A peine fut-il libre, qu’il entreprit, pour la deuxième fois, le voyage de Rome, où il retrouva ce même cardinal Marino, qui le présenta au cardinal Barberini, neveu du pape Urbain VIIT ; mais ce cardinal se disposait à partir pour ses légations, et Marino mourut dans ce temps, lorsqu'il se préparait lui-même à partir pour Naples. Voilà le Poussin hors de la première jeunesse, se trouvant dans une ville étrangère, sans appui, sans aucune ressource qu'un talent qui devait être mal apprécié, parce qu'aucun prôneur ne le faisait valoir ; réduit à un état de misère qui aurait plongé dans le désespoir une âme faible, pouvant à peine tirer de ses ouvrages le prix que lui coùtaient les loiles, les couleurs et une misérable existence.

Mais il se trouvait heureux, parce qu'il pouvait étudier. l'antique, Raphaël et surtout la nature.

Le Poussin avait d'autant plus de peine à subsister de son talent, qu'il y a dans les arts unesorte de mode, et que sa manière était fort éloignée de la mode dominante. D'ailleurs l'artiste ne devient pas aisément célèbre quand l’homme n'est pas connu, et le Poussin d’ailleurs vivait dans la plus grande retraite. Il fut, dit-on, obligé de donner pour huit francs un tabieau dont un jeune peintre, un peu moins inconnu, fit la copie qu’il vendit un prix considérable.

Au lieu de travailler à multiplier Je nombre de ses ouvrages pour suppléer, par la quantité, à la faiblesse du prix qu’il en recevait, le Poussin, animé de ce courage que donne un violent amour des arts, consacrait la plus grande partie de son temps à l'étude. Il copiait les antiques au crayon, les modelait en bas ou en plein relief. Il les mesurait dans toutes les parties. Il se promenait dans les vignes et dans les lieux les plus écartés de la campagne de Rome, considérant et dessinant les statues des Grecs et des Romains, fixant dans sa mémoire les plus beaux effets de la nature, et sur le papier le trait des vues les plus agréables. Il esquissait tout ce qui pouvait lui servir, arbres, terrasses, accident de lumière, dispositions de figures, ajustements de draperies, armes, vêtements, ustensiles des anciens, ete.

Il ne faut pas croire qu'il perdit pour Part les instants où il ne maniait ni les pinceaux, ni le crayon: il appliquait alors son esprit à chercher la raison des beautés qu'il avait

observées; il approfondissait, par la méditation, la théorie

de son art; il étudiait la géométrie, et surtout l'optique; il reprenait, avec un savant chirurgien, ses anciennes études anatomiques.

Enfin le cardinal Barberini vient à Rome, après avoir terminé son ambassade de France et d’Espagne ; il employa et fit connaître les grands talents du Poussin, et, si ce grand artiste ne parvint pas aux richesses qu'il méprisait, il cessa de connaître l’infortune. On dit qu’il ne faisait jamais de marché pour le paiement de ses tableaux, il écrivait derrière la toile le prix qu'il en voulait, rendait le surplus si l’on en offrait davantage, mais ne les donnait pas à moins.

Sa réputation vint de Rome en France. Il y fut mandé par le ministre Desnoyers, qui avait la sur-intendance des bâtiments du roi; mais ces honneurs furent bientôt empoisonnés par les manœuvres de l'envie. Le Vouet, ses élèves et jusqu’au paysagiste Fouquières l'abreuvèrent de dégoûts. On cabala contre lui auprès du ministre, et pour se dérober à ces persécutions, il obtint un congé pour aller à Rome chercher sa femme et arranger ses affaires, se promettant bien de ne plus revenir,

Il mourut à Rome âgé de soixante et onze ans ; il lui aurait été facile de s'enrichir s’il eût voulu profiter de l’empressement avec lequel on cherchait à se procurer ses tableaux : mais il avait choisi par goût l’état de médiocrité, et dans cet heureux état, il sut trouver, au sein de sa famille, le seul luxe du sage, l’aisance, l'amitié, la tranquillité d'esprit et le bonheur.

Le culte du Poussin, dit M. de Visconti s’est conservé dans le cœur de tous les amis des arts ; il enflamme d’une noble ardeur les jeunes élèves; ce maître, qui n’avait point eu d'école, proprement dite, est devenu celui de la génération actuelle. Son ombre satisfaite et désormais apaisée, semble planer sur la tête de nos artistes. Ses ouvrages leur servent de modèles dans les premières études ; ils trouvent, dans son style pur et sévère, le type dont ils ne doivent pas s’écarter, s’ils veulent atteindre au beau idéal; c'est le guide le plus sûr à consulter dans l'étude de l’antique ; enfin, le peintre philosophe les conduit, par le chemin de la sagesse, aux plus sublimes considérations de l'art.

Jage 83, vers 15.

De son style en ses mœurs nous offrant la sagesse.

L'ordonnance et la sagesse de la composition font surtout le caractère admirable du talent du Poussin. Le style c'est l’homme, a dit Buffon, et c’est dans l'élévation deses

sentiments que ce grand peintre puisait cette force de

— ue

pensée, cette haute philosophie qui l'ont fait surnommer avec tant de raison le peintre philosophe, le peintre dés gens d'esprit. Le Poussin était en effet un de ces personnages digne des plus beaux temps d'Athènes et de Rome. Son âme toujours égale n’était ébranlée ni par les disgrâces de la fortune, ni par ses faveurs : il eût inspiré à Horace son Justum et tenacem.

Contraint, comme nous l'avons dit, de s’expatrier à force de dégoüts, d’injustices et d’intrigues de toute espèce, et se voyant après la mort du cardinal Marino, son protecteur et son ami, sans argent et sans ressource, obligé de vendre, pour subsister, ses ouvrages au plus bas prix, il envisageait la pauvreté et l’indigence du même œil dont il voyait, dans un temps plus heureux, s'approcher vers lui, par ordre du roi, les carrosses de la cour.

Mage 83 , vers 19.

Assemblage étonnant de gloire et de misére.

Que dire d’un peintre qui, ayant sous ses yeux un ta-

bleau de Raphaël, après l'avoir longtemps considéré dans

un profond silence, l'interrompt tout à coup par cette exclamation que l'enthousiasme et le sentiment de ses forces lui arrachent : « Anchio son pittore,» «et moi aussi je suis peintre.»

C’était ainsi que La Fontaine se sentit poëte tout à coup et comme par enchantement, à la lecture d’un ode de Malherbe. L’un était poëte comme l’autre était peintre: Ab! certes il l'était, quelle fraicheur, quelle force de coloris, quelle vérité, quelle excellente manière d’empâter les couleurs ! ses idées sont grandes et extraordinaires, ses compositions raisonnées, les airs de têtes de ses figures inimitables, des bouches riantes, des cheveux dorés. Le Corrége est le peintre des anges, et semble avoir trempé ses pinceaux dans les teintes célestes.

Ce peintre donnait l’exemple de toutes les vertus domestiques. Pauvre et modeste dans ses manières, il sé contentait de peu, et, comme s’il eût ignoré ses grands talents, mettait un prix très-modique à ses ouvrages qu'il travaillait avec beaucoup de soin et de temps. Il aimait à assister les pauvres dont la déstinée approchait de la sienne. Personne n’ignore la cause de sa mort. Il était allé à Parme recevoir un paiement de 200 fr. qu’on lui fit tout en monnaie de cuivre. La joie de porter cet argent à sa famille, l'empêcha de faire attention au poids dont il se chargeait dans un temps de chaleur extrême et pendant quatre heures de chemin qu’il fit à pied; il arriva chez lui très-fatigué et saisi d’une fièvre violente, il mourut à l’âge de quarante ans.

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La destinée des ouvrages de ce grand peintre fut aussi singulière que sa vie. Deux de ses plus beaux tableaux, sa Léda et sa Danaë, que Charles-Quint avait fait placer dans le palais impérial de Prague, où ils demeurèrent jusqu'à la fameuse guerre de trente ans, époque où cette ville ayant été saccagée par les Suédois, ils furent transportés à Stockholm par Gustave Adolphe, restèrent après la mort de ce roi dans un profond oubli. Pendant la minorité dela reine Chistine , un ambassadeur de France qui en savait l’histoire en fit la recherche : on les trouva en effet, mais ils servaient de contrevents aux fenêtres d’une écurie. On les remit alors dans le meilleur état possible, et la reine, qui en reconnut tout le mérite, les fit transporter avec elle à Rome, comme des ouvrages précieux. Après la mort de Christine, ces deux tableaux passèrent entre les mains de don Livio Odescalchi, avec plusieurs autres curiosités de grand prix qui lui furent laissées par cette reine et qu'il conserva soigneusement; mais ses héritiers vendirent la plupart de ces précieux effets. Philippe V, roi d’Espagne, acheta les statues, et le duc d'Orléans, régent de France, les tableaux. Après la mort de ce dernier, ces tableaux passèrent au père de M. le duc d'Orléans qui, par un esprit de rigorisme, les fit mutiler en sa présence afin d'être certain qu’on n’éludât pas son ordre.

Il fit brûler entre autres la tête d’une Io, magnifique ouvrage du Corrège, qui lui parut la plus expressive. Les morceaux qui restaient de ce tableau furent rassemblés par Charles Coypel, premier peintre du roi de France, et

après sa mort un autre peintre français y fit une nouvelle tête. Dans cet état ce tableau passa entre les mains d’un financier à la vente duquel le roi de Prusse l’acheta fort cher. On prétend que le tableau de Léda a eu le même sort que celui d’Io. On ne peut que déplorer cette piété si mal entendue qui se plut à mutiler ces deux chefsd'œuvre. Ces détails ont été transmis par Mengs, ét on ne peut en contester l’authenticité.

On dit que Massillon, ce digne prélat qui mourut comme Fénélon , et comme tous les évêques devraient mourir (c’est-à-dire sans argent et sans dettes), a dit d’Alembert, dans son éloge à l’Académie , aimait beaucoup les arts qui étaient les seuls délassements de sa vie: il laissa en mourant une vie du Corrège. L'âme si pure et si belle de Massillon devait sentir tout ce qu'il y a d’angélique dans le pinceau du Corrège; on regrette de ne pas trouver cette vie dans la collection de ses œuvres. C’est une véritable perte pour les arts.

Mage 84, vers 1.

O vous, guides sacrés, délices des humains.

Dans un temps où les esprits ne sont que trop disposés à dénigrer les anciens, il ne sera pas inutile de rappeler la vénération dont était pénétré pour eux un des plus beaux génies de l'Angleterre; ce qu'il dit ici aux poëles s'adresse naturellement aux artistes, aux grands peintres. Ces grands peintres n’étaient-ils pas eux-mêmes de grands

poëtes ? Nous ne pouvons mieux terminer que par Ce Ma

gnifique éloge.

Suivre les anciens, c’est suivre la nature ;

Qui respecte leurs lois ne craint point la censure ; Voyez sur leurs autels les lauriers encor verts, Brayer également l'envie et les hivers;

Voyez tous les savanis leur rendre un juste hommage,

Et vanter leurs travaux en différent langage;

Que leurs vains ennemis, à leur char enchaînés, Soumettent à leurs lois leurs esprits obstinés. Héritiers immortels d’une gloire constante,

Poëtes triomphants, souffrez que je vous chante : Esprit grands et divins, nés dans de meilleurs temps, Le respect qu'on vous doit s’augmente avec les ans, Comme on voit les ruisseaux dans une longue course, S'étendre et se grossir en fuyant de leur source ;

Des nations à naître et des mondes nouveaux, Célébreront un jour vos noms et vos travaux.

De votre feu divin, qu’une seule étincelle

M'inspire tout à coup une force nouvelle;

Sans redouter les traits de mille vains esprits,

Je combattrais pour vous, armé de vos écrits,

Et réduisant l’orgueil à garder le silence,

Je préviendrais du goût l'entière décadence.

Por, Essai sur la critique, ch.1

' Pourquoi toujours chercher le beau dans les anciens modèles? disait M. A... à la tribune? «Il y a ici un mystère lui répondit M. de La Martine, c'est que le beau se trouve avec plus de splendeur et d'éclat dans les monuments littéraires de l'antiquité. Lisez Sophocle, Homère, la Bible, et j'en appelle à

vos consciences. » Il en est de même des monuments des arts.

Page 84 , vers 2.

La gloire embellissait leurs illustres destins ;

Un esprit noble et sublime, Nourri de gloire et d'estime, Sent redoubler ses chaleurs, Comme une tige élevée D'une onde pure abreuvée Voit multiplier ses fleurs.

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